2011 Eagle Speedster Jaguar E-Type
Je sais bien que chacun de nous voudrait être quelqu’un d’autre, avoir une autre identité, un autre métier… et après tout, ça ne gêne personne si un coiffeur s’auto définit comme sculpteur de cheveux, un mécanicien comme un designer émérite ou un boucher comme un poète de la chair.
Je compte même, en me baladant sur les routes du monde en faire un bouquin avec toutes ces enseignes proches du cadavre exquis surréaliste.
Lorsqu’il s’agit cependant de définir la réalité politique, sociale et économique d’un pays, ces masques vénitiens, qui prennent peu à peu la place des mots, travestissent le langage au point de soustraire une réalité que l’on voudrait différente.

À nier d’emblée son état entropique, on devient acteur de désordre.
À trop observer le monde, à le disséquer, à enregistrer ses contradictions, on court le risque de la paralysie.
Le système chaotique dans lequel on évolue est historiquement une première.
La globalisation, prise comme concept, n’avait jamais existé de manière aussi absolue.
La technologie, la géographie, le temps, les flux économiques et financiers, la biodiversité, les cultures, les systèmes de gestion politique, avaient dans le passé une autonomie perturbée à la frange.
Les échanges se faisaient aux frontières et prenaient la plupart du temps la forme d’une synthèse, d’un compromis, bref, d’un échange entre différences.
Ce n’est plus le cas.
Pour ne prendre qu’un exemple, Shanghai : à l’apogée du capitalisme européen, elle n’était qu’un comptoir, une enclave.
Aujourd’hui, elle est au cœur de notre monde, elle le détermine autant que Londres ou New York.
Cette globalisation n’efface pas les différences.
Au contraire, elle les exacerbe en les mettant en contact sans le filtre de l’échange, sans frontières sans barrières, sans arrière-pays.
Le choc n’en est que plus violent : les différences, qui vivaient tranquillement leur train-train, sont exposées à un contact global, auquel elles résistent.
Cependant, la différence, le particularisme, la tradition, la culture sont éclatés, décentrés, plus solitaires que jamais.

L’anti-discours global n’existe pas… et lorsqu’il tend à s’affirmer, il ne provient pas de la matrice qui fit naître la globalisation.
Il s’en suit des réactions chaotiques d’une diversité elle aussi nouvelle.
En effet, l’hégémonie du monde occidental (qui n’était pas la globalisation, mais plutôt le mode de production capitaliste et sa culture) produisait aussi l’anti-discours.
C’est à Londres que s’opposaient pro et anti esclavagistes, c’est à Berlin qu’on inventait le marxisme, c’est à Paris que l’on construisait le discours anticolonialiste.
C’est Debray et Poulantzas qui étaient enseignés dans les universités de la guérilla latino-américaine avec, en prime, le corpus de la théologie (catholique) de libération.
Pour la première fois, l’Autre n’est pas de chez-nous…, il vient d’ailleurs (le désert arabique et les steppes d’Asie centrale entre autres) et il est autonome, c’est-à-dire refusant à la fois la matrice fondatrice du discours et de l’anti-discours.
La mondialisation du libéralisme économique devient ainsi le premier système hégémonique sans référence ou justification universelle. 
Tout cela se résume parfois à des futilités imbéciles dans le cadre (étroit) de la psychologie de chacun s’imaginant roi de l’univers…
Cette soi-disant Jaguar Type-E par exemple, n’en est plus une, c’est une dénaturée, une autre Jaguar Type-E qui en réalité n’en est pas une, c’est une projection du n’importe quoi dans le n’importe quand, sauvée par le fait qu’elle n’a pas été réalisée n’importe comment…
Ce délire a commencé comme une demande, une prière du Docteur Rick Velaj : « Je veux quelque chose d’un peu spécial »…
Dollars ou Euros à la clé, tout est possible…

