Y a d’la joie…
Chaque fois que je me rĂ©veille, il y a un cauchemar qui se met en route : comme Ă son habitude Scarface nous rĂ©veille tous en chĹ“ur, sans cĹ“ur, l’un après l’autre, comme une vrille qui Ă©crase ses noix.
Le soleil fainĂ©ant refuse de nous darder de ses purs rayons, il se cache derrière une muraille de pierres âcres, nous sommes l’ombre de notre ombre, rien de plus, rien de moins, un numĂ©ro de chambre, un numĂ©ro de dossier mĂ©dical, un simple numĂ©ro.
Je suis lĂ parce que j’ai Ă©crit un livre…
On m’a traitĂ© de fou.
Un matin, “on” est venu me chercher, un gars en blouse blanche m’a dit que j’Ă©tais fou d’avoir Ă©crit ce livre, il en a fait rapport.
Un juge après l’avoir lu a confirmĂ© que j’Ă©tais fou furieux, c’est pire…
On a hésité entre Guantanamo et ailleurs.
On m’a amenĂ© ici.
Ça fait vingt ans.
Hier j’ai rĂ©ussi Ă voler un crayon de couleur et un cahier Ă colorier.
J’ai rĂ©solu d’Ă©crire exactement le dĂ©roulement d’une journĂ©e.
J’ai pris celle-ci au hasard, de toute façon ce sont toutes les mĂŞmes.
Si vous lisez ces lignes, venez me chercher, c’est facile, c’est une grande forteresse, avec des grands murs gris, le ciel est gris lui aussi, de temps en temps des corbeaux traversent le ciel.
C’est lĂ .
Maintenant que j’Ă©cris, j’ai de l’espoir.
VoilĂ , j’Ă©cris… :
L’heure c’est l’heure et la routine de plus belle chaque matin, un Scarface monstrueux de sa somnolence effectue son tour de garde et en tant que garde, nous allume au petit matin comme de faibles bougies ; illuminĂ©s dans notre tĂ©nĂ©breuse chambre, nous Ă©mergeons Ă peine de notre dernier refuge, le lit. CĂ©dant d’un bras de colère, lancinant mais juste, la porte s’ouvre, un sourire cannibale apparaĂ®t : “Il est temps messieurs, il est l’heure messieurs“, on se lève, rien ne rĂ©siste Ă l’irrĂ©sistible rappel au jour ; chaque jour est plus fatidique, mon corps endormi crĂ©e la surprise Ă mon esprit Ă©veillĂ©, nous nous remettons difficilement de nos Ă©motions, celles-ci vont Ă la panique, un jour de plus, un jour de trop, l’horreur est lĂ , sans effort, omniprĂ©sente, Ă©touffante ; le couloir est prĂŞt, les portes les unes après les autres s’entrebâillent, les visages grimacent, se croisent et se dĂ©croisent, aucun ne se fixe, ils ont tous envie de s’ignorer, seulement concentrĂ©s sur leur misère : misère solitaire, dĂ©goĂ»tĂ©s, Ă©cartelĂ©s, chacun s’achemine dans son trou, les douches ne sont pas loin.
En route pour l’Ă©talage de viande : les douchards fous rĂ©pondent tous prĂ©sents.
Tout le monde Ă poil devant l’autre monde.
En présence insistante et insistée des infirmières, tout le monde tout nu, en avant pour le grand chambardement et le bandage est de rigueur pour faire plaisir à ces dames.
D’ailleurs, Ă propos de bander, le bandard fou est-il prĂ©sent ?
Eh bien oui, les petits, les longs, les maigres, les obèses, les surdĂ©veloppĂ©s, les sous-dĂ©veloppĂ©s, les laids, les beaux, les adonis, tout le monde vous dis-je, les gentils, les mĂ©chants, les psychotiques, les jaunes, les blancs, les noirs, black is beautiful, tous bandent, certains se branlent….
A propos de beautĂ© : c’est Katrin, la cinquantaine bien sonnĂ©e qui une fois ; plusieurs fois mĂŞme, me tapote les fesses, puis le sexe, palpant les couilles, en me disant bien clairement, droit dans les yeux : on ne rĂ©siste pas à ça, hein Monsieur…
Et la tendresse, bordel, dans ce chaos chaotique de nus dĂ©nudĂ©s ; c’est un vĂ©ritable bordel de dĂ©sir voyeuriste oĂą chaque infirmière se rince l’Ĺ“il.
