La fin des haricots…

Lot # 18… En voulez-vous ?

L’expression : « La fin des haricots » signifie : la fin de tout…, la perte complète d’espoir.
C’est une expression récente, puisqu’elle date du début du XXe siècle.
Malgré sa « fraîcheur« , son origine réelle reste aussi obscure que le mauvais côté de la force.
Mais les explications généralement proposées ne sont pas légion pour autant.

– L’une d’elles viendrait d’avant l’apparition de la télévision, la lucarne qui a tué la convivialité et les discussions familiales, phénomène encore aggravé par l’arrivée d’Internet.
A cette époque, les jeux de société étaient une occupation plus que courante.
En famille, les mises ne se faisaient pas avec de l’argent, mais avec des choses diverses dont des haricots secs.
Et quand un joueur n’avait plus de haricots, c’était vraiment la fin de tout pour lui, puisqu’il était éjecté de la partie (et qu’il ne pouvait même pas se rabattre sur sa PS2 ou sur un épisode de télé-réalité, par exemple).

– L’autre viendrait de ces haricots, nourriture bas de gamme qui était l’ordinaire des écoliers dans les internats, des prisonniers ou des gens trop pauvres pour s’acheter des aliments de meilleure qualité (le nom de haricot était alors utilisé pour des gousses diverses comme les fèves, les pois ou les haricots).
Et, pour ces derniers, lorsqu’ils n’avaient même plus l’argent nécessaire pour s’acheter ces féculents, cela devenait vraiment la fin de tout.
Cette expression convient donc parfaitement pour décrire la lente agonie d’un monde qui n’est qu’un ensemble de paniers de crabes !

Premier jour : 10h02…

Je suis dans les premiers, je n’ai pas dû faire la file, j’ai trouvé un parking (4 euros) à 20 mètres de l’entrée principale, parking sans aucune attente et qui est à demi désert…, je paie 12 euros pour un ticket d’entrée… et croyez-moi sur parole, il n’y a pas devant moi 7.421 personnes, derrière moi non plus…
Bavardages, banalités, plaisanteries… et on en vient vite à la question cruciale de circonstance : Comment faire pour intéresser les « jeunes » aux voitures anciennes…

Je salue quelques connaissances, Bernard, ancien organisateur de shows, Dirk…, un marchand qui s’est spécialisé dans le haut de gamme… et Guy, ex-organisateur de shows…
Je souligne que ma fille roule en « nouvelle » Mini, n’aime pas le Tuning, est totalement indifférente aux voitures anciennes, que son mari n’est pas indifférent à mes bagnoles, mais pas au point de s’endetter pour en posséder une…, que les « jeunes » s’en f…, que la clientèle des vieux bardons meurt peu à peu sans se renouveler…, que les « ceusses » de la tranche des 40/50/60 n’ont plus les voitures dans leurs préoccupations majeures et que les 20/30 sont dans une génération qui a été éduquée dans la critique des voitures, source de tous les maux, polluantes, tueuses…
– Il faudrait que toute la presse devienne enfin solidaire, arrête de publier les communiqués de presse lobotomisateurs gouvernementaux et en vienne à plus de critiques et d’analyse… afin de ne plus « laisser-faire » les petits dictateurs fonctionnarisés qui ne pensent qu’à taxer et taxer et taxer encore…, Guy et moi en avons discuté ce midi avec Marcel Pirotte, chroniqueur automobile très connu… et qui écrit dans www.GatsbyOnline.com…

Une vieille connaissance passe à ce moment devant nous, Jacques Gallien, un belge, une fois…. qui, parce que je refusais de payer des dessous de table pour obtenir l’immatriculation de diverses voitures, m’avait bloqué une LéaFrancis (celle qui est vedette de trente-six reportages et qu’on m’a volé) et une Clénet S1…
– Que devenez-vous ?
– Je ne peux pas vous parler, interdit, je suis toujours fonctionnaire, mais plus à la D.I.V…, viré… Je suis en vacances ici, incognito. Vous ne m’avez pas vu !
Un ange aux allures de démon passe, porteur de mauvais souvenirs…
– C’est une bonne chose pour l’humanité… Pourquoi avoir fait tout cela en 1998 ? Finalement vous avez été écarté comme un pouilleux…
– Moi je sais, j’ai mon idée, mais je ne peux rien dire, c’est politique. J’ai été obligé. Je reste surveillé. Au revoir…

