Tout a commencé ce matin à 6h30…

Le pire, je n’ai plus de cordes, je n’ai pas de lames de rasoir, pas plus de rasoir électrique, pas de médicaments, pas de road-movie avec un baiser de fin langoureux dans une décapotable qui fonce à 180 km/heure (excusez, je ne me fait pas à l’euro)… vers un majestueux ravin…, non je me suis re-coincé comme un rat chez moi avec comme seule échappatoire de manger les boîtes de Caviar Belluga que j’avais entreposées dans mon frigo…
Mes frères, j’espère avoir le temps de vous narrer ma journée car à l’heure où je vous écris ces quelques lignes, la police tente depuis 20 minutes de défoncer ma porte…, ma mère m’a laissé un message sur mon répondeur pour m’avertir qu’une brigade du fisc était occupée à perquisitionner dans les caisses que j’avais abandonné au grenier de mes parents il y a 40 ans… et mon voisin d’en face, caché derrière le rideau de sa salle de bain, m’envoie des signaux en morse avec sa lampe de poche…
Au pire si je ne peux pas finir cette narration épique, vous verrez certainement tout ça à la télé demain soir.
Acceptez l’histoire de cette journée comme les derniers mots d’un ami qui fut heureux de pouvoir servir la noble cause du rien, de l’esprit critique et de l’absurde à vos cotés…
Tout a commencé ce matin à 6h30…
Je devais y aller… la livrer, elle…, alors qu’en me levant d’habitude, je décide toujours que la journée sera entièrement consacrée à réfléchir au devenir de l’inhumanité !
Piting !
Rien que ça…
M’économiser afin de gagner du temps sur cette irrémédiable mort qui m’attend au tournant.
Je ne sais pas si vous savez combien il est dur de réfléchir toute une journée ?
En ce qui me concerne, il y a toujours un petit truc qui me rappelle que je pourrais faire autre chose que penser, alors que je pourrais glandouiller dans mon canapé à réfléchir à autre chose….
A commencer par la lumière rouge de ma tévé qui me dit : alllummmme mouaaaa, allummmmme mouaaaaa…
Le frigo bourré de pots de caviar, ensuite… et ouvrir cette saloperie d’emballage de Belluga, c’est pas rien faire ça !
Pour finir, les magazines qui traînent de ça de là… et l’ordinateur allumé en permanence, 36 heures sur 24 pour être bien sur de ne rater aucune connerie ! 
Bon, je vous passe les coups de fil des charognards qui voudraient connaitre le moment de ma mort…, les allumées du web à éteindre, les calages de mon dos sur les coussins qui glissent, les fourmis dans mes jambes, mes fesses qui me grattent…
Mais non, aujourd’hui, je devais y aller…
J’y suis donc allé…
L’éloignement me traînait quelque part dans le ciboulot et, tout en regrettant de n’avoir pas apporté mon parapluie, j’assemblais mes idées avec une grande difficulté.
Je titubais de partir… ou pas…
Le destin m’aida à me décider, d’un coup entièrement prémédité où je sentais remonter une poussée d’hormones de la réussite.
En roulant plein sud, je remarquais que les nuages étaient trop loin pour imposer leur forme.
Arrivé à mon but, les coins de rue et les carrefours s’avéraient grouiller de croisements en tout genre, les avenues devenaient des routes, à l’aide de panneaux que tentaient d’impressionner de pédaleuses voitures… et les passages cloutés l’étaient vraiment, ou du moins c’est ce que se disaient les conducteurs en me regardant, vu le peu de temps qu’ils prenaient la peine d’y passer, en y déboulant à vive allure.
C’était une langue bizarre qu’ils avaient, entre eux, une langue toute détendue, caoutchouteuse de slip en fin d’usage…, une langue coulante, qui toquait pour sortir de leurs bouches, en se lovant derrière leurs dents du haut.
Je l’avais déjà lue avant de partir, bien calé entre des lignes et, reconnaissant…, la langue franchouillarde est comme une femme, toujours des yeux on la dévore fort, puis à l’entendre elle devient volubile de distances…, perd de son tact, et finalement le contact…
Leurs lettres, toutes dégazées d’accent, sans robe ni honte, me tournaient trente-six chandelles comme au milieu d’une table, entourées de bouteilles alcoolisées.
Mon estomac possède sa part de mémoire, il ne souffre pas lui non plus d’avoir des remontées de souvenances, il préfère noyer tous ces maux-là sous des trombes d’alcool, qu’on n’en parle plus, que l’orage laisse la rogomme se ramasser à la petite cuillère…
Le repas de la veille me revenait dans ses difformes proportions de festins.