C’est du pur marchand dans ce que ce terme a de pire…
Pour la firme Eagle E-Types, « quelque chose d’un peu spécial » est standard !
La conversation commencée entre lui et Paul Brace, « designer » de Eagle… et le mot « Speedster » a été mentionné.
Et tout a changé, sauf le monde qui s’en moque bien, surtout la partie qui crève de faim et l’autre qui est dans la misère…
Depuis trente ans, sinon plus, la grande majorité des individus s’appauvrit.
Le fait qu’une partie, de plus en plus restreinte statistiquement mais plus nombreuse en chiffres absolus, s’enrichisse, ne change rien à une réalité désormais globale.
Certes, cet appauvrissement n’est pas le même partout.
Certes, il y a des pauvres habitués à la pauvreté et d’autres qui la sentent venir.
Certes, si des milliards de pauvres existent et périclitent à feux doux sans eau ou électricité, des centaines de millions ont accès à la prospérité de l’argent et ses chimères.
Certes, les pauvres en occident sont des riches d’ailleurs et ils continuent d’agir en enfants gâtés.
Mais, la tendance lourde, les vecteurs essentiels, ne mentent pas.
Pour l’énorme majorité des citoyens, il y a, depuis belle lurette, appauvrissement.
Paul qui n’a pas envie de rester pauvre a sorti son crayon et a dessiné une forme.
Rick qui est loin d’être pauvre a adoré…
Au cours des mois suivants, en tandem avec la gestion financière de l’entreprise principale Eagle, Paul Brace a travaillé à concevoir et à perfectionner les détails d’une sorte de Jaguar Type-E.
Entre Henry Pearman, le propriétaire de Eagle, et Rick Velaj, il a été décidé qu’il n’y aurait pas de considérations de temps ou de budget et ce serait une chance unique de créer une voiture extraordinaire, fidèle (sic !) à la Jaguar E-Type des années 1960, avec des détails de finition classique, véhicule équipé d’un moteur Eagle 4L7 extrapolé d’un bloc Jaguar 4L2, avec une boîte à 5 vitesses.
Rick Velaj ayant les moyens de payer (très cher) sa vanité mécanique, chaque détail a été soigneusement conçu et adapté pour que la facture finale soit stratosphérique.
Cela a été un vrai travail d’amour ! 
Un pare-brise a été réalisé sur mesure…, abaissé et incliné pour soi-disant améliorer le « sleekness de la forme globale et créer un cocon de conduite »…
Une carrosserie toute en aluminium provenant de chez « Moss » en Angleterre a été adaptée au design de Paul Brace pour « renforcer le sentiment de connexion de Rick Velaj avec la route » !
Une partie de son corps, située entre ses jambes, s’est sûrement raidie à l’écoute de cet argumentaire qui a lui seul valait une dizaine de milliers de dollars supplémentaires…
Comme Rick Velaj était « à point », Paul Brace lui a vendu un concept de « cascade » pour la console centrale, s’étirant jusqu’au tablier arrière, l’extérieur et l’intérieur incarnant un « écoulement combinant la fonctionnalité pure de conduite avec un style classique et de luxe ».
Une sorte d’arnaque aponévrotique qui s’est étendue jusqu’à la couleur de la carrosserie qu’on lui a certifié « intégrant et rassemblant la forme fluide d’un balayage de la carrosserie »

Sur la route des vins, il y a 45 ans, on croisait des épicuriens en vraies Jaguar Type-E, fonçant sans regarder le paysage, suivant des yeux point par point leur carte achetée dans une station-sévices.
La route des vins est-elle vraiment bien plus populaire que la route des crétins ?…
Aujourd’hui, imaginez Rick Velaj, à bord de sa fausse Type-E, le nez sur son GPS, passant à coté des points de vue et des lacs et des vallées sans les voir.
Ne remarquant pas les rapaces qui font du vol de pente à quelques mètres d’eux.
Je l’ai vu, descendre de son Eagle Speedster, enfiler des chaussures de marche toutes neuves, des lunettes de soleil, un bob, régler son téléphone portable sur la fonction GPS… et prendre un bâton de marche…, pour faire quoi ?
Monter 50 mètres pour aller voir un vieux château restauré au ciment et au plâtre par des amateurs bénévoles du coin, persuadés de faire une bonne action, persuadés de remettre en valeur leur patrimoine local… qui ne devient que des lotissements pour touristes.
Je l’ai vu tourner et retourner son téléphone portable qui fait aussi boussole pour chercher le nord qu’il a perdu depuis très longtemps, et identifier avec certitude un village comme étant un autre de l’autre coté du monde, après un quart d’heure de gamberge profonde.
Prenant le double bang retentissant dans la vallée faite par chasseur qui passe le mur du son pour un coup de tonnerre de beau temps.
En route pour voir le monde, Rick Velaj, a placé sa Eagle Speedster sur un bateau avec 1400 touristes.
1400 i-pod, 1400 i-phone, quelques milliers de bouteilles d’alcool, de boissons énergisantes et une petite fumée persistante, s’insérant dans les cabines, dans les bars et les salons où, le soir venu, 1400 corps inertes gisaient, bloquant passages et couloirs, ponts et restaurants, de la proue à la poupe.
Bref, pendant deux jours et deux nuits, il a eu l’expérience unique de voyager avec des zombies, qui regardaient sans voir, parlant à peine, donnant l’impression qu’il se  trouvait dans un bateau fantôme, qu’il voyageait en compagnie de Dracula et sa suite, qu’il était le vigile, le gardien encore vivant d’une nef des pirates des Caraïbes sortie des limbes.

