Audi : Une réussite presqu’insolente malgré le scandale du « Dieselgate »

Par Marcel PIROTTE

Au début des années 80, Audi que l’on appelait encore à l’époque « Audi NSU Auto Union AG » mais qui faisait déjà partie depuis 1965 de la galaxie VW, était encore au niveau allemand une petite entreprise, qui fabriquait en 1980, grâce à l’aide de près de 30.000 collaborateurs, un peu moins de 300.000 voitures dans ses usines d’Ingolstadt et de Neckarsulm.

Près de quarante ans plus tard, cette filiale « premium » du puissant groupe VW a vendu l’année dernière plus de 1.878.000 véhicules à travers le monde, dont 860.000 en Europe, un peu moins de 600.000 en Chine et surtout 226.000 aux USA avec une augmentation de près de 8 %…., preuve que les clients US d’Audi qui voulaient ne plus entendre parler de cette marque bavaroise sur le sol américain depuis le scandale du « Dieselgate » révélé en 2015, ont très vite oublié que les logiciels capables de fausser les résultats des tests d’émissions, dissimulant ainsi le niveau réel de pollution de NOx, accroissant ainsi les risques de maladies respiratoires, touchant ainsi plus de deux millions d’Audi diesel (sur les 11 millions de diesel du groupe VW)…, ne sont plus à première vue qu’un simple souvenir.
Ils ne sont pas non plus très rancuniers car en fait, ce qu’ils voulaient, c’était le beurre et l’argent du beurre sans oublier en prime le sourire de la crémière (si pas plus)…, de quoi empocher un beau pactole pour racheter… quoi ? je vous le donne en mille…, une voiture du groupe VW… et si possible une Audi…, incroyable mais vrai !
Et même si les tribunaux US ainsi que les clients soutenus par le lobby très puissant des défenseurs de l’environnement ont obligé à faire payer de lourdes astreintes par le groupe VW à hauteur de plus de 25 milliards de dollars, cette mesure représente au niveau financier pour le géant allemand tout au plus une simple piqure de moustique, une crotte de mouche déposée sur un papier buvard.
En Allemagne, le groupe VW s’en tire encore mieux avec une amende d’un milliard d’euros qu’il n’a pas du tout contestée, vous en doutez !!!

Sur les six premiers mois de cette année, le groupe VW a vendu dans le monde entier un peu plus de 5.519.000 véhicules, soit 7 % de mieux qu’à la même période de 2017.
Rien que pour la marque VW, 311.900 véhicules ont été vendus rien qu’aux States, soit plus de 6 % de mieux que l’an dernier.
Rancuniers les Américains ?
Pas du tout, d’autant qu’à la fin juin 2018, l’action du groupe VW a encore progressé pour se fixer à la bourse de Francfort à un peu plus de 163 €.
VW dans la tourmente ?
La crise au sein du numéro un allemand ?
Laissez-moi rire …, le groupe VW, c’est du cash qui se régénère en permanence…, mais évidemment, l’image de marque en a pris un coup, encore que (sic !)…, surtout celle d’Audi dont le département recherche et développement était notamment responsable de la mise au point de tous ces fameux moteurs diesel pour l’ensemble du groupe…., ce qui n’a vraiment pas l’air d’affecter les ventes de la marque aux quatre anneaux : 949.300 voitures fournies depuis janvier 2018 aux clients, soit une progression de 4,6 % par rapport à la même période de l’année dernière.
Sur les douze mois de 2018, Audi pourrait ainsi dépasser pour la première fois de son histoire le chiffre mythique de deux millions d’unités…

 

Tout cela avec un patron, Rupert Stadler, qui est en prison depuis le milieu du moins de juin de cette année 2018, cela ne s’était encore jamais vu, du moins en Allemagne.
Le boss d’Audi derrière les barreaux, lui qui gagnait plus de huit millions d’euros par an (sans les primes et autres avantages) et qui dirigeait 80.000 employés à travers le monde…, dont la moitié en Allemagne, l’autre moitié des forces vives se répartissant dans les usines de Györ en Hongrie mais également au Mexique ainsi qu’en Chine.
Audi ayant également un œil sur Lamborghini ainsi que sur les motos Ducati alors que ses bureaux de recherche et de développement sont une véritable pépinière d’ingénieurs : près de dix mille !

