Enrique Symns…
Enrique Symns est une lĂ©gende du journalisme sud-amĂ©ricain…, sa revue Cerdos & Peces qu’il a fondĂ©e en 1984 a toujours explorĂ© les marges de la sociĂ©tĂ© et de la morale… Je lui ai exprimĂ© ma dĂ©ception de ne pas avoir pu mĂ©langer mon expĂ©rience du Hot-Rodding avec le cotĂ© psychĂ©dĂ©lique des champignons hallucinogènes lors de divers trips en Californie. En riant il m’a proposĂ© de participer en compagnie de quelques-unes de ses copines, Ă une partouze sous jurema (une prĂ©paration d’ayahuasca plus corsĂ©e), un truc violent qui me permettrait de comparer le quotidien des Hot-Rodders Argentins avec les AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens ! Il m’a ensuite racontĂ© sa vie de Hot-Rodder sud-amĂ©ricain et d’Ă©crivain hors-la-loi, d’éditeur sans domicile fixe, de cocaĂŻnomane diabĂ©tique, passĂ© du ruisseau au sommet… et du sommet au caniveau… Puis encore du caniveau au sommet !
– Raconte-moi ta vie de bandit…
– Mes dĂ©buts ! Ça a durĂ© dix ans et ça a Ă©tĂ© la meilleure pĂ©riode de mon existence. Je me suis enfui de chez moi Ă l’âge de 16 ans. On Ă©tait un petit gang de trois gamins. Il y avait Marcelo, qui est devenu un criminel pur et dur. Un autre qui s’appelait Fabian, et qui savait conduire. Et moi, qui avait un revolver, un calibre 32, et qui savait tirer.
– OĂą as-tu appris Ă tirer ?
– On dormait souvent dans une maison abandonnĂ©e… et lĂ on tirait : boum-boum-boum. Ă€ cette Ă©poque-lĂ , on trouvait beaucoup plus facilement des balles. Je me souviens du soir de notre premier vol. On avait piquĂ© une voiture, une vieille Ford 32 Sedan Hot-Rod qu’un amĂ©ricain avait ramenĂ© de Californie ! On avait mis une cassette des Danses polovtsiennes du Prince Igor, de Borodine. On s’est arrĂŞtĂ©s devant un magasin de glaces et on est entrĂ©s. Il y avait beaucoup de monde, des gosses… On en est repartis avec plein d’argent ! On n’avait jamais eu de fric. Ensuite on a braquĂ© un bar, une parfumerie, toujours avec le Hot-Rod que j’avais peinturlurĂ©. Et puis ça a Ă©tĂ© le dĂ©sastre. Dans une boucherie, j’ai Ă©tĂ© obligĂ© de tirer sur le boucher qui s’était saisi d’un couteau. Je lui ai Ă©clatĂ© la hanche. Finalement, on s’est fait attraper et on s’est retrouvĂ©s en prison.
– Waouwww ! C’est le premier et l’unique hold-up rĂ©alisĂ© en Hot-Rod… C’est dingue ! Pourquoi et comment on t’a attrapĂ© ?
– Fabian, le petit con qui conduisait, a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© pour autre chose et il a tout avouĂ©. Ils sont venus me chercher dans un bar. Je sortais des toilettes, ils m’attendaient. Ils m’ont dĂ©moli Ă coups de poing, j’ai perdu deux dents ce soir-lĂ . Cela Ă©tant, ça a Ă©tĂ© comme un voyage lysergique. Ils m’ont emmenĂ© au commissariat, oĂą ils m’ont frappĂ© sauvagement, puis torturĂ©. Ensuite, les tribunaux ; lĂ , ils m’ont enfermĂ© dans un tout petit cachot. Ă€ ce moment, je suis devenu fou, je me branlais sans cesse parce que je ne savais plus rien faire d’autre. On m’a ramenĂ© devant le juge, puis je suis passĂ© du juge au panier Ă salade, avec tous les dĂ©tenus, et enfin je suis arrivĂ© en prison. Je me souviens de la peur que je ressentais en arrivant lĂ -bas, de l’odeur pourrie que j’avais, des baffes que les autres dĂ©tenus me donnaient parce que je puais : je m’étais pissĂ© dessus, c’était atroce. Puis je me suis habituĂ© Ă aller en prison. Je m’y suis rendu Ă plusieurs reprises, dans les provinces argentines, puis je suis allĂ© au BrĂ©sil, Ă Rio, et puis la dernière fois en Espagne, Ă Madrid. LĂ , j’ai rencontrĂ© un type qui savait Ă©crire et qui m’a encouragĂ© Ă le faire. J’ai appris Ă rĂ©diger des monologues en Espagne. J’ai commencĂ© en composant dans la rue, en inventant une sorte d’érotisme exagĂ©rĂ© : Comment faire l’amour avec un cheval… et Comment baiser dans un Hot-Rod CoupĂ© 3 fenĂŞtres… au milieu de la foule, ce genre de choses. Tout cela n’a eu aucun succès, mĂŞme pas chez les amateurs de vieilles bagnoles. J’Ă©tais abandonnĂ©. Puis, de retour en Argentine en 1980, j’ai commencĂ© Ă dĂ©clamer des monologues dans les bars, dans les bibliothèques, enfin avec des groupes de rock très connus. Je suis alors entrĂ© dans le monde du rock, oĂą je me trouve encore enfermĂ© obligĂ© de gagner un max de pognon ! Triste vie !.
