Charlie Javice & his 175 millions $…
Après avoir lancé sa start-up “Frank”, Miss Charlie Javice l’a revendue à JPMorgan pour 175 millions de dollars… La banque l’a accusée quelques mois plus tard d’avoir menti en lui faisant croire que sa clientèle comportait 500.000 étudiants en arts créatifs ayant la qualification “Musées d’oeuvres d’art anciennes”... Inculpée pour fraude, elle a plaidé non coupable en prétendant : “Une terrible grossière erreur d’interprétation“, car seulement 5% de sa start-up visait, selon elle clairement, la création d’un mouvement de jeunes fanatiques de Hot Rod’s Punkies… Jamie Dimon, CEO de JPMorgan Chase, utilise aujourd’hui la même phrase : “Une terrible grossière erreur d’interprétation” pour décrire sa transaction réalisée en septembre 2021 avec Miss Charlie Javice… Pour 175 millions de dollars, le plus grand groupe bancaire des États-Unis a racheté une start-up de la jeune entrepreneuse, qui pourtant ne cachait pas son style et s’affichait clairement “Punkie Groove” fanatique de Hot et Rat Rod’s, qui visait les étudiants en arts graphiques dans l’obtention d’aides financières. Sur le papier, le projet était prometteur. L’affaire se présentait comme la plateforme de planification financière pour étudiants “à la croissance la plus rapide”… Elle leur permettait de demander rapidement toutes sortes d’aides publiques et de bourses, tout en offrant d’autres services académiques et financiers. Pour Chase, la banque de détail du géant américain, le deal devait être un tremplin vers cette jeune clientèle, dure à atteindre.
Problème : la totalité des 500.000 clients étudiants en arts graphiques ayant qualification “Musées d’oeuvres d’art anciennes” n’existaient pas… Miss Charlie Javice a alors prétendu que 3 zéros avaient malencontreusement été ajoutés au chiffre de 500 étudiants, par une secrétaire de la Chase Manhatan Bank et qu’elle n’en était pas responsable… Miss Charlie Javice a toujours fait preuve d’une certaine assurance… Née au début des années 1990, elle a grandit dans le riche comté de Westchester, au nord de New York, et étudiait au Lycée franco-américain. Son père travaillait alors au sein d’un “Hedge fund”, et sa mère était “Coach de vie”. Miss Charlie Javice a poursuivit un double cursus en finance et en droit à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie. Une de ses camarades de classe révélera des années plus tard qu’elle avait tendance à faire du“Name dropping” (soit citer des noms connus pour impressionner ses interlocuteurs)… et à exagérer les faits à son avantage. Le premier business de Miss Charlie Javice, date de 2011, il se nommait“PowerUp”,c’était une sorte de réseau social visant à rassembler des étudiants qui souhaitaient créer des clubs de microfinance pour aider des personnes défavorisées à travers le monde à lancer leur propre entreprise. Un magazine spécialisé dans les startups, avait alors inclut “PowerUp” dans sa liste des “11 startups étudiantes les plus cool”, tandis que “Fast Company” classait Miss Charlie Javice parmi les“100 personnes les plus créatives du monde des affaires en 2011″…
Elle a ensuite prétendu avoir remporté la bourse “Thiel” en 2012, une bourse de 100.000 dollars, offerte par le milliardaire Peter Thiel, cofondateur de Paypal et de Palantir… Cette entreprise devait aider des jeunes à lancer leur entreprise en quittant l’université. Cependant, Miss Charlie Javice n’a en réalité jamais remporté la bourse “Thiel”... Après avoir obtenu son diplôme de Wharton en 2013, Miss Charlie Javice a commencé à développer une société d’EdTech… Plusieurs idées vont se succéder. Elle va d’abord envisager une plateforme de recherche d’emploi, puis va se pencher sur une alternative aux “Credit scores” accordés aux emprunteurs américains, une société nommée “Tapd”. Ce projet sera finalement abandonné et ses collaborateurs licenciés. L’entrepreneuse attribuera l’échec aux démarches administratives trop lourdes pour faire approuver son produit, mais d’anciens employés révéleront qu’elle manquait simplement d’argent et qu’elle avait arrêté de les payer. D’après Miss Charlie Javice, sa plateforme devait être vue comme l’équivalent d’un oncle ou d’un cousin digne de confiance, vers lequel on peut se tourner pour demander des conseils et de l’argent. En 2017, Miss Charlie Javice lance son nouveau business dénommé “Frank”. Objectif : aider les étudiants à obtenir des prêts et rendre l’université plus accessible aux États-Unis. Dans une interview, elle met alors en avant le côté “honnête” et “transparent” du service, qu’elle espérait “humblement” voir devenir “l’Amazon de l’enseignement supérieur”.