Dans ces 10.000, quelques noms prestigieux, comme le professeur Ferdinand Piëch, ayant mis au point les Porsche 917 qui ont remporté les 24 Heures du Mans avant de diriger le département technique responsable de la mise au point des fameuses Audi Quattro, de la fabrication de carrosseries entièrement en aluminium mais également de la mise au point de moteurs diesel TDI pour l’ensemble du groupe VW.
Cet ingénieur talentueux mais avec un regard d’aigle, roublard comme pas deux, ayant aussi dirigé Audi avant de prendre les commandes du groupe VW, d’en assurer la présidence du comité de surveillance et de renoncer avec fracas à tous ces mandats l’année dernière.
Désormais, c’est la 4e génération des familles Porsche et Piëch qui règne en maître sur le groupe VW avec 52 % des parts, le restant étant aux mains d’investisseurs du Qatar, du Land de Basse-Saxe et des syndicats allemands.
Et comment la justice allemande en est-elle arrivée à remonter jusque Rupert Stadler, président du directoire d’Audi depuis 2007, fidèle bras droit du professeur Ferdinand Piëch ?

Le reportage diffusé sur la chaîne ARTE et dont le titre était plus que prometteur : « Le groupe VW, heurs et malheurs d’un géant de l’automobile »…, a sans doute permis d’y voir un peu clair.
Un superbe reportage en tous cas, à voir et à revoir…., ou comment un groupe de la taille de VW regroupant douze marques automobiles s’est cru obligé, par excès de mégalomanie, de tricher afin d’occuper entre autres la place de numéro un mondial.
C’est plutôt bien expliqué dans ce reportage d’autant que le groupe VW traine derrière lui de sérieuses « casseroles », comme le débauchage d’un certain Lopez, ancien cadre d’Opel au milieu des années’90 afin de contraindre les fournisseurs de VW à baisser leurs prix…, le groupe VW a cependant été condamné et contraint de dédommager Opel à hauteur de 82 millions d’euros tout en achetant pour un milliard de dollars de pièces détachées auprès de GM.
Dix ans plus tard, le scandale des parties fines pour des membres du directoire du groupe VW est révélé, le directeur des ressources humaines ayant carte blanche ainsi que des fonds spéciaux et illimités afin d’acheter la paix sociale via des voyages et des prostituées à des représentants très haut placés du personnel !
Pas très beau tout cela, tout ce beau monde va être condamné à de lourdes peines de prison et des amendes pas piquées de vers…
Mais cela n’est rien à côté du scandale du « Dieselgate » qui, outre le patron d’Audi, vise également d’autres très grands dirigeants, dont deux anciens boss du groupe VW, sans oublier le président du conseil de surveillance…, ils sont tous dans l’œil de la justice allemande alors que certains cadres subalternes sont eux aussi incarcérés tant en Allemagne qu’aux Etats-Unis.
VW de son coté, ne pourra plus compter sur l’aide de sa première lobbyiste en chef de l’automobile allemande, à savoir la Chancelière Merkel, ni plus ni moins.

Et comme la justice de Munich voulait absolument marquer un grand coup vis-à-vis de tous ces grands patrons qui se croyaient au-dessus des lois, elle s’est attaquée à Rupert Stadler, un homme de 55 ans, fils de fermier, un Bavarois bien évidemment…., pas du tout un ingénieur de formation mais un spécialiste dans la gestion des affaires, entré chez Audi dans les années 90 afin d’occuper différents postes de contrôleur de la vente et du marketing.
En 94, il rejoint VW-Audi Espagne comme directeur commercial et trois ans plus tard rentre à Wolfsburg afin de diriger le bureau du conseil du groupe VW, c’est là qu’il va se rapprocher de Ferdinand Piëch qui lui confiera par la suite la tête de la division finances et organisation de la marque Audi dont il intègre le conseil d’administration malgré que ce ne soit pas un « très grand format ».
Avec un pied à l’étrier au sein de la firme aux quatre anneaux… et bien qu’il ne soit pas ingénieur mais un ami et collaborateur fidèle de Piëch, ce dernier le nomme en 2007 comme Président du directoire d’Audi, la marque de luxe du groupe VW, championne de la rentabilité.
Belle consécration pour ce père de trois grands enfants dont le plus grand fait d’armes est d’avoir fait le chemin vers Compostelle en VTT…

