Devenez le saigneur des sept déchets capiteux avec cette Bentley Continental GT W-12 Off-Road…
Nous « tousses », franchouillard(e)s, stupides vermines de notre « propre » inhumanité, n’avons pas fait assez de mal dans ce monde pour mériter les voluptés de l’enfer…
Nous sommes des déchets indignes, les loqueteux pitoyables… qui passons notre temps à travailler pour gagner de quoi payer taxes et impôts… et, plutôt que profiter du soleil de la côte d’azur et des paradis fiscaux, pour y rouler en Rolls, Bentley, Ferrari et autres engins fantasmagoriques hors de nos possibilités (tellement réduites qu’elles sont nulles), nous sommes en béatitude extatique d’être de temps à autre béni de nos offenses et de notre irrespect envers « ceusses » qui savent… et nous dirigent vers le néant…

Lorsque le misérabilisme va définitivement déchirer le tissu social… comme les évènements contestataires, les émeutes et les processions en faveur du pouvoir d’achat, le laisse présager (gilets jaunes, foulards rouges, écharpes jaunes et caches-misères verts)… ce sera l’apocalyse !
Plutôt que d’attendre diverses décapitations précédées d’écartèlements et viols-sodomisateurs perpétrés par la populace envers les nantis et les politiciens véreux, certains de ceux-ci parmi les plus aventureux des riches futurs-survivants à ce proche grand massacre, ont décidé de réagir par avance…

A l’origine de ce mal qui déglingue toutes les convenances policées (un double-sens), se situent des hordes de gueux, ploucs, gâteux, brefs, de pauvres cloportes qui manifestent (affublés de gilets jaunes) pour leur pouvoir d’achat, parce qu’ils se rendent compte que pour se payer une Ferrari 250GTO à 70.000.000 d’euros il leur faudrait économiser durant 7.000 ans sans dépenser le moindre cent d’Euro…
Les nantis donc (pour résumer) ne voulant rien partager de leurs fortunes, pensent et imaginent qu’ils vont devoir parcourir ce qui reste de notre planète pour chasser les cons, se nourrir, éliminer un à un les hordes d’abominables… et stocker un max de « guzzoline » pour se perpétuer entre-eux… (j’ai vu ça dans un film : Mad-Max… eux aussi)…

Ces Saigneurs tout-puissant se disent que : s’il veulent continuer à régner sur les détritus humains qui restent… ils auront besoin d’une automobile de haut standing, qui soit non seulement pratique, mais aussi élégante, tout-terrain, très confortable, puissante… et c’est là que le miracle Bentley a opéré…, des pontifes fervents de cette marque ont créé la Bentley Continental GT W-12 Off Road…, conçue pour convenir parfaitement à presque tout ce qui est abominable et survivre à cette situation apocalyptique : évasements d’ailes pour jantes larges, plaques de protection, éclairages de route complémentaires sur le toit ainsi qu’une jante avec son pneu…, un bonheur…
J’ai eu l’insigne déshonneur de tester la belle (conductrice-propriétaire) et de méconduire la bête à Saint-Tropez… et ce fut un régal…, car dans ce genre de circonstance je suis toujours respectueux comme on l’est plus ou moins devant cinquante kilos d’or pur…

La conductrice-propriétaire était le genre de personne sur le retour qui s’habille chez Cartier pour essayer de cacher les méfaits de l’âge…, trois tours de perlouzes sur le goitre, un clip qui représente un concours de pêche au saumon, tout en diamants de la bonne année, deux suspensions avec éclairage indirect aux étiquettes, des bracelets importés directement du Sénégal et une dizaine de bagues qui la faisaient scintiller comme l’autoroute de l’Ouest, au soir d’un lundi de Pâques…, son visage était large et plat, ses fards se fendillaient comme une terre trop cuite… et ses cheveux initialement blancs étaient dorés comme un soleil couchant dans un tableau de Van Gogh.
— Vous êtes bien Monsieur Chromes & Flammes ? m’a demandé tout de go cette vitrine ambulante.
— Oui, jusqu’à nouvel ordre, lui ai-je répondu fort aimablement…, mais, si je suis un individu sociable, je suis spirituellement politiquement incorrect.
— Vous ne me reconnaissez pas ? m’a-t-elle demandé  d’une petite voix peureuse.

Je me suis fendu d’un regard enveloppant, avec lentille circulaire à puissance focale surmultipliée… mais j’avais beau me gratter la mémoire, je n’arrivais pas à situer cette bouille de méduse écrasée… cependant, je sentais qu’en effet, je l’avais connue à un moment de ma vie… dans un cauchemar… et pour en avoir le cœur net, je me suis décidé à lui poser la question… et elle a secoué ses bajoues croulantes ; avec grâce, je dois en convenir et m’a susurré :
— Souvenez-vous… en terrasse chez Senequier !

