Bien que l’utilisation facultative des charognes soit très commune chez les charognards, on connaît peu les facteurs qui en régissent les acquisitions…

Depuis quelques années je constate l’influence des caractéristiques et de l’état des carcasses ainsi que des conditions climatiques sur l’utilisation des charognes par les principaux charognards connus et inconnus qui envahissent peu à peu le monde.
J’ai suivi, par inspections systématiques, des charognes d’origines diverses (prédations, usures prématurées, morts naturelles, accidents, incidents, désaffections, vols, détournements, achats intempestifs, faillites, escroqueries), emportées à vil-prix, par des charognards divers œuvrant dans la jungle des affaires automobiles.

Dans la vraie nature, les grands corbeaux, les renards roux et les martres des pins d’Europe, utilisent les restes des proies des loups communs…, les proies tuées par ces prédateurs naturels sont les charognes de prédilection, préférées aux ongulés morts.
Les corbeaux, les buses variables, les pigargues à queue blanche et les chiens domestiques se nourrissent plus souvent de carcasses dans les habitats ouverts…, les carcasses dans les forêts sont surtout disponibles aux martres des pins d’Europe, aux geais des chênes et aux sangliers d’Eurasie sauvages.

La tendance commune de ces charognards naturels est d’augmenter l’utilisation des charognes lorsque la température décroît, excepté chez les chiens viverrins…, avec l’augmentation de la couche de neige, les geais et les mésanges charbonnières accroissent leur utilisation des charognes.
L’utilisation des charognes par les charognards naturels n’est donc pas aléatoire, elle est un processus complexe sous l’influence de facteurs extrinsèques et des adaptations comportementales des charognards.

L’homme n’a jamais été en reste sur la nature…, certains utilisent la manière de vivre des charognards pour amasser un maximum d’argent…, la voiture ne pourrait être qu’un moyen de transport, mais, pour certains, c’est aussi un objet d’admiration, une œuvre d’art qui se collectionne.
Dans ce monde pas si fermé des passionnés de vieilles voitures, les connaisseurs et les fouineurs ont toujours su réaliser des bénéfices intéressants, mais depuis quelques années, les charognards envahissent les foires automobiles, les shows de voitures anciennes et surtout les ventes aux enchères de voitures dites « de collection ».

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La France compte actuellement un peu plus de 430.000 voitures de plus de 30 ans, 200.000 collectionneurs et mille et un styles de collectionneurs…, de l’ancien garagiste qui veut se faire plaisir en retapant une épave, au milliardaire qui s’achète un château pour pouvoir garer ses trente voitures…, les profils sont variés… et l’éventail des prix très large.
Rien de comparable en effet entre une Ferrari proposée aux enchères à un prix record de 30 millions d’euros et une 2 CV pourrave négociable à 1.000 euros.

Ce hobby peut toutefois coûter plus cher qu’il ne rapporte, sauf dans le cas de séries limitées, comme la Peugeot Eclipse à toit métallique rétractable fabriquée à 70 exemplaires, ou comme une Maserati de course A6GCS de 1955…
Tous les propriétaires de voitures de collection ne sont pas, pour autant, des VIP, puisque 30 % d’entre eux déclarent un revenu annuel de 30.000 € et 7,8 % un revenu de plus de 90.000 €.

Ces vingt-cinq dernières années, le commerce de voitures anciennes n’a cessé de croître…, on estime que 20% des voitures de collection ont été vendues aux enchères…, parmi les voitures de collection, on distingue deux catégories : les vétérans et les classiques.
– Appelés « vintage cars » en anglais, les vétérans ont été construits entre 1919 et 1930…, aujourd’hui, seules les voitures rares et « exotiques », en bon état, sont encore vendues aux enchères.
– L’ère des vétérans a ensuite laissé place à l’ère des classiques…, selon les puristes, tels que le Classic Car Club of America, il s’agit de voitures particulièrement onéreuses, équipées d’accessoires de luxe, qui ont été produites en édition limitée entre 1925 et 1948…, l’Antique Automobile Club of America, quant à lui, définit comme classique tout véhicule de plus de 25 ans, produit en édition limitée.