Je monte les marches menant au hall principal… et…, le choc, un grand mur blanc barre le passage, le dos du stand d’Audi et Mercedes…, les gloires du passé n’y sont exposées que pour amener vers la nouvelle Audi Sport du coté Audi…, et vers la Mercedes Sport du coté Mercedes…
C’est plein de spots aveuglants, de beaux tapis, des barrières, mais quasi personne…
Je déambule dans de très larges allées et j’ai le sentiment de revisiter le Show de l’année passée…, quasi les mêmes autos, quasi les mêmes agencements, quasi les mêmes couleurs de tapis…, quasi les mêmes rares personnes…

Au milieu de ce quasi désert automobile, je tombe sur un joli stand, et son propriétaire m’accoste, croyant voir en moi un rare client…
Joli stand…, cette année éclairages, tapis, cloisons et grands sourires…, l’année prochaine, uniquement tapis… et ensuite les voitures sur le béton dans l’autre hall…, j’ai connu cela…, lui dis-je en lui donnant ma carte de visite…

Les stands semblent avoir été agrandis pour meubler les vides, les voitures exposées semblent flotter dans des emplacements manifestement trop grands…
De-ci, de-là, des emplacements vides, des fils électriques qui trainent sur le sol… et un sentiment de vide général…, je discutaille avec Gérard, un vieux de la vieille, toujours là…
– L‘organisateur demande 400 euros pour une voiture sur tapis feutrine avec une cloison déglinguée en carton…, je n’ai plus un rond pour ces conneries, plus de pèze, plus de brouzouf, nib, nada, banqueroute…, je vais devoir finir le mois à la pâte au beurre, et le mois se termine !

Je croise Louis, encore un marchand, mais qui n’expose pas :
– Hello, vous n’exposez-pas cette année ?
– Yahaha ! C’est supaire, je me suis abaissé ce midi à fouiller dans les congelés de ma cave, avec un pic à glace pour les plus vieux articles. Il me reste 2 pizzas McQuain et 2 kilos de pâtes, en plus d’un paquet de frites surgelées. Mais le pire, c’est qu’il ne me reste plus que 2 litres de coca. Yahaha ! Plus vendu une teuf depuis juin… Suis venu voir si les autres ça va ou pas, et ça va pas, donc je me dis que je rentre chez moi ce soir en ayant gagné les 400 euros de l’auto que j’expose pas ici… Yahaha !
Pas bon, là…

Je continue mon chemin et tombe d’abord sur une fausse Cobra plastique présentée comme une pseudo-vraie sur un stand de club encourageant l’authenticité…, je me marre ouvertement…, puis, face au stand ou est exposé ce contre-sens historique, je tombe ensuite sur Vanessa Panar, une grande dégénérée un pneu maigre qui vend des Mercedes, le GSM toujours à la tempe, se la jouant gutturale pour prévenir ses amis et amies que le mec pervers (moi) qui réalise GatsbyOnline est dans le show… :
Faites gaffe, il a son appareil photo en main, il va encore tout critiquer, appelez la sécurité et prévenez l’organisateur… Faut le virer ce mec…
Panar…, elle a un xylophone entre les seins, et son cul se résume en deux pommettes saillantes…, c’est plutôt un filet de femme et, quand elle diffuse ses phéromones dans son stand (4 voitures exposées pour 2.000 euros alors que c’est 400 par bagnole)… et que derrière elle je dodeline de la tête au rythme de ses grosssssses fesses, je me dis qu’il y a trop de matière pour actuellement touiller là-dedans.
Je vous raconterai…

Un pneu (gag) plus loin, je retrouve Bernard en pleine conversation sur son magnifique stand… et sur la gauche je découvre un bitza ressemblant d’assez loin à une Jaguar SS100…

Quelques mètres plus à droite, dans son stand, Jacky, un livre sous le bras, consulte sa montre, rajuste son écharpe et, comme si l’idée lui était venue tout à coup, entreprend de disperser les rares personnes qui regardent ses voitures.
En bon cinquantenaire, Jacky est ce qu’on peut appeler un homme de forte corpulence, aux fesses confortables sur lesquelles il aime à s’asseoir le plus clair de son temps…, aux épaules lâches comme un cintre en caoutchouc et au menton double, parcouru comme ses joues d’un pelage de chien battu, rejoignant par les favoris une chevelure barbelée de minuscules boucles noirâtres.
Autour du livre qu’il vient d’acheter et, qu’il brandit pour faire fuir les badauds, sont déployées d’énormes mains, qu’il tient de sa mère, épaisses comme s’il avait enfilé trois paires de moufles.