Voyou sans voyelle, tout le monde en profite.
En particulier l’infirmière en chef Katrin la vicieuse, point Ă la ligne.
Tout le monde descend !
En fait, tout le monde se rhabille serrés en petits oignons, en oignons que nous sommes véritablement.
Sortie jardins, que non, sortie salle-Ă -manger pour un infect dĂ©jeuner composĂ© d’infectes tartines avec un infect sirop, et du très, très bon mauvais cafĂ©.
Tout cela servi sur une table roulante par un Scarface servant de garçon râleur.
La tĂŞte dans un nid de coucou, la gueule ouverte, les oisillons coincĂ©s dans leur cage, engloutissent l’infect de l’infect Ă la vitesse d’un Ă©clair au chocolat sans chocolat ni pâte.
La gourmandise est une bonne maladie, soyez donc bon avec les malades mentaux !
Le petit, tout petit déjeuner est terminé, tout est bon quand on a faim.
Les mâchoires se referment.
Les caresseurs de nombrils peuvent commencer très tôt le matin, je veux dire de grand matin, leur délires affectivo-délirants.
Après le petit dĂ©jeuner avalĂ© englouti, la cage se referme sur nous et pour ĂŞtre certain qu’elle est fermĂ©e, on l’enterre sous une chape de plomb.
Les serrures sans sourire clignent de l’Ĺ“il, le dĂ©lire barbaro-merdique commence.
“Alain Delon et Mireille Darc sont Ă eux seuls deux la sainte trinitĂ© du capitalisme sauvage. Ils sont Ă©poux sans poux et mon ventre me dit qu’ils sont les deux mamelles du destin. Je les aime. Ils sont beaux, talentueux“, me dit un hirsute en se branlant.
On le surnomme Nougat, on n’en sait pas plus que ce qu’il dit, pareil depuis des semaines, des mois, des annĂ©es… une vie Ă se souvenir !
C’est le plus dĂ©lirant de tous, parfois il entre littĂ©ralement en larmes en racontant en boucle l’amour esseulĂ© qu’il vouait Ă sa Julie : “Une merveille de tendresse, et d’une bontĂ© infinie“…
Sans nul doute faisait-elle partie de la liste de Schindler, exponentiel 10, sans point de retour !…
“Je suis amoureux d’elle depuis l’âge de 20 ans …, 20 ans c’est l’âge oĂą je me suis fait interner pour la première fois et aujourd’hui j’ai 61 ans… Julie Ă©tait sensible Ă Â mon appel et disait qu’on allait se marier. Pour se venger de sa peine lacrymale son père l’a envoyĂ©e voir intimement un ami docteur gynĂ©cologue qui a dĂ©cidĂ© que son j’Ă©tais fou. Les gendarmes sont venus me chercher avec le curĂ© et un ministre, tout le monde a dĂ©crĂ©tĂ© que j’Ă©tais fou pour le fils d’un mineur d’engrosser la fille d’un sĂ©nateur, je me suis retrouvĂ© internĂ© Ă vie !”.
Un glandouillage intégral, intégré à une chronicisation stérile typique des années soixante.
On l’a oubliĂ©, et il en est devenu fou, pire que la prison Ă vie.
A coté de Nougat, se tient Kosovo, un grand black muslman.
Kosovo s’assume, une fois, deux fois, dix fois par jour si Dieu le veut Allaaaaah akkkk barrrr s’il le faut, l’Islam s’Ă©tripe et Kosovo le grand, s’extirpe de son sommeil somnifĂ©erique.
La paix s’Ă©clate en mille morceaux.
Le Coran est grand et incréé et Mohamed est son prophète.
Kosovo ouvre les grandes portes du djihad islamique tandis que la sœur sourire infirmière ferme petit à petit les fenêtres.
Les musulmans s’Ă©tripent, et Kosovo du haut de sa tour d’ivoire, appelle les fidèles Ă la prière.
Les carpettes peinent Ă la tâche mais suffisent au grand dĂ©sir mĂ©galomaniaque de Kosovo le prophète, on prie, donc on respire et le grand souffle passe comme trĂ©passe l’ange qui passe.
