1952 Pick-Up Chevy-GMC « Advance Design« 

Si un véhicule a influencé le design d’après-guerre, c’est bien le légendaire pick-up Chevy-GMC « Advance Design« .
Pour ceux qui n’en ont jamais vu, il s’agit d’un des véhicules qui ont marqué l’histoire de Chevrolet et de GMC.

En 1947, General Motors a créé le pick-up « Advance Design » pour répondre à la demande de l’Amérique de l’après-guerre, il a été commercialisé de mai 1947 à 1955 et s’est enrichi de nombreux nouveaux éléments : son habitacle était plus spacieux que celui de beaucoup de modèles d’avant-guerre, le capot était arrondi, le pare-brise était grand et séparé au milieu (deux vitres), la calandre comportait cinq montants chromés horizontaux.
Les clients avaient le choix entre deux versions d’habitacles : standard ou de luxe…, la version standard était pourvue d’une vitre arrière, alors que la version de luxe avait en plus des vitres courbes aux angles pour une meilleure visibilité arrière.

Il y avait des versions 3100 (demi-tonne), 3600 (3/4 de tonne) et 3800 (une-tonne), ces différentes configurations étaient proposées en version camionnette, en Stake Bed-Pick-Up, en Canopy Express et en Suburban.
Le Pick-Up « Advance Design » a peu changé au cours de sa production (châssis inclus), malgré quelques modifications d’ordre esthétique :
– De 1947 à 1950, le pick-up n’était pas pourvu du déflecteur (ajouté aux modèles ultérieurs).
– Entre mi-1952 et fin-1953, certains chromes ont disparu, en raison de la guerre de Corée.
– Fin-1952, les poignées à bouton poussoir ont remplacé les poignées à tirage vers le bas.

De 1947 à 1953, le Pick-Up « Advance Design » était pourvu d’un six cylindres de 5.480,64 cm3 avec transmission manuelle proposant trois ou quatre vitesses selon l’option choisie…, en 1954, le Pick-Up fut équipé du même moteur six cylindres mais amélioré à 235 CV.
Les modèles « Advance Design » d’½ tonne étaient proposés en empattement court de 198,12 cm ou en empattement long de 228,60 cm, pour les « Advance Design » d’une tonne, l’empattement était de 274,32 cm.

Le Pick-up, uniquement en série 3100 (demi-tonne), pouvait être obtenu en option avec des finitions et accessoires le transformant d’utilitaire en un Pick-Up « Super De Luxe », ce qui a contribué, dans les années ’50, à ce que les « craquants » Pick-Up Chevy et GMC symbolisent la légendaire « rock’n’roll attitude »...
Compte tenu de l’esthétique du Pick-Up « Advance Design » et de sa popularité auprès des collectionneurs d’automobiles, ce Pick-up a influencé le bureau de style de la Général-Motors qui a créé (re-créé) en 2000, le Chevy SSR (en en cause en finale de cette chronique).

Le Pick-Up GMC/Chevy qui illustre la majorité (1er partie) de cet article, date de 1952… ensuite vous aurez droit à un Chevy SSR de même couleur jaune.
La totalité de la carrosserie et un grand nombre de pièces (acquises chez « Chevs of the 40’s) ont été réassemblées sur un châssis complet (trains roulants AV et AR, moteur, boîte) d’Oldsmobile 442… et l’antique 6 cylindres en ligne à donc fait simultanément place à un V-8 Oldsmobile 5700cc préparé à 300cv, puissance qui passe aux roues arrières motrices via une boîte automatique à 3 rapports.
Les freins ont également été modifiés, ce sont maintenant des disques assistés…., la direction est également assistée et les pneus 295/40 sont montés sur des jantes en aluminium de 20 pouces…

« Elle sent le sexe » !

