Pierre Bardinon, les lapins et la Ferrari 335 S Spider Scaglietti 1957…

Estimation : Entre 28.000.000 et 32.000.000 d’€uros + frais et fee…
Je reçois le mercredi  décembre 2015 matin, un prospectus par é-mail me envoyé par mon ami Matthieu Lamoure, Directeur Général d’Artcurial Motorcars… m’informant que la Ferrari 335 S Spider Scaglietti de 1957 provenant de la collection de Pierre Bardinon sera mise en vente par Artcurial à l’occasion du Salon Rétromobile de Paris, les 5 & 6 février 2016… et que je dois profiter de cette opportunité pour inscrire une ou plusieurs de mes automobiles dans cette vacation, qualifiée de meilleure vente de l’année !

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« A l’occasion de l’édition 2016 de la vente officielle du Salon Rétromobile, Artcurial Motorcars est heureux de présenter une des voitures les plus emblématiques de l’histoire du sport automobile: la Ferrari 335 S Spider Scaglietti de 1957, châssis 0674, provenant de la Collection de Pierre Bardinon, située dans le Limousin, près d’Aubusson. Pierre Bardinon a marqué le monde des collectionneurs durant la seconde partie du XXe siècle. Passionné par le sport automobile depuis son plus jeune âge, gentleman driver, cet industriel donne naissance à une collection sans égale, entièrement dédiée à Ferrari et à la course automobile. Il rassemble au fil des ans cinquante Ferrari d’usine comportant les modèles les plus titrés ou les plus emblématiques de l’histoire de la marque. Sa collection est considérée comme une des plus importantes au monde.
La Ferrari 335 S Spider Scaglietti sort des ateliers au début de l’année 1957, habillée d’une carrosserie Scaglietti. Entre les mains des plus célèbres pilotes, elle prend part aux courses les plus mythiques dès 1957 : 12 Heures de Sebring ( 6ème, Peter Collins / Maurice Trintignant), Mille Miglia (2ème, Wolfgang von Trips), 24 Heures du Mans (Mike Hawthorn / Luigi Musso), Grand Prix de Suède (Hawthorn / Musso), Grand Prix du Venezuela (Hawthorn / Musso). Sa carrière se poursuit en 1958 : Grand Prix de Cuba (vainqueur, Masten Gregory / Stirling Moss) et différentes épreuves américaines (Gaston Andrey / Lance Reventlow).
A la fois Œuvre d’Art et Reine de la Vitesse, elle représente le nectar de l’exception : beauté, rareté, palmarès, histoire, authenticité et provenance !
Estimation : 28.000.000 – 32.000.000 €
Clôture du catalogue imminente » …

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Je pousse un cri (malgré ma retenue proverbiale) à la vue de l’estimation de trente millions d’euros et, me souvenant de la vente « Baillon » et de quelques autres, toutes diffusant un parfum d’atmosphère donnant le tournis, je me plonge illico dans une recherche concernant, non pas la Ferrari 335 S Spider Scaglietti 1957, mais visant Pierre Bardinon…

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Après un temps considérable (de quelques heures), j’en arrive à une conclusion assez simple le concernant :
La vie extraordinaire et phénoménale de Pierre Bardinon et sa famille est une histoire de lapins…, plus exactement de peaux de lapins…

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Si la patte de lapin est considérée par certain(e)s comme un gage de chance, lui en a eu des centaines et des centaines de millions, en sus d’autres bestioles à poils…
La patte de lapin est un porte-bonheur… et la gauche porte plus chance que l’autre.
Pour cela fonctionne vraiment (sic !) il faut que la patte soit celle d’un lapin tué dans les conditions réunies suivantes : un vendredi Saint ou un vendredi 13, de nuit, par une personne atteinte de strabisme, à l’aide d’une balle d’argent (comme un loup-garou)…
Et il y aurait d’autres conditions qui se sont perdues dans les méandres des mémoires anciennes.
Si les comédiens s’en servaient comme brosse à cheveux, toujours dans cette recherche de chance…, très souvent considéré comme un talisman, la patte de lapin servait aussi la médecine, elle était prescrite à porter sur le bras gauche (pour les adultes) afin de résoudre les problèmes dentaires (pour les enfants il fallait mettre autour de leur cou une patte de taupe).

