Lancia Thema : Braquage à l’italienne !
Par Marcel PIROTTE
Depuis quelques semaines, la plupart des « show room » européens de Lancia sont envahis par d’étranges créatures !
Des voitures, certes oui, mais plutôt  des « mastodontes » qui ne peuvent renier leur filiation américaine.
Des Chrysler rebadgées à la hâte en… Lancia !  
Ces « nouvelles Thema et Voyager » donnent en fait l’impression que des éléphants ont été lâchés dans un magasin de porcelaine ! 
A se demander si les dirigeants de Lancia ont réellement pris conscience que leurs beaux discours prônant la distinction « latine » de leurs modèles, ne tiennent vraiment plus la route !
Mais comment en est-on arrivé à ce stade de vendre n’importe quoi à des clients totalement déboussolés ?
Lisez plutôt, ça vaut le détour !
Coup d’œil dans le rétro, début 2009 !
Le constructeur américain Chrysler « n’a plus de sous », mais se place intelligemment sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, lui garantissant ainsi de poursuivre son activité tout en se concertant avec les créanciers.
La crise ainsi qu’une gamme vieillissante, n’est plus du tout adaptée aux besoins des acheteurs, il n’en fallait pas plus pour que les  ventes plongent de 30 % en 2008 !
Du coup, le fonds d’investissement  américain Cerberus qui avait racheté en 2007, 80 % des parts de Chrysler au groupe Daimler (Mercedes) pour quelque 7 milliards de dollars US (En 1998, Daimler avait déboursé 36 milliards de dollars, oui, vous avez bien lu, pour acquérir son « rival » américain ! ), parvient à convaincre le gouvernement fédéral américain d’injecter de l’argent dans Chrysler.
Ce qu’il fera à hauteur de six milliards de dollars.
En outre et à la grande surprise générale, Cerberus annonce avoir « signé un deal » avec un certain Sergio Marchionne, financier de très haut vol, PDG de Fiat Auto, redoutable négociateur dès qu’il s’agit de chiffres  mais aussi un « roublard » de première.
Il va littéralement se livrer à un « holdup industriel » de toute beauté.
Sans débourser un seul Euro, il négocie très habilement avec les créanciers de Chrysler comprenant également l’Etat américain et canadien, un accord « qui n’est pas piqué des vers » !
En échange de l’apport de technologie italienne et de nouveaux modèles, Fiat obtient d’emblée 20 % du capital de Chrysler ainsi que sa direction opérationnelle !
Bien vite, cette participation est portée à 35 %… et comme les affaires vont bien, Chrysler rembourse déjà en 2011 7,5 milliards de dollars aux Etats américain et canadien.
Ce qui permet à Fiat de porter finalement sa participation dans Chrysler à  hauteur de 58,5 %, le solde étant détenu par le fonds de pension du syndicat américain de l’automobile, le fameux UAW. 
Fiat aura finalement déboursé  un peu moins de 2 milliards de dollars pour arriver à ses fins.
Des « peanuts » comparés à ce que Daimler et Cerberus ont payé à leur époque…Cette association  Fiat-Chrysler doit bien évidemment  permettre  à ces deux groupes d’étendre leur présence géographique, Chrysler est actif en Amérique du nord, Fiat en Europe ainsi qu’au Brésil…,  mais également de développer leur gamme autour de synergies  dites « transatlantiques ». 
Le but affiché par Sergio Marchionne est d’arriver à produire dès 2014 quelque 6 millions de véhicules contre 4 millions en 2010.
Pour cela, Chrysler doit impérativement « sortir » 21 nouveaux modèles entre 2009 et 2014, dont 60 % du contenu doit provenir des synergies avec Fiat.
Du coup, les ventes Chrysler  aux States ont repris du « poil de la bête » : plus 26 % en 2011.
La Dodge Dart 2012 est une Alfa Giulietta vendue aux States dans le réseau Dodge alors que le SUV Fiat Freemont arrivé en Europe reprend la technologie du Dodge Journey…, la Chrysler 300 devient chez nous la nouvelle Lancia Thema…, Voyager porte désormais le nom de Lancia.
