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Je suis sorti de la présentation exclusivement virtuelle de cette étrange Rolls-Royce, épuisé, complètement tourneboulé, mais aussi franchement enthousiaste devant le renouveau de l’infinie et pathétique débilité qu’ont certains olibrius à créer des absurdités déphasées et inutiles.
Un étrange mélange de sentiments pour une automobile extraordinaire qui ne l’est pas moins…

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Dans l’enceinte d’un monde déphasé mêlant châteaux, propriétés bourgeoises, hôtels pharaoniques, endroits insoupçonnés et clubs décadents, des clowns invisibles crient sauvagement leur amour-haine des autres dans leurs cages dorées, tandis qu’à l’extérieur, les hommes s’entretuent pour survivre.
– Le pitch tout d’abord : un bon résumé de la quantité gargantuesque d’éléments qui constituent le texte qui s’ensuit : « Recruté de force par le Nouvel Ordre Mondial (sic !), je me retrouve face à une Rolls-Royce virtuelle repensée par un consumériste autogène au milieu d’une faune d’abrutis dans un univers ou tout n’est ni noir ni blanc… et où je finirai par perpétrer un massacre à coup de mots et phrases assassines dans le but de tuer tout espoir de croire aux utopies coloriées au sein de notre monde en décomposition… où végètent un invraisemblable panel de personnages marginaux rongé par le désespoir ».
– Le but de l’affaire ensuite : pomper un max d’euros et/ou dollars à des inconscients-inconsistants millionnaires…, en quête d’un rêve mécanique !

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A un moment, cette Rolls-Royce m’a beaucoup touché sous la ceinture…, si, si, beaucoup…, à un autre elle m’a effrayé, puis ensuite elle m’a fait rire, pour enfin m’attrister.
Ma narration, épique comme bien souvent lorsque je me retrouve au bord de l’abîme avec la volonté de faire un dernier pas en avant…, est un mélange, à mon sens, incroyable et très condensé de sensations personnelles très perturbantes…, un peu comme si je caressais votre joue droite (mais ça peut être la gauche, c’est vous qui choisissez)…, pour ensuite vous donner immédiatement une forte claque sur l’autre…, avant de vous prendre la tête et la secouer dans tous les sens.
Si je vous semble animé d’une hargne folle…, si vous avez le sentiment que je règle à nouveau mes comptes…, vous ne pouvez pour autant refuser d’admettre que ce n’est pas l’œuvre d’un autiste décérébré tant celle-ci est une énorme pitrerie créée pour étaler à la face du monde les états d’âme de son concepteur et surtout pour obtenir un maximum de gros acomptes pour une automobile d’illusions illusoires qui n’existera jamais…

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On retrouve cette ambivalence dans les photos qui mêlent des décors réels avec cette « monstresse » de fiction.
C’est une automobile « de genre »…, à la fois historique, engagée, dramatique, horrifique et comique.
J’avoue…, j’ai été de suite happé par l’aspect visuel fort et pénétrant et le look hallucinant d’hideuse beauté (que certains qualifieront de mauvais goût) et de noirceur-grisâtre, les différentes mises-en-scènes s’étant indéniablement et insidieusement imprimées dans mes rétines…, malgré que j’ai eu plus que l’impression que l’artiste (sic !) a tout jeté dans la copie d’une forme, d’un design qui ne lui appartient pas…, là, certes avec un certain génie dévoyé…, mais qu’il n’a pas réussi à se poser au calme pour analyser son travail et l’affiner comme il était indéniablement nécessaire.
Malgré ces grosses réserves, cette Rolls-Royce est d’une force réjouissante car elle démontre qu’au plus profond du désespoir et aux tréfonds de la crise actuelle, quelques fous osent encore proposer à des fous, des imbécillités hors de prix destinées à tout autant d’imbéciles qui ne savent plus compter….