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Bien sûr comme l’a si bien dit Louis Aragon : « La patte de lapin, ça porte bonheur, mais pas au lapin »...
Cette croyance remonte au temps de la Marine à Voile…, le lapin, rongeur de cordages, fait partie de la superstition des marins… et par extension du monde du théâtre qui employait des anciens marins dans les cintres.
Ils le désignent par des périphrases comme « l’animal aux longues oreilles », « le cousin du lièvre », ou par le mot « pollop », sous peine de porter malheur.
Ne prononcez jamais le mont « lapin » à bord d’une embarcation comme le mot « corde »…, croyance sans doute due au fait que les animaux autrefois étaient embarqués vivant pour la provende fraîche et que les lapins rongeaient tout :cages, chanvre des cordages, bois du flanc des navires, créant ainsi des voies d’eau  d’où la crainte et l’effroi que les lapins inspiraient.
Aux USA, la superstition autour du lapin est née avec la culture des Noirs du sud…, la patte de lapin aurait été utilisée dans le hoodoo (tradition locale inspirée du vaudou). Elle servait, au même titre que les ossements humains dans cette croyance et était plus efficace si le lapin était attrapé dans un cimetière.
L’essort du blues dans les années 1920 a permis de populariser le hoodoo et avec lui : la patte de lapin…, cela eu comme conséquence un profit où les résidu d’abattage se transformèrent en porte-clefs porte-bonheur…

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La vie extraordinaire et phénoménale de Pierre Bardinon et sa famille est donc une histoire de lapins…, plus exactement de peaux de lapins… que je vous conte ci-après :

Martin Cougny né en 1771 au village de Chesmartin, paroisse de Saint-Oradoux-prés-Crocq, part, jeune à Lyon comme ouvrier maçon, puis entre chez un soyeux où il découvre des procédés de teinture différents des coutumes de la teinture des laines pour la tapisserie d’Aubusson.
Après quatre années passées à s’instruire, il décide d’appliquer les nouvelles techniques sur des peaux de lapins dans son modeste atelier « Le Moulin de la Bonette » à deux pas de Crocq…, les premiers résultats sont encourageants, aussi en 1832, il s’installe à Paris, rue de la Roquette, emmenant avec lui quelques ouvriers de la région.
Il trouve le principe fondamental resté vrai de nos jours qui consiste à différencier la teinture de pointe de la teinture du fond…, malheureusement, il ne profite pas longtemps de cette création, il meurt en 1841 laissant la succession à son fils Jean Cougny.

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Jean Cougny, considéré comme le plus habile lustreur, s’adjoint son très jeune neveu Marien Chapal, petit-fils de Marien Cougny dont la fille issue de son premier mariage avait épousé Jean Chapal, oncle de Léonard.
Marien Chapal est actif et courageux, il seconda efficacement son oncle permettant le développement de l’affaire et un succès sans cesse grandissant…, ils s’entourent de leurs compatriotes Creusois parents et amis, heureux de venir gagner leur vie dans la capitale…, c’est ainsi que Léonard Chapal, cousin de Marien Chapal, bientôt suivi de ses frères Antoine, Jean et Annet, vinrent travailler dans l’usine.
En 1855, Jean Cougny n’ayant pas d’enfant, satisfait des capacités de son neveu et associé Marien Chapal se retire.

Jean Girodias, son beau-frère époux de Marguerite Chapal, avait déjà travaillé avec lui connaissant ses procédés, il prend la direction de l’affaire et obtient une notoriété dans la profession surtout avec les loutres de mer qu’il teint en marron foncé et en marron or.
Marien Chapal trouvant les locaux trop exigus, achète en 1857 des terrains à Montreuil-sous-Bois, 2, rue Marcelin Berthelot, avec maison d’habitation, bâtiments et hangars dont l’ensemble est transformé pour les besoins de la nouvelle industrie, travaux malheureusement pour lui, interrompus en 1866, par une mort prématurée, il n’avait que 38 ans.

Emile Girodias, son fils aîné devient en 1883 son associé…, il lui succéde peu de temps en décembre 1892 puisqu’il vend l’année suivante l’usine de Montreuil et les procédés à son cousin Emile Chapal, fils de Léonard Chapal.
Chapal est un tanneur opportuniste, à partir de peaux de lapins, il imite les fourrures les plus nobles…, les peaux de lapin sont teintées d’une façon si parfaite qu’elles ont en apparence l’égal de la loutre de mer… et il vend ainsi de fausses fourrures « nobles » à des femmes « modestes » désireuses de faire croire qu’elles sont affublées de fourrures « chics ».