– Et le Hot-Rod de tes dĂ©buts, qu’est-il devenu ?
– Fabian l’a retrouvĂ© et y a foutu le feu… Son gringo de proprio qui paradait dedans fier comme Artaban, a grillĂ© comme une saucisse en poussant des cris atroces… Il venait de le faire repeindre.
– On dirait que ça te gĂŞne d’en parler….
– Oui. Le Hot-Rodding et le Rock’and’roll sont comme la peste. C’est l’Église catholique, mais avec un discours nouveau. Les gens se retrouvent assujettis Ă un rite : ils connaissent les paroles et les rĂ©pètent… Je sais ce qui est arrivĂ© au Hot-Rod, mais je ne sais pas ce qui est arrivĂ© au Rock. Au lieu d’écrire des paroles fĂ©roces, qui sodomisent le cerveau des gens, les rockers se contentent d’essayer de nous rendre heureux. Le rock est devenu une musique de pub et de putes !
– Et comment a commencĂ© la revue Cerdos & Peces ?
– Je venais de rentrer d’Espagne, oĂą je m’étais rendu au moment de la mort de Franco. J’avais pu assister Ă cet Ă©blouissant Ă©veil espagnol, au retour sur le devant de la scène de tout ce qui Ă©tait marginal. Et j’ai ramenĂ© en Argentine ce projet. La revue a commencĂ© Ă paraĂ®tre en 1984. D’abord, c’était la voix de la rue. Pour moi, ce que pouvait dire un camĂ©, un assassin, un violeur, un mendiant, Ă©tait plus important que ce qu’affirmait un professeur, par exemple. Ma philosophie Ă©tait la suivante : si tu vas dans une lĂ©proserie, n’interviewe pas les mĂ©decins mais les lĂ©preux, c’est eux qui en savent le plus sur la lèpre. Ceux qui connaissent le mieux la folie, ce sont les fous. Après, la revue est devenue quelque chose de plus complexe : on utilisait le journalisme pour faire de la littĂ©rature. On bidonnait tous les articles, toutes les interviews. On a fait, par exemple, une fausse interview de Mickey Rourke, dont certains extraits sont encore citĂ©s !
– Quel regard portes-tu aujourd’hui sur cette revue ?
– Maintenant, je la vois avec les yeux des autres. C’est une revue lĂ©gendaire, les premiers numĂ©ros s’échangent pour cent pesos. En plus de se vendre très bien, elle a toujours Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme très Ă part. On faisait du journalisme gonzo presque sans le savoir. Mais, encore une fois, j’ai Ă©tĂ© envahi par l’image que les autres en avaient… J’ai regardĂ© ton web-site, c’est très cool-Gonzo, t’es champion, faut persĂ©vĂ©rer !
– Tu Ă©tais envahi par l’image que les autres avaient de ta revue ou de toi-mĂŞme ?
– Les deux… La revue Cerdos & Peces est en mĂŞme temps ma fiertĂ© et mon obstacle. Elle a envahi ma vie : chaque fois qu’on m’appelle pour faire quelque chose, on veut que je fasse que ça. Et puis, très vite, on a commencĂ© Ă me comparer Ă Bukowski. Et moi qui n’avais pas la moindre idĂ©e de qui c’était ! La revue a connu plusieurs pĂ©riodes distinctes, sĂ©parĂ©es par des annĂ©es oĂą elle ne paraissait pas. D’abord, nous avons publiĂ© quatre numĂ©ros, puis la Justice nous a fait fermer la boutique. Le quatrième numĂ©ro a Ă©tĂ© interdit car il y avait dedans un article qui s’appelait : “Des enfants qui se sentent attirĂ©s par des hommes qui se sentent attirĂ©s par des enfants”… L’annĂ©e suivante, la Cour SuprĂŞme a dĂ©clarĂ© que seul le cerveau d’un pervers pouvait estimer que cet article Ă©tait pornographique. J’ai Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ© et j’ai touchĂ© un million de dollars d’indemnitĂ©s.