Alfa Romeo, Bentley, Cadillac (et LaSalle), Delage, Delahaye, Duesenberg, Packard, Pierce Arrow et Rolls Royce comptent parmi les plus illustres marques d’oldtimers… et c’est une Packard Phaeton Custom Dietrich 1936 qui illustre cette chronique…
Durant les années 1920-1930 Packard est l’un des premiers constructeurs d’automobiles de luxe, il partage ce marché aux Etats-Unis avec l’autre grand qu’est Cadillac, c’est donc dans la démesure que ce constructeur va trouver son inspiration…, de plus il va être le premier au monde à mettre en série sur une voiture de tourisme un moteur 12 cylindres en V…, Cadillac fera mieux avec un 16 cylindres.

De nombreuses innovations apparaitront sur ce modèle : suspension avant à roues indépendantes et freins à commande hydrauliques sont les plus significatives…, Packard Motor Car Company disposait même d’un catalogue « custom » qui proposait aux clients des modèles originaux sans toutefois avoir recours à un carrossier qui aurait pu créer et exécuter un modèle unique mais a un coût encore beaucoup plus élevé…
C’est ainsi que, dès 1926, plusieurs types de carrosseries dues aux spécialistes américains tels Judkins, Fleetwood, Derham ou Holbrook apparaissent dans un catalogue spécial que le constructeur propose aux clients les plus fortunés et dans lequel ils peuvent trouver à peu près tout ce qu’ils désirent, ce sont des modèles très chers et très luxueusement équipés.

J’ai connu l’époque ou les ventes d’automobiles extraordinaires étaient l’apanage de quelques très gros « marchands », pas toujours très nets, mais disposant de beaucoup d’emphase, si pas d’un certain charisme, ainsi que de moyens financiers considérables…, je ne citerai ici aucun nom, par décence, et pour m’éviter des procès…
Toujours est-il, que cette profession a tellement évolué, que seuls subsistent des marchands d’envergure, du genre à ne proposer que des raretés à des prix stratosphériques.

Certains exposent dans des foires, d’autres font leur foire dans des expositions, telle RétroMobile à Paris, dont les tarifs de location d’espace équivalent à un appartement en bord de Seine…
D’autres ne font que de la publicité dans des magazines classieux, dénigrant les foires trop « populaires »…

La tendance qui réunit les uns et les autres, c’est de participer à des ventes aux enchères de voitures de collection…, c’est là, que se vendent, bien souvent, les voitures les plus exceptionnelles, entre lesquelles « on » place quelques « abordables », quelques raretés qui pourraient « décoller », et quelques valeurs sûres, comme les sempiternelles Mercedes des années cinquante et soixante…, les « Pagodes » étant les plus prisées.
Mais « on » profite de ces soi-disant « évènements » pour y disséminer quelques « improbables » et surtout diverses « épaves » et « merdes roulables » à des prix aussi stupéfiants que ce qui fait la fortune de mafieux et/ou d’industriels qui utilisent ce « système » pour blanchir leur noir…

Dans ces automobiles, certaines sont des « bêtes » de ventes aux enchères, c’est à dire des voitures un peu limite mais présentant bien sous presque toutes leurs formes…
L’air du temps veut qu’on les annonce sans « prix de réserve », histoire de laisser supposer aux candidats enchérisseurs qu’ils pourront faire l’affaire de leur vie…, le tout étant immortalisé en multiples vidéos destinées à « prouver » aux autorités fiscales et judiciaires que « tout était vrai et légal »…, même si plusieurs dizaines de millions d’euros pour de telles ferrailleries ne peut s’inscrire dans aucune autre logique d’autant que quasi toujours vendues « au téléphone »…, en ce sens, prête-noms, amis « sincères », intermédiaires « reconnus », marchands d’affaires, etc…, s’équivalent aux « parfaits inconnus » au téléphone, « officiellement soucieux » de parfaire des collections fantômes dans des pays « étrangers », très lointains, pour compte de « fondations » diverses (presque toujours obscures), musées engloutis dans l’Atlantide et autres joyeusetés…

