1962 Ferrari 400 Superamerica Cabriolet Pininfarina…

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Je vous l’écrit d’emblée, tout de go, dès la première ligne : « Je ne me suis pas transcendé en écrivant cet article…, je reconnais que c’est même un tantinet blablateur, comme tapoté de force sous la torture…, rien ne vous oblige donc à aller plus loin dans ce fourbi »…
Cette voiture qui s’affiche avec un look prolétaire de coupé Peugeot 404, est si laide et kitch à mes yeux (éberlués et fatigués) sous sa finition tellement onctueuse qu’un ours la lécherait comme si c’était une barrique de miel…, que c’est tout plaisir de constater que pépère Enzo pouvait avoir mauvais goût…, de plus, comme elle a été adjugée  US$ 7,645,000 euros via RM-Auction-Sotheby…, j’ai cru bon, dans un sursaut ingénu littéraire, d’en faire quelques commentaires…, sans aucune arrière pensée positive !

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L’automobile de Grand Tourisme, luxueuse et de haute performance, était un nouveau concept dans les années prospères qui suivirent la deuxième guerre mondiale… et ensuite, durant les années soixante, ces autos ont continué à être le choix préféré de l’élite…
Qu’est ce que l’élite ?
Bonne question !…
Pour simplifier, admettez que l’élite est fortunée, donc à les moyens d’acheter des imbécilités très cher…, c’est pas plus, croyez-moi.

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La plupart des automobiles de Sport et Grand Tourisme de cette lointaine époque, plus où moins luxueuses et performantes , combinaient des moteurs puissant (c’est très relatif car si à l’époque 340 chevaux faisaient saliver les foules, en 2018, même 550 chevaux n’étonnent plus), montés sur des châssis prétendument mieux étudiés que les productions « basiques »…, alors que ces voitures n’étaient qu’un ensemble fragile et réellement bricolé par les « mains de maîtres » d’ouvriers-mécaniciens-tourneurs, carrossiers… et parfois de stylistes pas souvent inspirés… ce qui ne justifiait leur coût exorbitant que parce que les voitures de série étaient pires…
Les Ferrari GT « luxueuses« , ne l’étaient pas vraiment…, leur mise en production débuta en 1953 avec l’introduction (c’est assez subtil et approprié) de la 342 America, basée sur la 340 America mais avec un châssis plus long pour donner plus d’espace intérieur… (écrit comme ça, c’est risible, car qu’est ce qu’on s’en tamponne de ces différences !).

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Puis vint la 375 America (construite jusqu’en Mai 1954), dont seuls 12 exemplaires furent construits pour capter rapidement une partie de la fortune des plus riches (amateurs), qui… bien entendu, se laissaient faire…, quoique ces engins se vendaient à des prix qui donnaient froid dans le dos aux gens du peuple.
La Carrozzeria Pinin Farina de Turin avait été chargée du dessin et de la fabrication de la carrosserie de la 375 America qui ressemblait à la 250 Europa…, mais leurs intérieurs, ailes, pare chocs et détails étaient tous différents…, c’était la plus « Bling-Bling » des Ferrari…, le style « Kitch » dans tout ses excès, avec des surcharges de chromes, des gadgets enfantins et des gimmicks digne du défunt « Jackie’Touch »…, dans cet esprit, dans cette mouvance ridicule, l’année suivante pépère Enzo Ferrari, surement influencé par la pose de ses dents en or… osa présenter le châssis #0423 SA au Salon de Paris dans une version laque de chine…

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La version terminée de la 410 Superamerica, créée par PininFarina, fut présentée à Bruxelles en Janvier 1956…, elle disposait d’un moteur de plus grande cylindrée et de freins (disques) plus conséquents…, elle atteignait une vitesse maxi de 241km/h (150 mph) et accélérait de zéro à 100 en un peu moins de sept secondes…, des scores impressionnant pour l’époque…, d’autant qu’il n’y avait pas de limitations de vitesse…
Des suspensions à ressorts hélicoïdaux avaient été montées à l’avant, à l’arrière c’était un pont rigide suspendu par des lames… (il est interdit de rire)…, un grand nombre de variations de ce modèle furent construits par divers carrossiers, dont Boano, Ghia et Scaglietti, pratique courante chez Ferrari.