En revanche, la Fiat 500 qui devait se vendre comme des petits pays au pays de l’Oncle Sam fait « un flop », mais « ce n’est que provisoire » selon  Sergio Marchionne, l’homme qui ne porte jamais de costumes trois pièces mais qui se contente d’un jean et d’un pullover sans oublier son légendaire sac à dos

A bientôt 60 ans, ce brillant financier  italo-canadien ( il a la double nationalité), qui peut se targuer d’avoir en deux ans seulement redressé  le groupe suisse SGS, leader mondial avec 40.000 collaborateurs des services de contrôle, de vérification et de certification…, est tout sauf un tendre.
Sergio, la terreur …
Ses méthodes sont expéditives comme par exemple son plan de relance  industriel « Fabbrica Italia » visant à porter de 900.000 à 1,4 million la production de voitures en Italie.
Voilà en résumé ce que Marchionne a proposé aux 10.000 ouvriers des usines de Pomigliano d’Arco près de Naples et de Mirafiori à Turin : « Vous allez devoir travailler plus pour le même salaire, devenir plus souple et surtout nettement plus productif à l’instar de vos camarades des usines de Pologne et de Turquie. De plus, pas question de faire des grèves sauvages, sinon, c’est la porte ! En revanche, je vous garantis du travail ainsi que le rapatriement en Italie de modèles jusque-là construits à l’étranger, comme par exemple la Panda ! Si vous n’êtes pas d’accord, on ferme les usines et je délocalise la production » !

Comme langage, il n’y a pas plus direct !
Après quelques jours d’une grève plus symbolique que revendicative, les syndicats ont « canné », les usines tournent à plein rendement ! 
Voilà comment Marchionne veut engranger dès 2014 un chiffre d’affaires  global de 51 milliards d’Euros par an, visant également à ce que le cours en bourse du titre Fiat crève  tous les plafonds.
De quoi satisfaire les nombreux actionnaires mais surtout  la famille Agnelli toujours au centre du jeu…
300 ou Thema ?
Mais revenons à notre « nouvelle » Lancia Thema !
Il faut être aveugle ou avoir passé plus de vingt ans au fin fond de l’Amazonie  pour ne pas se rendre compte que cette grande berline de plus de 5 m de long est bel et bien une Chrysler 300 sur laquelle, on a greffé des insignes Lancia !
Extérieurement, les différences sont en effet très minimes à part que les jantes alu de 18 pouces peuvent être remplacées par des 20 pouces comme c’était le cas sur notre voiture d’essai.
Pour le reste, on se retrouve en terrain connu.
Le style est inimitable, celui d’une « sensualité  brutale et massive à la fois », impossible de la confondre avec une autre voiture, les lignes ayant véritablement été taillées à la hache !
Même avec les vitres latérales de format  réduit, le coefficient de pénétration dans l’air est à peu près semblable à celui d’une commode normande !
Difficile sinon impossible de retrouver dans cette « new Thema » le moindre ADN Lancia… et pourtant les gens du « marketing » s’y attèlent !
Avec cet air de « gangster » prêt à en découdre avec la concurrence, la « New Thema » aurait certainement beaucoup plu à Al Capone, mais je doute sincèrement qu’un jour au l’autre, elle puisse servir de voiture officielle à la Présidence de la République italienne et encore moins dans le parc automobile des ambassades…!
Mais rendons à Lancia  ce qui lui appartient !
L’an dernier, le 2 juin 2011, lors de la célébration du 150ième anniversaire de la réunification italienne, le Président de la République se déplaçait bien en…Lancia mais à bord d’une superbe Flaminia cabriolet du type 337 dont quatre versions seulement ont été réalisées dans les années soixante par Pininfarina à la demande du gouvernement italien (seules deux subsistent encore aujourd’hui)…
A l’intérieur…
Lancia a voulu « en mettre plein la vue à la concurrence », surtout allemande !
Rien n’y manque ou presque, l’univers du luxe, véritable bois, cuir souple sans oublier une  débauche d’équipements proposés en série ou bien en option, le tout à des prix d’amis, les Audi, BMW et Mercedes ne peuvent faire aussi bien.
Bref, notre italo-américaine « en jette », il y a même des portes-gobelets réfrigérants et chauffants  à la fois, de quoi garder le « coke » au frais ou se faire un expresso !
Quant à l’ergonomie, elle demeure bien américaine et en creusant un peu, « New Thema » donne l’impression qu’une Diva sur le retour a abusé de mascara  tout en essayant de cacher ses rides… N’empêche que l’habitabilité s’avère plutôt généreuse pour quatre adultes.
Normal me direz-vous avec un empattement de plus de 3 m.