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En 1881, Emile Chapal fonde la « C&E Chapal Frères & Cie Inc » à Brooklyn, cette usine dédiée « au travail des peaux françaises » (re-sic !) a toutefois des difficultés et Emile Chapal imagine d’habiller de peaux de lapins, les intrépides premiers automobilistes, qui sillonnent à vive allure les rues de New York au volant de leur Buick ou Ford…, à défaut de trouver suffisamment d’élégantes singeant les riches dames en fourrures authentiques…
A la fin du XIXe siècle, comme les Etats-Unis connaissent un essor sans précédent et deviennent le symbole de la prospérité… et que le peuple américain, constitué en partie d’Européens émigrés, est attaché aux valeurs de la mode (sic !), Emile Chapal, le fils de Léonard, pressent le potentiel de la peau de lapin dans ce vaste pays (gag !) et s’embarque pour une traversée de l’Atlantique, à bord du paquebot « Ile de France », en compagnie de sa femme et de dix ouvriers français.

A la mort de Léonard, Emile rentre en France pour (enfin) diriger l’ensemble de la société Chapal.
Las, les élégantes en fausses fourrures se raréfient, l’avenir est sombre… mais, coup de chance, quelques années plus tard, la grande guerre éclate et l’usine de Crocq se voit confier la fabrication de vestes et combinaisons pour l’aviation française, confectionnées en peaux de mouton, d’un coloris brun foncé ou noir. car l’armée française n’a que faire de vraies fourrures en Zibeline et autres bestioles qu’on décime sans aucun respect… et Chapal devient rapidement un spécialiste reconnu dans la confection de ce type de produits.
En 1929, la Société fusionne avec son plus grand concurrent : « Donner de Nervak », pour former une société indépendante la « Chapal Donner ».

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A cette époque, l’élevage des lapins en France, produit environ 100.000.000 de peaux par an (cent millions)…, sur ce chiffre, 25.000.000 sont employées pour faire des imitations de fourrures et 75.000.000 vont à l’industrie de la coupe de poils pour la chapellerie.
Le chiffre d’affaires du début, insignifiant comme dans toute maison qui commence, passe rapidement à quelques centaines de mille Francs pour atteindre en 1929 : 260.000.000 F.
Les quelques parents ou amis qui se groupaient autour de Cougny et Léonard Chapal sont devenus 3.000 parmi les quels figurent beaucoup de Creusois.

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En 1930, à la veille du centenaire de ce qui était un empire dans l’industrie de la fourrure, disparaît, Emile Chapal, c’est Jean Bardinon, gendre d’Emile Chapal, nouveau Président qui se retrouve à subir les effets de la crise des années 30 , Jean Bardinon à l’idée de refaire le coup de la guerre 14/18 avec l’armée de l’air française… et parvient à obtenir des commandes de l’armée de l’air américaine pour la confection des combinaisons d’hiver.
L’Army Air Corps avait besoin d’équiper ses pilotes : casques, gants, chaussures, pantalons et blousons…, en peaux de mouton retourné, mais ces vêtements chauds et confortables présentaient un inconvénient : ils n’était pas imperméables ;  c’est un technicien hongrois travaillant pour les usines Chapal qui ayant peu avant proposé un procédé de vernissage de la peau de lapin, la rendant imperméable, qui permit à Jean Bardinon de remporter le contrat !
Les peaux de mouton retournées appelées aujourd’hui « Bombardier » assurèrent pendant toute la guerre l’essentiel de la production de « Chapal Donner ».

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Le retour de la mode de la peau de lapin via les Hippies, va assurer dix dernières années de gloire…, le prêt à porter et les grands couturiers utilisent également les peaux de lapin Chapal pour la confection de leurs manteaux…, l’industrie aussi veut son lot de peaux : Rank Xerox les utilise pour les cylindres de nettoyage de photocopieurs ; la marque Roulor utilise des peaux de mouton « chromées » pour la fabrication de ses rouleaux à peinture et disques à lustrer…

Jean Bardinon disparaît en octobre 1962, Pierre Bardinon, son fils, se retrouve directeur de l’usine de Crocq, avec 10.000 m² d’ateliers destinés à la production de peaux de lapins et emploie 250 personnes dans ce village de 700 habitants.

