Saint-Valentin, la fête des amoureux !

Saint-Valentin, la fête des amoureux !

 
Le sens de la vie se détermine toujours par rapport à ce que l'on tient pour sacré, au sens large, pas forcément religieux.
Des valeurs sont sacrées quand on pourrait donner ou risquer sa vie pour elles, se sacrifier pour elles.
Dans l'histoire de notre continent, les Européens que nous sommes ont accepté de sacrifier leurs vies pour trois motifs fondamentaux : Dieu, la patrie et la révolution.
Ce sont là les trois motifs des guerres : guerres de reli­gions, guerres nationalistes et guerres révolutionnaires.

Or, si vous observez autour de vous, vous verrez que ces figures tradition­nelles du sacré, entendu au sens du sacrifice, ont disparu en Europe.
Chez nous (c'est différent ailleurs), il n'y a plus grand monde prêt à mourir ni pour Dieu, ni pour la patrie, ni pour la révolution.
En revanche, sous l'effet de la montée en puissance du maria­ge d'amour et de la famille moderne, nous serions prêts à risquer nos vies pour ceux que nous aimons, nos proches, mais aussi parfois pour le prochain qui est, comme vous le savez, le contraire du proche, l'anonyme.
C'est là ce que témoigne, par exemple, la bel­le histoire de l'humanitaire depuis Dunant ...



Les affres du divorce et les souffrances occasionnées aux parents et à leurs enfants ne sont que les inconvénients à supporter pour tous les bonheurs offerts par l'amour.
Certains psychologues conseillent aux couples de rester ensemble même s'ils ne s'aiment plus, tant ils estiment que les souffrances imposées aux enfants lors d'une séparation sont lourdes.
On pourrait leur rétorquer que, bien souvent aussi, les enfants sont plus malheureux dans un mariage raté que dans un divorce réussi.
À chacun de voir.
Mais ce qui est certain, c'est que le mariage d'amour est infiniment plus fragile que le mariage de raison.
C'est
le revers de la médaille.



La révolution de l'amour, c'est un passage, quelque part au XIX' siècle en Europe, du mariage de raison arrangé par les familles et les villages au mariage d'amour fondé sur le libre choix, représente évidemment un risque.
Si vous fondez la famille sur l'amour et non plus sur l'économie, la biologie et le lignage, c'est-à-dire la transmission du nom et du patrimoine à l'aîné, comme c'était le cas dans les temps anciens, alors vous le fondez évidemment sur quelque chose qui est fragile et variable : 60% des mariages d'amour se terminent par un divorce.
Ce n'est pas pour autant l'échec de la famille moderne : quelle femme voudrait revenir à des mariages forcés ?
Aucune ou presque... et c'est heureux, mais c'est vrai que le prix de la liberté amoureuse est lourd ...



C'est le capitalisme qui a permis l'émergence de cette valeur, aussi bizarre que cela puisse paraître à première vue. C'est un paradoxe que les meilleurs historiens du Moyen Âge ont bien mis en lumière.
Lorsqu'on invente le salariat et le marché du travail au XVIIIe siècle, cette invention a un formidable effet d'éman­cipation des individus qui s'arrachent au village où ils sont mariés par les adultes pour monter travailler à la ville.
Mettez ­vous à la place de la gamine de 14 ans qui quitte sa campagne pour devenir ouvrière

dans une usine au cœur de la ville.
Elle va bénéficier d'une double liberté.
D'abord celle de l'anonymat, qui lui permet d'échapper au contrôle social du village, de la famille et du curé qui la mariaient sans lui demander son
avis..., mais en plus, au lieu de la taper le matin pour la faire travailler au champ, on la paie, ce qui est très différent !
Et si petit soit-il, ce salaire va lui permettre de disposer d'une autonomie financière et, du coup, elle va pou­voir faire ce que les enfants dans les pièces de Molière rêvent de faire : envoyer promener les parents et décider, non plus d'être mariée, mais de se marier librement, en choisissant si possible un jeune homme bien fait pour qui elle éprouve du sentiment.
C'est dans les classes ouvrières que le mariage d'amour s'installe en premier, là où la bourgeoisie continuera bien longtemps de maintenir l'autorisation parentale comme une obligation absolue...



L'émergence de l'amour s'inscrit dans l'histoire de la pensée, cette émergence est dès lors révolutionnaire et logique, d'autant plus que l'amour s'inscrit au cœur de bien des spirituali­tés.
D'un côté, il est plus que probable que l'amour ait existé depuis l'aube des temps.
Cro-Magnon
connaissait comme nous ces deux senti­ments fondamentaux que sont l'amour et la haine.
D'un autre côté, pendant des siècles et des siècles, la famille et le mariage ont été fondés sur tout autre chose que l'amour..., en effet, tout au long du Moyen Âge, le mariage d'amour était totalement prohibé, on se mariait pour faire des enfants, faire vivre la ferme et assurer la transmission du nom et du patrimoine à l'aîné.
Mais l'amour n'avait rien à voir avec le mariage comme on le voit chez Montaigne et comme tous les historiens du Moyen Âge le confirment.



Encore une fois, la révolution de l'amour, c'est la naissance de la famille moderne, du mariage choisi... et cet événement-là est typiquement moderne et européen.
Dans nombre de continents, aujourd'hui encore, le mariage arrangé est la règle et le divorce est interdit (seul l'homme, dans la plupart des cas, peut pratiquer la répudiation).
En outre, il existe plusieurs formes d'amour : la passion éro­tique et l'amitié ne sont
pas de même nature.
Ce que les grandes religions en général recommandent n'est pas l'amour-passion, qu'elles désapprouvent presque toujours.
Or, justement, c'est sur cet amour-là que nous avons décidé de fonder la famille moderne et le mariage.
C'est en un sens exaltant, mais aussi, très risqué, ainsi qu'en témoigne la fréquence des divorces ...



Le seul sens de l'existence n'est-il pas d'exister, car il est fort possible que nos existences n'aient aucun sens, mais nous n'en cherchons pas moins une vie qui est bonne, objectif qui donne au moins du sens dans nos vies, sinon à nos vies.
Pour Ulysse, l'objectif était de retrouver son lieu naturel dans l'univers, son palais d'Ithaque.
Pour les croyants, il réside dans l'obéissance aux commandements divins.
Pour les modernes que nous sommes, c'est dans l'amour que nous trouvons du sens.
Que vous aimiez la beauté, la justice, votre partenaire, c'est toujours cela qui anime votre vie...
 
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