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Lorsqu’il s’est présenté à moi, il était (disait-il, mais je ne l’ai pas cru !)…, fier de me présenter sa Rolls Royce Jonckheere Coupe aérodynamique II :
(L’auteur responsable de cette voiture se nomme Ugur Sahin).
– Mon objectif principal dans cette conception, est de réinterpréter respectueusement la Rolls Royce Jonckheere Coupe aérodynamique I, qui a été construite en Belgique par Henri Jonckheere et son fils Joseph Jonckheere en 1935. Malheureusement, les ateliers ou ont été construit cette merveille ont été détruits pendant la guerre 39/45 et aucun document n’a survécu. Qui a commandé ou conçu la voiture d’origine reste un mystère. Henri et Joseph Jonckheere étaient bien connus dans toute l’Europe pour la fabrication de carrosseries spéciales sur les voitures et les autobus. L’atelier, devenu une carrosserie-usine d’autobus est toujours en production aujourd’hui sous la marque VDL Jonckheere, et ses dirigeants m’ont demandé d’honorer l’histoire de leur marque à travers une carrosserie qui serait la réinterprétassion de la voiture originale qui est actuellement en possession du Musée Peterson basé en Californie. Pour moi, la voiture originale représente l’aspect éternel de l’art de l’automobile et l’impact qu’elle a eu sur l’humanité, même après 77 ans. Ma nouvelle conception a été soigneusement réalisée avec quelque chose de très important à l’esprit : le respect du passé. Et de là est venue l’idée de réaliser une série limitée réservée à quelques milliardaires épicuriens triés sur le volet. Vous voir ici, est un plaisir rare qui sera sublimé lorsque vous signerez le chèque d’acompte prévu de 300.000 US$ pour cette œuvre d’un million de US$ plus taxes et petits frais. Soyez béni et remercié.

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– Votre histoire n’est pas 100% exacte, j’ai enquêté sur la voiture originale il y a quelques années (2010) à l’occasion de son exposition à Peeble Beach et j’en avais réalisé un reportage : http://www.gatsbyonline.com/main.aspx?page=text&id=754&cat=auto
– Ah ! Oui ! Bien ! Je corrigerai dans l’avenir…
– Outre que vous réinterprétez l’histoire, il est en effet difficile de réinterpréter quelque chose de ce passé qui a un caractère très imposant et impressionnant comme la voiture originale, dans une forme moderne sans perdre son essence même. Cette voiture (une Phantom 1 de 1925, commandée en 1925 par Mr.Hugh Dillman de Détroit ) a tout d’abord été carrossée en cabriolet par Hooper en 1926. Dotée d’un moteur six cylindres OHV de 7,66 litres et équipée d’une boîte à quatre vitesse, elle était capable de croiser à 160Km/h, tout en permettant, dans un grand silence, de tenir une conversation et d’observer le ciel à travers ses deux toits ouvrants… Elle ne quitta pas le sol anglais, mais, par la suite, le Maharajah de Nampara en fit l’acquisition puis la vendit au duc de Windsor qui la confia à Henri et Joseph Jonckheere (en Belgique) pour être re-carrossée (probablement en 1934, mais nous ne pouvons pas le vérifier car les ets Jonckheere ont été ravagés par un incendie qui a détruit toutes les archives relatives à cette voiture ! )… La voiture réapparait en tout cas au milieu des années 30 où elle fait parler d’elle et remporte quelques concours d’élégance…