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En 1968, aux Jeux Olympiques de Grenoble, toutes les hôtesses sont habillées de vestes en lapin festonnées bleu, blanc et rouge fabriquées par Chapal.
L’année 1970 voit le lancement de la marque « Lapin de France » avec l’application du procédé de vernissage des blousons « Bombardier » à la peau de lapin appelé « Chapalac ».

La maison de couture Christian Dior ouvre « Dior Boutique Fourrure » et propose des fourrures somptueuses qui ne sont en réalité que des peaux de lapin imitant les fourrures prestigieuses…, durant 20 années, 80 personnes vont travailler à cette tâche à Crocq.
Il est apprêté et teint des fausses peaux de visons, de castors, de renards et d’agneaux des Indes avec des peaux de lapins et même même des peaux de chiens venant de Chine qui arrivent, eux, par wagons entiers…, à Crocq, l’avenir aurait été noir si l’éthique animale avait été respectée…

Pierre Bardinon, qui ne s’est jamais posé de question sur les lapins, leur vie, leurs pensées, leurs espoirs (sic !), devenu très fortuné grâce à eux, s’est pris de passion pour les Ferrari, ayant très largement les moyens et les ressources de se payer les plus belles, les plus rares, les plus titrées…, il a même fait construire un circuit automobile privé en bordure de son château pour rouler avec elles : le Mas du Clos…

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La boucle était ainsi bouclée, avec le retour sur le lieu du départ « Le Moulin de la Bonnette » au Point du Jour .
En 1983, Jean-François, le fils de Pierre Bardinon, a repris le flambeau et décidé de continuer ce qui avait été entrepris par cinq générations avant lui et a lancé la marque Chapal auprès du grand public, l’usine de Crocq tannant désormais des peaux lapins, de moutons et de taureaux exclusivement pour la confection de vestes, blousons et accessoires…

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Mais, Jean-François Bardinon quoique comme son père, également « passionné » de mécanique… est plus futé, car il se sert de « l’automobile de collection » dans sa généralité comme un support médiatique de la marque (partenariat avec Le Mans Classic notamment), affirmant que c’est sa source d’inspiration créatrice (sic !).
Chapal se présente maintenant non plus (du tout) comme une tannerie qui propose « à des femmes modestes » des fourrures « chics » qui imitent les plus rares et chères au départ de peaux de lapin…, mais comme une marque de luxe, offrant (le terme est mal choisi car il faut payer) aux « passionné(e)s » de « l’automobile historique » (sic !) des pièces présentées comme confectionnées comme des objets d’art, avec une patine toute particulière qui rappelle les mythiques tenues des pilotes des années ’50…, pour que les « gentlemen drivers » et autres « gentlewoman driveuses » (gag !) d’aujourd’hui, combinent sport et élégance (sic !) au volant de leurs automobiles de prestige…
Et s’arrête là (provisoirement), l’histoire des familles Chapal et Bardinon…

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Repris de : http://www.monsieurvintage.com/a-la-une/2015/02/interview-de-jean-francois-bardinon-pdg-de-chapal-13519

– Qui êtes-vous Jean-François Bardinon ?

– Avant toute chose, un gamin, un môme, j’ai 15 ans d’âge dans ma tête. Je suis toujours jeune dans ma tête et même mes filles me le font remarquer tous les jours.– Quels sont les automobiles qui vous font le plus rêver ? – Je dois avouer que les voitures modernes de route ne me font pas rêver. Non pas qu’elles manquent de qualités ; certaines sont même très belles et la plupart sont très technologiques. Mais je trouve que les voitures de route d’aujourd’hui ne véhiculent pas d’image. Elles ne s’adressent plus aux gentlemen drivers. Par contre, en compétition, les sports prototypes continuent de me passionner. Ces automobiles sont superbes et cette catégorie permet encore aux artisans de côtoyer de grandes usines. Il ne manque qu’un véritable championnat du monde des marques. – Possédez-vous une ou plusieurs voitures classiques ? – Je possède une Allard J2 de 1950 en compagnie de mon ami Philippe Rouet, qui est également propriétaire d’une Allard J2X de 1952. Pourquoi une Allard ? En fait, ces voitures nous ont été pratiquement « imposées » par le regretté Francky Dumontant. Une histoire d’amitié, en somme…

– Participez-vous à certaines courses historiques ?

