2010 Marussia B4...
2010 Marussia B4...


2010 Marussia B4...
Après 3 articles consécutifs sur les Marussia B1, B2 et B3, je croyais en avoir terminé...
C'était pêcher par trop d'optimisme...
A peine la B3 "Muska" présentée et commentée, une B4 sortait de je ne sais ou... et rebelotte : shows, présentations diverses, conférence de presse..., ces Russes sont infatiguables !


 


Je déambulais à nouveau dans Moscou, en direction du nouveau Show-room de Marussia... et, pour améliorer le contenu de ce quatrième article, ainsi que pour tester ce qui apparait comme une sorte de neuvième merveille du monde..., j'ai décidé d'utiliser le célèbre métro Moskovite...
Grandiose, mais assez glauque..., partout les mêmes traits indistincts, ravalés par la rigueur de visages de marbre, délavés par la lumière des néons ; les mêmes corps tendus, figés et silencieux, semblablement droits, espacés presque régulièrement et tournés vers la voie.
La rame semblait ne jamais devoir arriver.
Du dessous de l’escalator qui grimpait vers la surface émergea la tête d’un vieil homme.
Etirant amplement ses membres efflanqués, il s’avança, un gobelet à la main : à quatre pattes d’abord ; puis, au prix d’un lent et douloureux effort, il se redressa sur ses deux jambes.
Alors, il considéra longuement ces rangées immobiles d’hommes qui se taisaient, détaillant chacun d’eux, comme s’il eût été possible de les distinguer les uns des autres, avec de vagues rires, des mimiques de dégoût... et tous feignaient d’ignorer sa présence.
Le vieillard, doucement, s’approcha de moi... et me tendit son gobelet, marmonnant une sèche supplication, comme pour m’interpeller.
Et, constatant que je conservais un immuable détachement, que mes yeux restaient irrémédiablement braqués en direction de la voie, il alla en voir un autre !



Il passait ainsi d’une forme anonyme à une autre, répétant les mêmes gestes avec la même lenteur... et toujours sans succès : tout le monde restait statue.
Le vieux, ridiculement petit, est revenu se placer face à moi, me tapotant le ventre avec son gobelet... et il m'aurait alors suffi de regarder droit devant moi pour éviter de le voir.
Mais le mendiant, se hissant sur la pointe des pieds, m'est apparu très soudainement dans mon champ de vision.
Sa figure était affligée d’une maigreur effroyable ; les pommettes saillantes tendaient la peau de sa figure et semblaient devoir la déchirer à tout instant ; tapis dans l’ombre des arcades, les yeux luisaient, gorgés de fièvre... et à la vue de ce visage, j'ai frémi.
Au loin, dans le tunnel, j'ai entendu la rame, qui arrivait.
J'ai mis 10 euros dans sa sébille, il m'a sourit....
Puis, le vieillard, en courant, est retourné à sa cachette.
J'ai senti les regards se presser sur ma nuque : des coups d’œil qui m’étouffaient, furtifs, jetés à la va-vite, pesant dans mon dos comme une lame pointée entre mes omoplates. 
Moi qui m’était jusqu’ici tenu droit, terne et indifférent, je ne savais plus que faire de mon corps qui s’était mis à m’encombrer. 



J'ai essayé à toute force de reprendre mon air stoïque qui m'était devenu naturel de feindre, avec le temps et l’habitude, mais en vain. 
J'ai tiré sur les pans de ma veste, changé mon attaché-case de main... et rien n’y a fait : les regards persistaient, jaugeant ce que j'étais et ce que je n’étais pas ; c’était là mon jugement, je ne pouvais lutter.
J'ai fermé les yeux, essayant de reprendre mon souffle... et ce fut un déluge de bruits et une brise puante : la rame entrait dans la station.
A cet instant, je ne pouvait dire précisément si c’étaient ses propres muscles qui se bandaient, ou ceux de la foule entière ; mais le mouvement gigantesque de mes semblables, d’une lenteur mécanique, s’amorça tout autour de moi.
Au cœur de cette agitation, seul, les paupières closes, je fus pris d’un vertige indicible.
Lorsque j'ai rouvert les yeux, il ne restait que moi, là, debout sur le quai. 
J'ai vu cent fois mon propre visage reflété dans les vitres de la rame, sur des corps inconnus ; le convoi s’est ébranlé, impatient... et a disparu au détour d’une galerie.
Je suis resté là, immobile et hagard, comme sourd à force de silence... en comptant les secondes. Lorsqu’enfin la rame suivante est arrivée, j'ai vu descendre les mêmes personnes qui s’étaient tenues là, à mes côtés.
J'ai été pris de panique : je me suis mit à courir.