Pourquoi « faire et défaire » les ventes aux enchères ?
C’est que les foires d’automobiles de collection ne rapportent quasi plus rien à personne, si ce n’est aux organisateurs…, la rumeur dit qu’on y tisse des liens d’affaire, qu’on y noue des contacts qui s’avèreront fructueux…, la réalité est que les exposants « lambda » (les pigeons), ne font qu’y perdre des montagnes d’argent en quasi pure perte, pour être assaillis de questions stupides proférées par des « ceusses » qui n’ont pas (ou plus) les moyens d’acheter quoique ce soit, toujours en retard d’une guerre, toujours croyant que c’est moins cher ailleurs.

Ce genre d’hurluberlu, finit invariablement par dénicher « la perle rare » au quart du prix de sa valeur supposée, et y dépense dix ans de salaire en un an, à moins que ce ne soit l’héritage de Tante Hortense…, au terme de cette « affaire » juteuse, généralement les hurluberlus tentent de revendre leur pièce rarissime à des « tocards » de seconde main qui ne sont que leurs clônes…
C’est pour cela qu’il y a pléthore de MGB et de Cox même pas cabrio, c’est pour cela aussi que des « zines » font l’éloge des Renault 16 et des Peugeot 404 afin que les « journaleux » de service (de sévices) puissent se payer une réplique de Cobra plastique…, bref, ce n’est pas dans cette faune que fortune pourra être faite !

Actuellement (depuis début 2016), la « valeur phare » c’est Porsche, surtout les basiques 912 et 911 des débuts en version hyper bas de gamme (elles sont plus légères donc vont plus vite), les fumeuses (elles fument et enfument) que des malades mentaux, fanatiques de rallyes de misères, transformaient en fausses Turbo 930 grâce à des kits plastiques pré-fendillés…
Ces quart-mondistes-automobile vouant une dévotion nazificatrice à Heer Doktor Porsche, passent dès-lors leurs temps libres à redonner l’aspect stupidement basique originel à leurs « fausses bêtes de rallye »

Les Forums croulent sous les messages de nigauds-niais se vantant de terminer la restauration de leur rarissime 912 (4 cylindres VW) ou de leur fantastique 911 T… et les prix s’affichent à des sommets…, une 912 qui ressemblait à une 930 Turbo fardée « pute », greffée d’un 6cyl 2L anémique… devient miraculeusement une 911 châssis court « estimée » 160.000 euros…
Le message est : « Il faut se dépécher d’en acheter une à tout prix, c’est impératif, car c’est une valeur sûre »…

En réalité il y a deux ans, pour 10.000 euros c’était invendable…, le plus « rigolo » c’est que à 10.000 ou à 160.000 ça reste toujours une porscherie débile à conduire, qui donne l’impression que vous êtes un porschiste fauché sans moyens d’acheter une plus récente…
Pourtant, certains réussissent à « placer » l’une ou l’autre de leurs « choses » dans une vente aux enchères, et pas que pour les ventes les plus courantes, celles annoncés par une simple affiche blanche : « Succession de Monsieur X, dispersion de la collection de monsieur Z »…, un capharnaüm.

A Monaco, refuge des grands prédateurs (et prédatrices, celles-ci visant les grands prédateurs qui eux doivent se mouiller en risquant leur liberté dans diverses affaires qui font la « une » des magazines internationaux), quatre grandes compagnies organisaient chacune une vente aux enchères, le même jour, peu avant le Grand-Prix de Formule 1…, c’était du temps ou on croyait encore que Monaco pouvait rapporter gros…
– Bonhams se réservait le musée du Prince, situé au dessus du centre commercial de Fontvieille ou se situe le grand magasin Carrefour…
– Coys s’installait dans le chapiteau fixe du cirque, à coté de l’héliport.
– Artcurial ne pouvait qu’utiliser le Hall d’exposition jouxtant « la boîte à Régine »…,
– RM reprendra l’emplacement lorsqu’Artcurial déclarera forfait…