– Et les autres pĂ©riodes ?
– La troisième a Ă©tĂ© la meilleure, celle qui a eu le plus de succès. On vendait plein d’exemplaires, mais la peste du libĂ©ralisme des annĂ©es 1990 nous a tuĂ©s. Les quatrièmes et cinquièmes pĂ©riodes ont Ă©tĂ© des Ă©checs. C’était la fin d’une Ă©poque oĂą le maĂ®tre-mot Ă©tait “promiscuitĂ©”. Je ne crois pas qu’il puisse exister un meilleur passe-temps que la promiscuitĂ© sexuelle et Ă©motionnelle. Le Sida a tuĂ© tout ça. Quand le parc d’attraction sexuel a fermĂ©, je me suis senti vide. Mes couilles pendouillaient dans le vide existentiel et sexuel ! C’était la fin des annĂ©es 1990, la fin des aventures. Pour moi, le monde a pris sa retraite en 1998. Alors je suis parti au Chili et j’y suis restĂ© jusqu’en 2003.
– Qu’est-ce que tu as fait lĂ -bas ?
– J’ai bricolĂ© un Hot-Rod parce que je trouvais ça rebelle. Je me suis amusĂ© comme un fou Ă terroriser tout le monde… Ensuite, j’ai publiĂ© un pamphlet qui s’appelait The Clinic, qui a eu un succès inĂ©dit au Chili. Pinochet Ă©tait encore vivant, il avait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© dans une clinique Ă Londres, d’oĂą le nom. Je suis devenu une star du rock et du Hot-Rodding Chilien. Je couchais avec les actrices les plus en vue, l’équipe nationale de foot chilienne venait me voir dans le bar que je frĂ©quentais, j’étais au top. Mais j’ai très vite gâchĂ© tout ça.
– Pourquoi ?
– Je me suis battu avec le ministre de l’IntĂ©rieur dans un bar, j’ai voulu lui casser la gueule. J’étais très accro Ă la coke… Bah, je suis cocaĂŻnomane depuis 1985, je n’arrĂŞte pas d’en prendre. J’ai hĂ©ritĂ© ça de Freud : la cocaĂŻne te donne une luciditĂ© profonde, abyssale, obscure… Je me suis habituĂ© Ă Ă©crire en prenant de la coke. Je n’ai trouvĂ© aucun placebo, sauf en fonçant comme un damnĂ© au volant de mon vieux coupĂ© Ford…
– Et tu as dĂ» t’enfuir du Chili ?
– Oui, au volant de mon Hot-Rod, un voyage dingue…et je suis tombĂ© ensuite dans la pauvretĂ©. Plus d’argent pour l’essence. Je l’ai vendu pour trois fois rien. J’ai frĂ©quentĂ© le coin VIP de la sociĂ©tĂ©, lĂ oĂą je n’avais jamais Ă©tĂ© auparavant, et soudain je suis passĂ© Ă la favela. Quand je suis arrivĂ© en Argentine, après la grande crise Ă©conomique et sociale, j’étais abasourdi. J’écoutais les conversations et tout ce que j’entendais, c’était du silence, une sorte de publicitĂ© du silence. La crise a imprimĂ© dans les mentalitĂ©s la peur de tout perdre. Les femmes voulaient avoir un mari, les hommes une Ă©pouse. Le silence Ă©tait Ă©pouvantable. Il y a eu perte dĂ©finitive des utopies. Celui qui avait Ă©tĂ© un guĂ©rillero rĂ©volutionnaire Ă©tait maintenant dĂ©putĂ©. Cette pute qui suçait la bite Ă tout le monde Ă©tait maintenant femme au foyer. Le dealer Ă©tait TĂ©moin de JĂ©hovah. Quand quelqu’un veut atteindre l’espace lĂ©gendaire et qu’il Ă©choue, dans sa chute il recule encore plus loin que la gĂ©nĂ©ration de ses parents, il atteint une partie très obscure de lui-mĂŞme. C’est ce que j’ai trouvĂ© Ă mon arrivĂ©e en Argentine. J’ai Ă©tĂ© SDF pendant un mois. Je dormais dans la rue, avec les mendiants. On ne revient jamais de la rue. La rue est la tombe sociale d’un homme, car l’apparence humaine est une convention ; quand tu l’abandonnes, tu te transformes en une espèce de singe, plus personne ne te regarde. Et puis c’est très facile d’être SDF : tu n’as qu’à trouver de l’argent pour manger, tu bois et tu dors n’importe oĂą. Ce qui m’a Ă©loignĂ© de la rue, ça a Ă©tĂ© la peur que provoquait en moi mon incapacitĂ© Ă me tuer : on te condamne Ă la prison Ă perpĂ©tuitĂ© au milieu du vide et tu continues Ă vivre quand mĂŞme ! C’est ahurissant. Le mĂ©canisme d’adaptation forcĂ©e fait de nous des animaux dĂ©cadents. La vie c’est une merde, je ne sais pas qui peut trouver ça bien. L’existence, c’est autre chose.