La cuisinière en chef, s’époumonait tous les jours à crier aux équipages des voiliers italiens qu’ils ne pouvaient pas lancer leurs cordages et attacher leur bateau sur des tombes : « C’est un lieu sacré, c’est une dernière demeure », essayait-elle de leur dire.
Arrivé dieu seul sait encore ou…, un village grec ou albanais, qui sait peut-être croate, face à un restaurant, bâti sur une presque ile, s’adossant sur les vestiges d’un cimetière romain, Rick Velaj et son Eagle Speedster avaient fière allure, l’allure des friqués égarés se prenant pour les maîtres du monde… 
Eux, fatigués et hagards, ayant fait de la voile toute la journée regardaient à droite et à gauche à la recherche d’un panneau de signalisation inexistant, soulevaient les épaules et attachaient leur bateau sur les sarcophages : ce qui n’est pas explicitement interdit est permis.
Excédée, la cuisinière, moderne Antigone, se mettait à son piano, et jouait à la perfection quelques sonnâtes de Chopin pour apaiser l’âme de ces patriciens qui rôde toujours par là. 
« Ce ne sont que des touristes », disait-elle…
Des barbares, en réalité.
Ils ne comprennent rien. 
Ce sont les mêmes ahuris qui « touristent » les temples égyptiens et s’étonnent qu’ils soient en si bon état.
Ils ne savent même pas que Ptolémée les avait restaurés des milliers d’années après leur construction. Pour bien implanter sa dynastie grecque, il a vendu aux Égyptiens du spirituel, lui qui ne croyait qu’à la philosophie aux mathématiques. 
Dans les voyages, il y a les vivants et les zombies.

Pour voir quoi ?
Rick Velaj, toujours avec son Eagle Speedster de plusieurs centaines de milliers d’euros a finalement échoué à Venise, dépité de devoir laisser son bijou dans un parking d’autos-touristes…
Les marchands Vénitiens vendent des pacotilles, du Murano made in China, des expresso à neuf euros l’unité, et les touristes, abasourdis, écrasés par la marche à pied, par le poids de l’histoire et des moisissures des palazio, s’exécutent avec des gestes lents et mécaniques, ne faisant pas d’histoires, bien heureux de trouver un siège ou un espace climatisé qu’ils louent au prix fort pour quelques instants. 
Les rôles restent inversés, tant sur le plan vestimentaire que sur la compréhension du monde.
Au coup d’œil, on sait à Venise qui vous êtes, d’où venez-vous, et combien vous payez.
Ici, si on est prêt à se déguiser en Casanova ou en Scaramouche c’est, comme Dario Fo, pour mieux se moquer du touriste en loques, du spectateur petit bourgeois, ou de l’américano déplacé, tel Rick Velaj sans son bijou… 
En mer Égée et en Adriatique se joue, inéluctablement, le théatro bufo.
Entre les vanités de celui qui a le plus grand, le plus scintillant bateau (que les esclaves thaïlandais astiquent du matin au soir), entre le vacancier qui veut voir le plus grand nombre de pays en une seule croisière (au point de confondre le Pirée et Alexandrie), entre celui qui veut visiter le plus grand nombre de temples et de palazio en une journée au point d’accumuler les Titiens, les Caravages et l’enfer des Chapman de la collection Pinaud (puis y ajouter une couche avec les mosaïques de Torcello), et ceux qui veulent harponner la plus grande dorade (au point de partir à la recherche de restaurants qui voudraient bien les acheter), entre ceux qui veulent boire le plus grand nombre de bières (au point de ne plus trouver leur hôtel et dormir comme des sans logis au beau milieu du kalderim), et ceux qui s’adonnent au concours de ouzo (au point de ne plus pouvoir quitter la taverne et perdre leur bateau) entre les yeux hagards et les corps fatigues, pointent les peintures de Bruegel et les vers de Dante.
Voilà…
Rick Velaj s’en est retourné d’où il venait, dépité que sa belle auto si chère, si fumiste, si belle bricole sans valeur autre qu’éphémère après quelques tours de roues…, si stupide sous la pluie, si vaine au soleil et si fragile à l’arrêt des parkings…, ne lui a servi en rien à paraître aux yeux des autres…
L’Eagle Speedster va terminer sa vie dans un garage climatisé…

