La BUCCI Aquila GT d’Alexandre Bucci

Je confesse avoir commis une entorse aux non-règlements les plus élémentaires, le soir du lundi 30 mai de l’année 2016 : entre 22h47 et 23h59, je suis stupidement resté devant l’ordinateur qui me sert à chroniquer, pour tapoter un texte concernant une automobile inconnue de l’univers tout entier, sans (comme à mon habitude) dériver en considérations philosophiques, autour du fait que squales et journaleux proviennent des mêmes bas-fonds…, que l’odeur du sang leur remonte aux babines… et qu’il y a quelque chose de sexuel chez ces prédateurs lorsqu’ils se réunissent pour un dîner de chaos…
Je vais donc vous épargner la vision de ces morbides agapes, quoiqu’ayant encore en tête le détail du menu standard, ce serait dommage de ne pas vous en laisser goûter un pneu….

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Paradigmes, invraisemblances et tropes font les amuse-bouche, en entrée nous avons les spéculations spécialisées quant à quel bordel de matos de mort les chefs qui nous « dictatucratent » se sont offert en détournant les fonds publics (qu’on appelle aussi « le bien public »), tactiques aussi matoises que finaudes, stratégies bègues et d’opinion, quelle importance ?…
Le plat de résistance, spécialité de la maison merdiatique, est généralement un géant canapé de scoops au coulis de n’importe quoi, accompagné de sa garniture conditionnelle (puisqu’on vous dit qu’on ne nous dit rien) et laudative.
Bon appétit !

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C’est pour le dessert que d’impatience on trépigne, avec les  fumeux : « Rhalalas…, si on avait su »…, les « oups j’ai pas fait exprès »…, les « oui mais faut faire tellement vite »…, et encore les : » vous n’imaginez pas les contingences liées à notre travail…, y a du public en salle, faut le servir…, les coups bas entre corporatismes ou boîtes de prod…, ce nombrilisme déontologique défait…, stupéfait d’en être arrivé là…, plein de remords et de bonne résolutions pour la prochaine »…
J’en viens au fond du fond de cette chronique qui se veut n’être que la présentation à vos yeux éberlués d’une automobile unique, œuvre d’un lecteur assidu de GatsbyOnline.
Pour simplifier, il l’a nommée de son nom à lui, qu’il aime : la BUCCI Aquila GT…

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– Je vais te dire. Tu compre­nds ?. Je voulais que tu la voies et que tu m’écoutes avant que tu y fasses un tour. Fais un truc « à ta sauce », Patrice, je sais que ce sera nickel…, l’important est de faire passer le message que :
1 – ce n’est pas un vulgaire kit ou une réplique…

2 – tout est en tôle, fait « à la main »…

3 – que je n’avais pas d’expérience, qu’il s’agit d’un travail sur la ténacité et la persévérance…

4 – que tout le monde peut y arriver, car j’ai eu tellement facile à la faire qu’on se demande comment les grosses firmes peuvent prétendre avoir dépensé des centaines de millions pour justifier faire payer des sommes de dingues pour quasi la même chose !…

5 – que le choix du moteur cox n’était pas un choix d’un illuminé mais simplement le but de faire rouler mon projet à moindre frais, et aussi avec facilité, car fabriquer un châssis, c’est pas simple et moi je voulais tout faire, tout, seul, réussir seul ou rater seul, je préfèrerais faire quelque chose avec des défauts plutôt que de ne rien faire du tout !

– Pigé, Alexandre, ce sera écrit…

– Je trouve que mon inspiration est pas mal quand même ; 106 cm de haut,194 cm de large, roues en 285 à l’arrière…, pour un amateur je m’en suis encore bien sorti, le principal est que je n’avais aucune prétention, c.a.d, que je n’étais pas dans la bulle de tout ceux qui sortent une super car en pensant devenir milliardaire…

– 10 faillites l’année passée dans ce monde là !

– J’ai toujours été lucide !

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La voiture trônait dans une cour, j’ai tourné autour, la touchant de temps à autre, comme on touche un cheval dangereux pour le calmer…

– Je ne sais pas si je m’y habituerai.

