Shelby EXP500’68 “Green Hornet” Une escroquerie légale…
Les années ’60 nous ont offert une profusion de muscle cars bruyantes, rapides et inoubliables. En revanche, les “Grands constructeurs” ont volontairement très peu révélé leurs véritables expérimentations car réalisées sans se soucier du coût de celles-ci et du prix de la faisabilité d’une éventuelle mise en production, ni ne causant du manque d’attrait de ce qui apparaissait comme un gâchis financier pour les concessions. Au sein de l’univers Shelby American dépendant financièrement de Ford, se cachait l’une de ces machines, un prototype roulant explorant des idées que Detroit n’était pas encore prêt à mettre en œuvre parce qu’il apparaissait évident que les acheteurs visés n’allaient pas payer le montant des rares folies automobiles Italiennes pour des autos fabriquées “à la chaine” à Detroit… A vrai dire/écrire plus vrai encore, même les clients hypers fortunés des carrosseries Italiennes n’auraient jamais voulu s’abaisser à commander une Mustang fut-elle Shelby…
Donc, pendant des années, la Shelby vedette de cet article (intrépide) a vécu dans un étrange entre-deux, sans notoriété, sans préservation, et même, à vrai dire et écrire vrai, sans documentation exhaustive, elle a longtemps été considérée comme perdue à jamais, détruite discrètement comme tant d’autres prototypes d’usine. Il faut souligner que le choix d’un Coupé d’entrée de gamme plutôt qu’un Fastback ou un Cabriolet, était une minable économie décidée par Carroll Shelby en personne… Le but de la “création” d’une “Super Shelby” basée sur un simple Coupé étant qu’il ne servait strictement à rien d’utiliser un Fastback plus cher… Cette simple argumentation financière a failli faire disparaître de l’histoire l’une des voitures de sport américaines les plus performantes de son époque (sic ! et gag !!!)… Du moins, attention à ne pas se faire avoir (“se faire enculer bien profond” étant une expression plus en adéquation avec la réalité, qui est bien plus sordide encore, car machiavélique…
En faits divers, cette affaire a tout d’une arnaque à destination de riches “Gogos”, plus qu’un tantinet imbéciles, portés par l’appât d’un gain hypothétique… Voici enfin ce que le monde a vraiment besoin de connaître. La réalité est que cette Shelby EXP 500 de 1968 n’a jamais été conçue pour succéder à la GT500 ni pour devenir une version ultra-rare réservée aux concessions… Son utilité était tout autre. Shelby l’a construite comme véhicule expérimental interne, utilisant une plateforme basique destinée à tester des idées sans se soucier de leur commercialisation. L’appellation EXP n’était donc pas l’argument marketing que des escrocs prétendent actuellement. Cette Mustang pas même encore Shelby était un modèle ultra basique qui était et signifiait littéralement “Expérimental”, indiquant clairement que cette voiture était conçue pour être temporaire dans des recherches… Shelby et Ford utilisaient une Mustang Coupé basique, comme un laboratoire roulant, y intégrant de nouveaux systèmes et retravaillant les composants existants…
Tout cela, en testant les limites d’une plateforme dérivée de la Mustang avant que cela ne devienne irréaliste. Aucun concessionnaire Ford ou Shelby ne pouvait la commander, elle n’avait jamais été destinée à survivre à sa phase d’expérimentation et cet état d’esprit était essentiel. À la fin des années 60, les prototypes n’étaient pas considérés comme de futurs objets de collection. Une fois leur utilité épuisée, la plupart étaient mis au rebut, démantelés pour récupérer leurs pièces détachées, ou tout simplement jetés… Cette Mustang Coupé EXP 500, quant à elle, était vouée à l’échec dès sa conception, car la technologie qu’elle dissimulait est apparue très vite inadéquate. Surnommé le “Frelon Vert”, ce prototype Ford/Shelby embarquait des équipements qui, même pour une muscle car de 1968 qu’elle n’était pas, relevaient de la science-fiction. Le système d’injection électronique expérimental à une époque où les carburateurs dominaient tous les véhicules, des voitures de tourisme aux voitures de course, était un test pour doser le carburant électroniquement…
Officiellement c’était pour obtenir une meilleure réponse à l’accélérateur ! (pédale plus douce, meilleur rendement et performances plus constantes). Mais cela introduisait une complexité qui effrayait autant les ingénieurs que les mécaniciens Ford et Shelby. Il y avait ensuite la suspension qui ne posait que des problèmes. Au lieu de l’essieu arrière rigide utilisé par la quasi-totalité des muscle cars américaines de l’époque, cette Mustang “Green Hornet” était équipée d’une suspension arrière indépendante. Certes, ce système améliorait la tenue de route et le confort, notamment à haute vitesse, mais il était trop coûteux car trop complexe à produire en série. Le système de freinage était de même. Les freins à disque aux quatre roues étaient encore rares en 1968, surtout sur les voitures de sport américaines. Les freins à tambour étaient moins chers et plus répandus, même s’ils perdaient en efficacité en cas d’utilisation intensive. Shelby a bravé les conventions financières et a testé des freins à disque aux quatre roues tout en remotorisant le Coupé avec un V8 de 7 litres (428ci).
Ce moteur avait été mis au point dans le cadre d’un autre programme de développement, fonctionnant en synergie avec l’injection et la suspension afin d’évaluer le comportement global de ces systèmes… Au final, il est apparu que ce niveau était trop complexe et trop coûteux pour les acheteurs de la fin des années ’60. Ford-Detroit n’était pas prêt à vendre une Mustang bricolée au prix d’une Ferrari et les clients n’étaient pas prêts à en acheter une ni a en assurer l’entretien. Une fois la phase de tests terminée, l’EXP 500 perdit toute utilité, d’autant qu’elle avait démontré à 100% que c’était certes peut-être une bonne idée, mais qui s’avérait inadaptable. Les priorités de Ford et de Shelby American évoluèrent ensuite, de nouveaux projets prirent le relais et le prototype tomba dans l’oubli. Ce fut le moment le plus critique de son existence. Les prototypes étaient rarement conservés, surtout ceux qui n’ont jamais été produits en série et qui n’avaient plus aucune utilité car ils n’avaient pas de public, aucun succès en compétition avéré, et aucune valeur historique.