Certains d’ailleurs, allant plus loin, pensent que l’homme est une marchandise comme une autre, et qu’il faudrait créer à l’OMC une section spécifique pour gérer la question. 
L’économie de marché, dans son monologue hypnotique de seule solution, grisée par la chute de Berlin, l’économie dirigiste capitaliste du nouveau eldorado chinois, les nouveaux riches russes (ex voleurs dans la loi), les sociétés écran et autres compagnies qui prospèrent loin des rivages…, a fait croire que les emprunts pouvaient remplacer les salaires, que les petits épargnants deviendraient grands, que les fonds de pension étaient les dauphins tout désignés de la sécurité sociale, que l’accès au toit était une simple question de gestion de l’épargne, que les parkings bétonnés pouvaient (et devaient) remplacer les champs agricoles, que les autoroutes et les aéroports rendaient toute velléité de rester (et travailler) chez-soi ridicule, pire que les hommes peuvent se mouvoir aussi facilement que les marchandises !
Tandis que tous les indicateurs expriment cette descente aux enfers, mainte fois pointés du doigt par des économistes et autres prix Nobel, tandis que les faits, têtus, indiquent que la réussite est toujours basée sur des exceptions, voire le travestissement des règles de l’économie du marché et/ou chez des pays qui ne jouent pas le jeu de l’orthodoxie libre-échangiste.
On continue cependant, imperturbables, droits dans ses bottes, tels les « ceusses » de la firme « Eagle », à vendre à des Rick Velaj de pacotille…, la fiction de la prospérité et du progrès, seuls mythes capables de fédérer les hommes et de leur extorquer leur force de travail, leurs économies et leurs rêves. 
Dans les années 1980 on n’en était qu’aux prémices ; même si la chute de Berlin a donné l’illusion, vite évaporée, d’un nouvel ordre mondial dépourvu de frictions coûteuses ; même si la globalisation avançait cachée et transfigurée pendant quelque temps, prenant les allures d’un nouvel Eden où il y aurait de la place pour tout le monde…, les temps modernes (ou post-modernes au choix) étaient bien entérinés.
Maintenant, notre société est plus complexe encore et en vient à prendre conscience du temps…, en le niant, car elle voit dans le temps non ce qui passe, mais ce qui revient.
La société statique actuelle organise le temps selon son expérience immédiate de la nature, dans le modèle du temps cyclique.
Ainsi, quelle que soit la durée et l’ampleur de crise, du chaos, de l’appauvrissement ou de la perte de confiance, il y avait parallèlement la sensation (ou l’espoir) que la crise reste exceptionnelle et surtout passagère.
Qu’on était en présence d’un cycle et non pas d’un axe, nous traversions un tunnel, mais au loin on voyait poindre la lumière.
C’était pendant la première crise du pétrole, il y a presque un demi siècle.