– Mais si, bientôt…

– J’essaierai de la comprendre, mais la conduire, ça c’est autre chose !

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J’ai cette blandice à la peau de la continuité douce que font les choses, quand je pilote souplement cette voiture de sport sans enfoncer les freins, quand l’espace colle à la tôle et se fend à l’avant et se ferme à ma suite…, quand mon cerveau passe en boucle « the bewlay brothers » ou un disque de Namas Pamos, voire encore « the waking hours » de Dalis-Car…, préparant l’écriture de ce vécu avec les jours qui me conduiront aux nuits, lesquelles, nuits, m’amèneront sans brèche aux jours…
Je suis grimpé dedans pour m’imprégner de sa substance moelle…, c’est la route qui appelle, qui fiche rampe et tangue, au dessus de la Meuse… et après cela lance aux plateaux de pierre et d’herbe…, par ici et très différemment d’ailleurs, le ciel est intensément subtil.

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L’air attrape mes poumons et taraude mes veines, et puis les fleurs, des brassées pleines de couleurs, paresseuses au soleil, coupant net le vert tendre des près…
Je ne connais rien d’autre que la virgule, peut-être les points de suspension, qui puisse rendre cela ou alors, pas de mots, juste cette suite fugitivement liée, juste ces mains prêtées l’une à l’autre par Michel-Ange, il y a, tendue par-dessus une belle permanence qui suggère la voûte d’une Sixtine qui se tiendrait dehors de la mesure commune…
Ce qui précède, c’est le ressenti…, ce qui suit est terre-à-terre…, je m’étais levé très tôt et habillé plus vite que de coutume, l’hysté­rie me gagnant au fil des heures…

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Pour cette présentation, pour cette première mondiale, j’imaginais que pour un tel évènement « ILS » étaient tous venus : les oignons, les moutons, les gens de la montagne, l’arrière banc des multimédias, les musiciens, quelques journalistes locaux et puis la foule de la ville…, des politiques aussi, les responsables, les irresponsables également… et les discours, mêlant l’écologie, la voiture unique du futur passé, le développement durable, tout y serait, tout étant valorisé dans un grand poème à la Prévert jusqu’aux petits fours pour les Prévert et le soleil aussi pour une belle journée…

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J’allais croiser les regards perdus des voisins venus voir…, les paumés, les perdus, les parfumés, les familles, les enfants trop petits, les poussettes, fauteuils roulants, des vieux, des djeuns, des femmes et des assiettes de soupe, des bruits, des cris, des commentaires, tous là comme pour chercher quelque chose, peut être eux-même, sans oublier les artisans du coin.., des moutons parqués broutaient surement le foin juste à côté de leurs congénères destinés à partir en brochettes, en côtelettes, en assiette et en fumée.

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En fait, quand je suis arrivé, il n’y avait personne…, les oignons, les moutons, les gens de la montagne, l’arrière banc des multimédias, les musiciens, quelques journalistes locaux et puis la foule de la ville…, n’étaient pas là…, c’était quand même une belle journée, belle comme une page de catalogue, une quadrichromie sur pavé glacé de la campagne à la ville…

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– « Salut Patrice, tu avais publié un article sur ma mini Ferrari, et mon proto de voiture… Je l’ai finie… Si tu veux faire un article, contacte moi, la « BUCCI Aquila GT » est le nom de mon proto. Une explication pour comprendre ma philosophie de fabriquation :Fan de sportives et de voitures italiennes, depuis toujours, je rêvais de fabriquer ma propre voiture, d’être constructeur de voiture, déjà dans mon enfance, quand on me demandait ce que je voulais faire je disais : construire une auto ! Je suis donc atteint depuis des années » !

http://www.gatsbyonline.com/main.aspx?page=text&id=992&cat=auto

Le concepteur-créateur de cette voiture, Alexandre Bucci, m’avait envoyé un courriel, je suis donc allé le voir et interviewé…

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– Comment faire une auto quand on n’a ni expérience, ni garage spécifique si ce n’est le box ou on range son auto le soir, quand on n’a pas d’argent, etc.. ?