De l’autre coté, derrière le volant d’une Rolls-Royce Phantom exposée sans nettoyage sur le stand d’un gros marchand britannique, une dame se remaquille, acquiesçant au téléphone, louchant dans le rétroviseur, et se composant une moue pour passer la graisse pourpre sur ses lèvres… et, quand celles-ci sont uniformément maculées, elle s’extrait péniblement de la voiture.
C’est une anachronique blondasse enveloppée dans un emballage Quality Street à taille humaine…, le violet et le marron semblent être ses couleurs favorites.

Je continue dans l’allée et re-croise Guy…
Nos regards en disent longs…
Il y a presque de la frayeur…
Devant nous, le stand de Monique et Léon, deux vieux de la vieille qui s’obstinent à exposer des vieilleries que personne n’achètera jamais plus…
La première chose qu’on remarque chez Monique, c’est indéniablement son volume dentaire, la cagoule de chair recouvrant son crâne semble une taille trop courte et, ce n’est qu’au prix d’un effort certain que le diaphragme labial parvient finalement à recouvrir cette bouchée saillante de cailloux anarchiques.
– Ca va le buziness ? Lui dis-je avec un sourire sous-entendu…
Espèce de con, hère insensé, progéniture absconse que l’inanité de l’existence ne pardonne même pas, tu es juste bon à transformer la nourriture en caca… me crie-t-elle… Tu vois bien qu’il n’y a personne dans ce show à part des glandeurs !

Je tourne la tête et je me retrouve nez-à-nez avec l’ex-importateur Shelby, De Tomaso, Panther, à qui j’avais acheté une Panther J-72 rouge en 1975, puis qui s’était occupé de ma Mustang Boss 302 et de ma Mustang Shelby GT-350 cabriolet… et d’une Clénet !
– Ca fait un sacré bail, n’est-ce pas ?…
– Oui, le temps passe, après mon séjour chez Chrysler, je suis maintenant retraité et je m’amuse avec quelques voitures, j’expose une Mustang Coupé type K, très rare pour 55.000 euros, une Mustang Shelby Fastback GT-350 pour 165.000 euros et un cabriolet Mustang V-8 pour 55.000 euros, toutes des 1965…
– Bon courage, vous les avez depuis longtemps, toujours trop chères, lui dis-je… et au plaisir de vous revoir…

Premier jour : 11h01…

Il y a du vide partout ; pour évoluer, j’ondule sur tous les axes, de manière souple et au ralenti, mes articulations sont sollicitées et finissent par émettre des craquements secs et tellement jouissifs que je me prend, une fois arrivé en bout d’allée, à refaire le chemin en sens inverse.
Je suis en pourparlers, là ; à qui de nous deux, Guy ou moi, échoira le privilège de prononcer la phrase magique : « Comment va le business » à la barbe d’un vendeur ?
– Purée, on n’est pas dans la merde. Je préfèrerais être gentiment en train de tapoter mon ordi…

– Qu’est-ce qui vous a amené à exposer une Excalibur Séries III verdâsse et beige-vomi dans ce show ?
J’aurais souhaité que la non-réponse fournie par Xavier justifie finalement le temps passé ici.
Que, bon sang, dans sa logorrhée habituelle, je perçoive une amorce de réponse.
Il correspond exactement à l’image qu’on doit se faire d’un super mec, droit et sérieux qui connaît très bien l’automobile, mais il est tout l’inverse, un fourbe !
Pendant qu’il ne me répond rien…, je ne puis me résoudre à éviter l’analyse.
Depuis le sens logique de sa non-explication jusqu’aux non-intonations de sa voix, qui d’habitude sont marquées de passages brusques du ton grave à l’aigu lorsqu’il s’énerve en contant ses déboires !
Puis son téléphone portable émet un bip, et c’est tout.
Il a quand même voulu m’arnaquer il y a quelques mois en me demandant des frais fantasmagoriques pour la vente d’une bagnole…

Sur le stand voisin, Jean, un ami (de loin) expose une Porsche, une Corvette C3 et une Jaguar Type E…
Il me souffle : Ce show m’énerve, c’est chiant à mourir, l’organisateur a eu le chic pour foutre l’ambiance du passé en l’air, je ne me sens pas en forme pour vous raconter. Oh non. Plus du tout, du tout.… et il ajoute des imprécations suaves concernant la vente aux enchères qui aura lieu ce samedi après-midi, ce pourquoi on lui aurait menti sur les publicités qui auraient du être faites.