La prière terminĂ©e, le quartier gĂ©nĂ©ral de guerre s’organise.
“Et si on faisait la guerre sainte ?” dit-il dans son verbe impĂ©tueux et intarissable…
Scarface qui n’aime pas les musulmans cesse le jeu des grands guerriers de l’espoir en chantonnant sa chansonnette offensive : “mon pyjama et moi“, l’air ne fait pas la chanson et l’embrumĂ©e armĂ©e jusqu’aux dents s’Ă©tiole dans la clartĂ© pâlissante du jour qui n’en finit pas de se lever.
Arrive la grosse vaisselle, grosse embrouille avec Kosovo le prophète, celui-ci s’emmĂŞle les pinceaux et fredonne un marchĂ© minable avec Nougat…
“Ecoute, je suis prĂŞt Ă partir de pied en cap pour le Kosovo si Dieu le veut, mais la vaisselle je ne la ferai pas. Prends ma place, je suis un lâche de la vaisselle, je dĂ©serte et je te branle en Ă©change“…
Et une tournée vaisselle pour le minable parmi les minables.
Et une branlette aussi !
Venons-en Ă ce cher François Ier d’Angleterre, le plus mĂ©diocre des fous de hĂ´pital, le plus mĂ©diocre des mĂ©diocres, concentrĂ© de merde ambulant, mĂ©diocrate surtitrĂ© et argentĂ©, François Ier racole de tĂ©lĂ©portation en tĂ©lĂ©portation, depuis une vieille gĂ©nĂ©ration de vingt-cinq ans, il philosophe prĂ©tend-t-il, en fait, grand dĂ©voreur de livres devant l’Ă©ternel, l’Ă©ternel le lui rend bien ; il est inspirĂ© par son ami François Ier !
VoilĂ ce qu’il prĂ©tend haut et fort !
Entre l’inconnu et le connu, il n’y a pas de frontière.
S’il n’y a pas de frontière, c’est qu’il y en a une.
EnfoirĂ© de merde, merci pour l’ambivalence.
François Ier, à longueur de vie, hante, racole Ă qui veut l’entendre, sa philosophie de pacotille, mais personne n’est dupe alors il parle tout seul, et un homme seul a toujours, raison !
François Ier, pour bien faire, fait parfois mĂ©diocrement la manche, mais il est trop riche pour ce tour-lĂ , alors, il rentre sagement, bredouille de son bonnet Ă©ternellement coiffĂ©, de son couvre-chef…
François Ier est barbu, une barbe hirsute, et avale dans sa gueule d’hirsute, une mĂ©diocre cigarette qu’il coiffe d’un fumet de cancer des poumons, car il tousse, François Ier, il tousse comme un beau diable, d’ailleurs diabolique ne l’est-il pas ?
Le conseilleur, n’est pas le payeur, la critique est aisĂ©e, l’art est difficile.
François le Ier pourri, consume ses cigarettes, comme il consume la société, dont il profite allègrement.
Un jour, il toussait sans conscience et sans retenue, ça m’agaçait, j’ai voulu lui donner une leçon, et c’est lui qui me rĂ©pliqua “MERDE“, en m’infligeant deux magistrals et forts coups de poing Ă la figure : le mouton trompeur avait encore un cĹ“ur de lion.
Avec tout l’argent, qu’il avait avant que sa fille ne le fasse dĂ©clarer fou pour capter prĂ©maturĂ©ment ses biens, il aurait pu s’offrir le monde et donner l’univers Ă sa fille.
Mais voilĂ , il prĂ©fĂ©rait dormir sur son tas d’or, rapiat, sans dĂ©penser une miette, toujours garder, tout, mĂŞme sa pisse, ses merdes, dans des bocaux qu’il admirait…
Et toujours, Ă sa fille promettre, François Ier de le promettre : la semaine des quatre jeudis il lui donnerait 100 Francs…
Enfin, quand le soleil se couche, c’est l’heure du vieux-Gilbert, qui avant de s’Ă©taler, n’arrĂŞte pas, de caresser le sommet de son crâne hirsute, pour calmer une tempĂŞte intĂ©rieure… : “Apocalypse Now, Colonel Kurt, a vos ordres…” crie t’il !