L’air est moite, la touffeur de diverses de mes soirées en partouzes débilitantes me prend à la gorge…, je bois finalement trop de Mojito’s, glacés de préférence, pour tenter d’oublier que l’humanité vit dans un puits de conneries, toutes plus hallucinantes les unes que les autres…
Entre deux sauteries sexuelles, mis à part faire mes comptes, esquiver les mauvais coups et tenter de survivre, « à l’américaine », il n’y a rien d’autre à faire que rouler sans but pendant des heures… et seul le roulis des canettes dans la glacière rythme le temps…, croyez-moi on non, c’est chiant quand c’est répétitif… et ça l’est !

Après avoir été rêveur, éditeur puis collectionneur, je me suis lancé dans l’écriture d’un livre en cri du cœur, n’espérant pourtant pas recevoir de prix littéraires et faire figure de nouveau Faulkner…, autant d’ingrédients pour me bâtir une autre légende.
Las, le temps n’est plus aux mots, trop de maux…, quasi trop de sexe, pas assez de métal…, les femmes et les flingues ne sont jamais loin…, en général sous les comptoirs des bistrots ou sous les sièges des limousines…, enrobés de cuirs, femmes et flingues…, je dédie ces mots et divers maux à qui en tirera gloire en relecture…

Dans ce monde en délire, ou les amis ne sont que des faux-culs et les faux-culs des enculés…, ou pour quelques euros on tente de me poignarder après m’avoir déversé tout le fiel de la terre, c’est l’inhumain qui m’intéresse afin de continuer de comprendre l’incompréhensible folie : sonder les individus dans leur médiocrité, dans ce qu’ils ont de plus enfoui et de plus méprisable, examiner les fausses candeurs d’êtres politiquement corrects en apparence, mais en réalité totalement égoïstes et abjects, frustes, alcooliques et insatisfaits, résignés, sans ambitions personnelles ni velléités de rébellion…, des imbéciles dont les secrets de famille les rongent davantage que la lutte des classes.
Même les losers et les salauds ont droit à une plume compatissante…, il vaut mieux traîner ailleurs…, sur la route ou dans les bois, rôder, jour et nuit.

Ces derniers temps, j’ai rencontré quelques spécimens méritant d’être enterrés vivants…, qui rêvaient de m’entraîner dans leur descente aux enfers ou la violence règne !
Dans mes moments d’errance, je ne sais si la nature est hostile ou protectrice…, les cons sont toujours aux aguets… alors, en pleine ville, le boulevard monotone qui ne me mène que vers d’autres jouissances, peut se transformer dans mon vagabondage, en chemin de terre dont l’accès est abrité par des vignes et de grands arbres penchés, une région où règne une ombre forte et profonde formant un monde obscur enchâssé dans le monde extérieur, un lieu où le soleil à son point culminant ne projette aucune lumière sur les souches pourries et les bras d’eau stagnante.

C’est un peu Kipling qui rencontrerait Dante…, un univers de laissés pour compte, de personnages désespérés et résignés, carburant à la cigarette et à l’alcool, rongés par la violence…, imbibés !
Des mecs et des meufs qui ne rentrent jamais chez eux, mais chez les autres, de force ou invité(e)s, qui espèrent prendre tout et même plus, des êtres en proie au mal de vivre, à l’ennui, dans un monde frustrant, qui ont l’alcool mauvais et l’amour violent…, le coup dur est toujours inéluctable…

Bref, j’en viens enfin au pourquoi et au comment de cette automobile extraordinaire, mon Pick-Up Chevy-GMC de 1952…
Le candide exogène, peu au fait des subtilités de ma manière de penser, pourrait m’imaginer comme un être blasé, dénué d’affect pour la production automobile « massifiante »…, c’est effectivement souvent le cas…., l’invitation à palper de vos doigts virtuels les substantielles avancées de mes nouvelles émanations mécaniques, doit donc être reçue par vous comme il se doit…, par une longue inspiration suivi d’un intense échauffement de « l’underpinning » et d’une dilatation ostentatoire de votre corps caverneux !