Bien qu’il ne soit pas ingénieur, Stadler devait en effet savoir que le département recherche d’Audi dans le cadre des moteurs diesel était impliqué au premier chef dans toute cette tricherie. S’il ne le savait pas, c’est qu’il ne maitrisait pas tous les leviers de commande afin de diriger une telle entreprise.
Ayant été reconduit dans ses fonctions en mai 2017 avec le soutien du Conseil de surveillance du groupe VW, Stadler a toujours nié qu’Audi était très largement impliqué dans ce scandale…., mais lorsque le pot aux roses fut découvert… et afin de se couvrir, ce grand patron n’a pas hésité un seul instant à virer ses proches collaborateurs, des ingénieurs bien au fait de la chose, afin bien évidemment de sauver sa tête…, mais cela ne lui a pas beaucoup servi.
Lors de la présentation l’année dernière de la nouvelle Audi A8 à Valence (nous vous en parlons un peu loin), il balayait d’un revers de la main toutes les questions des journalistes à propos des tricheries…, pour lui, le diesel restait une motorisation noble pour les grosses voitures et les grands rouleurs, ce que nous croyons bien volontiers surtout avec les nouvelles normes, mais pas à ce stade de la tricherie…, le plus gros de la tempête occasionnée par ce « Dieselgate » était selon ses dires : derrière lui.
Bel excès d’optimiste et de confiance.
Au milieu du mois de juin 2018 le 18 plus précisément, il est incarcéré par le parquet de Munich, soupçonné de fraude aggravée dans l’enquête sur les moteurs truqués tout en ayant émis de faux certificats afin que certains modèles Audi puissent passer avec succès les tests concernant les émissions de gaz polluants…., ce qui n’a pas empêché l’agence officielle allemande KBA de rappeler en urgence 60.000 Audi A6/A7 diesel pour des logiciels truqués…, Porsche étant également dans le collimateur de cet organisme qui se penche sur les versions diesel des Macan, Cayenne et Panamera.
Aux dernières nouvelles, Stadler, aurait été remplacé le lendemain de son incarcération par un CEO intérimaire à savoir le néerlandais Abraham Scot, directeur commercial d’Audi.

La semaine dernière, on apprenait que Markus Duesmann, ingénieur et grande pointure dans la recherche en ce qui concerne les moteurs diesel…, allait prendre ses fonctions de président de directoire chez Audi où de nombreux défis l’attendaient : Restaurer l’image de marque et surtout prendre le train en marche de la voiture autonome sans oublier celui de l’électrique au sens très large du terme incluant notamment la pile à combustible alimentée par l’hydrogène.
C’est un homme discret de 49 ans qui sait de quoi il parle tout en ayant un parcours d’ingénieur en mécanique tout à fait exceptionnel, ayant débuté sa carrière à Aix-la-Chapelle chez le spécialiste moteurs FEV, il fut aspiré par le groupe Daimler (Mercedes, Smart) comme chef de développement des moteurs diesel avant de prendre la tête de l’écurie de formule un…., c’est là que BMW ira le chercher afin de diriger l’écurie de formule 1 Sauber BMW…, et en 2016, il entre au comité de direction BMW à la tête des achats.
Quel beau parcours !
Il pourra toujours compter sur l’aide d’un des ses anciens collègues de BMW passé lui aussi chez VW : Herbert Diess, chargé de présider le directoire du groupe VW…., en quelques années au sein du groupe VW, on aura fait table rase du passé… et ce n’est pas encore fini, il était d’ailleurs grand temps que ce géant allemand adopte enfin une culture d’entreprise tout à fait différente.
Aux dernières nouvelles, Stadler est toujours en prison en attendant de passer devant un juge qui va le renvoyer ou non devant un tribunal et selon la formule consacrée : il est toujours présumé innocent.