C’est un pulsionneur de pulsions de mort, un ex-adjudant-chef de gendarmerie, parait-il le seul qui a dĂ©couvert qui Ă©taient les tueurs du Brabant Wallon…
Cela l’aurait rendu fou, c’est la version officielle.
Ses dents remplies de chicots l’empĂŞchent de se tartiner les croĂ»tes.
“La sociĂ©tĂ© est pourrie, mais le Docteur est le plus pourri d’entre-tous“, dit-il sans cesse, 240 fois par heure, si pas plus.
Le docteur Peutin, lorsqu’il passe, en arrivant dans ce service, s’entend dire par François Ier le malheureux, comme Ă son habitude : “Point de non retour Dr Peutin. Point de non-retour. Philosophons toujours, il n’en restera de toute façon rien du tout, ashes to ashes, François Ier vous souhaite une bonne nuit“.
Et voici Ivan le Terrible, le pĂ©do, qui fait du pĂ©do comme d’autres bien connus philosophent.
Car la philo du pĂ©do, c’Ă©tait de s’enfiler (pour ne pas dire s’enculer !) six petites jeunes filles, vierges si possible, Ă dĂ©vierger si ceci n’est pas impossible.
Et de plus, Ivan le pĂ©do, ventouse de sa bouche immonde (car il est immonde de la tĂŞte aux pieds) d’un atroce baiser sur la joue immaculĂ©e de salive d’immonde, immondice parmi les immondes, Ivan le pĂ©do courtise tout le monde de ses “bonjour” et “au revoir“, l’un lui serrant la main, l’autre lui rendant un bisou ventouse…
Ivan le terrible, pĂ©do, s’assure ainsi qu’il ne sera jamais abandonnĂ© par ses compagnons d’infortune qui embarquent avec lui dans la barque du pauvre petit grand pĂ©cheur qu’il est en finalitĂ©.
Car en plus, il se prĂ©sente de bourreau Ă victime, victime du système carcĂ©ral dont il s’innocente dĂ©jĂ depuis plusieurs annĂ©es.
“Victime du système“, dit-il en sortant entre deux immondes plaisanteries dont il a, en tant que pĂ©do, le grand secret.
Il se dĂ©clare innocente victime du système : “Quand je pense qu’il y en a qui ont fait plus grave que moi, et qui sont libĂ©rĂ©s avant moi“, car Calimero et pĂ©do rythment bien ensemble.
Tête de nœud, nœud têtu !
Et savez-vous, quel est le nec le plus ultra pour Ivan le terrible pédo ?
Lorsqu’il prend sa douche, quand il en prend une, il saisit sa bite, le dĂ©vergeur prĂ©coce et expĂ©rimentĂ© (qui en a vu d’autres, des vertes et des pires) et de s’enfoncer un doigt dans son anus s’imaginant ainsi (car c’est un grand malade imaginaire, comme tous les pères verts obtus), qu’il pĂ©nètre le vagin d’une fillette qu’il attend toujours et qui ne viendra jamais plus, il l’a Ă©cartelĂ©e, dĂ©chirĂ©e, elle n’avait que 5 ans !…
Enfin intervient après cette parentouze directe, le Grand Epinard qui n’a pas arrĂŞtĂ© de mentir et qui grâce Ă son long membre concurrencerait bien Alex le Pinocchio sous la ceinture….
Aujourd’hui que je vous en parle, il a vraiment quittĂ© la maison des vivants pour de bon ; il est fou pour de bon…, les deux pieds devant.
Car on est ici, Ă vie, Ă mort.
Certains en vivent très bien comme le cas prĂ©cĂ©dent, d’autres, sans doute, plus lucides en crèvent, la gueule ouverte sur un dernier râle au doux pays des râleurs.
Son long membre lui servait Ă une seule chose, son Ă©rection permanente Ă©tait un bilboquet imaginaire, il s’attachait un vieux beignet avec une ficelle autour des couilles et s’amusait sans cesse Ă y faire rentrer son pĂ©nis… et chaque fois que le vieux beignet roulait sur sa queue d’enfoirĂ©, il se rĂ©galait d’une grande rasade de rire.
Et il n’arrĂŞtait pas de s’Ă©taler, s’Ă©tirer, s’esclaffer le Grand Epinard, toutes les cinq minutes, pratiquement, d’une blague idiote, d’un vilain jeu de mot, d’un amalgame ridicule, irradiant sa face de trou perdu, toutes les cinq minutes, du lever au coucher.