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En 1959, Ferrari arrêta la production du moteur Lampredi qui fut remplacé par un V12 dessiné par Colombo (l’ingénieur, pas l’inspecteur de la série TV), moins encombrant et destiné à motoriser la prochaine génération des Ferrari GT « Luxueuses », commençant avec la 400 Superamerica, remplaçante hors normes de la 410SA.
La 400 Superamerica fut introduite (ah! ah!) à Bruxelles en 1960, le châssis 1611 SA, un cabriolet deux places, y étant présenté…, elle est maintenant considérée par une frange de la population, comme l’une des grandes œuvres de Pininfarina : « Une expression très artistique de la performance Ferrari avec un style élégant effaçant aussi la taille apparente de l’auto tout en exprimant son impressionnant potentiel »…

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La réalité était toute autre, la ligne préfigurait les Peugeot 404…, c’était un salmigondis de gimmiks débiles rehaussés de chromes, un engin de total mauvais goût…, mais en égard à leur rang de haut de gamme et aussi en tant que Ferrari routières les plus puissantes de l’époque (sic !), les 400 SA étaient toutefois correctement finies avec de beaux matériaux et agencées aux spécifications du propriétaire…., malheureusement avec un goût assez douteux…
Une fois encore leur prix donnaient le tournis, les réservant aux princes, potentats, dictateurs sanguinaires, mafieux divers, capitaines d’industrie et aux stars d’Hollywood ou de Cinecitta à Rome.

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Les 400 SA « première série » furent réalisées sur un châssis court (c’est-à-dire raccourci) de 2,420 mm, après quoi une deuxième série fut produite avec un châssis allongé à 2600 mm (sic !).
Les versions Coupe Aerodynamica furent communes aux deux séries, alors qu’un plus petit nombre de cabriolets fut produit…, avec leurs lignes étranges et un aspect nettement plus agressif, les cabriolets châssis courts sont maintenant considérés comme étant les plus désirables de toutes les 400SA…, comme quoi, il ne faut pas être une lumière du design pour se voir aduler !

Le Salt Flat de Bonneville, dans l’Utah, étant la Mecque incontestée de la vitesse aux Etats-Unis, des milliers de passionnés de vitesse s’y rendent chaque année depuis presque 100 ans…, cherchant à tester leurs machines (et eux-mêmes) au delà de touteimagination…, des kilomètres quasi illimités sur le lit d’un lac asséché, est l’endroit idéal pour tenter d’y réaliser des records de vitesse.
Au début des années 1960, Bonneville était le domaine des Hot-Rodders américains…, le dernier véhicule que les inconditionnels du Hot-Rodding s’attendaient à voir foncer à travers le sel à plus de 150 mph, était une Ferrari… et pas n’importe quelle Ferrari : une Superamerica SWB Cabriolet, la Ferrari la plus chère produite à cette époque…, il a été supposé qu’un tel comportement imprudent était un reflet de la folie de son propriétaire : R.J. Stallings…, qui, avant de faire des traces dans le sel de l’Utah, menait une vie différente, beaucoup plus glamour, mais tout aussi excitante !

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L’histoire de la Ferrari 400 Superamerica Cabriolet, châssis 3309SA, a débuté en mars 1962… et était le dernier modèle à empattement court construit, comme l’a noté Marcel Massini présenté comme étant « historien de Ferrari »…, la voiture avait été peinte en « Rosso Metallizzato Speciale Italver », elle était équipée de phares couverts sous plexis et d’un hardtop « d’usine ».
La première destination de cette Ferrari n’était pas le garage d’un propriétaire privé, mais le 32ème Salon de l’Automobile de Genève…, ensuite la voiture a été transportée par avion à aux USA à destination de Luigi Chinetti Motors à Greenwich, Connecticut, qui l’a exposée sur son stand du sixième Salon international de l’auto de New York au célèbre New York Coliseum… ou elle a été vendue à son premier propriétaire privé, R.J.Stallings de Phoenix, Arizona, fanatique de courses sur le lac salé…

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En 1959 il y conduisait sa Mercedes 300SL Gullwing’57 au record de la classe D Sports Racing affichant 143.769 Miles p/h…, en ’59 et ’60, Stallings conduisant une Ferrari 4.9 réussissait un autre record avec 154.900 Miles p/h…
Stallings, cherchant clairement à tester les limites de sa nouvelle voiture, a testé le potentiel de sa Ferrari 400 Superamerica au « Jerome A2 Hill Climb » dans son Arizona natal et a ensuite fait le pèlerinage à Bonneville, où la voiture a atteint une vitesse de pointe de 165.435 Miles p/h, un nouveau record qui a été raconté dans le numéro de novembre 1962 du magazine automobile américain Road&Track.

