L’incroyable collection automobile de Roger Baillon vendue 25.151.580 €uros d’indécence collective…
Au delà du grand n’importe quoi !
Le terme de décadence me parait tout a fait approprié, les bandits de grand chemin ont pris d’autres habits et ne lèsent plus, comme d’antan, que les riches équipages…, la collectivité est mise à la dîme !

Roger Baillon, accusé de fraude fiscale en 1978, a caché ses trésors automobiles pour éviter leur saisie par l’État Français, pas assez bien caché, car deux saisies et ventes auront toutefois lieu en 1979 et 1985 pour couvrir le redressement fiscal lié à la déclaration d’auto-faillite…, le prétendu désastre n’est pourtant pas auto-calculé, une partie « du butin » est oublié par le fisc…, cette sauvegarde inespérée peut-être mise-à-mal, si considérée comme une fraude concernant la succession…, car dans ce méli-mélo papy Roger est décédé…
Après son décès, seule solution trouvée : rideau, silence, secret…, l’État croit avoir tout pris comme chez Schlumph…, parfait…, ne rien dire, se faire oublier…, quoique les héritiers sont accusés de recel suite à une fraude fiscale présumée…, mais rien…, le dossier semble se perdre, plus de nouvelles, bonnes nouvelles…, une chape de plomb recouvre tout…, l’oubli durant plus de trente ans…, en finale : prescription !

2015, sonnez trompettes…, prescription générale bien assise, pas de risque, tout ne ressortira pas, mais les autos : oui…, en avant…, orchestration et mise en scène d’une prétendue re-découverte théâtralisée…, cinéma Bollywoodien…, pleurs, fleurs, bonheur…
Synopsis : 10 % des humains possèdent 90 % des richesses de la terre, donc il y en a beaucoup qui ont de l’argent à ne plus savoir quoi faire… et de l’argent qui rapporte encore toujours plus d’argent…, donc c’est sans fin pour certain(e)s…, tout se vend, tout s’achète…, même des bouts de ferrailles rouillées…, du Barnum, de l’esbroufe, certains doivent avoir pas mal d’argent à blanchir, d’autres sont en mal de notoriété…, vanité, théâtre de folie…, la plupart d’entre-elles coûteraient bien moins cher en partant de rien, qu’importe si on touche au grand n’importe quoi…, un nouveau concept est né : les véritables épaves de collection…, trois coups (bas), passez muscade…, plus blanc que blanc, repassé en prime… et pas donné !

Trente ans ont volontairement été passés dans l’oubli…, comme engloutie sous les herbes folles, bouffée par la rouille, envahie d’araignées, la collection de Papy Baillon qui s’était transformée en secret de famille dans le parc de la propriété, était un trésor d’alchimiste : transformer de la ferraille en or…
Et pas qu’un peu : 25.151.580 €uros pour cinquante-neuf carcasses mythiques exposées là…, sur toutes les bagnoles, une crasse d’époque ou on espère découvrir l’ADN de Roger Baillon…, qui, dans les années 50-60, a sauvé de la casse des dizaines de voitures qu’il achetait par lot, au poids, dans toute la France…, ce patron des Deux-Sèvres parti de rien qui a fait fortune dans les transports leur a consacré sa vie…, sa faillite en 1978 a sabré son rêve de musée, mais va rendre ses héritiers multimillionnaires…

« Papy Roger voulait en faire un musée »…, me confie Ludovic Baillon, la larme à l’oeil…, hypocrite !Il est 14h00, la vente aux enchères de la collection Baillon va démarrer…, il n’y a pas assez des 1.000 sièges prévus, beaucoup de gens restent debout, 35 agences de presse sont accréditées pour l’évènement, car l’écho médiatique suscité depuis deux mois seulement, par cette fausse « sortie de grange » est énorme et attise la curiosité d’amateurs (double-sens) du monde entier.

Le 6 février 2015, la vente aux enchères orchestrée par Artcurial à l’occasion du salon Rétromobile à Paris, attire des enchérisseurs du monde entier, fascinés par l’incroyable histoire de Roger Baillon et de son trésor automobile amassé sous des abris de fortune, durant près de soixante ans, dans la campagne niortaise :

Papy Baillon aurait halluciné de voir cette salle pleine à craquer de gens s’extasiant dans toutes les langues (en russe, en anglais, en italien), avec en tête de s’arracher les voitures cabossées de la collection Baillon, comme des Picasso. C’est Hervé Poulain, Vice-Président et Associé de la maison Artcurial, qui va officier au marteau, debout, il harangue la foule (il s’adresse à « son » public) :