Quatre styles, quatre ambiances différentes, mais le même « manège »…, les voitures étaient dispersées dans un vaste espace, tandis que les bibelots d’automobilia et le tout venant étaient rassemblés dans un espace déterminé.
Lorsque Coys a fini par n’avoir que 40 personnes « au cirque », dont aucune n’était enchérisseur du moindre euro (ce n’étaient que les propriétaires des voitures « à vendre »), tout le gratin des exploiteurs a compris que Monaco « c’était mort de mort »…

Les « morts » avaient mis à nu leurs entrailles : leurs objets automobiles gisaient en désordre comme des dépouilles aux os blanchis…
Coys en déroute, les « trois grands » ont dès-lors migré vers Paris, se disputant les trois seules « places » capables d’allier grand espace et prestige… Artcurial  s’est installé à Rétromobile, Bonhams au Grand-Palais, RM au hasard…

Rétromobile c’est le jackpot…, valises d’outillages aux cuirs machouillés par le temps, assiettes de pique-nique fêlées, médailles et coupes de rallyes divers, une photo du Maréchal Pétain dans une vieille auto indéterminée, des cartons de livres et magazines automobiles…, quelques affiches de Grands-Prix, trois voitures à pédales pour enfants…, et bagnoles diverses…, tout y est offert à des prix stratosphériques pour une seconde vie.

Ce bric-à-brac, constitue les charognes automobiles…, au milieu d’autres cadavres plus pimpants, capables de perdurer plusieurs vies et de survivre à tous leurs propriétaires successifs…
Tout cela se situe au-delà des croque-morts car tout est en place pour que les charognards se disputent les restes des défunts supposés.

Les charognards examinent d’un œil distrait, discret, évaluant in petto le prix de revente possible…, ils lorgnent sur les confrères, faux amis, vrais vautours alléchés par les mêmes proies.
Ils sont là dans leur rôle de charognards pour débarrasser les réserves des marchands (vrais et faux) et du commissaire-priseur le plus emblématique de l’univers…, ce sont des collectionneurs fortunés, des experts en automobiles d’exception, des revendeurs-garagistes spécialisés, des marchands d’épaves de luxe, des brocanteurs d’automobilia à la gouaille teintée d’un accent typique… et j’en passe volontairement pour ne pas sombrer dans les égouts…

Il y a aussi des exilés du quart-monde automobile, au timbre sonore rocailleux…, qui apostrophent et interpellent les chalands qui viennent ici repérer la nouvelle pièce collectionnable qui les flattera dans leurs choix d’amateurs éclairés, tous, riches et semi-pauvres, notent sur un petit carnet, soigneusement…, c’est leur petit argus.
Il y a aussi le passant, qui est entré parce qu’il a vu du monde, l’indifférent, ici ou ailleurs qui ne participe pas à la cérémonie…
Il y a aussi quelques habitués en quête de « bonnes affaires » que les commis saluent respectueusement, parce qu’ils sont des habitués qui s’encanaillent parmi les charognards, entrant avec un délice contenu dans un jeu dont les protagonistes n’ont pas toujours les moyens financiers de leur personnage.

Les habitués achèteront uniquement au cours de la vente, sans aucun doute : peut être trouveront ils « encore » cette maaaaaaagniiiiifiiiiiique Mercedes Pagode 280SL bleue « nuit » boîte manuelle qui se vend toujours si facilement dans les foires pour trois fois rien…
Ruinés ou mythomanes, ils s’inventent une vie, une famille, des visages…, ils vivent dans leurs rêves en commentant les rêves supposés des autres.