En franchissant le couloir de la mort qui relie le hall éclairé au hall semi éclairé, je suffoque en cause d’un parfum de sauce pour frites.
Un vendeur de Hot-dogs et autres mets « succulents » (beeeerkkkk) est posté dans cet endroit stratégiquement commercial, aux cotés d’un vendeur d’affichettes et d’un marchand de gaufres…

Le hall suivant, me laisse pantois…
Sur la droite, 1/3 de la salle est occupé par un enchevêtrement de voitures en très mauvais état, sauf quelques-unes, égarées…, toutes affichées à des tarifs astronomiques en fonction de ce qu’elles sont…, poubelles…
C’est le coin réservé à la vente aux enchères du samedi après midi (le lendemain)…
Bon courage !
Tout autour, le vide abyssal que tente de remplir quelques stands sans aucuns rapports avec les voitures anciennes….
Le mur de gauche est vide de stand sur sa totalité, incroyable…

Dans ce hall, les stands de quelques clubs, quelques vendeurs de pièces qui semblent s’emmerder ferme, un snack et une quinzaine de voitures disposées au hasard sur une immense surface de béton…
Le vide abyssal repris dans mes diverses photos, vient à point pour mieux comprendre l’expression « La fin des haricots« …

J’aborde un vendeur inconnu…, le définir, c’est un exercice de style ; avec son air Baba-cool des années ’80, il est l’incarnation du nouveau quart-monde automobile, mais à tel point que c’est lui qui définit le quart-monde et non l’inverse…
– Bonjour, cool, je voulais te dire que la beauté se trouve dans ce qu’on ignore de soi, lui dis-je avec un air de circonstance…
– Ta gueule connard, je t’ai rien fait alors fous moi la paix bordel de merde, j’en ai marre c’est chaque fois pareil à la fin, laisse moi dans ma solitude, c’est quoi tous ces gens qui m’empêchent de vivre ma vie en paix, ton bon jour je m’en contre-branle, tu n’y connais rien…

Je ne veux rien savoir de ses excuses bidon, et j’espère sur le moment (et toujours maintenant d’ailleurs) que son œdème cérébral va s’amplifier pour enfin éclater sous les yeux du rare public ébahi, sac de veines incapable d’aider un contribuable attentionné…
Y a des gens vous savez, qui vous donnent des idées de désaxés ; au minimum il choppe un cancer de la rétine (mais j’ai pas trop d’espoir).
On devrait contrôler ce genre d’individu…, mais je mets cela sur le compte de la désespérance ambiante…

Premier jour : 12h08…

Je décide de m’installer au snack avec Guy…
A coté de nous, mon ami Alain, spécialiste en voitures américaines et quelques-uns de ses amis.
On se met tous à discuter du bon temps de mes magazines Chromes & Flammes, de mes shows bourrés de monde et de voitures dingues…, tout en buvant qui une bière, qui un café, qui un Coca-Cola à coté d’une épave de Bizzarini jaune…
On se croirait au milieu d’un champ, vide, avec quelques carcasses d’autos, ci et là, éparpillées…
On pleurerait presque, l’ambiance est lourde !…
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire sur ce show ?

Un branleur mou passe à coté de nous, des sacs en plastique Toyota au bout des bras, le genre de mec qui attend juste sa rupture d’anévrisme, l’archétype du type arqué, à la Gaston…, mais il faut que l’argent circule, il sifflote et regarde droit devant lui…, le vide !
Je manipule mon GSM de manière nonchalante, je jongle.
J’espère quoi ?
Qu’il tombe ?
Alors que je piétine sur place, me viennent à l’esprit ces mots d’un philosophe belge : Qu’on me donne l’envie, l’envie d’avoir envie…
Oui, j’en frissonne.

2014-305

Premier jour : 13h12…

Le crâne chauve de Jefke est pincé dans l’élastique humide et grossier d’une paire de lunettes d’aviateur des années vingt…, je n’ai jamais vu ses yeux ; un ragot court d’ailleurs sur le fait qu’il n’en a pas du tout, que derrière ses hublots son crâne est comme une fesse et que ses déplacements ne sont rendus possibles que par écholocalisation.
On raconte ça et plein de choses, pour ce que j’en ai à faire.
Jefke est un Belge qui vend de la mitraille, des pièces de récup’, il a la tête cariée comme la dernière dent de Catherine Ringer…, il me parle (avec ses mains jointes en forme de casque de football américain, parce qu’il faut que je comprenne bien la situation) d’une pièce de Pierce-Arrow pour 100 euros, un machin qui doit se mettre sur le bazar du truc…, est-ce que je vois ce qu’il veut dire ?
Cependant, faisant, à la fin de sa logorrhée, référence à la fraise à utiliser, il semble émettre une vague objection, son enthousiasme retombe.
Il embraie sur la redondance cyclique, ou je ne sais quelle merde…, finalement et je lui dis que je m’en f…., alors je me lève et me dirige vers l’autre hall, celui qui est éclairé, qui me donne pleine vue sur tous ces dadais d’un flashmob, internés, statiques au milieu de leur salle de souffrance.
Je stoppe quelques instants au stand de mon ami bouquiniste et nous discutons de tout et de rien qui a trait à l’automobile, histoire de nous rassurer mutuellement…