Si votre foi en l’homme est inaltérable, allez donc vous asseoir à la terrasse de chez Senequier à Saint-Tropez et vous verrez… moi, ça me prend par crises, j’ai besoin de me gaver du spectacle affligeant des ignobles… je les regarde déambuler, doctes, graves, contents d’eux, blasés de leur beauté, ivres de leur esprit… se regardant, se faisant voir, s’étudiant, s’observant, se proposant, se marchandant avec de l’apothéose dans le calcif et une lumière de vitrail sur la frime…, vaillants comme des croisés, des espèces de conquérants subjugués par leur personne, ennoblis par leurs pédantisme !
Ce sont des cavités en marche, des lambeaux de rien, les pets du néant… à leur approche, je me sens organique, merveilleusement précaire et putrescible… ça me réconforte de me sentir à leur image… ça me console de disparaître un jour… je me regrette moins en mesurant combien je suis peu de chose… de grand cœur, je lègue mon azote, mon glucose, mon calcium à mon H2O à l’univers superbe et triomphant…!

Bref, ça s’est emmanché merveilleusement, si je puis me spermettre cette image hardie… une demi-heure plus tard, après commande d’une carte hors de prix, un homard à l’orange qui aurait pu figurer sur la couverture d’un magazine gastronomique, fut déposé devant nous… mon secret désir n’était pas un désir secret…, en l’occurrence j’ai pressenti que pour tester la Bentley Continental GT W-12 Off-Road, j’allais devoir me farcir sa Madame…
Donc on a éclusé une première rouille avec le homard, une seconde avec la selle d’agneau aux aromates et on a démarré une troisième avec le soufflé monseigneur… elle avait une descente sur les pentes de laquelle on pouvait organiser un slalom géant… de plus ça m’a fait plaisir de sortir une péteuse qui consommait autant que sa bagnole !

Après le dessert, nous nous sommes éclipsés…, on était à point… elle se marrait sans raison, tout bonnement parce qu’elle trouvait la vie chouette à consommer… et j’étais obligé de la soutenir… elle avait du répondant et savait faire face à ses engagements…, j’avais peut-être rencontré (et croisé) des tortilleuses de croupion plus averties, mais aussi consciencieuses qu’elle, jamais !
Pour ce qui était de sa Bentley… côté esthétique, l’engin m’a paru biscornu voire étrange, le design de cette Off Road était toutefois inchangé par rapport au Coupé « usine »…, mais tout quidam en extase, remarquait direct les phares de toit façon camion américain et la galerie (du même toit) avec la roue de secours… et ce n’est pas tout ce qu’on avait apporté à cette voiture, la conversion comprenait un rehaussement de 7,5 cm, une suspension pneumatique modifiée et une barre stabilisatrice avant ainsi que le déplacement de divers composants pour faire plus de place dans les passages de roue, des barres de toit… et une plaque de protection à l’avant, ainsi qu’un échappement modifié pour plus de décibels.

La puissance était issue du W12 biturbo de 6,0 litres produisant 560 chevaux et un couple de 650 Nm…, le système à quatre roues motrices permanent restant le même… la bête étant capable d’un 0 à 100 km/h en 3,6 secondes, ce qui était bien difficile à vérifier dans les ruelles de Saint-Tropez…
L’intérieur recouvert de cuir était typiquement Bentley, avec ses garnitures en bois et en métal (chaque habitacle contient plus de 9,3 m² de bois et l’installation effectuée à la main de toutes ses garnitures demande neuf heures de minutieux travail)…. les sièges ajustables en 20 directions étaient gainés de cuir, avec un motif « diamant sur diamant » matelassé qui, selon la propriétaire aurait pris 18 mois à mettre au point… elle m’a dit également que si la chaîne audio de 650 watts à 10 haut-parleurs de série n’avait pas fait son affaire, Bentley lui proposait une chaîne Bang & Olufsen de 1500 watts à 16 haut-parleurs ou une chaîne Naim de 2200 watts à 18 haut-parleurs !

Pour le pire, l’encore pire, toujours le pire, le tuning n’en finit plus de tutoyer le grotesque… pour « ceusses » qui restent encore insensibles aux jantes m’as-tu-vu et aux ailerons pastiches, rappelons que cette forme primitive d’expression culturelle, dont on ne retient que les trois premières lettres, consiste à couvrir de ridicule : GT de renom ou simples poubelles, si possible avec le plus mauvais goût possible imaginable.
Il faut saluer ici avec cette Bentley Continental GT W-12 Off Road, une innovation débordante dans la stupidification de la bombinette et après avoir massacré son image, observons une minute de silence, le virus se cherche de nouvelles victimes, y compris parmi celles que l’on croyait immunisées…