C’est dans cette foire que s’est donc greffé « la vente » aux ench€re$ en passe d’être la plus mythique de l’univers connu : « Artcurial à Rétromobile »…
La vente commence, les chaises sont toutes occupées, Hervé Poulain, le commissaire-priseur trône devant son pupitre, l’ivoire à la main, lançant les enchères, l’œil brillant, rebondissant d’une main à l’autre, archéologue du mouvement d’approbation, il butine les visages pour trouver l’enchère, grimace lorsque tout le monde se tait, tonitruant pour réclamer le recueillement avant l’absolution, sa voix s’aiguise avec les belles enchères, celles qui dépassent l’estimation, il volette de plus en plus vite, hochant la tête, droite, gauche, le marteau suspendu, guettant le paroxysme, la lutte, la salle murmure, les voix ne se taisent plus alors s’abat la masse d’ivoire et retentit le bruit sourd et sanctificateur de la clôture de l’enchère : J’adjuge…
Ite missa est.

Je voue une certaine passion pour les voitures rares et anciennes.
« L’Excellence » de la vente aux enchères, c’est officiellement un savant mélange de passion, de travail acharné, de bonne gestion du temps, ainsi que de capacité à s’entourer des meilleurs artisans… en réalité c’est du « bazar » qui semble calqué sur un Bar-à-Putes de luxe ou viennent s’encanailler les gogos-friqués !

Mes origines en cette matière, sont toutes autres, mon Grand-père maternel se nommait Paul Imbert, c’était un garagiste spécialisé en motos et cycles qui a tenu une place essentielle dans ma vie, c’était un ouvrier hors pair qui m’a transmis sa conscience professionnelle…, j’ai grandi dans cet esprit-là, mélangé avec l’ambiance « antiquaire » de mes Grands-parents paternels.
Lorsqu’une chose ou un domaine m’est inconnu, je commence par faire ce qui me semble approprié…, je cherche, j’enquête, je questionne et je collecte…, tant que le résultat n’est pas parfait, je m’évertue à peaufiner jusqu’à obtenir entière satisfaction.

Dans le but d’en connaître toujours plus, j’ai manœuvré pour m’entretenir avec Rob Meyers de RM-Auctions qui m’a juré ses grands dieux qu’il ne cachait absolument pas son jeu !
En réalité, son jeu c’est de gagner un maximum d’argent grâce aux ventes aux enchères d’automobiles de collection…, sa devise : « Lorsque la passion, la détermination et le perfectionnisme sont transmis, on ne se contente plus que du meilleur ».

– Hello, parlez-moi de votre entreprise, RM-Auctions, ou se situe-t’elle dans cet immense panier de crabe ?
– Chez nos concurrents, on trouve certaines personnes qui excellent dans leur travail, mais qui ne trouveraient pas forcément leur place au sein de mon entreprise. Toutefois, il m’arrive de rencontrer une personne très compétente, déjà forte d’une certaine expérience dans le métier. Dans un premier temps, il me faut construire une relation avec cette personne, en vue de lui soumettre par la suite une offre de collaboration. Au cours de mes déplacements, j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de jeunes gens très enthousiastes. Mais encore faut-il déceler leur talent et leur potentiel. Il s’agit ensuite de les former, de sorte qu’ils évoluent avec l’entreprise et acquièrent les qualifications nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. Parmi mes collaborateurs, certains débutaient dans le secteur lorsqu’ils ont intégré mon équipe, je les aide à contribuer au succès de ma société par le biais de formations continues.

– Comment avez-vous acquis cette sorte de savoir-faire global, qui est essentiel dans les grandes escroqueries planétaires ?
– J’ai de nombreux collaborateurs expérimentés et compétents qui travaillent au sein du siège principal de mon entreprise, mais aussi dans les filiales. Mon entreprise existe depuis plus de 30 ans ; durant cette période, j’ai collecté un trésor de connaissances sur l’histoire de l’automobile de collection, sur les clients et sur le secteur dans son ensemble. Au final, RM Auctions est une sorte de banque de données mondiale. Si nous sommes à la recherche d’une pièce de Mercedes-Benz, par exemple, nous pouvons consulter une liste de contacts et de partenaires de longue date, possédant des pièces Mercedes de qualité. Et si ces derniers n’en n’ont plus en stock, ils pourront sûrement nous aider à les trouver. Quand on est sur le marché depuis aussi longtemps et que l’on jouit d’une excellente réputation grâce au travail fourni, les recommandations ne manquent pas. Atteindre un tel niveau nécessite un véritable travail d’équipe.