Devant le succès de la marque Audi et surtout la gamme ultra-complète que le constructeur bavarois propose à ses clients, des berlines de luxe, sportives avec les RS Quattro, des cabriolets, de superbes sportives, TT/TTS et R8 sans oublier les nombreuses versions de SUV’s proposées ainsi que la future Audi e-tron 100 % électrique qui sera présentée en septembre 2018 à San Francisco ( elle est uniquement fabriquée en Belgique dans la grande banlieue bruxelloise), on en arrive à se demander ce qui a poussé les responsables à vouloir tricher impunément.
Franchement, cela me dépasse, d’autant que depuis plus de cinquante ans comme chroniqueur automobile et après l’essai de quelques centaines de modèles Audi, ce constructeur a toujours été à la pointe de la technologie, son slogan « Vorsprung durch Technik » (l’avance via la technologie) est toujours diablement d’actualité.

Je n’en veux pour preuve que parmi tous mes essais des voitures aux quatre anneaux, je n’en retiendrai que deux…., mais exceptionnels à plus d’un titre.
Dans le courant de l’année 1980, je n’avais pas eu l’occasion de participer à la présentation internationale du coupé Quattro, j’attendais donc une occasion favorable afin de pouvoir l’essayer dans des conditions extrêmes.
En avril 81, quelques jours de vacances familiales étaient prévues dans le Tyrol autrichien…, grâce à la complicité de Jean-Pierre Van Houtte, l’attaché de presse de la maison d’Ieteren, importateur Audi en Belgique, il parvient à me « dégoter » pour quelques jours, une Quattro au départ de l’usine d’Ingolstadt en Bavière.
Les autoroutes allemandes non limitées à l’époque, la montagne, les cols alpins : le rêve pour essayer une auto aussi fabuleuse.
Avec ses ailes élargies prévues pour accueillir des Good Year de 205/60 VR 15, ce coupé Quattro de 4,42 m ne passait pas inaperçu, il coûtait une petite fortune mais la technologie de pointe, cela se paie…
Dès la mise en route, le bruit caractéristique du 5 cylindres turbo 2,1 l/10 soupapes ne laissait personne indifférent : 200 chevaux à 5.500 tr/min et près de 30 mkg de couple à partir de 3.500 tr/min pour un peu moins de 1300 kg, ça devait déménager… et ce malgré une 4e ainsi qu’une 5e tirant relativement long !
Effectivement, la bande gauche des autoroutes bavaroises fut bien souvent avalée « le pied à la planche », près de 220 km/h en pointe, un bon 200 de croisière en toute décontraction, de 0 à 100 km/h en moins de 8 secondes, des reprises époustouflantes à partir de 3.000 tr/min…, les BMW, Mercedes et autres Porsche pouvaient aller se rhabiller…, la Quattro, littéralement plaquée au sol, jouissant d’une motricité exceptionnelle, était la reine du bitume… et tant pis si à cette allure-là, elle engloutissait plus de 16 l/100 km, quoique avec un réservoir de 92 l, on pouvait voir venir. .