Il en est mort…
Crise cardiaque en éjaculant sa connerie !
Arrive en grande pompe, la grande foire aux mĂ©dicaments : “MĂ©dicament ! MĂ©dicament !” crient, hurlent les Scarface’s et consorts, les infirmes infirmiers enfermĂ©s Ă vie en psychiatrie par droit de vocation.
Les cafards grouillants se rĂ©veillent un court instant, s’agglutinent, s’humanisent, s’agglomèrent en agglomĂ©ration de pilules et de gĂ©latines : pilule tue toute couleur.
Le silence se tasse dans la salle tandis que s’entasse la foule de dĂ©lirants, d’hallucinĂ©s, de voyants, de sous-lucides, de tarĂ©s quoi !
Les petits verres sont fins prĂŞts, concoctĂ©s par les finesses expĂ©rimentĂ©es d’un licenciĂ© qui ne licencie personne sauf lui-mĂŞme, quand son travail est terminĂ©.
A la queue-leu-leu, Ă heure fixe, quand tout le monde se compresse, tout le monde fait la file, bien rangĂ©s, rĂ©veillĂ©s, soulagĂ©s, en extase presque, attendant chacun leur tour d’hostie comprimĂ©e.
D’un geste de la main le malade avale le mĂ©dicament qui a son tour avale le malade.
Aucun effet, un goût incertain, le rituel des médicaments est respecté.
Un court instant d’intelligence lucide, on nous carie aux mĂ©dicaments.
Les poissons empoisonnĂ©s continueront bien Ă faire des bulles dans l’aquarium, Ă chacun sa bulle, rien de neuf sous le soleil.
Après la sĂ©ance pause mĂ©dicament, vient l’heure du dĂ®ner oĂą globalement, les mâchoires mâchent afin que la faim touche Ă sa fin.
Vite digĂ©rĂ©, l’infect de l’infect, vient la pause sieste oĂą tout le monde sauf les membres du staff se rĂ©fugient dans ses plumes.
Plume-plume et le marchand de sable ne passe pas.
Chacun somnole d’une fatigue imaginaire ou seul le plus paresseux maintient sa position fĹ“tale entre quatre draps rĂ©gressant comme un lĂ©gume.
Dans ce potager de plantes humaines, intervient le grand jardinier noir, Scarface, qui vient à votre insu, pénétrer dans votre lourd dingue sommeil afin de soutirer dans vos affaires personnelles des preuves indélébiles de votre poly-intoxication aux substances psychotropes.
ElĂ©mentaire mon cher Scarface, dans mes propres affaires, il n’y a rien que du linge sale, non lavĂ© en famille.
Il en prend pour son grade, et Big D. le surprend dans ses ébats amoureux.
Le pot de fer contre le pot de terre persiste et signe.
Scarface aux aveux nie tout.
Aucun coupable, les mains propres, celles de Scarface sont insolentes d’intolĂ©rance et de curiositĂ© malsaine.
Il revient bredouille, un petit tour et puis s’en va, les soupçons ne font pas des coupables, dormez bonne gens, Scarface se dĂ©passe et nous on trĂ©passe Ă petits feux.
Le sommeil troublĂ© par de troublantes mains de père fouettard, la pĂŞche infructueuse, tout le monde se rendort Ă sa place jusqu’Ă ce que la sieste en eaux troubles touche Ă sa fin dans le milieu de l’après-midi la digestion est terminĂ©e.
Revenons Ă Grand Epinard.
En pleine forme ou en pleine dĂ©forme je ne sais, ses blagues idiotes glaçaient telle une banquise, une ambiance dĂ©jĂ lourde d’anges qui passent.
Ils cassaient sa tête, ses méninges à coup de contrepèteries.
Son seul public, c’Ă©tait lui.
Chaque pĂ©tard mouillĂ© Ă©tait automatiquement suivi d’une rasade de rire dont il Ă©tait le seul auteur.
Et ça ne s’interrompait pas.
Des cheveux longs et crades, parfumaient son air ahuri, ses longues guiboles supportaient un corps aux allures efféminées.