– Justement, quelle est l’importance du travail d’équipe et du partenariat dans votre domaine ?
– Le travail d’équipe est d’une importance primordiale, tant à l’interne que sur le terrain. On pourrait comparer cela à une équipe de football, dans laquelle tous les joueurs poursuivent le même objectif, à savoir gagner. Chez RM Auctions, les collaborateurs ont cette même vision des choses. Nous formons une équipe solide, qui s’est construite autour d’un objectif commun !

– Gagner un maximum d’argent ?
– Oui, il y a ça, bien sur, mais ne soyez pas impertinent, c’est pour proposer à nos clients les voitures les plus prestigieuses, ainsi que les meilleures prestations, afin qu’ils aient envie de refaire appel à nos services. Il en va de même pour ce qui est de la partie restauration de l’entreprise. Nous partageons le même but: être les meilleurs dans notre métier, dans le monde entier. Quand nous vendons un véhicule, nous ne nous contentons pas de satisfaire les exigences de nos clients, nous voulons les dépasser.

– Lors d’une virée, un de vos collaborateurs a fini dans le fossé avec votre AC Cobra de 1965. Pourtant, il travaille toujours pour vous. Quelle attitude adoptez-vous envers vos collaborateurs ?
– Tout le monde fait des erreurs, et il serait faux de ne pas y prêter attention. Ce collaborateur était encore très jeune à l’époque où c’est arrivé, mais il travaillait chez nous depuis l’âge de 17 ans. Entre-temps, il est devenu un collaborateur très précieux et fidèle. Il a eu un blâme, bien sûr, mais nous avons convenu que cela ne se reproduirait plus. Par chance, la voiture n’a pas été endommagée et personne n’a été blessé. C’était une leçon, rude certes, mais très constructive.

– Joseph Cassini III, un juge du New Jersey, a acheté en tout 20 voitures via RM et a déclaré : « Avec les voitures de Myers, on voit tout de suite la différence. Les fentes des portières, les capotes, les sièges, tout est parfait ». Comment parvenez-vous à répondre aux exigences très élevées de vos clients ?
– Nous savons ce que signifie la perfection. L’équipe de RM possède l’expérience et le savoir-faire nécessaires pour atteindre les objectifs correspondants. Monsieur Cassini rêvait de trouver la voiture qui serait capable de remporter le titre de «Best of Show» lors du Concours d’élégance de Pebble Beach, le show de voitures de collection le plus prestigieux du monde. Un collectionneur aussi averti que M. Cassini suit nos recommandations à la lettre et s’en remet entièrement à notre entreprise et à nos compétences.

– C’est très utile d’avoir un tel juge dans sa manche…, non ?
– Je lui ai déniché une lauréate potentielle: une Horch 835A Cabriolet de 1938, extrêmement rare. Je lui ai conseillé d’acheter ce véhicule qui avait été restauré par nos soins, parce que nous savions qu’elle avait d’excellentes chances de remporter le concours de Pebble Beach, ce qu’elle fit. Une voiture décorée d’un tel titre constitue un formidable investissement, car sa valeur croît continuellement. Monsieur Cassini compte beaucoup sur nos recommandations, et sur nous, pour obtenir les meilleurs conseils. Nos clients apprécient la qualité de nos relations, qui se soldent souvent par une véritable amitié. Il s’agit là de l’une des clés de notre succès.

– Tout repose donc sur la confiance entre gens du même monde ayant les mêmes objectifs ?
– Il s’agit de mettre en place des relations stables, tant avec les collaborateurs qu’avec les clients. Je ne répéterai jamais assez combien il est important de construire des relations solides. Parfois, cela peut prendre de nombreuses années. La manière dont vous les bâtissez va déterminer si votre réputation sera bonne, excellente ou mauvaise. RM s’est incontestablement forgé la meilleure réputation dans le secteur. Et nous tenons à la conserver, tant par la manière de diriger notre entreprise que par la façon dont nous traitons nos clients. Parfois, cela peut nous amener à faire preuve d’une franchise impitoyable envers nos clients, même s’ils n’ont pas envie d’entendre ce qu’on se doit de leur dire. Il nous est arrivé de refuser la restauration d’un véhicule, car nous avions le sentiment que ce serait une erreur. Dans ce cas, nous proposons nos services au client pour l’aider à trouver un autre véhicule, un meilleur objet d’investissement ou une voiture du même type, dans un meilleur état. Notre réputation repose sur la qualité de nos conseils.