L’évidence qui transpire des courbes ondoyantes de cette automobile est poétiquement résumée par cette phrase : « Elle sent le sexe » !
Les anfractuosités et les replis du dessin de la carrosserie m’amènent naturellement à la qualifier de « vulvique » et le capot et les ailes toutes girondes m’obligent à d’autres analogies anatomiques féminines…, le caractère affirmé et sans ambages de cette assertion ne doit rien à de quelconques fantasmes inassouvis, ni à une idolâtrie pathologique, mais bien à une analyse détaillée de l’objet.

Certains y verront une trivialité faubourienne bien peu reluisante, mais cette voiture hors du commun est manifestement et indubitablement raidissante pour le vulgum pecus erectus un tant soit peu concerné…, car avec un physique à émouvoir n’importe quel gland, cette « chose » jaune intimide par sa force brute que l’on devine sous-jacente.
En y pénétrant, comme on pénètrerait Angelina Jolie, on oublie tout…, même une « pitbabe » allanguie sur le siège passager ne peut déconcentrer…, le regard vagabonde plutôt sur l’accastillage original du tableau de bord en tôle peinte (en jaune) rehaussé d’enjolivures chromées qui ne doit rien à de plébéiennes productions actuelles.

Les chromes pourtant généralement assez froid communient dans un chaleureux mariage avec les sièges en tissus bleu qui font oublier une ergonomie inhabituelle.
Le volant mi bois, mi chrome, flatte l’œil, et sa préhension trahit un dessin plus inspiré par la fonction que par la forme…, il est tout de même le prélude à quelques félicités promises par l’exubérant moteur V-8 qui propulse les 1400 kg de la sylphide…, cette automobile n’a rien d’une Naomi Campbell capricieuse.

Effectivement, les premiers hectomètres parcourus révèlent un caractère capable de colères pétrifiantes…, ses déhanchements, plus badins que mutins, signent le bitume avec grâce…, constamment aux ordres, elle obéit d’avantage avec une docilité de soubrette soumise que selon les performances d’une Tracy Lord des grandes années qui n’effraient plus grand monde…
Sa seule coquetterie réside dans un temps de réaction à peine perceptible qui semble n’exister que par déférence pour une Sagaris encore plus superlative.

Elle est tout de même capable de s’enhardir…, aussi démonstrative dans le rouge que sage sur le couple, sa polyvalence philanthropique engendre un bonheur difficilement quantifiable…, à peine osera t’on lui demander un peu plus d’espace habitable pour atteindre le nirvana.
Son adoption tient du miracle économique et rien ne saura entamer l’enthousiasme que génère cette voiture qui s’impose comme une alternative prégnante à de pondérales sportives, toutes aussi fallacieuses que le prix qu’elles réclament est exorbitant.

Avec ce Pick-up, la comparaison avec des reines du prêt-à-porter, aussi luisantes soient elles, relève de la vanité la plus élémentaire, voire d’une fatuité prétentieuse…, quant à les opposer, le risque d’une humiliation n’est pas exclu…
J’en reviens à ma balade à son volant…, il fait une chaleur du diable… et le vent ne souffle pas…, j’ai l’impression que le lac ou je suis arrivé, regrette de ne plus devoir se cramponner au fond pour ne pas déborder…, sa surface est lisse comme un miroir.