Il parcourait la cage de long en large, ponctuant sa croisade de bilboquet sexuel, de fous rires qui le comblaient au sommet de l’hilaritĂ©.
Personne Ă dĂ©faut ne l’Ă©coutait.
Seul, il se gavait, seul il attrapait des indigestions de complexes décomplexés.
Aucun scrupule, ce gars.
Maintenant je sais qu’il est mort, il doit encrasser les Ă©coutilles du bon Dieu qui n’existe pas, de farces et attrapes plus salaces les unes que les autres.
Que les dieux lui pardonnent, parce qu’il ne savait pas de quoi il se marrait.
Venons-en Ă Alckaseitzer : “Mais je n’ai rien fait moi, qu’est-ce que j’ai fait moi, je n’ai rien fait moi“.
En fait de rien, il avait juste poignardĂ© son frère qui le taquinait alors jusqu’Ă l’extrĂŞme.
A bout, un coup saignant de cutter avait mis fin au dialogue.
Il est innocent dans son genre, mais joue bien la comédie du coupable.
Seul sa conscience questionne le médecin qui le libérera bien un jour.
Hyper nerveux, une vĂ©ritable boule de nerf le conduit Ă des interrogations sans fin : “Mais je n’ai rien fait moi” clame-t-il Ă longueur de journĂ©e.
La journĂ©e, elle se poursuit, Ă longueur d’ennui, un ennui qui me conduit invariablement à m’intĂ©resser Ă Alibaba.
Il a un Ă©norme bide : “un bide de merde“, comme il dit lui-mĂŞme… et moi de lui rectifier : “on ne s’insulte pas, on se respecte“.
Quant Ă son cerveau, c’est du fromage, comme il aime Ă le rĂ©pĂ©ter, s’esclaffant en ce moquant de lui-mĂŞme.
Il est lĂ pour des raisons de polytoxicomanie, il a dĂ©jĂ essuyĂ© trois overdoses, le troisième risque d’ĂŞtre fatale.
Il ne comprend pas pourquoi, Ă son insu, il dort, comme la plupart d’entre nous, se rĂ©fugiant dans ses plumes.
Il parle toujours de ses projets farfelus et dĂ©lirants, de s’installer Ă Sao Paulo et hurle : “Carioca’s” et se rĂ©pond Ă lui-mĂŞme en lançant son cri de guerre, “Polista“, et ainsi de suite jusqu’Ă la tombĂ©e de la nuit.
Puis vient, ou plutĂ´t survient sa SaintetĂ©, moine moitiĂ© dĂ©froquĂ©, moitiĂ© en odeur de saintetĂ©, ayant toujours dans sa poche, les mĂ©moires de sainte ThĂ©rèse de Lisieux, les mains jointes, il prie Ă longueur de longueur, psalmodiant un discours pseudo thĂ©ologique, bĂ©nissant d’une huile aussi sainte qu’imaginaire (sa pisse), les pauvres pĂŞcheurs qu’il se reprĂ©sente en lui-mĂŞme comme les brebis Ă©garĂ©es du troupeau de Dieu.
Il s’affole, s’Ă©tire, s’allonge.
Nougat lui reproche son inertie chronique, il lui répond que seuls les médicaments sont responsables de son behaviorisme.
Lent de rĂ©action, son credo c’est Dieu, commencement et fin de toute chose sauf de sa SaintetĂ©.
Une fois béatifiés par sa sainteté, nous rejoignons la grande éminence grise, de John Tumeur Jaune.
Celui-ci donc, douĂ© d’une grande nervositĂ©, n’arrĂŞte pas de trembler de tout son corps, et clame malgrĂ© son amour pour les mots croisĂ©s, qu’il se trouve : “trop de momo dans le b2“.
Il a, pour des raisons que j’ignore, un doigt coupé.
Son allure de grand dandy, détonne dans l’ipséité moyenne de la communauté psychiatrique.
Il parle peu, ne se plaint jamais, mais dans son délire de répliquant, il proclame haut et fort que Charles Darwin s’est trompé et qu’il se souvient de ses vies antérieures.
Sa formation intellectuelle est celle d’un expert-comptable.
En tant que tel, avec la tolérance-autorisation des pouvoirs locaux, il cumule le sort de convoyeur contrebandier de cigarettes et les vendant pour des sommes réduites avec tout intérêt.