– Comment a Ă©voluĂ© la sociĂ©tĂ© argentine depuis la fin de la dictature militaire, en 1983 ?
– Ça a Ă©tĂ© une sorte d’interruption violente. L’un des grands maux de l’Argentine, c’est ce virus Ă©trange, sinistre, contagieux et misĂ©rable qu’est le pĂ©ronisme. C’est un phĂ©nomène unique dans la politique sud-amĂ©ricaine, voire mondiale, car ni Hitler, ni Mussolini, ni Staline n’ont pu prĂ©voir de faire subsister leur parti après leur mort. Qu’il y ait tellement de gens qui continuent Ă gouverner ce pays au nom de ce gĂ©nĂ©ral qui Ă©tait un traĂ®tre, un poltron, c’est dur Ă admettre. Il est très difficile d’analyser la sociĂ©tĂ© argentine sans tenir compte du pĂ©ronisme. J’ai toujours eu beaucoup de mĂ©pris pour ce pays. Mais après, je suis allĂ© au Chili et c’était encore pire. Le Chili, l’Argentine et le PĂ©rou forment un Triangle des Bermudes. Ce n’est pas l’AmĂ©rique latine : au BrĂ©sil, au Paraguay, les gens sont des noirs, des masses de chair, les ivrognes sont dans les rues… En Argentine, il y a plein de bonnes manières. Je crois que lĂ -bas, mĂŞme la sexualitĂ© ce n’est que des bonnes manières. Nietzsche disait que le cerveau est le produit de la peur : les animaux les plus lâches sont ceux qui dĂ©veloppent l’intelligence. L’homme Ă©tait un animal charognard, alors pense Ă quel point il Ă©tait lâche ! L’Argentin craint tellement de rĂ©aliser qu’il ne sait pas qui il est, qu’il dĂ©veloppe une extraordinaire simulation de son identitĂ©.
– LĂ , tu reviens du BrĂ©sil. Qu’est-ce que tu es allĂ© faire lĂ -bas ?
– Mes amis m’ont donnĂ© de l’argent et m’ont envoyĂ© au BrĂ©sil, car je commençais Ă devenir fou, extrĂŞmement paranoĂŻaque. Les gens ont pris peur. J’utilisais la paranoĂŻa comme si c’était de la littĂ©rature, mais ça m’a dĂ©passĂ©. Je ne savais pas oĂą j’étais…. Mais toi je t’ai retrouvĂ©, je t’ai vu au retour de ton trip chez Paty en Californie, j’ai aussi lu tes derniers articles, tu deviens fou toi aussi, tu Ă©cris du super Gonzo, comme j’ai fait… Je suppose que tu t’es dĂ©jĂ rĂ©veillĂ© le matin sans savoir oĂą tu es, quel jour et quelle heure ? Avec moi, ça durait des heures. Je ne savais pas si j’étais chez ma mère, morte depuis longtemps, ou dans un rĂŞve. Ă€ mon retour du BrĂ©sil, je suis allĂ© voir mon psychiatre et je lui ai dit : Ne vous inquiĂ©tez pas, je ne suis plus un extraterrestre, maintenant je suis un connard !
– Et toi ? Qui es-tu ?
– J’étais un gamin timide qui n’est jamais allĂ© Ă l’école. J’ai passĂ© toute mon enfance Ă Monte Grande, dans une banlieue très Ă©loignĂ©e de la ville. Je pensais qu’aller Ă l’école, c’était pour les cons. La vie Ă©tait un paradis… Bref, j’étais un rustre. Et soudain, comme dans un conte de fĂ©es, le rustre est devenu un personnage important, alors que je continuais Ă ĂŞtre la mĂŞme personne, très mal Ă l’aise avec moi-mĂŞme, ontologiquement dĂ©racinĂ© dans un monde que je ne comprenais pas. Je ne comprends toujours rien : comment il faut baiser, comment il faut parler… J’imite le mieux que je peux. La cocaĂŻne me donnait l’élan pour monter sur scène et pour Ă©crire. C’est pour ça que maintenant que je suis malade, j’éprouve autant de mal Ă l’abandonner. Ça fait soixante-cinq jours que je n’en ai pas pris. Je les compte, comme les alcooliques.