« L’automobile constitue la marque d’un art de l’humanité… et cependant nous avons été surpris agréablement par l’écho planétaire qu’a suscité la présentation de la collection Baillon. J’y vois la cause dans l’histoire de l’art. C’est une constante, une réflexion sur la fuite du temps, notre finitude et la vanité de nos ambitions. Sous la renaissance, on appelait cela des écorchés, des artistes cherchant la mue sous la peau et les entrailles. Un siècle plus tard Rembrandt peignait « La Leçon d’anatomie ». Plus tard encore, Hubert Robert ou Panini peignaient des paysages d’architecture en ruines. Puis, toujours dans cette recherche des corps et de la machine, Picabia inventait des machines, ces filles nées sans mères avec leurs innervations de fils, leurs poumons d’acier, leur cœur d’acier et leurs artères de caoutchouc. Et bien Mesdames et Messieurs, la leçon à tirer de cela c’est qu’il faut vivre intensément, et se faire du bonheur. Ce que je vous invite à mettre en pratique dès maintenant ! Aussi bien avec mon marteau comme une baguette magique, aussi bien avec moi-même comme un alchimiste et vous comme collectionneurs, nous allons réanimer ces belles pour un autre destin… La première fois que je suis passé dans une émission de Bernard Pivot, j’avais dit que la production automobile dans ce qu’elle a de meilleur, parce qu’elle est une œuvre vivante et parce qu’elle représente les pôles du génie de l’homme, procurait plus de sensation et plus d’émotion qu’un Renoir. A l’époque cela paraissait comme une provocation. Et bien, nous y sommes aujourd’hui »…
Quelques journalistes ont pris des notes, les miennes sont sur mon téléphone portable, je demanderais au secrétariat de m’envoyer la copie du discours…

« Ils ont mis tous les richissimes aux premier rang »…, me soupire un enchérisseur…
Avanti…
« Dès les premiers minutes, mon mari a renoncé à lever le carton »…, me dit une riche retraitée qui avait en ligne de mire le lot N°9 (une Lorraine Dietrich noire) pour 10.000…, la voiture s’est vendue quarante…, « On n’est plus dans la passion mais dans le snobisme »…

Sur l’écran géant, les chiffres montent tellement vite qu’Hervé Poulain en perd presque son marteau : « Lot n°11, une Delahaye : 180.000 au fond…, 260.000 au téléphone…, 280.000 et vous repartez avec en Espagne »…, le marteau tombe à 360.000 euros…, elle était estimée entre 100.000 et 150.000 euros.
« Le lot N°15, la Facel Excellence des années ’60, vient d’être adjugé 120.000 euros, le double de sa mise à prix, ça atteint des sommes stratosphériques »…, s’étonne une blonde…,« Ce n’est plus seulement de la voiture introuvable que l’on se paie, mais du Baillon« …

« La bagnole d’antan est devenue le placement le plus rentable devant l’art et l’immobilier, selon l’indice compilé par le Financial Time : les prix des voitures de collection ont augmenté de 395 % depuis 2002″…, me dit un Limousin qui assiste à la vente avec des amis et s’est mis en tête d’enchérir sur la Ferrari California : « Je pourrais dire que j’aurai été propriétaire de la Ferrari d’Alain Delon pendant quelques secondes »…Le cirque continue, une véritable folie, orchestrée par Maître Poulain, assisté par Mathieu Lamoure et Pierre Novikoff, un trio auquel aucun geste n’échappe…, en ce compris les offres sur internet ou par téléphone…, après presque 3 heures de vente et 57 voitures adjugées, voilà qu’entre le coupé Maserati A6G 2000 Gran-Sport signé Frua…, qui part finalement au double de son estimation : 2 millions…, puis c’est au tour de la Ferrari 250 California prétendue être l’ex-Alain Delon, complète mais déglinguée de partout (en 2012, l’ex-250 California 1959 de Roger Vadim, en meilleur état, avait atteint 4,5 millions d’euros)…

Hervé Poulain débute à 6 millions, pour une estimation de 10/12 millions…, quelques minutes plus tard, elle est vendue 16,3 millions d’euros (frais compris).., record du monde battu…, il exulte du résultat obtenu…, Artcurial devrait empocher plus de 30% du chiffre brut de la vente soit 7,5 millions, à cette pensée, il s’écrie : « C’est historique »….

« Je connais l’acheteur de la voiture, et la bonne nouvelle, c’est que celle-ci va rester dans son état d’origine. La mécanique va être refaite, mais le but de son nouveau propriétaire est de la laisser dans son état le plus proche possible de ce qu’il est aujourd’hui »… explique de son coté Mathieu Lamoure, à l’issue de la vente, à un journaliste de Caradisiac qui boit ses paroles comme du petit lait… (il avait auparavant interviewé Maître Hervé Poulain en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=2qWJwU9Cvms )