Il ne prend jamais note, et enregistre toutes les commandes mentalement.
En fin de carrière, quand un libraire dĂ©posa plainte contre lui pour trente-six dĂ©lits, il se soumis sans aucune autre plainte, ne se dĂ©fendit mĂŞme pas, prĂ©fĂ©rant tomber, simultanĂ©ment Ă ses ennuis judiciaires, Ă©perdument amoureux d’une laideronne ayant physiquement l’aspect d’une sorcière sans aucun charme malĂ©fique, l’envoĂ»tant des pieds Ă la tĂŞte…
Dès lors, il se calma et devint plus sage, plus tolérant.
L’amour est fou et aveugle, donc il dĂ©cida un jour de faire justice !…
John Tumeur Jones se creva les yeux lorsqu’il eut le rĂ©flexe ultime d’une comparaison, après toutefois avoir tuĂ© le libraire responsable de sa dĂ©chĂ©ance, de la manière la plus abominable, il lui ouvrit le ventre Ă vif, en pleine rue, et attacha le bout d’intestin au pare-choc d’un camion stoppĂ© Ă un feu rouge….
Il est maintenant aveugle et fou et le monde intérieur de ce dernier est ainsi éternellement amoureux de la plus affreuse des laideronnes de cette partie du monde qui en est morte de chagrin, mais ça il ne le sait pas.
hĂ´pital nous libère de temps Ă autre d’une “sortie jardin“.
Dans ce jardin d’Eden à l’ombre des jeunes arbres en fleurs, se promène Rastopopoulos.
Hirsute dans la tête, il complexe des préjugés enfantins.
Un peu enrobĂ© il se mire tel Narcisse dans une image aux mille prĂ©jugĂ©s : “Regardez comme je suis fort, regardez comme je suis fort“.
Et comme pour se rassurer, il prend la pose, roulant des mécaniques rouillées jusqu’à la moelle.
De plus, orthodoxe jusqu’à la mĂŞme moelle, il est mystique…
Tel un moustique il se pique de visions angéliques d’apparitions de la Vierge Noire.
Celle-ci l’aide Ă obtenir chaque après-midi au jardin, une Ă©rection merveilleuse destinĂ©e Ă engraisser les plantes… car selon lui il est l’élu et le nouveau Messie naitra d’une des fleurs arrosĂ©es de sa semence.
Ce couple, semi réel (lui) et semi virtuel (la vierge noire réincarnée dans sa main droite) avoue de sa seule bouche, en confidence, aux oreilles condescendantes, l’apparition magique de sa propre transcendance. De plus, il demande toujours autour de lui l’autorisation de l’accès à la cafetière.
C’est l’AbbĂ© qui lui accorde sa bĂ©nĂ©diction : cafĂ© Ă volontĂ©.
Comme il a peu de volontĂ©, il se trouve peu de cafĂ©, consommĂ© jusqu’à l’épuisement…
Rastapopoulos est alors au paradis.
Nul n’ignore son délire mystique.
Le problème c’est qu’il s’adresse toujours Ă des athĂ©es, sauf Ă l’AbbĂ©, une sorte de fantĂ´me qui n’apparait que pour mieux disparaitre en disant ; “Que Dieu bĂ©nisse Rastapopoulos ainsi soit-il“.
Parlons de Spéculoos ou plutôt laissons-le parler, 50 ans de vécu 25 ans d’abonnement à hôpital.
Le fou par excellence.
Son litron de Coca dans la gorge journalière et il est heureux comme un glaçon dans un coca.
Vraiment, vraiment, il pétille d’un fou rire à faire disparaître sa dernière dent qui décolore son petit palais.
Il est en copinage avec Big D qui le lui rend bien, un demi-siècle de bonne humeur criblant tous ses propos par un vivant : “Malheureux toi“.
Avec lui, c’est faute à pas de chance.
Son dernier coup, braquer une banque, commettre un hold-up armé d’un pistolet en chocolat et Spéculoos, de m’expliquer que Dieu lui-même le prend en pitié (Dieu ici est son litron de Coca), raison pour laquelle il le garde, le mettant en sécurité, car vraiment en dehors de cette partie du monde, je veux dire hôpital, il est vraiment très vulnérable.
Tout nu devant le monde des adultes.