– De quelle maladie souffres-tu ?
– Je souffre de diabète depuis 2005. C’est la pire chose qui me soit arrivĂ©e. Ça m’oblige Ă ĂŞtre rigoureux, ça m’interdit de me droguer, de me saouler, je peux mourir en cinq minutes : je suis comme une plante, je perds toute l’eau de mon corps. Mais ça, c’est la vieillesse, la pire des humiliations. Quelqu’un d’autre que toi me disait il y a quelques jours que tu es vieux quand les femmes qui te plaisent ne te regardent plus…
– Qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ?
– Cette fois-ci, je n’ai pas de plan. La seule chose que je sais, c’est que tant que tu continues Ă parler, tu es vivant. C’est difficile de mourir au milieu d’une conversation.
– Et les Hot-Rods ?
– Putain de merde… Au commencement, il n’y avait pas internet. Puis est arrivĂ© le monde moderne avec ses outils, son rĂ©seau et son web. Et lorsque j’ai commencĂ© Ă avoir accès Ă internet, une des adresses qui circulait via mail Ă©tait celle d’un site tout simplement Ă hurler de rire : Ze Jacky Touch. Ce site proposait ce qui se fait de mieux en matière de tuning, de prĂ©paration esthĂ©tique de voiture. A travers les diffĂ©rentes prĂ©sentations effectuĂ©es, on pouvait dĂ©couvrir l’utilitĂ© du mĂ©ga-aileron, la pertinence Ă©vidente des sorties d’échappement multipliĂ©e par 12, les productions venues d’Europe de l’Est Ă base de Trabants et de Lada. Bref un florilège de bon goĂ»t, de subtilitĂ© et de finesse. Puis est arrivĂ© ton site-web : www.GatsbyOnline.com… Certains de tes articles, tout comme une grande partie des bagnoles que tu prĂ©sentes, fleurent bon la psychiatrie quand mĂŞme : on est proche d’une sorte de nĂ©vrose Ă voir les photos de vĂ©hicules croulant sous des gadgets, des stickers, des badges ou d’autres accessoires. Pourquoi toute cette accumulation ? Ne pourrait-on imaginer un droit Ă la dignitĂ© automobile, qui interdirait ce genre de pratiques barbares et avilissante pour des voitures qui n’ont jamais demandĂ©es Ă ĂŞtre ainsi maquillĂ©es ?
– L’automobile, un sujet qui fâche.
– Et en la matière, tu es l’homme capable de soulever des armĂ©es de fidèles les unes contre les autres. La plupart de tes idĂ©es sont complètement farfelues. Et avec ton mètre 90, tu te plains d’être trop grand pour entrer dans la plupart des voitures que tu essaies. Étant donnĂ© ton caractère politiquement incorrect, du fait de ton style d’Ă©criture Gonzo dĂ©calĂ© par rapport aux autres magazines et sites-web, tu es devenu le cauchemar des attachĂ©s de presse de l’industrie automobile, des dingos qui se la pĂŞtent grave !
– Je reconnais que rien ne me fait plus plaisir que d’imaginer les gens avaler de travers leur cafĂ© Ă la lecture de mes commentaires irrĂ©vĂ©rencieux.
– Malheureusement, tout se passe de nos jours aux USA. En fait les histoires que les AmĂ©ricains nous racontent au sujet de tout, sont tellement navrantes et peu crĂ©dibles qu’elles en deviennent difficiles Ă avaler : on sent que les scĂ©naristes ont Ă©crit ça sur un coin de table lors d’un repas un peu trop arrosĂ©. Bref, on est tellement choquĂ© qu’on est dans l’incapacitĂ© de prononcer le moindre mot.
– En fait, très vite on va apprendre l’incroyable vĂ©ritĂ© !
– J’ai dĂ©jĂ compris depuis longtemps qu’on nous propose des copiĂ©s-collĂ©s-fauchĂ©s et mal branlĂ©s.
– @ plus !
– Qui peut savoir ?















































