C’est grave docteur ?
Mémoires d’un malade d’automobiles extraordinaires, atteint de « collectionnite-aigüe »…
Écrire d’automobiles extraordinaire n’est pas un sujet facile, dans certains aspects, particulièrement la « collectionnite-aigüe » qui est quasiment un état psychologique déviant, une maladie qui est pourtant répandue dans le monde des voitures anciennes.
Et avant de vous narrer mon expérience car ayant vécu cette maladie, je me suis posé mille questions sur le cheminement m’y ayant amené, tout heureux d’avoir pu m’en désembourber partiellement.
Prêt à revenir sur des moments douloureux, avec une franchise me déconcertant moi-même, j’ai résolu  de vous raconter ma maladie, mon lent cheminement vers la folie, le choc salutaire me ramenant aux réalités…, puis une semi-guérison.

C’est comme si je n’avais pas vraiment vécu pendant tout ce temps.
J’ai eu le premier choc à 15 ans, puis la maladie s’est développée pendant 40 ans, donc c’est très long, j’ai l’impression de ne m’en être jamais remis et que c’est seulement maintenant, depuis 12 ans que j’arrive à travailler sur moi-même et à en parler.
Je ne sais plus vraiment comment, ni pourquoi c’est arrivé, juste le souvenir d’avoir lu divers magazines automobiles…, mais si à cette époque j’avais besoin de tourner les pages, il y a 12 ans j’ai eu envie de tourner la page, d’évacuer.
J’étais devant une feuille de papier blanche…, j’ai pris un stylo… et j’ai commencé à tapoter sur le clavier de mon ordinateur.
Seul. J’avais 12 ans de moins.
Aujourd’hui j’en ai 12 ans de plus, donc cette rédemption m’a pris 12 ans, si je compte bien, car au solde de ce périple introspectif, j’ai crainte de mal compter le temps passé… 
Quand j’étais au début de ma maladie, tomber sur un magazine, sur un livre, sur un article traitant de ce sujet ne m’aidait pas à comprendre pas mal de choses, au contraire, cela me donnait envie d’être de plus en plus malade en ayant les moyens d’acheter des automobiles extraordinaires…
Je ne m’en relevais pas, je me noyais dans les mots et phrases, je m’extasiais devant les photos…
Et puis, j’ai pu acheter ma première automobile, une Renault Dauphine d’occasion…

Elle fut suivie d’une Mazda 1200 coupé acquise neuve au garage Massin de Tournai, puis par une Morgan 1600 4/4 Compétition (la première fois ou je me suis senti roulé dans l’huile de vidange, car elle n’avait que 2 roues motrices et n’avait rien de compétition qu’un 4 cylindres poussif de Ford Cortina, même pas GT)… acquise à crédit auprès de l’importateur fantasque de cette marque, Jacques Elleboudt à Bruxelles.
  

Inconscient, j’ai échangé cette bêtise qui prenait l’eau de partout, qui « buait », chauffait, dérapait, cirait, crénelait, hurlait et détonait (j’en passe pour abréger), contre une Mustang Boss 302 jaune qui était vendue par un extraordinaire filou, Charles Jorion…
Je n’ai vécu que des problèmes avec cette voiture que j’ai décrit dans un article qui a fait le tour du monde…, car au retour d’un voyage sur la cote d’Azur, elle a explosé… (Joies et malheurs en Boss 302 (1969) et Shelby GT 350 (1970)…)
Charles Jorion m’a demandé je ne sais plus combien entre la valeur du reste de cet engin apocalyptique et une Shelby GT350 cabriolet, avec laquelle je n’ai eu que des plaisirs…, jusqu’au jour ou je me suis rendu compte qu’une Opel Manta GT marchait plus fort…

La suite, ce sont plusieurs centaines d’automobiles dont je n’ai le souvenir qu’en ouvrant mes vieux albums photos…
J’ai l’impression maintenant que c’est Quelqu’un d’autre…, que j’étais Quelqu’un d’autre, que c’était une autre vie…
J’ai pourtant gardé en tête beaucoup de souvenirs de cette période de ma vie.
Bon, c’est vrai, je m’en suis pris plein la gueule.
C’est normal, j’étais impossible à vivre tout comme mes voitures l’étaient aussi… de plus en plus au plus elles étaient chères…
Je garde toutefois un souvenir impérissable dans un coin de ma tête, mes aventures en Panther J72 que j’avais mis en vedette pour la promotion d’un livre et qui aidait à celle des journaux que je m’étais mis en tête (confusion mentale, chocs dans la dite tête) d’éditer…
La Shelby GT350 y figurait aussi…

