D’abord la route pour y aller…, à 4 heures de Bruxelles, à 7 heures de Paris, à…. plus pour les autres…
L’auto-radio crache les premières notes de « The end » des Doors, électrisantes, égrenées comme un compte à rebours avant qu’un déluge d’ennui embrase mon cerveau, carbonise mes rétines, consume ma chair et mes ardeurs…
Je fond, je me tord, je m’échine, étourdi de désespoir, tourmenté par mes souvenirs et mes démons jusqu’à une fièvre immanente, le temps de ce voyage vers un prétendu absolu, vers le « Kolozal und wunderbar » Essen Show, le royaume, renégat et démiurge de l’automobile ancienne pure et primitive (celle du péché des hommes), ogresse exaltée qu’il me faut pouvoir admirer encore…, avant que je me rende compte que le monde n’est plus en crise, mais que le monde a changé… pour longtemps !
La passion des vieilles choses ne cadre pas avec l’extase voluptueuse que crèe de beaux corps féminins jeunes et dévétus… alors que la passion des vieilles mécaniques, ainsi sommairement défini, reste un mystère insoluble, une folie qui se transcendre dans la démence de la « collectionnite » !
La démence est le privilège des fous, des illuminés, seuls capables d’appréhender et de comprendre un monde qui ne ressemble plus à rien, qui n’est plus qu’un tumulte dantesque, mythique, bouillonnant de sang et d’obscénités.
« And all the children are insane »…, scande Morrison de sa voix camée dans les haut-parleurs de la voiture qui m’emmène au loin…
Je devrais être en transe, halluciné, envoûté, déchiqueté, d’aller vivre une aventure pleine de bruit et de fureur, dans une odyssée allégorique sur la découverte de mon-moi oublié, dans une réflexion sur les ravages de la quète d’inutilités basiques…
Que nenni !

Quand enfin, au terme de mon périple, je parviens aux entrailles de la folie, au cœur d’un empire fait de corps perdus, de tôles ondulantes… et de miasmes pestilentiels, l’apparition de diverses beautés féminines, seins et cuisses avantageusement mis en valeur…, relève partiellement du fantasme assouvi, de la jouissance psychique.
A Essen 2011, je vais faire plusieurs rencontres successives, témoignages délirants et cauchemardesques de l’inhumanité automobile, tentant de m’y sanctifier davantage que de raison jusqu’à un point brûlant, névrotique, primordial même à mon esprit…, dans la chaleur et la puanteur absorbées, goûtées, je vais y mobiliser toutes mes pensées…, languissant, défaillant, parvenant, dans l’impatience et la fébrilité d’une rencontre cathartique, à tutoyer la réalité du désordre précisément humain.
À travers l’ambiance coruscante des divers palais, j’en viens à monologuer sur les gardénias, psalmodier sur la vérité de l’Homme…, chaque mot vibrant d’une certitude, chaque silence d’une évidence, chaque phrase d’une connaissance convulsée.
Ma vie n’est elle pas un opéra sacrificiel, quoique mon agonie sans fin et sans fond retentit des beautés d’une canonisation future ?
Délivrance originelle, sauvage.
Et quand l’apothéose décroît et se meurt, que la musique d’ambiance n’est plus qu’un râle immonde, que reste-t-il de ce show d’Essen 2011 ?
Qu’y a-t-il encore à espérer, à rompre, à observer ?
Un gouffre financier vertigineux duquel s’élève, en revenant à ma mémoire, une voix qui murmure comme dans un rêve : « J’ai observé un escargot ramper sur le fil d’un rasoir. C’est mon rêve, c’est mon cauchemar. Ramper, glisser le long de la lame d’un rasoir… et survivre »…
Ah le pied !
Ah quel joyeux bordel !
De la mauvaise bouffe, pas mal de bière, une pincée de sentiments commerciaux, voilà bien un show qui sait flatter les instincts premiers.
Déluré et délirant, « Die Klassic Weltmesse, Techno Classica Essen 2011″…, fonctionne avec deux doigts dans la prise et cinq bières dans le nez…
D’une belle vénale sincérité jusque dans les prix mirobolants (affichés sans pudeur) que le public béat pardonne les yeux fermés, ce show gigantesque interpelle pourtant tous ceux encore sains d’esprit et adeptes d’un minimum de bon sens, à faire la bringue jusqu’à pas d’heure et à tenter d’aller bosser le lendemain avec une sympathique gueule de bois, délaissant un temps les drames des affres de la restauration des automobiles anciennes…, dépassés complètement par les événements qui leur tombent sur le coin de la figure.
C’est de ces galères existentielles, absurdes, que naissent les éclats de rire !
Bon voyage au fil des photos…

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