– Il faut de la passion, de la ténacité et de la persévérance ! Pour savoir si j’étais capable de me lancer dans pareille aventure, j’ai d’abord fabriqué la mini auto rouge, aux allures de Ferrari des années ’50 que tu as publié dans GatsbyOnline…, c’était une inspiration… Vu que je suis parvenu à faire cette mini auto en tôle sans problème, je me suis senti prêt à affronter mon rêve !

– Quelle aventure !

– Oui ! Tout seul, 3.200 heures de boulot pendant 4 ans… et j’y suis arrivé, le tout est fabriqué en tôles de 0.6 mm ! Ma passion pour les cox m’a fait utiliser un châssis de la célèbre VW, mais totalement modifié, c.a.d. que j’ai gardé la poutre centrale et re-fabriqué un châssis tubulaire en tube de 25 mm autours…, la dessus : des fers plats pour la structure et puis de la tôle, je précise que je n’ai pas d’outils, juste deux marteaux, quelques pinces, trois serre-joints et un poste a souder…, malgré toute cette tôle, elle ne pese que 1100 kg, un poids plume !

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– Quelle est l’idée de base ?

– Mon idée fut de rendre un hommage aux autos italiennes, au design italien, en reprenant les courbes qui me plaisaient le plus des voitures célèbres…, j’ai donc créé mon dessin, et j’y ai ajouté des courbes et des droites pour lui donner un look intemporel, mais avec une tendance année 90… J’aurais pu y mettre un V8 ou un V12, mais je n’avais ni les capacités, ni l’argent… et au moins ainsi, elle roule…, peut-être pas a 300, mais elle va super bien quand-même pour un projet que j’ai mené de A à Z….

– C’est vraiment excellent, et tu ne t’en sort pas mal quand je vois que 80% des kit-cars restent non montés…

– Et encore ils ont quasi toutes les pièces, moi j’ai du tout fabriquer !

– On ne pourra dire que la base n’est pas noble…

– Oui…, mais alors je dis à mes détracteurs de prendre des tôles et de commencer à fabriquer quelque chose plutôt que de critiquer devant leur écran !

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– Plus qu’une auto, ta voiture est un exercice sur la ténacité et la persévérance…, mais dans quel but tout ca ?

– Me faire plaisir…..car aujourd’hui devenir constructeur est quasi impossible, quand on voit toutes les faillites des petits constructeurs, pour me faire connaître aussi… 

– Et puis ?

– Sans diplôme, sans connaissances spécifiques, je me retrouverais à brosser des ateliers…, alors que j’aime faire des choses qui me plaisent… et a 15.000 euros de coût total de fabrication, tout compris, je ne sais pas trop me planter…

– C’est vraiment la somme investie totalement pour la faire ?

– Oui…, en fait j’ai juste voulu prouver que c’était possible et que quiconque est capable de réaliser ses rêves s’il y croit vraiment ! – Sublime ! Magnifique ! Bravo ! C’est un honneur que GatsbyOnline puisse en faire un article qui sera également diffusé sur Facebook, merci !

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Bien, le conte de fée se termine, la fin de cette aventure est d’une infinie tristesse et frôle le dramatique :

Alexandre a été « obligé » de vendre « la voiture de sa vie » à un garagiste qui l’a mise en vente pour « 25.000 euros, échange possible »…, cela signifie que, malheureusement, Alexandre l’a vendue pour l’équivalent de son coûtant…

Voici l’annonce :

https://www.leboncoin.fr/voitures/969253642.htm?ca=7_s

Kit car sur base VW…, elle a été construite (4 ans ) entièrement en tôle formée à la main
Je précise aucun élément en poly
On aime ou pas le design mais c’est une très belle épreuve de style
La voiture est roulante, tout est opérationnel
L’avant peut faire penser à une Lamborghini et l’arrière à une Ferrari
Merci de vous passer de commentaire débile par respect à la personne qui l’a construite (honnêtement ce n’est pas donné à tout le monde tellement la réalisation est bien faite)
Échange reprise possible contre  : réplique, proto, projet non terminé
Étudie toutes propositions cohérentes sur base de 25.000 €uros
Visible au garage Stingray  Automobiles
13, route de Descartes – 37240  Ligueil – Tel : 024596410 ou 0686445718