Les Voiles de Saint-Tropez 2016… #1

Les Voiles de Saint-Tropez sont le nom donné à une semaine de régates à la voile rassemblant à Saint-Tropez les plus beaux voiliers classiques et modernes de Méditerranée.

Plus de 300 bateaux mesurant jusqu’à 60 mètres régatent chaque jour dans le golfe de Saint-Tropez…, traditionnellement ces séries de régates ont lieu à partir du dernier week-end de septembre.

Saint-Tropez ne connaît pas l’automne…, chaque année les derniers jours de septembre voient le port Varois se parer de ses plus beaux atours estivaux pour accueillir la fine fleur du yachting international.

Durant toute la semaine et à compter de dimanche, les plus élégants yachts Modernes et Classiques renouent avec l’excitante ferveur de la régate et avec l’esprit des Voiles de Saint-Tropez, hérité de la « Nioulargue » que les équipes de la Société Nautique de Saint-

Tropez s’attachent à faire revivre année après année… et le miracle de se répéter, quand près de 300 voiliers envahissent le golfe et ravissent néophytes et professionnels de leurs silhouettes nées du génie créatif des architectes navals.

La Nioulargue a vu le jour en 1981, lorsqu’un capitaine de bateau a voulu défier un autre capitaine (un Swan 44 et un 12 Mètre JI) dans la baie de Saint-Tropez.

Ça a duré quelques années jusqu’à un accident mortel en 1995 qui a signé la suspension de l’évènement…, les Voiles de Saint-Tropez ont repris en 1999 et sont des régates organisées dans la baie entre des voiliers dits de tradition et des voiliers modernes.

Le but c’est de « régater » dans un bon esprit de convivialité, de fairplay avec de très beaux bateaux…, c’est une régate, mais c’est surtout un état d’esprit, il n’y a pas véritablement d’enjeu, le but premier est de se faire plaisir sur l’eau…

On trouve deux catégories de bateaux, les voiliers modernes et les voiliers de tradition…, au total, il y a 14 classes de bateaux différents qui naviguent aux Voiles de Saint-Tropez.

Les voiliers modernes sont des bateaux construits après 1975 et qui répondent à certains critères de construction.

Les voiliers de tradition sont des bateaux construit en bois ou en métal (sans plastique) et construit avant 1975.

Une troisième catégorie à part regroupe les Wally, voiliers spectaculaires et très modernes.

En tout, il y a environ 300 bateaux et une douzaine de nationalités sont représentées.

Beaucoup de touristes et de curieux viennent voir les bateaux, mais le « spectacle-public » est à terre.

Sur l’eau, c’est « plus cher »… soit on navigue avec son bateau, mais on peut aussi faire des embarquements privés pour aller au plus près des régates.

C’est ce que Blacky et moi avons fait…

Cambria…

Tendre vers la perfection est une aspiration génétique chez les marins…

Ils la traquent dans toutes les composantes techniques de leur métier et dans toutes les configurations de navigation offertes par la nature.

Les Voiles de Saint-Tropez, par l’expertise de ses trois comités de course dédiés à chaque catégorie en lice, a ciselé les conditions d’une dernière journée idéale, avec dans l’ordre d’apparition au générique du grand spectacle multidimensionnel, le soleil, le vent fraîchissant de Sud Ouest, l’onde clapoteuse du golfe… et les départs cadencés sous le Portalet de 6 classes plus éblouissantes les unes que les autres… et l’élan des Modernes devant Pampelonne.

Passés les premiers bords certes lymphatiques mais ô combien stratégiques au fond du golfe, la grande sarabande des beaux classiques gîtés sur la houle pouvait débuter, pour trois heures et 14 milles de régate comme dans les rêves, parsemés de croisements de toutes formes de gréements et de longs bords à bords des coques les plus élancées créées voici plus d’un siècle par les Maîtres de l’architecture navale.