Une fois que je m’y suis habitué, elles se suivaient bien poliment, leurs rues, comme les bonhommes qui leur bourraient la gorge.
Il y avait un code de la bousculade, comme un code de la bonne conduite.
Leurs immeubles, sur les côtés, si grands qu’ils se dardaient, jouaient aux videurs, ils évitaient de frotter leur costume aux murs, les bousculeurs…
Je me demandais d’où elles arrivaient, ces décharges de têtards bien préparés, mais à qui il semblait manquer quelque chose.
Ils n’en savaient sûrement rien eux-mêmes.
Dans les choses de la vie comme dans celles de la mort, on n’est averti qu’au tout dernier moment, pied au plancher avant d’y allonger le dos.
C’était un vagin sans fin, cette ville, et des milliers d’agents du foutre se précipitaient vers la fente promise.
Les rejetés, sur le côté, merdassaient sur les dents, débris d’une faciale peu avantageuse pour leur descendance.
Puis, à force de tapiner les rues en quète de ma destination, je finis par arriver à l’exact endroit ou je devais aller…, j’y étais…, un palais ou se fellationnait un flux incroyable de travailleurs et touristes qui avalaient tout ce qu’on leur montrait, gourmands, puis les recrachaient de l’autre côté de la rue, après un tour de passe.
Elles demandaient des euros, leurs aguicheuses, pour qu’on y pénètre… et l’empressement des clients mettait en confiance quant à la qualité des sévices.
J’y suis entré, par curiosité, puisque c’était mon but, quatre marches par quatre, car les trois autres glissaient de strupre.
A l’intérieur, de suite, ça m’a paru une géante affaire ; et puis surtout à cause des bruits qui rebondissaient comme pour trouver la bonne cymbale à faire vibrer.
Dehors, le bruit, il a toujours un choc plus loin vers où courir, il se soucie pas de là où il finira par cogner, il baigne en pleine jeunesse, mais ici, c’était l’hospice du son.
On finira tous ainsi dans un quatre planches, avec trois glissantes, que personne ne viendra ouvrir pour nous… et des bruits atrocement boomerang…, nous y serons à spermater dans nos huiles essentielles, dans les cris de nos prénoms, aiguisés par la pierre du temps, enfermés pour de bon là-dedans, à moisir et devenir meilleurs…, de jour en jour…
C’est à peu près à ce moment que m’est venue cette improbable envie d’aller vraiment au fond de cette affaire, d’aller voir où disparaissent les rayons dans cette fosse commune qu’enfin je matérialisais ailleurs.
Tout de suite entré, un bizarre m’a accosté pour mendier avec l’espoir, sûrement depuis déjà longtemps tari, que les hommes se montrent plus fraternels une fois enterrés.
Il sentait fort de la gueule, c’était la seule vengeance qu’elle avait trouvé pour se la ramener, sa gueule, de sentir fort.
Pour compenser qu’il fallait qu’elle se la ferme et s’écrase, en ronchonnant si elle voulait.
On lui autorisait bien, complètement inutile dernier râle.
Plus possible pour moi de continuer, le bruit a fini par m’assommer.
Sa grande batte en évidence m’étendait !
Tout de même, à un certain moment, que je ne fréquentais que depuis peu de temps, il m’est venu Quelqu’un d’autre que moi-même en aide, à me foutre de grands coups dans le dos, comme pour m’aider à cracher un trésor.
A sa suite, ils se sont pointés en tir groupé, une scène d’admirateurs, persuadés par leurs faces enjouées, que je leur amenais une surprise, un tour de magie.
Que de mon bec gueulant sortirait une colombe, une étoile de sol, une clé de baba, une roue de rechange !
Ils se donnaient entre eux des clins de coude, sûrement pour se faire passer le retard qu’ils avaient tous y a deux minutes.
On n’appuie pas trop sur la pédale, quand bien même la selle vous rentre aux fesses !
C’est sur ces respects plus formels que sincères que je vis mon sauveur : Ahhhhhhhhh, Patrice, vous êtes enfin là...
Ahhhhhh !

A contre courant !
Mais alors dans l’autre sens que j’ai dû repartir… et sans traîner !
Je me retournais pour hausser le pas, voir ce qui me coursait…
Absolument rien ne restait derrière.
La vitesse transformait tout en lignes qui se décomposaient ensuite dans les lointains, comme des enfances à l’étranger.
Je l’ai regardée une dernière fois…, puis j’ai pris congé.
Sur le trajet retour, je me suis perdu une bonne fois pour toutes…, alors pour ne pas sombrer plus bas que terre j’ai essayé de m’envoler, comme ça, pour rejoindre le sol… et c’est ainsi que j’ai dû me cogner la tête et m’assoupir.