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– Vous voyez bien que…
– Taisez-vous… En 1937 le magazine LIFE a consacré un article assez complet (et fantaisiste !) sur la « Rolls en or aux portes rondes » et, peu après, on n’entendra plus parler de la voiture qui disparaitra totalement de la circulation pendant de longues années… Retrouvée à l’état d’épave sur un terrain vague appartenant à un ferrailleur, au début des années ’50 dans le New-Jersey par Max Obie (qui la confia pour une restauration complète à George A. Brummer), elle fut repeinte en blanc après plus de trois ans de travaux. En 1954 elle gagna le grand-prix lors du « World’s Motor Show » au Madison Square Garden. Mr. Obie a décidé ensuite de la faire « dorer » toute entière et en a fait une entreprise commerciale en faisant payer aux curieux la somme de 1 dollar pour la voir… Pour obtenir l’effet « gold » recherché, on y a appliqué 17 couches de laque successives enrichies d’une bonne dizaine de kilos de poudre d’or (la légende prétend qu’il y en eut 25 kg ! )… Aux États unis, Max Obie va balader sa voiture « de cirque » en monnayant les photos de l’engin et en essayant de faire parler de lui… Récupérée par un excentrique qui la restaurera partiellement (celui là a du faire une « bonne affaire ») elle disparaît à nouveau (change-t-elle de propriétaire, nous n’en savons rien…), mais elle est rachetée par un collectionneur Japonais en 1981, dans une vente aux enchères pour 1.5 million de $ ! La suite de l’histoire est encore assez fumeuse, la voiture fait son retour en Amérique, en Californie, au Musée Petersen. Arrivée en morceaux, le propriétaire du musée envoie l’épave à la société Iron Works en Californie pour rassembler toute la voiture. Toujours est-il que la légendaire Phantom est aujourd’hui totalement restaurée…, après bien des aventures, débarrassée de sa peinture de foire et sauvée de la ferraille…

 

– C’est une voiture fantôme !
– Les fantômes sont immortels, ne l’oubliez jamais !
– Beaucoup de choses telles que les proportions et les lignes, l’impression que les formes donnent, sont essentielles pour re-saisir un nouveau design. Tout en gardant l’ADN passé, j’ai injecté des éléments de design modernes qui sont en cohérence avec le passé !
– C’est toujours une tâche difficile pour tout concepteur. Mais vous dénaturez ce chef-d’œuvre du passé, qui existe encore, pour en faire une très moche réplique en plastique, c’est bien triste !
– Il est important d’éviter de créer un design qui est trop moderne en changeant les proportions d’origine, tout en ajoutant et en modifiant des éléments d’une certaine manière pour éviter de créer une impression obsolète. Avec cela à l’esprit, j’ai décidé de concevoir une voiture qui reflète une automobile complexe qui impressionne, sans avoir à dépendre d’éléments trop compliqués et d’ajouts inutiles.
– C’est à mon avis raté… La dimension des jantes est ridicule et casse la ligne de la voiture. Vous auriez pu placer des éléments de 22 pouces !
– D’une certaine manière, oui, mais d’une autre non…
– Que voulez-vous dire ? C’est absurde !
– Certainement, mais ce n’est pas le plus important !
– Au contraire, c’est un grand gâchis…

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Ce qui a compté pour moi, c’est que la voiture reflète une appartenance à un monde ou ne peuvent vivre que les élites… Des milliardaires capables de me payer un million de dollars plus frais et taxes…
– C’est dépassé ! Tucker, Bricklin, DeLorean, se sont ingéniés dans la même aventure ; c’est une escroquerie…
– Je ne vous permet pas de m’insulter !…
– Parfois, on a envie de dire à certains olibrius : « Arrête les frais » ! Deux visions des choses et donc deux clans s’affrontent, l’un, le mien, considère que la « zombification-automobile » est une mystification des masses, une maladie irréversible… et que les olibrius qui font croire aux abrutis que leurs vessies sont des lanternes, sont tellement dangereux qu’il faut les massacrer jusqu’au dernier. L’autre, le votre est basée sur le consumérisme haut de gamme qui vise les pépères friqués en mal d’être…, faut-il en ce cas pouvoir assumer et construire véritablement les voitures. or vous n’en êtes qu’à du virtuel et vous demandez 300.000 US* d’acompte !
– Une idée intéressante…
– Je vous l’accorde, j’ose même vous dire, yeux dans les yeux, que votre création aurait même pu être passionnante si elle avait été pensée avec talent, ce qui est loin d’être le cas ici, car bien vite, les fautes de style, principalement le sous-dimensionnement de la taille des jantes, refroidi les ardeurs de tout fan. On est d’abord surpris de se retrouver face à un faux, pour le coup, on y croirait. En général je déteste ce genre d’effets, mais ici, avec le temps passant et la crise actuelle, c’est encore pire ! Cette Rolls-Royce aurait du être fun alors qu’elle se révèle pathétique.
– C’est hallucinant, vous cherchez à être drôle.