Après cette mise en bouche, mon arrivée dans « mon » auberge familiale non loin de Kitzbühel où le chef de la police locale était aussi le gendre de la maison, va raviver toute la passion des Autrichiens pour les belles automobiles.
Le lendemain grâce à lui, je n’ai pas hésité à faire barrer une petite route de montagne pour cause de travaux…
En fait, c’était pour mieux me permettre de vérifier les aptitudes de cette Quattro qui à l’époque ne courait pas les rues.
Bien évidemment, « der Polizei chef » ainsi que toute sa section, ont occupé le siège passager… et tout comme moi, ne tarissaient pas d’éloges à propos de cette motricité phénoménale et des ses transferts de masse en virages sans oublier un freinage de qualité auquel il manquait simplement un bon ABS, avec en plus, la possibilité de bloquer le différentiel central ainsi que la distribution de couple sur le pont arrière !
Cette Quattro n’avait pas de concurrente, elle écrasait tout sur son passage…, attention, prière de se souvenir que malgré sa technologie de pointe, elle ne pouvait cependant faire reculer les lois de la physique…, mais avant qu’elle ne décroche, il y avait toutefois une marge que je n’ai jamais atteinte, du moins sur route ouverte ou mes étapes « spéciales » étaient concoctées par « ma » police locale.
Malheureusement, certains « pilotes du dimanche » ont cru qu’une Quattro pouvait tout faire, ils ont dû déchanter… et puis subitement, au bout de trois jours, le beau jouet s’est arrêté, problème de réglage du turbo, toute la mécanique s’est mise en « mode veille », fini de s’amuser…
Coup de fil à l’usine, défense de se présenter chez un concessionnaire Audi, un camion est venu spécialement rechercher ce coupé tellement désirable.
Avec les excuses de l’usine, on m’a prêté une autre Audi, une berline 200 mais qui n’avait plus du tout la même saveur.
Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un coupé Quattro au mieux de sa forme, de quoi confirmer mes impressions alpestres…

Autre aventure Audi, mais dans un tout autre genre celle-là : la nouvelle Audi 100 caractérisée par une signature aérodynamique tout simplement exceptionnelle, Cx de O,30 est présentée à la fin de 1982…, plusieurs moteurs diesel sont au programme dont un étonnant 5 cylindres atmosphérique 2 l injection indirecte livrant 70 chevaux et 122 Nm à 2.800 tr/min.
Selon l’usine et grâce à son réservoir de 80 litres, cette longue berline 4 portes de près de 4,8 m qui pèse tout de même un peu plus de 1200 kg, aurait une autonomie supérieure à 1200 km.
Comme à l’époque, j’avais déjà à mon actif plusieurs réussites au plan de « l’Economy Run »… et après avoir bien étudié les caractéristiques techniques de cette voiture diesel et sélectionné un itinéraire de choix empruntant spécialement des autoroutes, je me rends chez l’importateur Audi en Belgique en leur proposant de relever un sérieux pari : Celui de relier Bruxelles-Rome (1.504 km) en Audi 100 diesel à plus de 90 km/h de moyenne et sans refaire le plein.
Devant mon insistance et ma force de persuasion, l’importateur a brillamment relevé le défi avec non pas un modèle 100 diesel mais bien trois ainsi qu’une quatrième version : une Audi 100 essence 1800 de 75 chevaux.
La veille du départ, il a fallu faire le plein et comme le diesel mousse…, cela a pris pas mal de temps.