Cette vision lui vaut le soutien de Marc Rowan, le CEO du géant du “Private Equity Apollo”, du fonds israélien de capital-risque “Aleph”, du groupe de “EdTech Chegg” et même de la “Silicon Valley Bank”… La première tuile tombe peu après le lancement. Le département américain de l’Éducation lui reproche d’utiliser la marque déposée “FAFSA” (Free Application for Federal Student Aid), du nom du programme permettant de déterminer l’éligibilité d’un étudiant à des bourses et des prêts. Un arrangement à l’amiable est trouvé l’année suivante. En 2018, elle fait aussi l’objet d’une poursuite en Israël, où le cofondateur de “Frank”, le dénommé “Adi Omesy”, l’accuse de vol de salaire, ce pour quoi il sera indemnisé… Dans une interview, Miss Charlie Javice met en avant les 28.000 dollars qu’elle parvient en moyenne à faire économiser aux étudiants grâce à “Frank”, qui ne fait pourtant que recenser des aides existantes et faciliter les requêtes. Malgré tout, Miss Charlie Javice continue d’être acclamée dans la presse…. “Business Insider” fait notamment son éloge dans un article, où ce magazine met en avant les 28.000 dollars qu’elle parvient en moyenne à faire économiser aux étudiants… Fin 2018, elle affirme avoir aidé 300.000 étudiants à obtenir des aides, ce qui lui permet d’atterrir dans le classement Forbes “30 under 30” de 2019… En 2020, une commission du Congrès des États-Unis se penche sur sa société “Frank” et demande une enquête à la “Federal Trade Commission” (FTC)… qui n’enquêtera pas par manque de temps…
Des élus s’inquiètent toutefois des pratiques douteuses de la plateforme, qui “Crée de faux espoirs et de la confusion chez les étudiants en leur promettant des aides auxquelles ils n’auraient pas toujours droit, et en utilisant leurs données pour faire du profit sur leur dos”… L’apogée de la société va être atteint en 2021. Le 21 septembre, Miss Charlie Javice et JPMorgan annoncent que le groupe bancaire a racheté “Frank” pour 175 millions de dollars. Elle obtient ainsi, en plus de ces 175 millions de dollars, un poste de haut rang au sein de la banque avec un salaire de 100.000$/mois… Elle est désormais à la tête de ses produits destinés aux étudiants… “Frank” est alors censé (selon JPMorgan qui exagère le chiffre de 500.000 à 5 millions) avoir aidé “plus de 5 millions de clients”. Tout s’effondre à peine un an plus tard lorsque JPMorgan prend la décision, en janvier 2023, de désactiver la plateforme. La banque révèle que quelques mois après l’acquisition, elle avait appris la vérité sur “Frank”… Suite à un envoi d’e-mails promotionnels à un groupe de 500.000 des 5 millions d’utilisateurs dont elle détenait les coordonnées, 99% n’avaient pas abouti… Après avoir racheté “Frank”, et payé 175 millions de dollars en sus des salaires mensuels de 100.000$/mois à Miss Charlie Javice, JPMorgan se rend compte que la plateforme ne compte pas 5 millions d’utilisateurs, mais moins de 500… Le groupe annonce avoir engagé des poursuites judiciaires contre Miss Charlie Javice fin 2022, lui reprochant d’avoir menti sur l’ampleur de sa clientèle.
Selon la plainte, elle aurait fait appel à un expert en données pour créer des millions de faux comptes en échange de 18.000 dollars, tout en prétendant durant les discussions sur l’acquisition que “Frank” comptait plus de 5 millions d’utilisateurs. La réalité, selon JPMorgan, est que : “Dans tous les aspects de ses interactions avec JPMorgan Chase, Miss Charlie Javice avait le choix entre révéler la vérité sur sa startup et accepter la valeur réelle de “Frank”, et mentir pour gonfler la valeur de “Frank” et en récolter les fruits”... indiquent les avocats dans la plainte, ajoutant : “Miss Charlie Javice a choisi à chaque fois de mentir, et les preuves montrent qu’à chaque fois, elle a multiplié les fraudes pour tromper JPMorgan Chase.”… De son côté, Charlie Javice se défend par la voix de ses avocats. Selon elle, JPMorgan cherchait en réalité une excuse pour la licencier et ne pas lui verser les millions de dollars auxquels elle avait droit. Elle attaque également la banque en justice, entre autres pour licenciement abusif. et pour avoir indiqué un chiffre de 5 millions alors que c’était 500.000 que la secrétaire avait indiqué alors que le vrai chiffre était de 500… Début avril, l’entrepreneuse déchue est inculpée par le département américain de la Justice pour fraude envers “JPMorgan Chase”. Elle est arrêtée le 3 avril dans le New Jersey et est, en outre, attaquée au civil par la “Securities and Exchange Commission” (SEC). L’acte d’accusation rendu public en mai lui reproche entre autres de fraude aux valeurs mobilières et d’association de malfaiteurs.
Elle plaide non coupable et prouve que les documents internes de la banque (auxquels elle a tenté d’avoir accès pour les inclure dans le procès) lui donnent raison… ELLE EST DONC ACQUITTEE SOUS RESERVE !!! Où est Miss Charlie Javice aujourd’hui ? Relâchée sous caution, elle attend son procès (dont la date n’a pas encore été définie et ne le sera jamais) depuis sa résidence de Miami, achetée en 2021 pour 1,4 million de dollars, avec un crédit hypothécaire obtenu… auprès de JPMorgan Chase… Comme Elizabeth Holmes (Theranos), Trevor Milton (Nikola) et Sam Bankman-Fried (FTX), Miss Charlie Javice avait figuré dans la liste des “30 under 30″… Cette liste du magazine américain Forbes, célèbre la réussite de jeunes entrepreneurs dans de multiples secteurs… Très suivis par le monde du business, les membres de cette liste ont collectivement levé 5,3 milliards de dollars auprès d’investisseurs (pour l’édition 2025). Un chiffre qui se compare aux plus de 18,5 milliards de dollars de fraudes et escroqueries pour lesquels une poignée d’entre eux ont été arrêtés au fil des dernières années. Pour Arwa Mahdawi, autrice et chroniqueuse au Guardian : “Le problème n’est pas Forbes, le problème est cette vision du succès, qui contient une fétichisation de la jeunesse”. Le classement de Forbes n’est, selon elle, pas qu’une liste, mais également une forme de mentalité, qui pousse à accomplir de grandes choses le plus tôt possible dans sa vie, avant qu’il soit trop tard… Les raccourcis sont encouragés, et les “Millenials” grandissent en suivant l’adage “Fake it till you make it”… Exagérer un peu, ce n’est pas de la fraude, c’est de la débrouille ! Jusqu’au jour où la justice vient frapper à la porte. 