Calmement j’observe… et pendant que je feuillette un livre sur les Corvette, il y a un anonyme qui lâche un pet caverneux sans même ciller…, je me retourne et tombe nez-à-nez avec Jean-Jean…, venu tenter de vendre son épave…
Il me dit que ce soir, après ce show débilos pour lobotomisés, il va se laisser entraîner dans un bar à schizophrènes Goth est-allemands dans lequel la faune (pour la plupart des wannabe schizophèrenes Goth est-allemands) se retrouve pour échanger des ordonnances autour de quelques breuvages épais.
Le genre d’endroit ou, la goule collée au rebord de ces crânes humains décalottés, les jeunes Korn et les vieux Higelin se mélangent dans une ode au Flupentixol pilé.
Jean-Jean comprend soudainement ce qui manque à sa vie ; cette babiole d’os, rigoureusement celle-là, pour boire son hebdomadaire jus de carottes…
Je lui fait un clin d’œil et continue mon chemin de croix….

– Sasasalut, bobonnjour, titiens t’aurais papapas enenvie d’une bebelle Tautautaunus ?
Dans son véhicule qui me fait penser à une pub Darty, Pollux est un taxidermiste en grève qui vit quasi sous un pont, le genre de geek qui passe son temps à renifler des cul de pizza entre deux coca light…
– Combien ?
– 1.000 euros. Mais bobobon, atatttention, sisi tutu fais coucouler toton dedans, ça pipipissera.

J’entend alors une voix me dire : Qui d’autre que toi va narrer la réalité d’un show de bagnoles… C’est parce que tu fais toujours des textes comme ça, hein, où y a des gens qui marchent dans du caca ou des têtes qui explosent, ce genre là.
Piting…, pourquoi moi ?
C’est vrai que j’aime surprendre les fils à papa quand j’imagine les filles à maman avec plein de fourmis dans le cul, ça oui…., et ça, c’est pas nouveau, faut que je parle des cons qui pissent dans leur lavabo en faisant siffler leur dent creuse…, il faut toujours que j’exagère, c’est typique, comme par exemple l’histoire du type le plus fort du monde qui n’arrête pas de se taper le front, et qu’un jour il y a une partie de sa calotte crânienne qui vole en éclat…
Ca, c’est exagéré d’écrire qu’après il cherche à recoller les morceaux…, ben oui… et j’assume.

Je croise l’évanescente Vanessa Miche vendeuse de blousons en cuir…, son stand (comme les autres) est désert…
Mine de rien, et j’en ai pour preuve la manière distinguée qu’elle a de roter ses bulles de chewing-gum, cette jeune femme semble finalement d’une inextricable timidité.
Tout à l’heure donc, par l’un de ces hasards quelconques qui caractérisent les rencontres fondamentales, alors qu’elle tournait en rond, je me suis par pure politesse urbaine mis à ralentir en fixant ses seins de manière scrutatrice.
Vous savez, ces huit secondes d’intimité sont pratiquement tout ce que je partage, car j’ai juré de ne plus partager mes gamètes…
J’essaye donc de profiter au maximum de ces brèves promiscuités pour enregistrer les moindres mimiques, images que je me repasse en boucle quand je prends mon bain.
Son visage est rouge comme un bouton gratté, j’ai huit secondes pour vous décrire cette dynamite.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit… : elle a une peau de cire rouge, ses yeux sont deux boutons de chine appliqués avec soin sous la virgule franche de ses sourcils soignés et elle a le regard vitreux qui se perd dans la liste des vitamines en kilojoules…
Puis elle disparaît.

Premier jour : 14h57…

J’ai parcouru trois fois les deux halls pour être certain de ne rien avoir oublié…
Je suis maintenant revenu au snack de l’entrée principale.
Guy m’a rejoint et on boit…, lui un Coke (c’est marqué ainsi sur la bouteille), moi un Cappuccino…
Nous regardons les gens…
Peu de monde est passé, peu de monde est entré…
Beaucoup de gens sont sortis…

Les humains sont des gens étranges.
Tenez, par exemple, j’ai souvent été confronté à leur très discutable idée du concept : avoir de l’humour…, mais quand je leur demande de me donner leur définition du gars qui a de l’humour, ils me décrivent un type qui sait rire.
Selon eux, un bon vivant, un gars qui rigole a de l’humour.
Certains affirment avoir de l’humour, alors que je ne les ai jamais entendu élaborer le moindre jeu de mots, la moindre pensée subtilement décalée.