Mais la capacité du coffre s’avère plutôt moyenne, seulement 462 litres, de quoi accueillir  trois sacs de golf et autres petites babioles …
Avec un diesel… italien !
Uniquement livrable en berline, notre Thema est bien évidemment disponible avec un V6 essence typiquement américain, mais dans nos contrées, ce bloc devrait rencontrer peu de succès.
Lancia a donc tenu le raisonnement suivant : « Il faut impérativement que cette New Thema débarque en Italie mais aussi en Europe avec un diesel maison, sinon ce nouveau modèle donnera l’impression de débouler dans la botte sans connaître un  seul mot d’italien, gênant » !
Dès lors et tout en reprenant les dessous de cette voiture à propulsion étudiée et développée en son temps par Mercedes sur base de la classe E de la génération précédente, le spécialiste italien de moteurs diesel, VM Motori (qui soit dit en passant appartient à la galaxie Fiat), est venu au secours de ce modèle assemblé au…Canada !
Une voiture mondiale en quelques sorte !
Avec un très beau V6 que l’on retrouve également à bord de la… Jeep Grand Cherokee, soit un 3 l disponible en deux puissances différentes, 239 ch et 550 Nm (sur la voiture d’essai), ou 190 ch et 440 Nm,  cette dernière permettant de diviser par deux le montant de la TMC (en Belgique, seulement 2.478 €uros. Une taxe tout simplement injuste, inappropriée, d’autant que les Régions Belges songent au Malus, on y est déjà en Région Wallonne).
Et pour entraîner les roues postérieures, la Thema diesel ne pouvait compter que sur « l’antique » boîte automatique Mercedes à 5 rapports seulement, la nouvelle ZF 8 rapports étant uniquement réservée à la version essence.
Et sur la route, comment ça se comporte ?
Comme une Chrysler 300 !
Sauf que ce diesel italien s’avère plutôt bien insonorisé, qu’il ne manque jamais de couple même en dessous de 2000 tr/min mais qu’il mériterait une autre boîte automatique !
Evidemment avec près de deux tonnes à entraîner, les performances ne sont pas celles d’une Diva, encore moins dans son comportement.
C’est le genre de berline que l’on apprécie sur de très longues étapes, autoroutières de préférence mais qu’il ne faut surtout pas « brusquer » en l’emmenant sur des routes trop sinueuses.
Son gabarit mais également sa répartition des masses trop accentuée sur le train avant font que Thema n’aime pas les « rôles de ballerine », elle manque tout simplement de dynamisme !
En revanche et se tenant sur nos routes aux allures réglementaires, elle se contente en moyenne d’un peu plus de 10 l/100 km, pas de miracle !
En revanche bis, bravo pour le silence de fonctionnement, la discrétion de ce V6 et le confort général des suspensions…, mais j’aurais aimé des sièges nettement plus enveloppants.
Le mot de la fin !
Pas chère cette Thema diesel ? 
Normal, elle n’a pratiquement rien coûté en frais de développement, les designers n’ont vraiment pas eu beaucoup de boulot, seuls les ingénieurs ont dû « un peu ferrailler » afin d’introduire dans cette caisse de Chrysler 300 un diesel d’origine italienne !
Ceux qui vont devoir « se mouiller », ce sont les gars du « marketing » et surtout les vendeurs.
Pas facile en effet de trouver dans cette Thema le moindre gène Lancia…, mais comme la firme italienne ne compte en vendre que 10.000 par an en Europe, ça ne devrait pas être trop compliqué !
Si vous comptez l’acheter, la diesel de 190 chevaux, encore moins chère, vous donnera également cette impression d’être « le parrain de votre quartier »…Mini Fiche technique Lancia Thema V6 diesel 239 chevaux : 
Dimensions en m : Lxlxh : 5 x 1,9 x 1,49 : empattement : 3  m
Poids : 1.965 kg
Moteur : turbo diesel V6 2987 cm3 176KW/239 chevaux à 4.000 tr/min 550 Nm de 1800 à 2800 tr/min
Transmission : aux roues arrière
Boîte : auto 5 rapports
Vitesse maxi : 230 km/h
0 à 100 km/h en 8,5 s
Consommation moyenne, mesurée : 10,2  l/100 km
CO2 : 185  gr/km
Prix de base TVAC : 47.000 €uros
Autres versions disponibles : Essence V6 3,6 l 286 ch : 47.000 €uros et  Diesel V6 3 l 190 ch 440 Nm : 44.500 €uros
Les premières Thema, celles des années 80 !