– En 1998, vous avez découvert une Packard Custom Dietrich de 1934. Une aventure passionnante. Voulez-vous me la raconter, d’autant que j’ai possédé cette même année une Packard Custom Dietrich de 1936 que j’avais placé dans une vente à Paris ? Je vais placer des photos de cette voiture en illustration de cet article car si je place les voitures dont je cause, les responsables pourraient m’en vouloir d’être trop explicite…
– Il n’existait que quatre exemplaires de ces Packard’s dotées d’une carrosserie Dietrich, dont trois avaient officiellement survécu. Toutefois, la rumeur courait que le quatrième modèle existait encore quelque part. Des connaissances nous ont fait savoir qu’elle était cachée en Belgique et que son propriétaire venait de quitter notre monde. J’ai rencontré la famille du mort dans la maison familiale et j’ai appris que la quatrième voiture était bel et bien en Belgique, dans le garage d’un éditeur-collectionneur ! C’était vous ? Je comprends pourquoi c’est cette voiture qui va servir d’illustration… Vous êtres pervers !

– Pas de commentaire… D’illeurs, je m’en f… En 2006, vous avez vendu l’Aston Martin DB5 de 1965, vue dans les James Bond « Opération Tonnerre » et « Goldfinger », pour plus de 2 millions de dollars. Plusieurs Aston Martin ont été vendues chez Bonhams et chez Coys pour des montants astronomiques…
– Nous avons déjà vendu aux enchères de nombreuses voitures de films célèbres ou ayant appartenu à des gens célèbres, mais la DB5 est incontestablement celle qui a suscité le plus grand intérêt sur le plan international. Elle est de loin la voiture la plus renommée du monde, et son parcours est fascinant. La voiture a été utilisée dans le cadre d’activités de relations publiques et tout son équipement spécial a effectivement fonctionné ! C’est une voiture véritablement unique, dont la valeur promet encore de grimper. Un véritable mythe de l’histoire automobile !

– Vous avez déclaré un jour : Lorsque nous parlons de voitures qui ont du sex-appeal, nous employons les mêmes termes que pour décrire une personne… Selon vous, quelle automobile possède le plus de sex-appeal ?
– On trouve de nombreuses voitures de collection dotées d’un certain sex-appeal. Dans les années 1930 et 1940, un constructeur de carrosseries français, Delahaye, a construit de splendides modèles en art déco, qui présentaient, pour leur époque, des silhouettes incurvées, très érotiques. Ferrari avait également construit quelques exemplaires aux formes éblouissantes, notamment des modèles rares pourvus d’une carrosserie spéciale fabriquée à la main. Les très belles automobiles signées Zagato et Duesenberg datant des années 30 sont incroyablement séduisantes toutes des réalisations spéciales, conçues pour des personnalités riches et célèbres. Quelle voiture a le plus de sex-appeal ? Tout dépend des jours, je change d’avis quotidiennement !

– Dans le privé, vous ne conduisez pas de voitures de collection. Pour quelle raison ? Est-ce parce qu’elles tombent en panne ?
– Mon métier m’amène régulièrement à conduire des véhicules de collection. Nous possédons de nombreuses voitures en stock et je me retrouve souvent à leur volant pour effectuer des essais sur route. Il m’est arrivé de conduire une Oldsmobile de 1910 pendant quelques semaines, ce qui m’avait beaucoup plu. Il y a deux ans, j’ai également conduit une Bugatti Type 57 plusieurs mois durant. J’aime acheter et vendre des voitures de collection, et en tirer du profit. Mais mes principes m’obligent également à assumer la responsabilité de répondre aux desideratas et aux besoins de mes clients. Je suis encore très jeune. Lorsque je serai à la retraite, je me constituerai ma propre collection, comme vous. Mais d’ici là, cela reste un business qui me permet de gagner ma vie et me confère une position fort enviable: aider les clients à se faire plaisir. Nous faisons la connaissance de personnes intéressantes et fantastiques, venant des quatre coins du globe. Nous officions dans un secteur qui sort de l’ordinaire, et cela rend notre travail extraordinaire.