Je suis maintenant assis dans le bar de la Casa du lac…, sur une chaise en bois très rudimentaire, sur la petite terrasse perdue au milieu des bois… et sur la table : 8 cadavres !
8 verres de Mojito, vides, asséchés, qui furent pleins, que j’ai vidé…, j’ai la certitude pleine d’effroi que je deviendrai fou si jamais je me lève…, je regarde vers le lac…, paralysé.., je désire de toute mon âme une migraine, une migraine qui prenne possession de ma tête, avec sa douleur : qui me rende obsédé par je ne sais plus trop quoi mais que je devine…, oui « on » m’a donné rendez-vous ici…, mais je ne me souviens plus, c’est au sixième que ça s’est embrumé en tête…

Une chose qui se brisait en moi depuis des années s’est finalement rompue, le pire est que je ne sais plus quelle fut-elle…, je ne pense à rien…, la folie est n’importe où : partout, partouze…, je m’agrippe des deux mains au siège de la chaise (sic !), comme le lac au fond de sa cuvette… et j’ai le cou raide, presque comme de la pierre.
Il y a un nouveau verre de Mojito qui vient d’arriver, je ne sais d’où, mais je n’ose pas bouger…, de toutes façons, cela ne me soulagerait pas : ça me donnerait de la tachycardie, j’angoisserais encore plus…, piting !

Par une porte entrouverte, j’aperçois en biais un petit miroir au dessus du lavabo…, par fortune, mon visage ne s’y reflète pas…, il y a quelques années, en me réveillant par une matinée dévastée de lumière, j’ai vu que le fil de vie qui est en nous, peut se tordre…, les autres que nous-mêmes, nous compris, ne se rendent pas compte à quel point nous sommes près de la folie et de la mort…, ils agissent comme s’ils étaient immortels.
Les petites souris qui peuplent le bistrot du lac qui circulent en toute liberté…, ne sont pas immortelles, mais elles n’emportent plus vers leurs multiples cachettes les miettes de pain et de fromage…, elles les mangent… et se les disputent, à un mètre et demi de moi…, si c’étaient des rats, ils seraient peut-être déjà montés sur moi pour me manger les yeux…, j’exagère, oui ? Non ? Je m’en f…

Je suis arrivé dans ce trou du bout du monde, en bord du lac, une fin d’après-midi, assoiffé au point de trop boire…, j’ai laissé mon fidèle Pick-up jaune se reposer sur la berge…, et, vers dix-huit heures, un groupe de huit personnes ivres, joyeuses, bruyantes, arrivées dans une vieille Cadillac pourrie, se sont mis à écouter de la musique et à danser et à chanter : les Beatles, Juan Gabriel, la Sonora Santanera, Los Bukis, Alejandra Guzmán, Ultravox, et d’autres.
Plus je me couvrais la tête, plus j’avais l’impression de les entendre, hors de moi, je leur ai crié :
– Vos gueules, bande de connards !

Alors une voix de femme m’a lancé :
Viens danser, crétin !
C’est bon, Ana, fous-lui la paix, a répondu une autre voix, tu vois pas qu’il va rien lui arriver. Arrête d’emmerder ce bienheureux.
Et alors, soudain, plus un bruit…, le silence…, ils sont extraordinairement immobiles, le regard fixé sur le vide, ou sur mon Pick-up jaune, comme des sages Zen ou bien des iguanes…, sauf pour boire une gorgée de bière, ils ne bougent pas d’un millimètre…, ils écoutent le lac silencieux, et le bourdonnement de leur cerveau, de leurs tripes.

Ce sont des rustres, mais le brouhaha et la danse d’il y a quelques minutes… et leur silence et leur immobilité… m’impressionnent : j’en suis presque ému…, je suis aussi immobile qu’eux, mais en plus raide…, ce qui est peut-être, chez eux, une étonnante sérénité ludique, ou encore une gueule de bois du tonnerre, est chez moi de la catalepsie, de la panique : je ne bouge pas un muscle, et mon corps est de plus en plus douloureux.
Vous voyez, bande de connards, crie la prénommée Ana après s’être servie fort maladroitement et avec parcimonie…, ça y est, la folie l’emporte !
Moi, qui ne cesse de regarder le lac depuis un bon moment, je sais et je vois que c’est le néant…, lentement, ils se mettent debout, ils se regardent les uns les autres et ils regardent Ana.
– Il faut demander de l’aide…, dit l’un.
A qui, s’exclame Ana !