La bouée au vent n’est plus qu’à quelques encablures et la trentaine d’équipiers d’Elena of London, une goélette de 50 m de long lancée « pleine balle », préparent le premier virement de bord et ça se bouscule au portillon…

Construite en 2009 sur des plans du « sorcier » américain Nathanael Herreshoff (souvent considéré comme le plus grand architecte naval de tous les temps), Elena of London, goélette aurique (voile quadrangulaire asymétrique), est l’un des neuf voiliers dits de « grande tradition » ayant participé à la 18e édition des Voiles de Saint-Tropez, qui s’est achevée dimanche.

Copie moderne du célèbre Westward (sabordé en 1947), c’est le voilier de tous les superlatifs, l’un des plus grands, des plus toilés (1.300 m2 au près), des plus imposants au monde…, celui qui attire tous les regards.

Au fil des ans, les « Voiles » -héritières de La Nioulargue- sont devenues le rendez-vous incontournable des plus beaux monocoques de la planète.

Cette année, quelque 300 d’entre eux, voiliers nés au début du siècle dernier et « avions de chasse » ultra-modernes comme les Wally, ont régaté dans le célèbre golfe.

« Tacking! (On vire!) »

L’ordre du skipper écossais Steve McLaren fuse, relayé par des petits hauts parleurs disposés à des endroits stratégiques…, instantanément, le pont de la goélette blanche devient une véritable fourmilière, chaque équipier (ou équipière) bondissant sur un winch (énorme), une écoute (interminable), un sac à voile (insoulevable)…

C’est chaud…, sur ces mastodontes, les manœuvres requièrent du doigté, de l’anticipation et un calme à toute épreuve…, la moindre erreur peut se traduire par une collision et des blessures graves.

Placé à l’extrémité du bout dehors (pointe avant du bateau qui surplombe l’eau), un équipier fournit par radio des informations au skipper.

Comme par miracle, un espace se dégage devant nous…, peut-être impressionnés par les 215 tonnes d’Elena, petits et grands s’écartent, laissent passer le monstre, véritable cathédrale de toile.

Derrière la barre à roue en bois verni, McLaren achève son virement de bord…, l’Américain Mike Poppa, double vainqueur de la Coupe de l’America (1988/1992) et tacticien d’Elena, calcule déjà la meilleure trajectoire jusqu’à la prochaine bouée.

Plusieurs skippers de renom participent aux Voiles de Saint-Tropez, comme barreur ou tacticien…, le Britannique Ian Walker, vainqueur de la dernière Volvo Ocean Race, skippait cette année le Wally Magic Carpet 3.

L’immense spinnaker (environ 900 m2) d’Elena est maintenant en l’air, bien gonflé… et le bateau accélère tandis que l’équipage, épuisé, tente de récupérer, allongé sur le pont.

Nous ne sommes pas les premiers…, dans ces petits airs, Cambria, plus léger, est plus rapide que nous…, ce 23 m JI, un cotre aurique d’une quarantaine de mètres, a été dessiné par William Fife en 1928.., il est le seul bateau de sa classe à n’avoir subi aucune modification…, une pure merveille…

La régate se poursuit et des voiliers de toutes tailles, plus beaux les uns que les autres, croisent dans le golfe de Saint-Tropez, devenu le temps d’une semaine une encyclopédie de la belle plaisance.

Comme Cambria, les deux Moonbeam, Puritan et quelques autres « big boats », Elena of London parcourt le monde, participant à des régates en Europe, aux Etats-Unis et aux Antilles rassemblant des chefs d’oeuvre d’architecture navale, un club très fermé de richissimes passionnés.

Les courses du jour sont maintenant terminées…, petits et grands rejoignent le port de Saint-Tropez…, à l’entrée, exiguë, règne une aimable pagaille mais les embarcations de la capitainerie s’assurent que chacun puisse regagner sa place.

Les plus gros sont amarrés « culs à quai » pour que les clients des cafés et restaurants du port, air blasé de rigueur, puissent les admirer au repos.

Les Voiles, c’est aussi ça…

Elena…