Je pense que si ça leur a fait du bien que je paye cette exagération…, ça m’a fait aussi beaucoup de bien pour m’aider à sortir de la naïveté béate des Ferraristes Tifosi et autres collectionneurs guindés, snobs, prétentieux, abjects et crétins…
Le début de la fin arriva en cause d’une Ferrari que j’avais mis en entretien chez Jacques Swaters, concessionnaire Ferrari à Bruxelles, surtout à cause de l’importance excessive de la facture et des remarques désobligeantes de son vendeur Philippe Lambswert….
J’ai l’impression maintenant que les choses sont à plat…
Il y a eu beaucoup de non-dits, donc grâce à ça, j’ai pu m’exprimer et commencer à guérir…
Mais, le plus bizarre, c’est qu’on ne s’est pas retrouvé pour en discuter.
Mais d’un côté, je crois que tout le monde avait envie de tourner la page.
Mes parents, je n’ai jamais vraiment su ce qu’ils avaient enduré pendant ma maladie automobile, je ne savais pas qu’ils avaient hésité à m’hospitaliser, par exemple !
En fait, c’est une maladie très taboue, il y a beaucoup de préjugés, d’étiquettes.
Il y en a qui s’en sortent, d’autres pas.
Moi j’ai eu la chance de m’en sortir, à 80 % du moins.
J’ai des amis qui ne savent même pas que j’ai été malade des automobiles, le pseudo Quelqu’un, c’est pour me protéger, dans la vraie vie on me connait en tant que Patrice De Bruyne, éditeur de Chromes&Flammes, un magazine lançé en 1979 et que j’ai vendu il y a plus de 10 ans…

Je continue à me renseigner, à rencontrer des experts.
Je ne le sais pas encore bien aujourd’hui comment je suis devenu collectionneur d’automobiles de collection…
Le plus récent m’a proposé une hypothèse…
Je ne sais pas si c’est dû à ça…
Il y a toujours une cause à tout, c’est peut-être sexuel…, je ne sais pas.
J’aimerais bien moi-même savoir pourquoi.
Pourquoi c’est tombé sur moi.
Les symptômes psychologiques se sont mis en place petit à petit ; je suis devenu collectionneur insidieusement dans un cercle vicieux, c’est horrible !
C’était plus une réaction totalement inconsciente.
Je ne me rendais pas compte que ça allait aller aussi loin !
Cela a peut-être été déclencher par quelque chose de latent.
C’est compliqué.
Je ne sais pas si je le saurai un jour.
Ça aide d’avoir des réponses claires, mais je ne suis pas sûr d’en obtenir.

Je me dis que si je l’ai vécu, c’est que je devais le vivre.
Maintenant, je suis un peu fataliste.
Avant mes 15 ans, cela ne m’était jamais arrivé, j’adorais la vie, je pétillais, je faisais rire tout le monde.
Mais traverser cette maladie m’a appris à être plus fort.
Maintenant j’essaye d’être plus positif même si je suis un peu plus sombre et déjanté entre deux…
Je redeviens un peu comme avant !
Mais doucement.
J’ai encore l’impression d’avoir un poids à porter.
Mais ça s’évacue au fil des années, petit à petit.
Aussi parce que je fais un travail sur moi-même.
Alors, je me dis que bientôt ça va être le top !
Pourtant, c’est maintenant que je sens que je vis vraiment.