– Je prends uniquement part aux 24H du Mans Classic. C’est un événement magnifique, imaginé par Patrick Peter et son équipe, et auquel je suis toujours heureux de participer. Je n’ai pas vraiment le temps de prendre part à d’autres courses. Mon programme de l’année est de me consacrer à ma marque Chapal pour le plus grand plaisir, je l’espère, de tous les gentlemen drivers…

– On connaît le patron d’industrie mais vous vous présentez comme un créateur.

– J’aime la création. Le business ne m’intéresse pas, cela m’ennuie mais on est bien obligé. Je rêvais d’un duo Saint Laurent/Bergé. J’adore qu’on me laisse tranquille dessiner mes trucs. Je suis mieux à l’usine, à l’atelier à dessiner. C’est ma façon de m’en sortir. Il n’y a que la création qui m’amuse. J’aime bien le dessin, les matières… Il n’y a pas de collection à proprement parler. Je sors ce que j’ai envie de sortir. Je travaille de façon très artisanale en direct avec mes ouvriers. J’aime bien m’installer devant une machine à coudre par exemple et créer au fur et à mesure. C’est la création qui m’anime. J’adore avoir quelqu’un à mes côtés qui gère et qui me dise : « ne t’inquiètes pas ». Mais, il ne faut pas être insouciant. Au final, on se partage pour tout. Je fais confiance à mon équipe.

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– Quel est l’ADN de la marque Chapal ?

– L’ADN de Chapal c’est cette génération d’industriels, c’est la famille, le savoir-faire, l’histoire. J’aime bien l’actionnariat familial. Je reconnais et j’approuve. Heureusement que des grands groupes financiers sont venus sauver le luxe car sinon, sans la venue de Bernard Arnault et de François Pinault, on aurait disparu. Mais a contrario, cela a un peu retiré de l’humain à ces entreprises là. On peut le dire au niveau économique de façon globale en France. On s’est trompé sur le fait de ne pas soutenir l’actionnariat familial indépendant. C’est viscéral. A partir du moment où je suis né dans mon pays, je suis né avec un environnement de gens autour de moi, de savoir, d’ouvriers qui ont vécu avec moi. Il faut continuer à défendre notre petit pré carré. Je défends d’un point de vue marketing certes et d’un point de vue historique ce que mes grands parents m’ont raconté : la vie d’une entreprise française où tout était intégré. On avait nos propres menuisiers, tout était compris dans mon entreprise et ça c’est mon ADN. Mon ADN, c’est le savoir-faire des hommes dans l’entreprise au service d’un client qui vient chercher chez nous une marque spécifique, très particulière avec ses petites imperfections et ses qualités mais au moins il achète un véritable esprit.

– Quelles sont vos sources d’inspiration pour créer  un modèle ?

– La forme. En fait, il faut que ce soit beau, chic. Une fois que vous êtes parti dans une sorte de raisonnement, tout devient création en permanence. On voit les choses, les formes. Je suis myope et c’est un avantage pour interpréter les formes. Tout se met en place dans une sorte d’inconscience. On a tellement progressé au sein de l’usine dans la qualité qu’aujourd’hui, ce qui m’anime, c’est un bel objet quel qu’il soit, un vêtement par exemple. Actuellement, je suis plutôt sur des tenues d’hommes et de femmes. Je m’intéresse de plus en plus à l’humain, à l’homme, à la beauté de l’habiller, comment l’habiller, comment est faite une femme, un homme, afin de les vêtir de façon très juste. C’est une volonté. Je pars toujours à un moment donné non pas de l’excentricité mais de ce besoin de faire du n’importe quoi avec n’importe quoi. A un moment donné, cela peut paraître paradoxal car je veux que ce soit très pur, très beau etc., redevenir presque le styliste de demain qui sait refaire comme c’était fait à l’époque comme Lanvin qui pouvait faire des costumes d’hommes d’une qualité extraordinaire. C’est vrai que j’aimerais bien ressortir un peu ce qu’a fait Ralph Lauren : la belle fabrication, le style d’après guerre, le beau façonnage. Cela m’anime.

– Quelle personnalité aimeriez-vous habiller ?