Au bout de deux minutes, Ana arrive près de moi en chaloupant.
Vous pouvez nous aider s’il vous plaît ? Vous avez une pompe à air ou un machin pour gonfler les pneus en cas d’urgence ?
Et je la fixe… et j’acquiesce, sans cesser de la fixer.
– Mon âme, mon âme !
J’ignore pourquoi je crie silencieusement cela, dans un murmure : je veux mon âme.
J’ai des battements dans les tempes…, je jette un coup d’œil furtif à l’extérieur…, une barque à rames vient de partir vers le milieu du lac…, les rameurs ont tous un chapeau…, le bistrot est ensorcelé, il faut que je sorte…, je n’ai pas envie de crier, mais de me taire, de me taire et de ne pas penser…, des eaux sulfureuses jaillissent de mon verre de Mojito, et s’écoulent en direction du lac en dégageant des vapeurs…, j’émerge…, je paie mes consommations à une femme grasse et renfrognée.
– Y a-t-il des poissons dans le lac ? que je lui demande, ou bien est-ce un lac mort, sans poissons, sans flore ?
– Ce lac est anthropophage, il se nourrit d’hommes et de femmes, me répond t-elle en gloussant !

Je me retrouve sur le chemin de terre qui longe le lac…, un paysan passe, son dos et son chapeau sont recouverts de polyéthylène…, je le salue ; il me regarde et me salue…, je ne me rappelle pas à quel endroit je devais ou voulais arriver…, j’essaie de parler, mais je ne peux pas, même si je suis entouré d’arbres…, le bon côté de la chose, c’est qu’il y a un moment j’ai bien cru que je ne serais plus jamais conscient sous les arbres…, si je bougeais le cou, mon esprit perdait ses amarres…, c’est drôlement facile de devenir fou…, la forêt m’apaise un peu, comme d’autres la mer, ou les îles, ou les hautes montagnes…, les lacs sont des lieux hantés par les histoires d’amour.., j’ai mal aux tempes ; c’est comme si de l’air se faufilait dans ma tête…, je sais qui je suis, mais je ne sais pas comment je m’appelle, peut-être que je ne m’en souviendrai plus jamais…, en fait, ça n’a pas d’importance…., je devrais m’éloigner de cet endroit…, il faut que je démarre le Pick-up et que je m’en aille…, il le faut…, mais je ne peux pas bouger.

Un type au visage grassouillet, joufflu, porcin, ivre, inexpressif, imberbe, effrayant, un visage de victime et de salaud m’apparait alors, comme surgit de nulle part…
C’est toi ?
Il est devin, en plus !
– C’est moi…, je réponds.
C’est bien ce que je me disais…, tu dois avoir l’impression d’être un type très bien, tout ce qu’il y a de plus correct et de plus normal, ils sont comme ça les gens comme toi, t’es un putain de malade de rouler dans c’te foutue bagnole jaune…, et pire, t’es gonflé d’écrire des chroniques aussi dérangeantes , mec, t’as le monde entier aux fesses avec GatsbyOnline…, salaud…
Je m’assois sur la chaise… et le temps passe…, à moins que ce ne soient que des minutes…., comment vais-je nommer les choses une fois que l’amarre sera rompue ?… Quels mots vont entrer dans ma tête, cette fois ?… Comment est-ce que je peux résister autant ?… Pourquoi est-ce que je ne peux pas sortir de ce nuage de connerie ambiante que distille toute une série de cons (et connes) qui me broient les couilles, dans un mélange de vapeur de soufre et d’odeur de pourriture qui envahit peu à peu mon cerveau, un sillon après l’autre, un récif après l’autre ?