Le samedi 7 mai 1983, réservoirs à carburant scellés, capots-moteur plombés, les quatre Audi quittent le siège de l’importateur, rue du Mail au cœur de Bruxelles encore endormie, il est 5h20 du matin.
Mon équipier ayant fait défaut, me voilà seul à bord pour cette grande aventure…, qu’à cela ne tienne, j’en ai vu d’autres !
Avant d’arriver sur l’autoroute des Ardennes, tous les feux passent au rouge mais à Auderghem, j’enclenche enfin cette 5e vitesse très longue et bloque l’aiguille du tachymètre sur 110, soit 100 km/h réel, le bloc 10 soupapes ne tourne qu’à un peu plus de 2.000 tr/min, pas loin du couple maxi, idéal.
Pour changer, il pleut à verse, entrée au Luxembourg, direction Thionville et Metz, traversée toujours aussi compliquée de Strasbourg (c’était en 1983), frontière allemande et arrêt buffet après Bâle.
Premier bilan, 587 km en 6h20 de route, près de 92 km/h de moyenne, l’aiguille de la jauge décolle à peine de du chiffre 80.
L’après-midi, surprise très désagréable lors de la traversée de la Suisse, ça n’avance pas et de plus, c’est le déluge.
A Lugano au terme de la première étape, je coupe le contact à 16H43, 849 km en 9H31, moyenne légèrement inférieure à 90 km/h…., demain, il va falloir rattraper le temps perdu sur les autoroutes italiennes.
Dimanche 8 mai, pas folichon Lugano sous la pluie, pas le temps de faire chauffer le 5 cylindres diesel, direction Milano, le soleil fait enfin son apparition.
A Piacenza-Sud, 1000 km ont été parcourus, l’aiguille de la jauge se situe juste en-dessous de la barre des 40 l.
Afin de regagner le temps perdu la veille, je pousse un peu plus sur le champignon, ce qui se traduit par une moyenne de 103 km/h sur le tronçon Milan-Bologne…., attention cependant à ne pas se laisser emporter.
A Badia al Pino, arrêt casse-croute, il est 13 h précises, l’équipe se regroupe, tout va bien pour les trois modèles diesel, mais comme il reste 200 km à parcourir, mon confrère Etienne Visart du Moniteur de l’automobile pilotant la seule version essence confirme que sa jauge indique un peu plus de dix litres de carburant.
On essaie de le réconforter comme on peut…., au poste de péage avant Rome et après avoir pris la tête de la colonne Audi ainsi qu’un petit baroud d’honneur à 140 km/h compteur, 1.473 km, c’est de bon cœur que je donne les 31.300 lires.
Encore un petit effort, la plaque Rome est bien là tout comme le petit comité d’accueil avec huissier et des représentants d’Audi Italie, il est 16H35…, je coupe le moteur.
Encore quelques minutes de patience, toute la colonne Audi se regroupe, même la version essence ne manque pas à l’appel…, direction la première station-service monopolisée pour l’occasion car cela va être long pour refaire les pleins.
Chapeau à l’importateur pour toute cette organisation impeccable.
Je rajoute à bord de mon Audi bleu marine 81, 46 litres, il est certain qu’en remplissant le réservoir jusqu’à la gueule, il pourrait contenir 84 voire 85 litres, 16H22 de route, 91,93 km/h de moyenne soit 5,38 l/100 km de consommation moyenne, les autres Audi diesel affichant respectivement 5,13 l et 5,33 l/100 km, mais avec une moyenne horaire un rien inférieure.
Quant à la version essence bien en-deçà des 90 km/h de moyenne, son bloc essence n’a réclamé que 5,59 l/km.
Bravo sur toute la ligne à ces Audi 100, de véritables tirelires.
Le lendemain en ramenant la voiture à Bruxelles mais cette fois à 113 km/h de moyenne, le 5 cylindres diesel n’a brûlé qu’un peu plus de 7,2 l/100 km.