Il n’y a pas longtemps, j’ai réalisé un reportage photo dans un show d’automobiles de collection…, ce reportage faisait suite à un autre qui lui même découlait d’un précédent et ainsi de suite depuis que j’ai un ordinateur et que je sais m’en servir…, ça ne m’a pas réussi.
Trop dur.
Je voyais les autres collectionneurs en larmes…
J’avais l’impression de revivre ce que j’avais vécu.
J’ai arrêté.
C’était trop tôt, je crois.
C’est une maladie qui ne se vit pas seul, parce qu’il y a beaucoup de mensonges et que comme on ne sait pas se mentir à soi-même sauf d’avoir des gènes féminins…, il est utile de mentir aux autres et d’écouter religieusement leurs mensonges et délires…
Surtout quand il s’agit pour un collectionneur, de vendre…
Un collectionneur, surtout marchand, est près à tout pour vendre…, Richard Nixon puis Georges W.Bush, de même que presque tous les politiciens, sont les maîtres à penser et à agir de tous les marchands automobiles.
Leurs mensonges sont étudiés, calqués, reproduits fidèlement… et ça marche…
C’est ce qui est fou, je n’arrive pas à comprendre.
Mon médecin me disait que cette folie place le collectionneur entre la vie et la mort !
Mais moi, j’étais limite.
Quand il me disait : Tu vas y rester…, ça me faisait presque plaisir, parce que j’avais fait un long chemin dans le monde de l’automobile, tirant la quintessence de mes milliers d’expériences, dans des expériences vécues…

Ma période Chromes&Flammes et Calandres m’y a beaucoup aidé car je recevais chaque semaine des dizaines de voitures à tester….
C’était vraiment vicieux.
Je ne me rendais pas compte jusqu’où j’allais aller, du mal que je me faisais et que je faisais aux autres en écrivant très exactement mes ressentis…
Je pense que je suis responsable de quelques suicides de Tifosi, peut-être même ais-je hâté la mort du Commendatore en personne qui ne s’est jamais remis de mes articles sur la Ferrari 250GTO Favre-Garnier…
J’allais vraiment trop loin, je crois…, mais en même temps je n’allais pas assez loin…
Le rythme de mon cœur diminuait… et voilà…, j’ai failli y rester.
J’étais entre la vie et la mort… et j’ai dû avoir un sursaut, le sursaut où je me suis dit : Mais qu’est-ce que tu fais ? C’est pas assez, vas-y, fonce, déchaine-toi ! 
Ce sont des souvenirs dont j’ai gardé beaucoup de détails que je publie dans www.GatsbyOnline.com.

Je m’estime guéri à 80 % de la « collectionnite aigüe…
Je ne sais pas si on peut en guérir complètement un jour.
Je ne pense pas.
J’aurai toujours des fragilités.
Par exemple, je n’ai pu résister à acheter d’autres conneries qui pourtant ne manquaient pas à mon bonheur…
Mais en toute franchise, je préfère rouler en Smart (1998 Smart City Coupé Brabus, un « collector » ! )…, c’est moins compliqué et beaucoup moins coûteux en tout…, à la limite, c’est même plus amusant et il y a plus de place que dans une Corvette…

De ma période « collection » il me reste beaucoup trop d’automobiles extraordinaires dont je ne sais plus que faire…
Je collectionne comme je mange, normalement… mais c’est comme si je devenais végétarien…
Je vais surement en garder des séquelles, physiques principalement, mais morales aussi, pour toutes les fois ou j’ai été obligé de raconter des histoires absurdes à des pauvres hères qui avaient contracté la maladie.
J’ai beaucoup de problèmes moraux suite à tout cela. 
Je dois me préserver, un pneu peu !
Là, je me suis stabilisé à une vingtaine d’autos inutiles, donc ça va.
Mais j’ai peur de rechuter, parce que je sais ce que c’est.
Même si tout le travail que je fais, maintenant, par l’écriture qui est une thérapie…, c’est plus difficile que la période de « Collectionnite aigüe » en tant que telle : je suis vraiment conscient de ce que j’ai vécu et j’en bave encore plus.
C’est dur de se confronter à la réalité, d’avoir une vie normale.

Mais je ne sais pas s’ils me voient encore comme collectionneur ou comme « moi », tel que je suis vraiment.
Divers lecteurs de GatsbyOnline sont des ex-lecteurs de Chromes&Flammes, certains m’ont envoyé leurs témoignages.
Que pourrais-je dire en conclusion de cet article foncièrement stupide parce qu’idiot, irréel et totalement con et déjanté ?
Que vous n’êtes pas tout seuls.
Que certains s’en sortent.
Il n’y a pas de remède miracle, chacun trouve ses propres ressources.
Moi, la médecine classique ne m’a pas aidé, j’ai dû me tourner vers d’autres méthodes…
Mais ça dépend de chacun.

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