Avant même l’effondrement de l’Union Soviétique, le système libéral basé sur la suprématie du marché était déjà dépassé, avant même de devenir et être perçu comme hégémonique.
Plusieurs facteurs ont permis cet aveuglement collectif, à commencer par la contraction du temps : nécessitant des siècles de maturation suivis de décadence, les remplacements des systèmes socio-économiques et de leur superstructure idéologique s’accélèrent.
Cependant, les mécanismes de mise en place n’étaient pas encore rodés, ni intériorisés, et la superstructure idéologique (si tant peu a-t-elle jamais existé) se croyait une avant garde. 
Parallèlement, la techné dépourvue désormais de son alter ego antique, c’est à dire la création artistique et culturelle, donnait l’illusion, par l’inscription dans le livre universel et intemporel des inventions, que notre monde allait de l’avant et en toute allure.
Recordman toutes catégories de ce que l’homme a inventé depuis qu’il existe.  
Confondant l’inventivité avec les brevets, le progrès avec les licences d’exploitation, les richesses avec l’accumulation et l’art avec ses supports de distribution, la modernité, qui est un non-système dont la règle est l’indéterminé, le provisoire, le partiel  (L’âme de Hegel et les vaches du Wisconsin), transformait l’axe, la tendance lourde, de paupérisation massive et l’enrichissement hyper sélectif et concentré, en un non-lieu intemporel et exceptionnel, annonçant (comme toute idéologie millénariste) des temps futurs parfaits. Tandis que les entreprises ont de moins en moins le temps pour prouver leur efficacité sous peine de fusions acquisitions, de disparition ou de décrochage boursier, le système lui-même refuse la vérification depuis un demi siècle, usant du concept d’intemporalité.
Il transforme (sous la dénomination de la crise, c’est à dire d’un instant exceptionnel) son inefficacité structurelle en une avarie temporelle inattendue, segmentée mais passagère due aux effets pervers mais néanmoins momentanés de la dérégulation mais surtout aux résistances ici et là des États aux non-règles de cette dérégulation.

Cependant, pour continuer à fonctionner de la sorte face aux vérifications du temps, il faut devenir amnésique.
L’économiste (très) conservateur Samuel Brittan écrivait dans le non moins conservateur Financial Times (18/2/2005) : « Le consulting sur la façon de faire face aux régulateurs pourrait bien devenir l’activité connaissant la plus grande croissance. Le fait que des pays aussi divers que la Chine, l’Argentine, le Brésil et bien d’autres, prennent à nouveau des mesures régulatrices et qu’ils s’en tirent (bien) mieux que les autres devient la cause du tunnel intemporel  et non pas la solution à la tendance lourde de l’inefficacité néolibérale. Aujourd’hui, après la crise dans la crise, des voies s’élèvent pour reprendre le même discours. C’est là une caractéristique de toute religion monothéiste : la condition du bonheur consiste à son universalité et ne supporte aucune déviation hétérodoxe ».
Segmenter et rendre éphémère l’information devient ainsi un pari stratégique qui trouve au sein des médias mondialisés, paresseux et à l’action cyclique au mieux, au pire simples répétiteurs du dogme, un allié de taille : ce sont les premières structures à avoir, avec le plus petit dénominateur commun, réussi la mondialisation.
Il suffit pour cela de voir, chaque jour, les raisons servies pour indiquer les hauts et les bas de la bourse.
On peut aisément prendre les explications d’il y a cinq ans et les servir aujourd’hui, tant elles sont éphémères, fragmentées, axées sur l’insignifiant, le détail tactique anodin.
Ainsi, depuis les émissions exotiques, people, d’introspection télévisuelle jusqu’aux news hypnotiques et répétitifs, l’essentiel devient, en faisant la promotion de l’insignifiant, de promouvoir l’amnésie.
Ou de transformer la mémoire en nostalgie c’est-à-dire convertir subjectivement l’Histoire, la segmenter pour en faire un outil à l’usage de consommateurs compatissants.
Ce qui évite toute discussion sur les causes, les interactions, mais aussi une réflexion sur son propre sort.
Ce qui évite surtout de parler d’un présent chaotique structurel et d’un futur qui déchante.
Alors, dans ce micmac planétaire, quelle est donc la place d’une Eagle Speedster névrotique ?
Même pas du rêve, aucun espoir, pas même d’envie…
Juste le prétexte à une réflexion sur l’absurdité des choses et le pathétique de l’humain…
Pfffffffffffffffff !

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