Il peut en résulter un jeu de mots, une histoire en non-sens, etc…
Selon moi quelqu’un (d’autre) qui a de l’humour est une personne capable de se détacher d’une certaine réalité et d’en élaborer une version alternative, marrante, voire absurde ou ironique.
Je veux dire, qu’avoir de l’humour implique une véritable intellection, on n’a pas d’humour par hasard.
Pour en finir avec ce petit texticule concernant ce show, j’ajouterai simplement que la raison pour laquelle je l’ai écrit, c’est qu’on (certaines personnes faisant partie des gens, et non de mon cercle d’amis) ne me voient pas, dans la vie réelle ou sur le web, comme quelqu’un de particulièrement drôle.
Et ça me fait peur.

Premier jour : 16h13…

L’estimation la plus correcte possible du nombre de visiteurs est de 1.200 !
Nombre d’exposants m’ont dit et confirmé qu’il y avait nettement moins de visiteurs…
La vente aux enchères de 16h, quant à elle, n’attire pas plus d’une soixantaine de personnes.
Je passe sur la demi-heure perdue a attendre que « quelque chose » se passe… et vous retranscrit la vente du lot # 18…

2014-307

– Lot # 18 : Réplique d’Excalibur façon Zimmer. Documents Russes. Voiture à dédouaner. Vendue en l’état. Une rareté absolue. Véhicule historique découvert en Sibérie dans une ville au nom improbable de Nijnevartovskayant ! Elle a traversé la Russie, puis le Donbass pour migrer en Crimée. De là, dieu seul sait comment, elle transite en Serbie et échoue au Luxembourg avant de terminer à Courbevoie. Elle marchait très bien jusque hier midi. Une simple panne de fusible, rien de grave. En voulez-vous ? Quelques photos prouvant son origine Sibérienne sont fournies avec une couverture en fourrure d’ours véritable, une collection de crucifix et, bien sur, la voiture… En voulez-vous ? C’est une affaire. J’ai vérifié par moi-même, le réservoir est rempli aux 3/4 ce qui n’est pas rien par les temps actuels !
– (Silence sépulcral en réponse)…
– 1.000, c’est pour rien pour une telle auto !
– (Quelqu’un tousse)…
– 1.000, Monsieur ?
– …
– Oui ?
– …
– Non ?
– …
– 2.000 à ma droite…
– …
– 3.000 au fond…
– …
– (Silence sépulcral, personne n’ose se gratter le nez ou autre chose)…
– 4.000 à ma gauche…
– 5.000, Monsieur ?
– …
– Non ?
– 5.250
– Je ne puis accepter des demi-enchères pour une telle automobile, voyons…
– …
– 6.000 elle est à vous…
– …
– Madame en a envie, je le vois…, vous ne pouvez lui refuser, Monsieur…
– …
– 6.000, un cadeau d’amoureux…
– …
– Elle a les yeux de même couleur que la moquette, et ils pétillent…
– 5.500
– 5.500 au fond, merci Monsieur…
– …
– Elle vous échappe Madame, mais elle peut vous revenir…
– …
– 6.000 ?
– …
– Oui ? Non ? Vous hésitez…, elle est faite pour vous, je le sens…
– …
– 6.000, Monsieur, enfin…, ce sera le plus beau jour de votre vie…
–…
– Ahhhh ! Non… 5.750 au fond…
– 6.000 je veux !
– …
– Elle vous échappe encore, Madame, elle était à vous…, elle ne l’est plus…, mais elle peut vous revenir à 6.000…
– (Rires)
– En voulez-vous ?
– …
– Oui ? Non ! 6.000, juste un effort… Monsieur, mais enfin, le cadeau d’amour de Madame… Comment pouvez-vous ?
– 5.800…
– 5.800 à ma droite…, merci Monsieur… Je suis efondré de ces quart-d’enchères !
– …
– Je reviens vers vous, Madame, je ne peux accepter que vous vous priviez d’un tel trésor… Laissez-vous tenter, 5.800 maintenant, voyez combien vous auriez pu gagner si vous aviez investit à 4.000 !
– (Rires), (Brouhaha), (Bruits de chaises)…
– 5.850
– Vous m’offrez 5.850 ? J’ai refusé une demi enchère, mais pour les yeux de Madame je peux accepter un quart-d’enchère…, c’est exceptionnel…