– Je sais qu’il y en a certains que je ne souhaite pas habiller. J’ai la volonté d’habiller des gens gentils, discrets, aimables. J’insiste sur le fait que la gentillesse doit être un des caractères prédominants pour travailler avec Chapal. Aujourd’hui, être gentil, c’est être considéré comme un extraterrestre. Notre maison a la chance de travailler avec Paul Belmondo qui est un être charmant ; il correspond bien à notre image. C’est un type super. Les gens gentils ne sont pas compliqués. Pas facile de déceler des gens gentils à notre image à travers des magazines. J’aime les gens qui ont une sorte de simplicité ; je trouve cela merveilleux. Pour répondre à votre question, il m’est difficile de nommer une personnalité particulière mais au gré de mes rencontres, je peux vous dire qu’en tout état de cause, c’est la gentillesse qui prime avant tout sans oublier l’authenticité. Ce sont les vrais ambassadeurs de la marque Chapal.

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– Chapal… masculin…féminin ?

– C’est masculin à 80 %. J’aime la plastique, les choses bien faites. J’aime beaucoup les femmes, leur plastique est magnifique. J’adore lorsqu’elles s’habillent avec mes créations. Pour moi, c’est le summum mais ce n’est pas suffisant. Toute la gente féminine ne peut pas s’habiller en homme. En fait, c’est mon équipe féminine qui m’incite à créer pour les femmes. Donc, petit à petit, on va vers le féminin. Mon grand bonheur, c’est d’habiller les femmes. Depuis quelques mois, on sort des accessoires pour les femmes tels que des sacs à main par exemple. On sent un engouement.

– Pensez-vous que le passé a de l’avenir ?

– Personnellement, je vous dirai que oui, le passé a de l’avenir. C’est certain. Je suis malheureux car ce que j’applique moi à mon entreprise, j’aimerais qu’on l’applique à la France, au Monde. Quand on a la chance d’avoir connu ce qu’on a connu les uns et les autres, par rapport à un passé, on le fait d’une certaine façon sans s’en rendre compte : quand on va faire visiter le château de Versailles, c’est bien d’utiliser le passé au profit de l’avenir. Mais le drame, c’est qu’il ne faut pas que réinterpréter le passé ou que jouer sur l’avenir. Ce qu’il faut, c’est profiter et donner cette assurance. C’est fantastique de pouvoir donner ce que nous donnons au monde entier, ce que Chapal peut apporter par son antériorité. Cela ne suffit pas mais surtout, il ne faut pas le bannir, le cacher mais l’utiliser pour continuer. On a de beaux exemples : ces grandes maisons de luxe qui montrent qu’en faisant des métiers très traditionnels, (rachat de tannerie), elles perpétuent ce qu’on fait depuis 100 ans. On fabrique et on teint de la même façon. Donc, maintenant, je vais suivre le mouvement. Tant que des grands groupes financiers prouveront que la tradition et le travail bien fait peuvent vivre, moi qui suis « un microbe », je continue presque les yeux fermés tout en créant de la mode. Dans nos métiers traditionnels, il ne faut pas vouloir être Microsoft ou Apple, même si on utilise ces outils pour gérer nos entreprises. On en est encore à fabriquer et à dessiner à la main. Cela a de l’avenir pour autant que nos clients ont envie d’avoir un travail artisanal et manuel. Personnellement, j’y crois car sinon, qu’est-ce qu’on va faire des gens ? Les gens ont besoin d’être rassurés par rapport à un passé, par rapport à un travail bien fait et c’est vrai que ces grands groupes me donnent un peu confiance. Si j’étais le seul au monde à faire ce que je fais, dans un an, il n’y aurait plus rien. Alors que là, les grandes entreprises investissent et les gens réclament. Donc oui, le passé est très important par rapport à l’image du savoir-faire pour correspondre à une demande du moment.

– Nostalgique ou vintage ?

– Complètement vintage. Je ne suis pas nostalgique. Pour moi, le nostalgique, ça a un côté passé, fini, triste…

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– Avez-vous un fantasme vintage ?