En rouvrant les yeux, sous l’écran de fumée disposé pour bien me faire la souvenance qu’on avait ici les moyens de se payer des effets spéciaux de cinéma, il est sorti un flic avec, seulement posé sur sa tête, bien attentif, un bizarre chapeau bleu…, genre justicier de la nuit, robin des bois de l’autoroute.
Les allers-retours de mes paupières clignaient devant mes yeux.
Ainsi à demi-fermés mes yeux compensaient en doublant de nombre les objets que la réalité lui envoyait refléter.
Je le voyais très peu, seule chose de sûr c’est qu’il me faisait chier pour mille !
Il pesait mille, million, en connerie… et j’en avais tout autant, en nombres, des idées qui se bousculaient aux portillons de mes muscles afin de l’envoyer goûter le sol s’il lui seyait mieux vu de face qu’à la plante des pieds.
Il essayait de me parler, se rapprochait…, je lui voyais maintenant assez clairement deux têtes, dont une de plus en plus près qui en devenait agaçante de mocheté gratuite.
Je le guettais patiemment, que l’orbite fasse son chemin…, me l’amène plateau couvert et service mis…
Je vous détaille aussi ma position, allongé, mis bas par l’assommement et recouvert crasseux de flemmardise à bouger…
Comme un seul homme, se sont levés à l’intérieur de sa bouche des lettres dictées par la situation, qui n’avaient pas de temps pour se prendre la tête en point de passage.
C’est rare que les mots empruntent le complet chemin qui les promène du cerveau à leur tombeau, à l’heure de sortir au grand soir de sa carapace.
Les raccourcis les avantagent bien mieux, ils ont en chemin moins le temps de se charger de ces désagréables syllabes superficielles, qui sont de bien mauvais remèdes contre les conversations.
Il gesticulait avec sa bouche, la montrait gourmande, la texticulait de réponses, m’en priait de les lui amener…, avec ce stupide viral accent de la langue !
Je le jugeais à assez bonne hauteur, là…
Vlam ! que je lui lançai alors un furieux coup de pompe dans sa gueule moche.
Je me jetais sur lui, cet imbécile.
Ah, ça me paraissait finement honteux, complètement, le scandale impardonnable, d’être venu me remuer le sommeil pour un ticket dans une autre devise de communication !
Ah, je me devais de lui imprimer mes horaires, à lui…, qu’il en prenne pour son grade…, que je lui creuse ses communes fosses aux joues avant de l’y jeter…, j’allais lui faire se ravaler par-devant sa tête immense !

A 21h45, ça commençait à être intenable.
A 21h30, j’en étais revenu, cela m’avait pris toute la journée… et des petits picotements caractéristiques d’un pétage de plomb en règle commençaient à me monter le long de l’échine.
A 21h50, 21h51, 21h52, … RHAAAAAAAAAAAA!!!!! 
C’est dingue ce qu’on peut compenser quand on se force à faire des trucs à la con, j’avais 15 heures d’activité à rattraper, une boulimie de petites conneries à faire, là, maintenant, tout de suite.
Un petit texticule déjanté ? 
Pas assez défoulant…
La lecture d’un nouveau message sybillin sur le forum, un n’ième coup de gueule d’Orang-outang…., oufffff, coup de bambou derrière la tête, une larme a coulé le long de ma joue, l’envie de l’achever le pauvre, il souffre, il faut le libérer…
Miracle…, le fait de me gratouiller les coucougnettes m’a donné une idée saugrenue, j’en étais sur, ça pourrait marcher !
Vous n’imaginez pas le pouvoir destructeur d’un texticule bien manié, 3, 4, 5, … 10 cadavres de pseudonymes plus loin, je m’empressais de les traîner derrière l’écran de mon ordinateur, tout émoustillé à l’idée de réaliser mon premier compost virtuel.
Pour la préparation, comme le web n’avait donné que les grandes lignes de la recette, il a fallu que j’improvise.
Le plus dur je crois c’est les éclaboussures de conneries dans les yeux, euhhhhh, non, finalement c’est de couper les bétises en quatre alors qu’elles gigotent encore.
C’est quand j’ai eu fini les pièces du puzzle, formant un texticule bien couillu que les flics ont commencé à taper à la porte, trop con, si prêt du but !
Je ne sais pas si ce sont mes voisins, quelques internautes, divers clients dépités, un faux-frère… ou l’Aura m’entourant qui m’a trahi…, mais pour une fois que je fais des travaux manuels en dehors de trucs sexuels…, c’est un peu fort quand même…
Bon, je dois vous laisser, courage et continuez la lutte…