Rien que depuis le début de cette année 2018, Audi n’aura vraiment pas chômé, avec notamment l’annonce en janvier de l’ouverture des préservations des voitures électriques, deux modèles de haut de gamme seront ainsi fabriquées à l’usine belge de Forest pour une commercialisation effective dès le début de l’année prochaine.
Fin février 2018, c’est la nouvelle berline A6 encore plus dynamique qui déboule au grand galop : deux moteurs V6 au programme, TFSI de 3 l et 340 chevaux, TDI diesel de 3 l et 286 chevaux mais avec plus de 600 Nm de couple ainsi que la technologie « mild hybrid », l’électrification légère qui aide le moteur thermique tout en permettant d’économiser près de 0,7 l/100 km.
On retrouve également toute cette technologie dans sa cousine, l’A6 Avant.

 

Fin mars, Audi rue dans les brancards avec la RS5 Sportback…, de la dynamite !
Bloc V6 2,9 l de 450 chevaux et 600 Nm de couple, la réponse aux BMW M et autres Mercedes AMG…, dans la foulée, la firme d’Ingolstadt en profite pour lancer en Chine une version longue de son SUV Q5.

Et ce n’est pas fini car en parlant SUV, la marque aux quatre anneaux voulait se positionner encore plus haut avec un SUV de très haut de gamme,le Q8 de 5 m de long mais très joliment dessiné, plus large et moins haut que le Q7 avec un empattement de près de 3 m.
Du coup, ça change complètement la donne…., pensé pour la route mais également pour l’off road, ce Q8 ne fait pas dans la dentelle avec une garde au sol de 25 cm, une suspension pneumatique (en option) permet de gagner encore 9 cm.
Sous le capot de cette quatre roues motrices et directrices, rien que des motorisations nobles, des V6 dont le 3 l diesel TDI de 286 chevaux…., avec en prime une connectivité accrue et surtout de nouvelles aides à la conduite.
Juste au début de l’été, la seconde génération de la petite A1 est venue prendre le relais avec l’A1 Sportback 5 portes avec hayon., un petit air de mini Crossover sur une longueur de 4 m avec des motorisations essence et diesel de 95 à 200 chevaux et possibilité d’avoir une boîte robotisée sur les versions de haut de gamme.
Bien évidemment, cette mini familiale urbaine ne déroge pas à la grande tradition Audi, avec une connectivité bien dans l’air du temps ainsi que de nombreuses aides à la conduite.

Tout en restant dans le monde des SUV’S qui fait un véritable carton tant en Europe (plus de 33 % des ventes) que dans le monde, Audi en a profité pour revoir son modèle à succès pour 2019, le Q3 vendu à partir de novembre.
Il est plus grand, 4,49 m, plus imposant avec sa nouvelle face avant, l’augmentation de ses cotes profitte tant aux passagers qu’au coffre à bagages avec une capacité de 530 à 1525 litres pour le coffre.
Sous le capot, rien que des quatre cylindres essence ou diesel, de 150 à 230 chevaux officiant sur les roues antérieures ou les quatre roues via notamment une boîte automatique.
Connectivité accrue, c’est le mot à la mode, cadrans digitaux et système MMI à écran tactile sans oublier un nouveau système d’info divertissement intelligent.

Il y a un peu plus de vingt ans, Audi sortait la TT disponible en version coupé ou roadster, du sport « pur jus » même si les premières versions n’étaient pas du tout faciles à apprivoiser surtout à la limite.
Aujourd’hui, fini ce stress, la TT 2019 de la troisième génération faisant l’objet d’un lifting, est devenue nettement plus adulte tout en préservant toujours un superbe design : 4,20 m de long pour les deux versions, rien que des blocs essence, TFSI, 1,8 l ou 2 l de 180 ou 230 chevaux, nouvelle boîte automatique robotisée à 7 rapports.
Amusement garanti sur facture.

Et j’en arrive au vaisseau amiral d’Audi, la grande berline A8.
Apparue pour la première fois en 1994, cette grande familiale voulait une réponse aux BMW série 7, Mercedes classe S, Jaguar XJ Et autres Lexus.
Aujourd’hui, l’A8 est en à sa quatrième génération et n’arrête pas de venir jouer les trouble fête parmi les voitures « premium » de la planète.
Présentée à Francfort en septembre dernier, l’A8 reste fidèle à la tradition, Audi se sert en effet de cette grande berline A 8 livrable en deux longueurs, courte, là, on joue avec les mots (5,17 m pour un empattement de 3 m) ou bien longue (5,30 m, empattement de 3,13 m), les PDG vont apprécier.
Du coup, cette A8 qui en profite pour inaugurer une nouvelle numérotation des moteurs auquel personne ne comprend rien, 50 pour la TDI V6, 55 pour la TDI V8, surtout pas les acheteurs, ces derniers vont certainement apprécier l’effort intellectuel consenti par les pontes du marketing et de la vente.
Mais bon sang, pourquoi faire compliqué alors que c’est si simple, V6 TDI ou V6 TFSI et si l’on veut, on peut même rajouter la puissance comme le font ceux de Land Rover et de Jaguar.
Oui, je sais, je râle à propos de queues de cerises mais avouez qu’il y a de quoi râler lorsqu’on constate que certaines conneries ont été pondues apr des gens réputés comme intelligents …

En revanche, A8 étonne toujours pas son contenu technologique, sa silhouette plutôt conservatrice mais superbement équilibrée, son nouveau système MMI (Multimédia Interface ) basé sur un double écran tactile.
Avec en outre un châssis majoritairement fabriqué en alu à 58 % avec de nouveaux matériaux « high tech » permet à cette incroyable berline quatre roues motrices et directrices à la fois de dépasser tout juste la barre des deux tonnes.

