Mercer ne peut malheureusement plus déclencher l’enthousiasme des foules comme durant les années folles, ni même aucune reconnaissance auprès des moins de quarante ans, après tout, ce constructeur automobile américain qui a produit des voitures avant la Seconde Guerre mondiale, n’est mentionné dans aucun livre d’histoire ni ne se trouve dans aucun manuel scolaire !

Pour la version courte de cette histoire, sachez que la Mercer 35 Raceabout construite en 1910 fut la voiture de sport la plus admirée de cette décennie et même au delà, jusqu’au début des années trente.
Ce véhicule avait une vitesse de pointe de 90 mph, ce qui à l’époque était un exploit… et disposait d’une carrosserie « minimaliste » avec une pare brise plat et rond devant le seul conducteur…
Ce style a été ensuite copié par tous les constructeurs automobiles, mais la Mercer 35 Raceabout est devenue mythique, une légende qui a porté la voiture vers des sommets financiers lors des plus célèbres ventes aux enchères automobiles du monde.

Tout un programme !

Tant de superlatifs…, que Virgil Exner, un designer automobile américain surtout connu pour sa réinterprétation des Stutz, va vouloir réinventer cette Mercer au milieu des années soixante, avec le savoir-faire technique de la Carrozzeria Sibona-Basano, les finances de l’Association pour le développement des conceptions du cuivre et le suivi médiatique du magazine Esquire par la plume de Diana Bartley, qui voulait : « profiter de cet hommage envers la Mercer 35 Raceabout, pour pousser Virgil Exner vers des conceptions inhabituelles, en s’inspirant des voitures classiques et antiques pour exprimer sa créativité avec les contraintes d’un châssis et d’un moteur moderne, tout en tenant compte des préférences des clients en matière de confort et de luxe »…

Dans cette nouvelle époque automobile mélangeant spectacle et concept-cars, les constructeurs ont rapidement versé dans le futurisme.
Il faut vous faut savoir, avant d’aller plus avant dans cette grande aventure, qu’après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie automobile était très vivante, fourmillant de nouvelles idées : moteurs à soupapes en tête, transmissions automatiques, suspensions plus efficace à barre de torsion, climatisation compacte, etc…, ont été parmi les premières améliorations.
Les concept-cars surchargés d’ornementations diverses ont rapidement été abandonnés en faveur de l’aérodynamisme, de l’exotisme et parfois du fantastique.

Comme les produits ménagers devenaient « design » dans la nouvelle vie « moderne », il était inévitable que l’automobile, de plus en plus au centre de la société américaine, devienne « design » également sous leur influence.
Les concepteurs, les designers, dont beaucoup étaient déjà considérées comme plus importants que les personnalités politiques, ont été élevés au statut de célébrités, comme à Hollywood.
Les designers industriels ont donc rapidement intégré le monde de l’automobile en s’inspirant du style des appareils ménagers, des stations services et du mobilier.

Ses flancs plats, la poussée stratosphérique de son capot « fusée » et des ailes arrière…, mais surtout, la lunette arrière en quart de cercle, ont changé totalement ce qui existait jusqu’alors.
Le premier design moderne en automobile, arrivé sur le marché, fut la Studebaker Starlight Coupe 1947, conçue par Raymond Loewy.
Même si Studebaker n’était pas une concurrence remettant en question l’hégémonie des « Big Three » de Detroit, le modèle 1947 de Studebaker a envoyé leurs ingénieurs et concepteurs se métamorphoser en designers afin de réorganiser les gammes-modèles d’après-guerre.

Mais Exner et Loewy ne s’entendaient pas très bien, ce qui créait au sein de l’entreprise, une situation inconfortable persistante.

Loewy, en tant que chef de l’entreprise, a récolté le crédit et les lauriers pour la création de la Studebaker 1947, mais c’était Virgil Exner qui l’avait réellement conçue, travaillant « free-lance » depuis son domicile avec de l’argile formé par Ahlroth Frank et les connaissances explicites et l’approbation de l’ingénieur Roy Cole qui l’a finalement engagé comme salarié chez Studebaker !

Au début, Chrysler employait Virgil Exner spécifiquement pour concevoir et produire des concept-cars ponctuels.
Exner a abandonné Studebaker à son sort (qui deviendra funeste), pour aller oeuvrer chez Chrysler Corporation… et y a dessiné la Chrysler 1955 « 100 Million Dollar Look » qui eut une telle renommée, qu’en fut extrapolée le « Forward Look » des modèles 1957.
Jusque-là, les show-cars étaient sous-traités chez Ghia, un carrossier italien, au départ des dessins de Luigi Segre et Felice Mario Boano.