Le lac va m’avaler, le lac va me manger…., la paralysie de mon corps augmente progressivement, comme s’il était ensorcelé ou malade…, j’entends les sons avec de plus en plus de précision, comme des gouttes sur un arum…., ils résonnent dans mon crâne comme de minuscules pas de fourmi…., mon corps semble mort, privé de volonté…., j’ignore combien de temps s’écoule…, j’entends les deux chiens du bistrot, boiteux, borgnes et affamés, qui courent après les huit cons et connes, au milieu d’aboiements agressifs et pathétiques…, je ne fais qu’écouter et imaginer, je n’ose pas regarder cette boucherie…, puis les chiens regagnent leurs tanière…, ils sont plein de sang, j’ai cru même qu’un des chiens avait un pied dans sa gueule… et je me dis que c’est à travers la panique que je vais devenir fou…, ma paupière droite papillote, comme une mouche attrapée…, je n’ai plus d’élancements à la tempe.
Je sors par l’arrière du bistrot, je cours jusqu’au Pick-Up, j’ouvre la porte, je m’installe au volant, je tourne la clé…, piting de piting…, pas plus d’un Mojito à la fois !
Toc… Toc… Toc… Toc…, piting !… Qui donc toc toc toc à la fenêtre… et pour me dire quoi ?
– « Bonjour Monsieur, nous nous sommes rencontrés il y a quelques jours, nous avons longuement discuté de votre magnifique Pick-up jaune et de mon Chevy SSR…, nous étions intéressé de nous les échanger, j’ai réfléchi, je suis d’accord »…

 

Je lance en l’air le sablier du temps qui passe…, je n’ai pas encore dérapé dans mes archives, même si le Mojito rend amnésique…, mon plancher en porte les stigmates…, ma mémoire m’informe lui avoir prêté attention le samedi précédent à 14h23…, avais-je subi le vide d’une conversation ne menant à rien d’autre qu’à discuter…, pour être réveillé des suites de mots, ou ai-je simplement rêvé éveillé ?
La chance sourit aux audacieux et tout porte à croire que j’ai décroché la timbale du second tour.
Mais on verra ça plus tard, il y a des paliers à respecter…, d’abord faire un essai chacun de nos binioux respectifs… et vérifier s’il a apporté « la fraîche » complémentaire qui doit me revenir…
Je préfère rouler seul dans mes affaires des fois que je loupe un virage dans ma descente…. mais c’est pareil en tuture !

Les gens me font des signes sympas, le pouce en l’air… Brooummmmm, le V-8 rugit de plaisir, le Pick-up bondit tel un fauve…, je réponds d’un doigt d’honneur…, trop d’honneur.
Brooummmmm, j’écrase l’accélérateur…, le proprio du Chevy SSR a tenu à me surveiller en se positionnant dans le siège passager…, comme on se fait chier grââââve, je lui fais la conversation en mode « détente »
« Elle est bien, là, vot’tire, chouette… Même un animal de compagnie deviendrait agressif à la conduire… sans que cela ait un lien quelconque avec ma remarque t notre affaire…, je dois vous dire que j’ai un mauvais souvenir d’une liaison avec une plante…, je l’avais d’abord déracinée de son milieu pour son physique…, cette dernière élevée en plein air, arborait de magnifiques feuilles de nature tropicale…, je me sentais bien avec elle…, comme tous les débuts, nous partagions d’incroyables moments…, je projetais de l’amener à Venise pour lui faire partager ma gondole, mais la vie en décida autrement, sans doute à cause du rire asiatique dont la définition diffère selon ce que l’on s’est envoyé au petit déjeuner…, toujours est il que je passais de moins en moins de temps chez moi, il arrivait même que je découche pendant plusieurs jours…, elle devint jalouse et montrait des signes de dépression.., ce fut sa première cuite et le début d’un long dimanche…, j’entrepris de l’arroser au champagne pour lui remonter le moral…, elle avait une bonne descente… et dire que je l’avais poussé sur la mauvaise pente…, cette folie verte avait quitté la terre et j’en ramassais les pots cassés…, elle avait le vin pour seule raison…, rosé du matin au soir, pluie de désespoir, source d’emmerdes…, un jour accompagné, d’une déesse enchantée, je m’étais allongé, dans l’idée de la goûter..;, m’apprêtant à croquer ma pomme, une feuille vint se poser sur le buisson de la pécheresse…, vous voyez le tableau…, je récoltais le fruit de mon labeur…, ce jour-là je décidais de la renvoyer et la chassai de mon paradis pour la mettre sur le trottoir…, elle n’eut aucun succès, et décrépit en quelques jours…, je l’ai remontée, je l’ai soignée, mon chat l’a bouffée une nuit, puis il a vomi les trois jours suivants »…