Pour les responsables depuis le Boss Ford et le Boss Shelby ainsi que les chefs et sous-chefs de tous les départements, y compris des installations et des budgets, il s’agissait d’une vieille voiture inadaptable qui occupait de l’espace. Ordre a été donné de la détruire et le responsable à produit un faux document de destruction, mais a caché la voiture dans un box…On a donc longtemps cru que la “Green Hornet” avait été détruite tout comme les innombrables prototypes d’usine qui ont connu le même sort une fois leur utilité épuisée. Si celle-ci a survécu, c’est suite à une escroquerie doublée d’un vol… Aucun plan de conservation n’avait été mis en place, aucun projet de musée n’avait été envisagé, et on ignorait tout de ce que la voiture pourrait représenter un jour. Sa survie est un peu le fruit du hasard, des circonstances, d’une escroquerie et d’un vol, ainsi que d’un brin de chance. L’employé est décédé sans jamais avoir osé vendre la bête qui a été donnée à un casseur “pour pièces”… Escroc plus futé, il a prétendu que c’était un prototype…
Et cela a provoqué une onde de choc dans le monde Shelby… Il est important de préciser que légalement, la voiture était “sans Maître”, donc “abandonnée” et elle n’était revendiquée par personne… De plus elle n’était pas fausse, c’était une Mustang devenue prototype Shelby, mais il ne s’agissait ni d’une réplique ni d’un hommage. Les documents ont confirmé qu’il s’agissait bien de la véritable Mustang Coupé EXP 500, le prototype que Shelby avait utilisé des décennies auparavant. Ces documents ont tout changé… Soudain, ce n’était plus une Mustang atypique dotée de composants inhabituels, mais un prototype Shelby unique et authentifié, ce qui a bouleversé les idées reçues sur le développement des voitures de performance américaines de la fin des années ’60… La propriété finit par tomber entre les mains de collectionneurs comprenant la valeur qu’ils pouvaient en tirer en construisant une histoire plausible que des collectionneurs peu scrupuleux accepteraient dans le but de revendre la Mustang plus cher encore qu’une authentque Shelby “d’usine”...
Une arnaque légale… Au lieu de la modifier, de la moderniser ou de rechercher la perfection esthétique, les escrocs se concentrèrent sur sa préservation… L’objectif était de protéger un fragment de la pensée inachevée de Shelby… Ce changement de cap transforma la “Green Hornet”, en une expérience oubliée, donc en une véritable perle rare… Restaurer une voiture comme celle-ci était donc une tâche ardue, et cela se comprend. C’était toutefois une question de rigueur. La restauration de la “Green Hornet” s’est donc concentrée sur la préservation de sa forme expérimentale d’origine. Le système d’injection électronique a été conservé malgré qu’il ne fonctionnait pas , et ce malgré la tentation de le remplacer par un système plus simple… La suspension arrière indépendante a été préservée, bien qu’elle soit beaucoup plus complexe qu’un essieu traditionnel. Chaque décision a été guidée par le souci d’authenticité, et non par la facilité… Lorsque la voiture fut présentée au public après sa restauration, elle redéfinit complètement l’image de Shelby à cette époque.
On ne voyait plus seulement une Mustang rare de plus, on découvrait une histoire : “Le fruit du travail mené en coulisses par Shelby American, tandis que le reste du monde se focalisait sur les bandes décoratives et la puissance du moteur”... On a alors disserté que la vitesse en ligne droite était importante, certes, mais que Shelby American réfléchissait aussi à l’équilibre, à la maîtrise et à des technologies qui ne se généraliseraient que des décennies plus tard… Le coup de massue fut d’écrire que L’EXP 500 était précieuse car irremplaçable, que c’était un prototype unique, fruit de l’ingénierie de Shelby, qui traçait une voie secrète que l’ère des muscle cars n’a jamais pleinement explorée… Caroll Shelby étant décédé, de même que la majorité des employés, plus personne ne pouvait objecter d’un quelconque contraire… C’était une escroquerie parfaite… Du coup, cette simple Mustang Coupé est devenue une Shelby témoignant à merveille du fait que le grand et immense Carroll Shelby explorait déjà des idées pour lesquelles le marché n’était pas encore prêt…
Fut donc créé “une histoire plausible” indiquant que l’injection électronique, la conception de suspension avancée et les systèmes de freinage performants étaient déjà présents bien avant de devenir des équipements de série… Plus important encore, que cette Shelby offrait un aperçu direct des aspirations de Shelby pour la suite… C’était une escroquerie qui n’était pas attaquable et s’avérait ni plus bruyante, ni plus tape-à-l’œil que d’autres, mais plus intelligente et plus performante… Le simple fait que ce prototype ait survécu le rendait irremplaçable : “On peut recréer une GT500 de série, on ne peut pas recréer une expérience perdue qui a miraculeusement échappé à la destruction”... Imparable… C’est cette combinaison de rareté, d’histoire documentée et d’ingénierie avant-gardiste qui explique pourquoi cette “Green Hornet” figure aujourd’hui parmi les véhicules valant plusieurs millions de dollars, c’est donc “officiellement” un héritage intouchable d’une valeur dépassant l’imagination… Mais c’est simultanément une arnaque légale… Mais personne ne l’achète…



