– …
– 5.900 au fond…
– …
– Je suis désolé, profondément, elle était vôtre…, quel malheur !
– …
– Je suis certain que le Monsieur au fond ne va plus sur-enchérir… Voyez, il ne lève plus la main…, elle est pour vous, je le sais…
– 5.950, je le savais, votre mari vous offre là un cadeau somptueux…
– 5.950
– 5.975 au téléphone… Je vous avais promis que le Monsieur au fond n’enchérirait plus, mais au téléphone… Un dernier effort, un chiffre rond, 6.000 ?
– …
– A ce prix, plus personne d’autre n’osera vous ravir ce bijou inestimable…
– 5.980
– 5.980 ! Bien j’accepte, mais qui peut savoir si…
– 5.990 Maître, 5.990…
– 5.990 au téléphone…, je vous l’avais dit… Osez 6.000, vous verrez, sans risque, elle est à vous…
– 6.000
– 6.000 ?
– (Rires), (Bruits de chaises), (Brouhaha)…
– Bien…, vous savez, nous sommes ici entre-nous, je puis me permettre de vous narrer quelques anecdotes…, cette voiture, c’est toute ma jeunesse, elle est lointaine certes, mais le poids des ans l’emporte en valeur…, à cette époque j’aimais déambuler sur les Champs au volant d’une voiture semblable… Si, si… Il y avait quelques différences, mais minimes, l’esprit est le même.
– 6.000 pas plus…
– 60.000 donc ? Oui ? Bien…, je savais qu’elle était pour vous… Une fois ? Deux fois ? Et au téléphone ? Plus rien ?
– Oui ? Vous avez eu votre client ? Il ne répond pas ?
– Maître…
– Pas de tonalité…
– C’est un signe du destin, cette voiture était pour Madame, ici devant moi…, un cadeau d’amour de Monsieur pour Madame… J’espère que c’est votre Mari ? Votre amant ? Non ? Vous riez ? Votre mari ? Oui ! Que d’amour… Trois fois, j’adjuge, 6.000 euros pour Monsieur ici devant moi. Merci Monsieur, elle est à vous Madame, elle est vôtre, merveilleux, c’est le jour de l’amour… Pas le vôtre N Non ? Mais si ! Quoique…
– (Applaudissements)…
– Félicitations Madame, vous avez de très beaux yeux…
– (Rires)…
– Magnifique voiture aussi, après la vacation venez me voir, je vous conterai l’histoire de cette voiture magnifique… Elle appartenait à un colonel de l’armée révolutionnaire pour l’indépendance de l’Ukraine, toute une histoire…
– (Bruits de chaises), (Rires), (Brouhaha), (Toussotements)…
– Lot suivant, une rareté… Une Lancia Beta Coupé 1981 100% d’origine ! Je débute à 100 euros pour ce qui est considéré comme un monument de l’automobile italienne…
– …
– En voulez-vous ?
– (Silence sépulcral en réponse)…

Sur les 40 lots proposés, seulement 4 ont réellement trouvés preneurs, le « commissaire-priseur » s’évertuant à « adjuger » dans le vide chaque lot après de fausses enchères…, un coup à droite (pour le projecteur), un coup à droite (pour la poubelle) et ainsi de suite !

Les 4 lots réellement vendus sont :
– Lot # 18 Réplique d’Excalibur façon Zimmer, adjugée-vendue pour 6.000 euros + frais
– Lot # 24 Lancia Beta Coupé 1981, adjugée-vendue pour 500 euros + frais
– Lot # 32 Daimler Double Six VandenPlas 1975, adjugée-vendue pour 5.000 euros + frais
– Lot # 39 MGTC Roadster (pourrie, à refaire entièrement) adjugée-vendue pour 10.500 euros + frais

2014-306

Second jour 15h42…

C’est vraiment la fin des haricots, plutôt des pois-chiche.
Ce dimanche matin a parait-il vu comme un frémissement laissant supposer qu’enfin la foule allait débouler…
Il y avait enfin le pelé et le tondu tant espérés qui parcouraient les allées vides.
Hélas, vers 16h00 il faut déchanter.
Installé en un point stratégique, sirotant un Coca-cola tiède et sans bulles au prix de deux bouteilles d’un litre et demi, j’observe le Titanic couler…