J’ai ajouté en riant : « Savourons notre bêtise, crachons par terre, piétinons les plates-bandes de fleurs qui entourent les pelouses interdites, et urinons dans les squares…. Piting ! Les rues sont froides et entretiennent la solitude des natures mortes…, pourquoi dois-je rouler éternellement du même côté que le volant ? »…
Je stoppe face à un bar…, je dis au proprio du SSR de m’attendre, un besoin pressant… une fille me fait signe d’entrer…, elle est simplement vêtue d’un béret basque…, elle est nue et s’offre à moi mais ce béret me renvoie à l’état fœtal…, je suis congestionné par ce béret qui frôle le ridicule…, apparaît maintenant un oiseau perché sur un arbre mort qui diffère du paysage…, il se met à battre des ailes et pique sur le béret qu’il arrache avec son bec…, je retrouve d’un coup toutes mes forces…
Mes pulsions se réveillent, je n’ai qu’une seule envie, baiser… et je me réveille soudainement le doigt enfoncé dans une bouteille de rhum.
– C’est grave docteur ?
Arrêtez de boire et de baiser toutes les nananas qui passent, c’est génant…, finissons-en avec notre affaire, je me répète, je suis OK pour échanger votre Pick-Up ’52 contre mon Chevy SSR et j’ai apporté les 10.000 euros de différence….
 – Je suis presque prêt… Si vous mettez 15.000 là ca y va… Suite à trop de show automobiles, suite à trop de conneries débitées par des cons qui ne cherchent qu’à me l’enfoncer profond, je risque un séjour en psychiatrie, mais, en prévision, j’ai gagné un passe droit pour abuser des psy…, les erreurs médicales sont fréquentes…, de temps à autre je prends mon cours chez le spécialiste de la comédie humaine et travaille mes personnages…, j’ai un certificat de mes deux saints, monsieur Freud et Monsieur Lacan, mes potes, ça m’occupe entre les shows…, ensuite j’en discute avec mon chien Blacky qui n’attend que ces moments, rares et dramatiques, pour tomber de sommeil… OK, tope-là… Sortez les biftons… C’est la fête…

J’aime surtout exaspérer les gens qui m’exaspèrent eux-mêmes à force de m’exaspérer…, après qu’ils sont venus me papoter et fixer rendez-vous pour  re-papoter…, lorsqu’ils m’invitent et qu’après deux heures de parlottes ils en viennent à simuler des crises d’angoisses… je vomis sur leurs chaussures et leur tapis d’orient…, comme c’est bon.
Je les surprends dans leur malaise…, qu’il est bon d’analyser ses contemporains…, ces discussions sont sensées me transformer en légume…, pour en arriver à se grade, il faut me farcir la première partie, celle où l’on tente sauvagement de me l’enfoncer profond et ou on m’assène des théories fumantes sur l’art d’acheter à moitié prix une voiture qui vaut le double…, je ne devrais plus être conscient de ne plus réfléchir, prêt à accepter n’importe quelle offre, si possible très mauvaise…, l’instant ou je feins de ne plus avoir les pieds sur terre, est une jouissance indicible…, mais je résiste…, mettant mon interlocuteur à bout…
Il éructe, sa femme aussi, elle sort enfin 15.000 en billets de 500 euros pour faire le complément d’avec mon Chevy ’52 Pick-Up…, même si elle doit payer, on voit qu’elle a crainte qu’ils ne s’égarent dans mes poches…, à ce moment de pur nirvana, le seul lien entre ces gens et le monde, est le filet de bave qui leur dégouline du coin de la bouche…, je pousse alors sur le « to be continued« , et dit à sa femme : « Quand est-ce qu’on baise ?« … et je prends tout les billets dans la gueule, les yeux ouverts, sans rien retenir de leurs injures, comme une plage publicitaire un soir d’insomnie…, mais l’affaire est faite…