 

– Autant l’affirmer de suite, votre voiture à un aspect profondément maladroit, limite lourdingue. Et ce n’est certainement pas la dimension des jantes qui arrange les choses Cette Rolls-Royce tombe à plat.
– L’avant de la voiture est l’une des parties les plus impressionnantes avec une grille colossale qui rend hommage à l’histoire de Rolls Royce et à la voiture originale, tandis que les portes rondes sont un hommage à la conception originale qui a fait que cette voiture est unique depuis sa construction en 1935. L’arrière de la voiture a le même style audacieux avec des détails subtils qui ne perturbent pas les proportions principales et l’attitude de la voiture.
– Quel est le but de la manœuvre ? Lorsqu’on compare votre « machin » avec l’originale, que ce soit sous tous les angles, mais surtout la calandre et la dimension des roues, on voit de suite que votre voiture est loupée !

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– Actuellement, je suis en négociation avec des investisseurs potentiels qui sont intéressés à s’impliquer dans le projet de construire quelques voitures similaires en exclusivité.
– Dès que les premières images ont été publiées, je suis certain que les retraités d’au moins 65 ans ont eu des frissons, se rappelant d’une certain époque durant laquelle les répliques et néo-plastiques comme les Excalibur et les Clénet étaient les voitures les plus prisées. Les admirateurs étaient comme liés à elles par un amour devant faire face à des événements incroyables.
– Si vous imaginez que l’influence de ces marques disparues imprègnent mon œuvre, je vous répond tout de go que ce n’est pas le cas. Tout ça est ridicule !
– Pendant la présentation, j’ai eu le sentiment que cette voiture était la co-vedette d’un film d’horreur comme on en a vu beaucoup ces dernières années, auquel on, c’est à dire vous…, aurait voulu donner une saveur d’antan. C’est un peu comme ces produits alimentaires industriels qui sont vendus dans un emballage noir et blanc afin de donner l’impression au client qu’il va retrouver une bonne vieille saveur.

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– Je suis dans mes petits souliers, je suis désolé de vous avoir déstabilisé.
– C’est évidemment artificiel et on s’en aperçoit assez rapidement. L’influence du retour en arrière et vos incantations à Jonckheere vont jusqu’au trop plein de bons sentiments, de miséricorde débordante… et d’émotions sur-lignées jusqu’à l’écœurement.
– Votre remarque ne relève pas forcément le niveau. Je suis simplement surpris par le fait que, comme d’habitude dans vos commentaires, vous semblez complètement paumé. Je ne vais certainement pas m’empêcher de relever quelques bons points dans vos questions et remarques.
– J’ai le sentiment que votre création livre avec une fausse sincérité une partie de votre enfance.
– Au fond, cette histoire de monstre est vraiment accessoire, ma création est plus intéressante.
– Ce n’est pas une création, mais une recréation… Quoique dire que c’est aussi une récréation destinée à un public très fortuné, est un double sens…

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– Au passage, notez dans votre article qu’ils ne seront pas déçus !
– Je suis sans doute pas assez vieux pour véritablement apprécier, et les enfants vont probablement s’en désintéresser… La clientèle potentielle est restreinte et se réduit de jour en jour…
– J’aurais peut être fait exactement le même constat que pour vos anciens magazines Chromes&Flammes….Et il faut vraiment arrêter-là car ça devient franchement ridicule.
– Votre réplique néo-plastique est comme sortie d’outre-tombe, trop remarquée, trop surestimée et trop surchargée, cette Rolls-Royce est une espèce de fable initiatique et enfantine, mélangeant une certaine fiction du réel à des fondations plus telluriques, plus improbables ; et quand cette putain de vie se frotte à l’imaginaire d’un fou consumériste, ça part forcément en vrilles (non multicolores).