Tous ont été construits par Ghia à partir des dessins et maquettes d’Exner conception, situé dans le Michigan.
Virgil Exner a décidé de lancer son propre studio de design : Exner conception, le style a alors changé, ce qui a donné naissance à toute une série de modèles spéciaux : la Dodge Firebomb, la Plymouth Explorer, la DeSoto Adventurer, la Chrysler Firearrow d’Elégance.
Virgil Exner, juste après avoir subi une crise cardiaque majeure, est revenu en 1957 chez Chrysler en tant que président du service Design.

Il y a nommé Guillaume Schmidt (venant de Studebaker-Packard) et plus tard Elwood Engel.
Mais Exner n’a pas abandonné pour autant son studio de design qui était devenu très important pour le succès de Chrysler.
À sa retraite de chez Chysler en 1964, Exner a repris en main son agence de design, tout en signant un contrat de conception avec Ghia à partir duquel ont émergés plusieurs voitures, notamment la Renault Caravelle et la Volkswagen 1500
C’est alors qu’Exner a voulu évoluer, voyant la Mercebaker de Brook Stevens, en concurrence chez Studebaker avec l’Avanti de Raymond Loewy…

Studebaker va rater le coche en refusant ce projet et en choisissant de produire l’Avanti, très originale, mais très fade…
Brook Stevens venait d’inventer le rétro-futurisme, dejà utilisé pour ses Excalibur de course, d’où la contraction de Mercedes et Studebaker en Mercebaker, car cette voiture était basée sur un châssis Studebaker Lark moderne (pour l’époque) avec une carrosserie inspirée de la Mercedes SSKL des années ’27…
Virgil Exner, lui, va comprendre et dessiner une carrosserie rétro-futuriste en s’inspirant de la Mercer 35 Raceabout…

Esquire et sa journaliste Diana Bartley qui voulait : « profiter de cet hommage envers la Mercer 35 Raceabout, pour pousser Virgil Exner vers des conceptions inhabituelles, en s’inspirant des voitures classiques et antiques pour exprimer sa créativité avec les contraintes d’un châssis et d’un moteur moderne, tout en tenant compte des préférences des clients en matière de confort et de luxe »…, sont alors apparus dans sa vie…, tel que résumé dans le texte « chapeau » en début de ma narration…

A la suite de son interprétation de la Mercer 1965, Virgil Exner a conçu trois voitures impressionnantes : la Stutz Bearcat super (avec un panneau de toit rétractable coulissant)…, la Duesenberg Double Sport Cowl Phaeton… et la Packard Convertible Victoria.
Les dessins des quatre voitures publiés dans le magazine Esquire ont été très bien accueillis par les lecteurs, dès-lors, Virgil Exner a décidé d’aller de l’avant !
Avec Ghia en difficulté financière, Exner a du chercher ailleurs pour trouver des artisans capables de réaliser la Mercer en métal.

Ensuite, grâce à la société Copper Development Association qui a signé un contrat d’achat de la voiture créée au départ du dessin de Virgil Exner, toute l’équipe a pu mettre en chantier la production réelle de la Mercer Raceabout sur base d’un châssis roulant numéro CSX2451, acheté neuf en février 1964 chez Carroll Shelby.
Brooks Stevens a recommandé la Carrozzeria Sibona-Basano à Turin, une entreprise qui avait été créée en 1962 par Elio et Emilio Basano ainsi que Pietro Sibona.
Non seulement Shelby a fourni le châssis d’un empattement de 108′ avec suspension à quatre roues indépendantes avec ressorts à lames transversaux et freins à disque aux quatre roues, mais également le moteur V8 289ci, la boîte manuelle à quatre rapports et quantités d’autres pièces.

Cette firme, spécialisée dans le cuivre à défini et utilisé onze différents matériaux, alliages et finitions, dans ce métal, à la fois pour l’intérieur et l’extérieur, afin de démontrer la diversité du cuivre et du laiton.
Avec ces composants majeurs de base, Copper Development Association qui non seulement achetait la voiture pour un prix fixé à US$35.000, devait s’occuper de fabriquer en cuivre tout l’accastillage et les pièces de carrosserie habituellement chromées.
Exner, s’exprimant dans Esquire via Diana Bartley a dit qu’il voulait « capturer l’esprit de la conception des anciennes voitures dans un package moderne d’un caractère distinctif parce que le marché des voitures de luxe devait être fortement stimulé par un effort réel pour retrouver un peu de l’élégance et de l’originalité d’autant, qui rendent les vieilles voitures si intéressantes et excitantes pour nous encore aujourd’hui »…

 

Dans le corps de cet article, Virgil Exner a également affirmé : « Ma préférence pour des matériaux nouveaux a également fait partie du flux créatif, l’aluminium et la fibre de verre augmentant industriellement en importance en tant que matériaux de carrosserie, de même que lestissus synthétiques pour les interieurs. Le plastique est devenu plus résistant que l’acier aux intempéries et plus polyvalent dans la création de formes complexes et de faible poids, remplacant avantageusement les pièces en métal ». 