Le retour à la conscience qui en découle se fait brutalement…, il me reste à estimer leur temps de mise en veille devant leur miroir de vanité…, gonflement des yeux, bave persistante, teint écarlate et l’air ahuri… sont les principaux effets secondaires…, il faut bien du courage pour en arriver là…, je les regarde dételer, grimper dans le Pick-Up et démarrer en trombe…
Les gens qui me croisaient dans les shows, ou lorsque je circulait au volant de ce Pick-up jaune, étaient loin de se douter que j’étais en quête d’une éternelle plénitude philosophique, afin de pouvoir m’offrir la liberté…, mais ce qui heurtait ma sensibilité, c’est la détermination des masses à rester dans le moule…, le monde part en couille depuis des lustres et ce n’est pas nouveau.
Ne pas s’éloigner du chemin…
Ne pas être pointé du doigt….
Ne surtout pas être mis à l’écart….
Rester bien groupé au sein du peloton et regarder jalousement ceux qui s’en détachent faire la « une » des magazines….
Voilà ce qui est bon pour les gens…
Il est inutile de leur faire la causette, ils ne sont pas de bon parti…

Nous n’aspirons plus à devenir…, nous désirons être et tout de suite, peut importe la manière.
Gloire, richesse, pouvoir c’est ce que nous désirons et qui ne dépend pas de notre volonté.
Peut importe le moyen, il faut escroquer le loustic qui vend, il vend toujours trop cher, il faut tuer celui qui répare sa roue sur le bord de la route, telle est, selon les gens, la conduite à suivre pour faire partie de la race des vainqueurs.
Et plus on avance dans le temps et plus il est normal d’écraser les gens.
Et comme la loterie, tout le monde y joue mais un seul en profite.
Piting !…
Vous n’imaginez pas tout ce qui passe dans la tête en observant les gens qui roulent gris clair, gris argenté, gris anthracite, dans des berlines qui se moulent les unes aux autres…, alors que je roule soleil, jaune, déjanté, mais libre de rire de tout…., et de tous !

Les oiseaux dégoulinent de fiente…
Le soleil pleure…
Les nuages m’éclairent de fructueux éclairs…
Alors que le ciel se ratatine…
Mon trottoir se désagrège sous la danse des pompeuses d’or sombre…
Ma rue ressemble de plus en plus à un amas de pare-chocs…
Les bistrots me clignent des yeux…
Et ses poules me font les poches…
Mon boulot m’use les semelles…
Et effrite ma conscience…
J’ai salement mal à la tête…

Et ma demi gerbe qui ne se déclare toujours qu’en fin de matinée…
Me turlupine au point de bouffer des frites…
Suspendu dans cet horizon de brume au sale caractère…
Je m’efforce à jouer sans fausse note dans l’orchestre économique…
De quoi me payer des pintes, des Dolipranes et des frites…
Sortir des filles et leur payer des pintes et des frites…
Rire, voler et danser à s’en renverser les sens…
Avant de porter plainte, on plane jusqu’à ce que nos cœurs se frittent…
Et ma tête semblable à la lune embrumée d’un matin d’automne…
Déclare face au miroir grisé par l’honneur qui avec le temps s’affine…
Qu’il lui faut des frites, des frites, des frites…
Des pintes, des Aspégic’s et des frites…
Piting, quel mal de crâne…