J’imagine le dernier discours du capitaine… :
Moi, capitaine, j’assume le désastre, j’ai refusé toute évolution, j’ai tout laissé tomber : le fil de ma vie, le combat du quotidien…, je me place maintenant face au monde évanescent des automobiles de collection que plus personne ne collectionne…, je n’ai rien construit, j’ai tout détruit en ne faisant rien évoluer et ne permettant à personne d’évoluer d’après les erreurs que je ne commets pas…, ça n’en vaut pas ma peine…, j’ai perdu ce qui faisait de moi un Homme : le professionnalisme, l’art de la guerre, l’affection de la lutte, la fièvre aveugle de la compétition…, ma vie va redevenir chiche, peu engageante, pauvre avec un train de vie rachitique…, je me contenterai de sardines et de pain gris, je ne manifesterai plus aucun consumérisme quand quelqu’un me rendra une pièce trop court, je laisserai les gens s’agiter autour de moi, ceci n’est plus mon monde et je n’en exigerai plus rien de précis en attente de ma rupture d’anévrisme, mais je compte agir, une seule et unique fois : tout faire pour ne plus avoir été…

Une jeune et laide noire déroulée autour de son nombril ondule à mes côtés, trop proche, suintant l’ébène ocre et l’acajou vert, et, pendant que discrètement l’affreuse afro par delà moi se titille, Lucien-le-Ferrailleur qui n’a pas vendu une pièce sur les 3 jours, est affalé sur la table d’à côté, buvant quelques bières en espérant sa dernière chance de se faire sucer à septante ans.
Moi, de mon côté, je me sens comme à la fin d’un sketch de Chevalier et Laspalès, j’évoque la fin des haricots…
Ce soir, Lucien-le-Ferrailleur pincera son matériel dans les replis de la jeune et laide afro, en lui faisant d’un coup de reins promettre de le fournir en très jeunes congénères quand il aura touché le pactole, l’année prochaine…

Second jour : 16h18…

J’observe le peuple des shows d’automobiles de collection s’éteindre à petit feu…
Le cerveau des gens a été lavé depuis 1998 par une politique de mansuétude implicite qui a rendu les utilisateurs de voitures anciennes quasi honteux d’exister et polluer, prônant dans une psychose collective le droit des autres au détriment des leurs…
J’observe donc, mais condamnez-moi tout de même, condamnez jusqu’au dernier ces gens qui posent et poseront encore un regard attendri sur le souvenir d’une brillante époque ou posséder un monstre sacré et rouler avec lui, tout pétaradant de joie était le bonheur…, condamnez-les jusqu’à ce qu’ils plient, se taisent et acceptent.
Je ne fais qu’observer en effet car seulement le pourrais-je que je ne voudrais rien y changer, je veux juste capturer ce moment, comme les dix dernières minutes.
Etre témoin de soi-même, se sentir comme Actarus dans sa ferraille, a quelque chose de flippant.
J’ai envie d’avoir envie de dormir pour m’oublier un moment.

Quand je me lève, enfin, pour quitter définitivement ce show, ce n’est pas exactement du vertige, juste de l’amertume face à la fin d’un monde ; j’emprunte l’escalier.
Je croise Stany, en communication avec sa copine…
Je me gratte les couilles en y pensant, il me parle du show, me demande si je connais les résultats, le nombre de visiteurs, je baille pour éviter qu’il développe mais il développe :
– Sur les 2 jours « il » n’a pas fait 3.000…, sur qu’il perd sa culotte dans l’affaire, il n’a pas fait de pub, il s’est comme suicidé….

Je me faufile jusqu’à ma voiture, ne croise aucune jolie femme seule… et me surprend à ne pas le regretter.
Encore cette impression d’être totalement témoin de mes actes, qui malgré tout restent logiques, l’impression d’être mû par une succession de réflexes conditionnés, et de ne rien à voir à y redire, pour ce que j’en vois ; le sentiment actuel, qui n’a pas cessé d’être, est l’archétype du déséquilibre précaire.
Je suis en train de partir, voilà, c’est ça, c’est ce qui me rend tellement sur le point de sombrer dans la folie.
Mais que font-ils tous ?
Ils ne se rendent pas compte !
Vivement le coma.

Le trajet qui me mène à l’hôtel, quittant ce show merdique, est une véritable randonnée à travers le quart-monde.
Le long du parcours, il n’est pas rare de croiser des filles en train de se faire lentement sodomiser au croisement de leurs longues bottines chancelantes, les seins marqués comme la viande Charal par les grillages de divers chantiers.
Ca devient un pays où les morts parlent plus que les vivants.

@pluche…? Non ?