Au dernier écho, il prétend tenter obtenir une place de novice chez les moines, mais ici il fait plutôt office de moinillon.
Dans ce paradis des âmes perdues pour eux-mĂŞmes et pour tout le monde, apparaĂ®t Graine de rĂ©glisse, qui constamment a un doigt tripotant son anus tout rose…, et de l’autre doigt, le portant Ă son nez, sniffant sa trouvaille odorante avec dĂ©lice.
Autre moinillon tombé du nid, il est une espèce en voie d’apparition.
De plus, sa formation d’ornithologue permet à Grain de réglisse, de gazouiller, de parler aux oiseaux.
Il piaille de dĂ©lire en dĂ©lire : “Albert le ki- nĂ©, il est au pa- lais” gazouille-t-il faiblement.
La grosse merde qu’il se glisse en poche chaque matin, selon lui, le protège maternellement, c’est un oisillon très fragile, qui ne parvient plus Ă s’envoler, alors il s’envole dans sa tĂŞte.
Il sniffe sa dope de caca comme d’autres respirent.
Et voici qu’arrive Lucky Skywalker le schizo.
Molière a eu la subtilitĂ© d’écriture d’intituler une de ses plus belles pièces : “Le malade imaginaire“, exprimant de suite que le malade est un rĂ©el malade en s’imaginant ĂŞtre malade.
C’est le cas de Lucky Skywalker, il n’arrête pas d’énumérer tous ses handicaps moteurs et locomoteurs de son agglomérat de molécules corporelles.
Au souper, quand arrive le souper, il dévore de son intelligence de scalpel toute son anatomie d’opéré à cœur ouvert.
Il n’est pas cardiaque, mais à de terribles problèmes de cœur.
Chaque soupir dévaste un désir d’être guéri.
Il est en constante convalescence.
Sauf qu’ici, le malade et son imaginaire duo angélique, ne jouent pas la comédie, mais se jouent en brûlant les planches, nous prenant en public et tous de sourire de ce délire plus que délirant.
Une fois le souper gobé, il faut gober le crépuscule et la bataille des fauteuils est engagée pour la meilleure place devant la téloche.
La machine à rêver se contente de diluer de faibles gouttes d’opium du peuple.
Seules les infos passent et des Ă©missions Ă tire larigot cul-cul la praline en veux-tu en voilĂ , style Drucker recevant Patrick Bruel, c’est l’idole de l’hopital.
A chaque fois qu’il chantonne, tous reprennent en chĹ“ur et avec cĹ“ur ; “Y a d’la joie…“.
Pathétique !
Les pĂ©dos, car ils sont plusieurs Ă empester l’atmosphère, s’autocensurent et jouent aux grands hypersensibles, regretant l’Ă©mission “Bonjour Dimanche” de Jacques Martin durant laquelle ils se branlaient tous…
Maintenant, ils regardent des dessins animĂ©s…
Une affaire qui pue.
L’ambivalence est mortelle, les délires font absence de silence.
Tous écoutent avec une sorte de voyeurisme malsain.
Le programme finalement s’arrête comme un déclic lumineux.
Tous sont armés de pied en cap pour passer une nuit de plus dans les sombrinesques chambres de l’asile.
Tous logés à la même enseigne.
Encore vingt mètres de trĂ©pignement, et tous se rĂ©fugient Ă qui le plus vite, dans le fond des plumes oĂą le dieu Anon, dieu de l’onanisme, reprend rĂ©gulièrement ses droits, jusqu’à ce que tout l’hĂ´pital tout entier se branle avant de se rĂ©fugier dans un sommeil rĂ©parateur…, après un dernier soupir de soulagement…
La journée est gagnée et terminée pour se fondre dans d’éclatantes ténèbres.
Demain, ce sera la mĂŞme chose, après demain aussi, et ainsi de suite jusqu’Ă la mort…
Pensez Ă moi.
Je ne me souviens mĂŞme plus du livre que j’aurais Ă©crit et qui m’a amenĂ© ici…
N’oubliez pas, venez me chercher, c’est facile, c’est une grande forteresse, avec des grands murs gris, le ciel est gris lui aussi, de temps en temps des corbeaux traversent le ciel.
C’est lĂ .



