Exner n’était pas plus philantrope qu’Esquire et sa journaliste…, l’affaire 1965 Mercer Cobra Roadster a été très lucrative pour lui !
Ne croyez pas que toute cette affaire fut réellement ce que vous avez lu jusque là !
Le châssis Cobra complet, roulant, avec moteur, boite, trains roulants et divers ainsi que le cablage électrique et le réservoir d’essence ainsi que les radiateurs d’huile et d’eau à coûté US$ 2.800 plus les frais pour expédition à Turin, soit un total de US$ 3.019.
Le prix convenu avec la Carrozzeria Sibona-Basano pour la construction et l’ajustement, y compris peinture, divers et intérieur en cuir, était de US$ 10.400 $.
Exner a ensuite vendu la Mercer Raceabout Cobra à Copper Development Association pour US$ 35.000 alors que cette société avait fourni toutes les pièces en laiton et cuivre…

Exner a alors joué son rôle vedette dans Esquire, insistant sur sa conception rétro-futuriste avec long capot, longues ailes, habitacle reculé, calandre en cuivre, grille en laiton et phares ingénieusement montés sur des pivots où ils basculent vers l’arrière quand il ne sont pas allumés : « Notre objectif global était de créer un design intéressant et stimulant, plutôt que celui qui suit simplement la formule d’un plat de nouille. Pour des raisons pratiques, les éléments de laiton et de cuivre ont été recouverts d’un revêtement acrylique pour éviter la décoloration. Les moulures sont en bronze de silicium. Les feux arrière sont encastrés dans des tunnels en laiton. Les garnitures intérieures, les dossiers des sièges, les panneaux de porte et le tableau de bord ainsi que les compteurs sont en cuivre, tandis qu’un mélange d’alliages de cuivre a été utilisé dans la réalisation du volant. Les roues à rayons de 16 pouces ont des couvercles-enjoliveurs en laiton. Le moteur a reçu un traitement au cuivre pour les cache-soupapes, le filtre à air, les bouchons de remplissage d’huile et d’eau. Un bouclier thermique en silicium et bronze protége le corps et les jambes du conducteur et de sa passagère. Les tuyaux d’échappement sont en chrome de cuivre. Les disques sont fabriqués à partir d’alliage de cuivre, la dissipation rapide de la chaleur favorisant des performances exceptionnelles. La Mercer Cobra Roadster est peinte en blanc perle avec des garnitures intérieures en cuir noir et le pare-brise bombé est en plexiglas. La voiture va être présentée dans des spectacles et des rassemblements techniques pour promouvoir l’utilisation du cuivre et du laiton et leur adaptabilité, faisant des apparitions sur les six continents ».
Dans ce prix, outre qu’il gagnait US$ 21.581, Virgil Exner devait s’obliger à quantités de blablabla publicitaires consistant à présenter la voiture comme un concept unique de Copper Development construit avec un ensemble de matériaux en cuivre.

Peu de gens s’en souviennent… et la majorité d’entre-eux restent persuadés que la voiture n’a existé que sous forme de dessins…
Livrée fin 1964, un an seulement après la décision de la construire, la Mercer Cobra Roadster n’a pas vraiment attiré l’attention du public dans le monde entier !
Pourtant, plusieurs reportages ont été publiés, dont six pages somptueuses durant l’hiver 1964 dans l’Automobile Quarterly.

La valeur estimée se situait entre US$ 800.000 et US$ 1.200.000…
La voiture a été utilisée par l’Association pour le développement du cuivre durant une dizaine d’années, puis, cette société l’a vendue a Joe Bortz au début des années 1970…, qui l’a ensuite vendue à Jim Southard, qui l’a vendue à Al Wright, qui l’a vendue à Tom Barrett, qui l’a vendue à la famille Lyon en 1989 qui l’a vendue à on ne sait qui, client de RM-Auctions durant leur vente annuelle de Montery le 20 août 2011…
Elle a été adjugée US$ 660.000…

Elle est toujours dans l’exact et même état que quand elle est sortie de la Carrozzeria Sibona-Basano à la fin de 1964…, jusque dans ses pneus d’origine !
Durant toutes ces années, c’est à dire 47 ans, la Mercer Cobra Roadster n’a jamais été utilisé sur route !!!
En 2011 la voiture a été présentée au fameux concours d’élégance de Pebble Beach Concours…
Non seulement la Mercer Cobra Roadster est une pièce importante de l’histoire et du design automobile, mais elle est une œuvre rare, la survivante d’un des grands concepteurs automobiles du 20ième siècle, Virgil M. Exner. C
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