– Tout ce qui est fabrication, je peux me l’offrir. Par contre, redonnez-moi de vrais hommes politiques car qu’est-ce que je souffre ! Redonnez-moi du Pompidou, des hommes charismatiques… Côté voiture, ressortez-moi une type E, une vraie. Il n’aurait jamais fallu arrêter la production de l’Alpine A 110 Berlinette. Il aurait fallu faire avec l’A 110 ce qui a été fait chez Porsche avec la 911. Le côté sentimental et humain a disparu des entreprises. On a quand même retiré la valeur humaine. Bref, pour mon fantasme vintage, je veux du bon politique… des humains avec une éducation et une bonne culture.

– Pour quelles raisons, aujourd’hui, acheter Chapal ?

– Pour retrouver cette joie de vivre qui nous anime, nous les passionnés du vintage, redonner un vrai sens au produit, un produit qui vous rappellera votre enfance, votre adolescence. Chapal essaie d’être garant d’une France traditionnelle. Les gens qui viennent acheter du Chapal, ils retrouvent dans un prêt-à-porter raisonnable les grandes époques de ce que pouvait être le luxe en France. Nous continuons à préserver, exactement comme cela pouvait être dans les années 50-60 et même avant. Chez Chapal, le client est roi avec des produits garantis à vie. Il a l’assurance de posséder un vrai produit qui lui correspond, avec de vraies valeurs.

– Vous avez une patte de lapin sur vous ?…

– Pas de commentaire !

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J’ai présenté/envoyé ce jeudi, la « maquette » de cet article à mon ami Matthieu Lamoure, qui, malgré qu’il s’apprêtait au départ d’un vol vers New-York, a eu le temps de tout lire ce jeudi après-midi et m’en a fait quelques commentaires :

Dring-dring-dring…

– Allo, oui…– Bonjour Patrice, c’est Matthieu, je viens de tout lire ce que vous projetez de publier, mais…, il faut souligner que Mr Pierre Bardinon est un homme extraordinaire et pas seulement l’héritier d’une entreprise de tannage de peaux !

– Matthieu, depuis plus d’une décennie déjà, le prix des véhicules de collection n’a cessé de grimper pour atteindre des sommets inimaginables au point que certains sont devenus un produit d’investissement particulièrement performant qui dépasse largement le marché des œuvres d’art ou de la montre de luxe. Un marché qui possède tout pour aiguiser les appétits. Vous pourriez m’en dire plus Matthieu ceci en rapport avec la Ferrari 335 S Spider Scaglietti ’57 de la succession Bardinon ?…

– Patrice, il faut louer des hommes comme Pierre Bardinon, qui ont dépensé une partie de leur fortune pour assouvir leur passion, ce sont des gens comme lui qui font la grandeur d’un pays comme le nôtre : Notre France. Sans eux quantités de voitures exceptionnelles n’auraient pas été préservées. Il faut des gens riches pour qu’un pays grandisse…

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– Si je compte, même sommairement, on arriverait à quelques milliards de lapins ayant donné leur vie pour que se constitue une collection d’une quarantaine de Ferrari qui ne valaient pas grand chose dans les années ’60 et ’70 et dont certaines maintenant sont présentées comme valant trente millions d’euros, telle cette Ferrari 335 S Scaglietti…

– Oui, mieux valait cette infinité de lapins que des zybelines, outres, léopards et autres animaux, les lapins se reproduisent rapidement et Mr Bardinon n’en utilisait que leurs peaux…

– Manque de pot en quelque sorte, mais j’imagine que les lapins n’étaient pas relâchés sans leur peau de fourrure…

– Dans de nombreuses civilisations, le lapin et le lièvre, par leur étonnante capacité de reproduction, symbolisaient la fécondité. Au Moyen-Age, la patte de lapin protégeait contre les esprits malins et les pouvoirs des sorcières.

– Cette tradition fut proscrite avec le christianisme, qui assimila l’extrême fécondité du quadrupède à de la lubricité païenne. Il faudra attendre la Renaissance pour redécouvrir le charme de cet animal. Représenté au milieu des fleurs et des oiseaux il servait à évoquer le paradis. Aujourd’hui, la patte de lapin est tout naturellement devenue symbole d’abondance. Mais de là à en tuer par milliards…

– Patrice, pensez aux milliards de repas qui ont été possible grâce à cette industrie qui ainsi préservait des bêtes de meilleure race…, car les lapins… attendez…