– En mai 2007, la première vente aux enchères RM d’Europe a été organisée en Italie, dans l’usine Maranello de Ferrari. Qu’attendiez-vous de cet événement ?
– RM a organisé, en association avec la société internationale de ventes aux enchères Sotheby’s et la légendaire marque Ferrari, une vente aux enchères de Ferrari exceptionnelles et de divers articles de collection. Nous avons rencontré des clients et des vendeurs potentiels qui possèdent de fantastiques collections de Ferrari. La vente aux enchères fut, en outre, l’occasion unique pour les propriétaires de vendre leurs Ferrari de collection au sein de l’usine même, à Maranello. Cette manifestation conjointe a constitué une prestation qui a joué un rôle majeur dans la consolidation de notre réussite, mais également l’occasion rêvée pour les propriétaires de Ferrari de se réunir en ce lieu mondialement connu, notre éventail comprenait une célèbre Ferrari 512 S de 1970, au palmarès impressionnant, une Ferrari 275 GTB/4 de 1966, dans un état d’origine remarquable, ainsi que le prototype original de la Ferrari F40 de 1987, la dernière automobile construite sous la direction d’Enzo Ferrari. Ce fut l’événement majeur dans le monde de la vente aux enchères.

– Outre l’automobile, quelles sont vos passions ?
– L’hôtel RetroSuites que j’ai fait construire à Chatham, au Canada. C’est une bâtisse étonnante, que l’on pourrait qualifier d’éclectique. En réalité, c’est plus une passion qu’un passe-temps. L’hôtel est vraiment unique en son genre. En combinant des éléments du style d’origine et d’autres à caractère décoratif, j’ai pu créer un établissement doté des chambres d’hôtel les plus belles qui soient. Ce qui m’a également permis d’exprimer ma fibre artistique, c’est une véritable passion.

– Qu’est-ce que l’Excellence, selon vous ?
– Chacun de nous a un but. Pour moi, l’Excellence est la conscience d’avoir donné le meilleur de moi-même et d’avoir atteint mes objectifs. Cette certitude, je l’ai lorsque nos clients nous recommandent, mais également lorsque mes collaborateurs me disent qu’ils aiment leur travail et qu’ils sont heureux de s’y rendre le matin. On peut dire que j’ai atteint l’Excellence avec ma société. Quel noble sentiment que de savoir que nos collaborateurs éprouvent du plaisir à accomplir les tâches qui leur sont assignées, qu’ils apprécient leur cadre de travail, ainsi que les challenges auxquels ils sont confrontés. Si vous réussissez à transformer le travail en plaisir pour vous-même et vos collaborateurs, vous avez atteint le stade de l’Excellence. L’Excellence, c’est un savant mélange de passion, de travail acharné, de bonne gestion du temps, ainsi que de capacité à s’entourer des meilleurs collaborateurs. Nous sommes ambitieux par passion. Et si l’on ne désire pas une chose avec suffisamment d’ardeur, on ne parviendra pas à l’atteindre. Je suis moi-même quelqu’un d’extrêmement ambitieux. Quand on veut quelque chose, il faut mettre en œuvre tout ce qui est en son pouvoir, jusqu’à ce qu’on réussisse à l’obtenir. Continuez à progresser vers le haut de gamme, vos voitures de collection sont fantastiques, de même que votre exceptionnelle Pierce Arrow 1933 dont il ne subsiste que quelques exemplaires. Et la Packard, là… c’est de l’Excellence. Ne vous perdez plus moralement dans des shows ou ne viennent que des curieux, allez à l’essentiel vers des gens qui vous apprécient…