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Voilà…, toute cette  ambivalence vient rappeler que l’homme, tout minuscule et réduit à une cour des miracles prise dans les flots et la boue, a intérêt à filer droit pour ne pas précipiter sa chute (déjà bien entamée).
Cette voiture frivole mélange beaucoup de choses à la fois : capharnaüm de bricole et de poésie, d’idées et d’intentions… et si cette potion magique ne fonctionne pas trop mal, elle n’agit pas à chaque tour des roues (trop petites).
Ce fatras apocalyptique donne lieu à toute une féerie fantasmée en vrac, invitant à une nouvelle existence.
Être fier d’où l’on vient, fier de ce que l’on est, fier de ses racines, c’est le gentil message que transmet son créateur (en plus d’un laïus écolo-sucré), malgré qu’il ne soit jamais démonstratif, jamais mièvre, toujours simple et follement lyrique avec des photographies parfois saisissantes, il manque un petit (un grand ?) quelque chose, un réel sentiment de complétude et d’enchantement.

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Alors quoi ?
Pas assez de folie, de rythme soutenu dans le design…, pas assez d’émotions qui laissent sur le carreau comme on voudrait l’être, genre décalqué ?
Il a du mouron à se faire.
L’attente suscitée est à la mesure de cette œuvre brillante et poisseuse, offrant surtout une sorte de challenge esthétique sous-jacent à un contexte politique actuel : comment renouveler le genre ?
Parce que bon, il est usé jusqu’à la crosse et semble désormais complètement balisé, délimité, jalonné, voire sclérosé, n’ayant plus d’autres repères à offrir.

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Arriver après la bataille reviendrait donc soit à singer (bêtement), soit à copier (piteusement), soit à sanctifier (béatement), et sans qu’il puisse y avoir d’autres alternatives au problème…, apparemment Ugur Sahin a pourtant assimilé le tout pour en faire une œuvre bizarre, référencée, mais en même temps : à part, absurde, en décalage, limite expérimentale, visuellement bluffante (esbroufe gratuite ?) et pas mal décriée ici et là…, pourtant…, depuis quand vouloir risquer quelques manœuvres est-il devenu une tare, une irrévocable faute de goût ?

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Quant à cette dimension fortement politisée, rapport à la crise actuelle qui semble en gêner beaucoup (pas sûr qu’on aurait à ce point pu chipoter les comptes), on aurait probablement crié au génie !
Tout tient plutôt d’une triste constatation d’un monde (monde entier, qu’on soit d’accord : l’Amérique n’a jamais eu l’apanage de la faillite économique, du mensonge capitaliste et de l’individualisme XXL) qui s’écroule comme après un cataclysme, que d’un message à porter, à développer, à décortiquer éventuellement.
Le fait que le discours de Ugur Sahin soit rabâché, imposant une sorte de litanie hypnotique, de ressac idéologique, de bruit de fond permanent, ses mots mêmes s’annihilent à la fin à force de répétition et de vaines formules.
Ugur Sahin se laisse aller dans le vide.

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La mise en perspective de son œuvre par rapport à sa clientèle potentielle de bad-boys qui dépriment, pinaillent sur tout et s’entre-tuent pour un peu d’argent (les temps sont durs pour tout le monde) me permet, parfois avec (peut-être) un peu trop d’insistance, d’observer une société moisie qui ne croit plus en grand-chose (valeurs, justice, respect, morale…), si ce n’est le fric et une misanthropie galopante.
Certes, rien de nouveau sous les ultraviolets du libéralisme planétaire (égalité, mon cul), mais un constat amer et superbement blasé.

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Cynisme du propos qu’on pourra réduire à une ultime punchline qui claque : Now fuckin’ pay me !…, résumant bien cet opportunisme carnassier et tristement ordinaire qui a de beaux jours devant lui, même rendu au fond du gouffre…