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Deux ans plus tard (1964), Stallings a vendu sa Superamerica à Robert M. Grossman, de Nyack, New York…, mais en 1967, la 400 Superamerica était de nouveau entre les mains de Luigi Chinetti, et en février de ce mois-là, elle a été vendue à un autre passionné : Norman Silver de High Point, en Caroline du Nord… qui l’a vendue en mai 1973 à Charles Robert, de Nogent-sur-Marne-Paris, par l’intermédiaire du concessionnaire Ferrari : Tom Meade.
Charles Robert a fait restaurer la voiture par la Carrozzeria Fantuzzi à Modène qui l’a repeinte dans une nuance plus foncée de marron et l’a équipée d’un intérieur bronze, la présentant lors de la réunion du Club Ferrari France au Mas du Clos en juin 1994… et en 2005 la voiture a été vendue à William Grimsley.. .qui a réexpédié la Ferrari aux USA et l’a fait à nouveau restaurer…, cette fois chez le célèbre carrossier Patrick Ottis, de Berkeley, en Californie : peinture noire et intérieur en cuir rouge.

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Après l’achèvement de cette restauration « top-class » (une finition « à l’américaine » qui est bien au delà de l’état dans lequel avait été fabriquée la voiture en 1962), la Superamerica a été exposée au Cavallino Classic XVIII en 2009, où elle a été sacrée « Platinum » et photographiée pour le numéro d’avril/mai 2009 du magazine Cavallino.
Elle a ensuite été acheminée en Californie, où elle a été à nouveau préparée par une équipe de restauration, et…, la Superamerica a honoré le 18e green au Concours d’élégance de Pebble Beach en août, où elle a obtenu la troisième place et 98 points en jugement « Best of class »… et ensuite ainsi auréolée, vendue à la « Andrews Collection »…qui l’a exposée au Concours d’élégance 2011 d’Amelia Island…

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La plupart des Ferrari Superamerica étaient destinées aux escrocs richissimes, cadors et Tycoons d’affaires diverses, potentats, chefs d’Etats, capitaines d’industrie, célébrités du ciné et du show-bizz, princes, rois et dictateurs de la planète Terre…, en ce compris divers trafiquants de drogues et d’armement.
Ce qui est en soi, absolument effrayant…, tant et tant dépenser dans une telle horreur…, c’est bien la preuve que la plus grande richesse de l’humanité, c’est la bêtise humaine !

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Plus puissante et bien plus exclusive que la vénérée 250 GT Spyder California châssis court, cette 400 Superamerica Cabriolet Pininfarina châssis court (ben oui…), a été présentée comme constituant l’ultime choix du fin connaisseur pour ce qui est des Ferrari découvrables du plus haut niveau…
Moi j’aime bien quand c’est assaisonné aussi profond !

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Avec ses origines « remarquables » de voiture de salon (sic !)…, ses exploits « stupéfiants » dûment notés en course (vitesse pure sur lac salé), son historique de succession de propriétaires limpide (c’est l’historique qui est limpide, pas les propriétaires successifs dont certains sont très nébuleux), ses extraordinaires restaurations avec en finale une peinture « trop brillante »… et son coté « Bling-Bling » à couper le souffle…, elle doit être considérée, au-delà de toute logique… comme étant on ne peut plus désirable, une valeur sure et méritoire dans le marché d’aujourd’hui…
C’est en fait une voiture de parade et de concours d’élégance (gag !)… une Ferrari destinée à la vanité de ses propriétaires… Amen !.

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Moteur V12 à arbre à cames en tête, 340 chevaux côtés par l’usine, 3967 cc, trois carburateurs Weber 40DCZ6 double corps, boîte manuelle à quatre rapports, suspension avant indépendante avec quadrilatères et ressorts hélicoïdaux, suspension arrière avec pont rigide, ressorts à lames, amortisseurs télescopiques et freins à disques aux quatre roues. Empattement: 2,420 mm (95.3″)