J’ai eu la chance de faire connaissance avec  pratiquement toutes les versions des « vraies » Thema des années 80 !
Des modèles vendus à plus de 570.000 exemplaires jusqu’en 1994, au grand dam des utilisateurs mais surtout des vendeurs qui sans doute n’avait jamais proposé des Lancia aussi fiables et très agréables à conduire. .
Et pourtant, quelle aventure pour la sortie de cette berline.
C’est grâce notamment aux synergies déployées par quatre constructeurs : Alfa, Fiat, Lancia et Saab, qui au début des années 80 vont s’associer afin de  développer une famille de berlines de la catégorie  supérieure reprenant de nombreux éléments en commun…, comme une plate-forme à l’identique, la traction avant combinée au  moteur transversal et de nombreuses pièces de carrosserie. 
C’est à Saab que revient le privilège d’ouvrir le bal en 1984 avec la 9000, Lancia suit avec la Thema, la Croma de Fiat apparaît fin de l’année suivante alors que l’Alfa 164 fait seulement ses débuts au salon de Francfort en septembre 1987.
Dessinée par Giugiaro…
Cette bien jolie berline trois volumes de 4,60 m brille par une finition soignée, où l’on découvre notamment des sièges recouverts de velours et d’alcantara, le cuir Poltrona Frau étant proposé en option.
Voiture très prisée par les chefs d’entreprise italiens mais également dans les ministères, la Thema véhicule une excellente image de  la berline familiale du segment supérieur, fiable et  très confortable pour les longs voyages. 
Avec le 2 l turbo essence de 165 chevaux, elle ne s’en laissait pas facilement compter, mais c’est pourtant avec le bloc turbo diesel de 100 chevaux qu’elle va connaître son heure de gloire, ce quatre cylindres 2,5 l étant à l’époque le plus rapide parmi les « berlines à mazout » !
Il faut attendre 1986 pour que Pininfarina se décide à sortir un bien joli break qui lui aussi s’inscrit parfaitement dans la lignée du produit.
La production s’arrête brutalement en 1994, ni la K qui va suivre après une longue gestation, ni même la Thesis ne parviendront à la remplacer …
La Thema 8.32 à moteur …Ferrari !
En mai 86, Lancia se rappelle à notre bon souvenir avec un modèle qui ne manque ni de sex-appeal ni de chevaux !
La Thema 8.32 est une version ultra-sportive de la berline baptisée bien vite « la Ferrari 4 portes », d’autant que son moteur V8/32 soupapes de 3 l,  a été emprunté à la Ferrari 308 QV.
Mais pour le faire « entrer » dans la caisse de cette Thema et surtout pour qu’il puisse entraîner les roues avant sans les faire patiner à la moindre accélération, les ingénieurs Lancia l’ont un peu dégonflé à 215 chevaux, mais avec 29 mkg de couple et une boîte 5 vitesses.
Cela devait suffire, mais ce n’est pas pourtant pas ce qui figure sur le beau cache-soupapes rouge, il aurait fallu plutôt écrire « Ferrari by Lancia » et non l’inverse…
Qu’à cela ne tienne, la belle avec son aileron rétractable sur le coffre, a fière allure, mais à la fin des années 80, elle coûtait le double du prix (environ deux millions de francs belges) d’une Alfa 164 V6 tout aussi performante !
Avec 1400 kg à entrainer, cette 8.32 m’a laissé le souvenir d’une grande routière, performante (240 km/h en pointe, de 0 à 100 km/h en moins de 7 secondes), consommant en moyenne un bon 15l/100 km, dont on ne se lassait jamais du bruit mélodieux de son V8.
Mais  les réglages délicats et les coûts  prohibitifs de main d’œuvre ne vont jamais rassurer les acheteurs.
D’autant que cette 8.32 contrairement à son pédigrée, n’était pas une « sportive », trop de poids sur l’avant et de plus  les « pauvres » pneus de 205/55 VR 15 avaient toutes les peines du monde à encaisser les valeurs de puissance et de couple… alors que les freins à disques manquaient de résistance. 
Cette « Ferrari 4 places », sera fabriquée à un peu plus de 4.000 exemplaires, particulièrement rares à trouver aujourd’hui sur le marché de l’occasion, du moins en parfait état…
Marcel Pirotte, pour www.GatsbyOnline.com  

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