– Oui…

– Désolé Patrice, mais on m’appelle sur une autre ligne, je pars aux USA dans quelques heures… et j’ai tant et tant à faire. Donc, il faut louer des grands personnages comme Mr Pierre Bardinon et faire une distinction entre Chapal et Bardinon et la Mas du Clos et la collection de Ferrari, principalement la 335 S Spider Scaglietti ’57 qui est une pure merveille. Je dois vous laisser, à bientôt Patrice…

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Succédant à la galerie d’art Artcurial créée dans les années 1970 par François Dalle, alors patron de L’Oréal, au 9, avenue Matignon, et rachetée en 2002 par Nicolas Orlowski, en association avec la famille Dassault, ARTCURIAL devient rapidement la première maison française de vente aux enchères : 123 ventes organisées au sein de ses 20 départements de spécialité, 178 millions d’euros en volume de ventes/an.
Ses domaines de spécialité vont des tableaux et dessins anciens à l’Art moderne et contemporain, de l’Art Tribal et l’Art d’Asie aux estampes, aux bandes dessinées, et à la photographie, des montres et bijoux au mobilier et aux automobiles de collection…

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Résolument tourné vers l’international, ARTCURIAL est présente à l’étranger avec des bureaux de représentation à Milan et Bruxelles, et des expositions itinérantes aux Etats-Unis et en Asie.
Matthieu Lamoure, depuis toujours passionné de voitures, en organise très tôt des ventes à Paris, en devient spécialiste chez Bonhams (la célèbre maison de ventes aux enchères anglaise) puis directeur Europe en 2006.
Appelé chez ARTCURIAL en 2010 par le commissaire-priseur Hervé Poulain, Matthieu reprend le département automobiles et en dynamise la communication sous l’enseigne « Artcurial Motorcars », devenue aujourd’hui leader dans sa spécialité en Europe Continentale.

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Particulièrement certains soirs de pleine lune, ces deux petites bêtes innocentes qui ne pensaient qu’à vivre dans du bonheur partagé, reviennent me hanter… et je vis en plein cœur leur lente agonie.
J’ai eu beaucoup de chagrin pour deux lapins qui partageaient nos divers moments de bonheur… et qu’un ado a laissé « crever » par bêtise et égoïsme.
Je ressens leurs coups de pattes, leurs griffes et dents qui s’usent de vouloir sortir de leur prison-clapier qui était leur palais pour des toujours de tendresse…, j’entend leurs petits cris comme des appels au secours qui n’ont eu d’écho que le silence de l’indifférence… et mon cœur saigne… j’ai des yeux de pluie que je n’ose sécher comme si cela allait couper un ultime lien…

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Je ne sais même pas ou ils reposent, s’ils reposent…, car on les a jeté dans une poubelle…, il ne reste rien, pas même le clapier brisé aux « encombrants »…, j‘ai du mal à supporter l’irrespect envers la vie, les vies, toutes les vies…, alors, Bardinon, Chapal, leur collectionite Ferraresque payée par des millions de lapins tués pour leurs fourrures qu’on teint en imitation d’autres…, quel gâchis de vie…
Quel irrespect aussi, quelque-part…

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Et l’homme fait pire aux hommes, pour des tôles, du plastique, du pétrole et des dieux…
D’un coté je suis heureux d’avoir 66 ans parce qu’il reste moins longtemps…, d’un autre je râle de ne plus avoir 20 ans pour tenter de changer ce monde, même un peu, même un rien…
Alors, en sus d’écrire mes ressentis, j’en reviens à sourire des facéties de mon Cocker Blacky et me laisse aller à en faire aussi : je viens de m’acheter un Hot-Rod…

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Je crois (et crains) que l’acquéreur de cette Ferraillerie de haut-vol (c’est un double sens) ne parvienne jamais à être 600 (ou 700) fois plus heureux qu’avec ma bête…
La bête vaut 50.000 euros (mais tout se discute)…, avec les 30.000.000 de la Ferrari Bardinon, plus le fee et le prix des emmerdes en plus…, sans compter l’assurance…, je calcule que cela représente au moins 600 Hot-Rods, voire 700…
Pire, a considérer ma vieille Smart de 1998 qui affiche 100.000 kms et dont la reprise « marchand » est sous les 1.000 euros (« particulier » elle devrait atteindre à peine 4.000 euros), cela signifie qu’on peut acheter 20.000 Smart au tarif reprise garagiste d’un modèle ’98)…
Vu sous cet angle, il y a de quoi se demander si le monde tourne dans le bons sens…