Une familiale quatre portes, 4/5 places avec un coffre immense (plus de 500 litres) qui se positionne déjà à l’heure actuelle comme une voiture semi-autonome mais franchement, ce n’est pas ma tasse de thé, je laisse cela aux ingénieurs.
Moi ce qui m’intéresse, c’est qu’une voiture détecte les signes de fatigue du conducteur, reste sur la bonne voie tout en freinant à l’approche d’obstacles ou de piéton, prévient les risques de collision tant à l’avant qu’à l’arrière mais ne se soustrait pas au conducteur pour l’amener d’un point à un autre…, ça, ce n’est plus conduire.
C’est mon avis et je le partage, un non sens que de faire croire au public qu’une voiture va pouvoir sE déplacer dès 2030 d’un point à un autre sans l’intervention du conducteur.
Tout ce que j’ai mentionné, l’A8 le fait très bien, je suis dès lors satisfait.

Satisfait également par ce design tout à fait classique et par ce confort proposé aux passagers qu’ils soient installés tant à l’avant qu’à l’arrière.
Satisfait également par le nombre d’aides à la conduite que l’A8 peut proposer à son conducteur, rien à redire.

Rien à redire également de cette force tranquille de ce V6 diesel 3 l TDI de 286 chevaux et 600 Nm de couple, le tout agrémenté d’une bonne répartition en faveur des roues arrière et d’une superbe boîte de vitesses automatique ZF 8 rapports.
Il n’en faut pas plus pour que ces aspects silence, puissance et couple soient mis en exergue…, avec des performances plutôt impressionnantes pour une voiture aussi lourde qui se donne des airs de ballerine, dynamique à souhait, légère à conduire, 250 km/h en pointe, de 0 à 100 km/h en moins de 7 s, des reprises tout aussi époustouflantes, jamais sans doute cet écrin de luxe n’a procuré d’aussi bonnes sensations pour une consommation moyenne de 8,5 l/100 km !

Oui, vous avez bien lu, ça ne consomme pratiquement rien, du moins pour une berline de ce gabarit, capable de réaliser des moyennes impressionnantes sur de très longues distances dans un confort souverain avec suspension pneumatique, du genre « trois étoiles first » comme on disait dans les avions.
Et de plus tellement facile à piloter, les quatre roues directrices permettent de réduire le diamètre de braquage, de prendre les grandes courbes le pied à la planche et de se sortir des épingles les plus serrées avec une facilité déconcertante, grâce en plus au système Quattro, quatre roues motrices qui automatiquement envoient ce qu’il faut de puissance et de couple aux roues qui en ont le plus besoin.
Il n’en faut pas plus pour faire mon bonheur mais aussi savourer ce qui se fait de mieux au niveau des grandes berlines de prestige.
Evidemment tout cela a un prix : 87.500 € de base, rajoutez-y 40.000 € d’options qui ne sont pas nécessaires (à part les phares Laser, exceptionnels), vous arrivez à moins de 120.000 €,c’est beaucoup, je vous le concède…., mais quand c’est une entreprise qui vous paie cette auto pour rémunérer son PDG, pourquoi faire la fine bouche.

A propos, je n’ai pas voulu savoir si à bord de cette grande berline statutaire, le logiciel de gestion du V6 diesel était ou non truqué.
De toute manière, je ne suis pas ingénieur, je n’ai pas les moyens techniques pour contrôler « tout ce bazar » et de plus : je m’en f… royalement tout en pensant qu’Audi (et le groupe VW) ne sont sans doute pas les seuls constructeurs européens de diesel à avoir triché.
Mais comme dit l’adage : « Pas vu, pas pris » !

Marcel PIROTTE