J'ai érré par les rues, longuement, sans y songer, tout entier consacré à chasser ce malaise rampant dans ma conscience et dont je n’aurais pu dire ce qu’il était au juste. 
Je me sentais profondément vulnérable, exposé, comme une saillie de rocaille au coeur d’une plaine venteuse.
J'eû souhaité pouvoir retourner en moi-même, me comprimer de nouveau, aplanir ce désordre qui se levait en moi et cesser d’exister, enfin, aux yeux des autres.
Un simple frisson de dégoût m’avait précipité dans cette situation... et maintenant je tremblais à l’idée de ne pouvoir en réchapper.
Dans les faubourgs, les gens me croisaient sans me regarder, ils s’évitaient aussi avec soin en feignant de suivre naturellement leur chemin, mimant l’indifférence..., c’était le même enfer que sur le quai de la station, mais un enfer mouvant et faussement banal, moins solennel en apparence..., un ballet silencieux et mal orchestré, pour qui y prenait garde.
J'avançais tête basse sur de longues rues pavées, l’air était froid et sec, mordait et s’agrippait à mon corps. C’était encore le matin...
Partout, la réalité obsédante se rappelait à moi : les néons clignotants d’une enseigne criarde ; un groupe de parias qui m'ont hélé en riant.
La griffure du froid mordait toujours mon visage.
Plusieurs individus se mirent sur ma route, étrangement... et se détournèrent aussitôt, sans mot dire.
Il me semblait n’avoir jamais ressenti ma propre existence avec tant d’acuité que dans cet instant, ni ma propre présence, découpée si nettement dans le monde alentour.



Je me suis fourvoyé quelques heures encore dans le dédale de la ville, m’étonnant sans cesse, comme un chien de son ombre, de l’individualité balbutiante qui était maintenant mienne.
Las, je me suis arrêté, parvenu enfin à l'usine.
Je suis entré, mû par l’envie d’un siège et par la curiosité de voir enfin la fameuse Marussia B4...
L’énorme porte de bois s'est fermée sans un bruit ; un calme formidable régnait dans tout le lieu. 
Je ne vis personne.
Je suis allé m’asseoir sur un banc, au hasard, pour m’y délasser un moment ; longuement, j'ai détaillé l’endroit...,puis, sans raison, je fus saisi d’une frayeur infime mais étrange, à laquelle je n’ai accordé aucune attention. 
Je me suis levé tranquillement et me suis mis à flâner, là, heureux, de long en large ; et soudain, j'ai aperçu la B4...
Elle se trouvait sur un plan surelevé, où reposaient des objets mystérieux et tordus... et auquel la petite usine semblait tout entière dédiée ; au-dessous, une grille masquait une forme sombre ; des drapeaux Russes, autour, pendaient aux murs.



Qu’était-ce donc que cette vaine existence dont il ne resterait rien qu’une mémoire distordue, un exemple faussé ?
Mais qu’était-ce donc au juste que notre individualité qu’il faut garantir pour être sûr de vivre, d’exister réellement, qui nous amène irrémédiablement à pourrir sous terre pour n'être plus rien ?
Mais pourquoi, après tout ?
Soudain, tout s'est animé comme par magie, terminé le grand calme..., à l’intérieur régnait maintenant un grand désordre, un brouhaha opaque qui contrastait singulièrement avec le silence de l’extérieur.
Des hommes et des femmes se hâtaient en tous sens ; guidés comme par un instinct, ils croisaient savamment leur course, sans se toucher, des liasses de papier ou d'outils dans les mains ; et s’il leur arrivait de se percuter, mais cela était rare, transis qu’ils étaient par leur tâche mystérieuse, il ramassaient méthodiquement leurs documents ou leurs outils éparpillés par terre, entre les enjambées frénétiques mais étrangement vigilantes des autres, qui ne cessaient de courir.
J'ai traversé cette cohue sans effort, pour me rendre au bureau directorial.
C’était un vaste espace carré, divisé en quatre bureaux indépendants, d'ou montait un murmure grave, comme une vibration insensible et omniprésente.
Le bureau du big-boss était à gauche de l’entrée, une table de travail, une chaise ; à droite, une étagère encombrée de dossiers ; en face, rien qu’une vitre sans tain, qui permettait de voir les ouvriers au travail sans être vu d'eux...
Marussia est une entreprise née du désir du richissime Nikolaï Fomenko, ancien chanteur reconnu et ancien présentateur TV et de Yefim-Igor Ostrovsky, pour produire une supercar Russe afin d'aller taquiner les Ferrari, Porsche et autres Lamborghini sur les routes mais aussi sur la piste .
Fin 2007 déjà, Marussia s’était fait connaître avec fracas en dévoilant sa première voiture, la berlinette B1 . Mais récemment au dernier salon de Francfort, la firme Russe a dévoilé leur dernier bébé qui venait d'être homologué dans son pays natal... et autant le dire tout de suite, ils ont réussi à fabriquer des supercars au design particulièrement attirant ….



- Débuter dans la construction automobile en produisant directement une GT sportive paraît être le sport à la mode car après l’Espagne avec la GTA Spano, vous venez de créer les B1, B2, B3 et maintenant la B4, ce qui m'oblige à d'incessants déplacements pour permettre aux membres enthousiastes de GatsbyOnline.com de connaître vos supercars nationales.
- La Marussia est une voiture de sport d’un genre nouveau. Cette stricte deux places pourrait se définir comme une voiture de sport à la personnalisation ultime car le client choisit la carrosserie et les spécifications. En fait, Marussia permet au client de choisir aussi bien les équipements qu'il désire dans sa voiture, les aspects techniques mais également la carrosserie qui lui plait. Ainsi, ils sont capables de modifier également le look général de l'auto à la demande.
- Généralement, ce type de projet de designer brille soit par une immaturité bien compréhensible, soit par un penchant too-much qui laisse penser que le designer a voulu impressionner à tout prix et donc le résultat est souvent décevant...
- Mais ici, le look de l'engin est cohérent et saisissant, une auto à l’aspect dynamique et pas trop dérangeant tout en étant dans l’air du temps ! La Marussia B4 est une voiture de sport hybride qui associe le même V6 3,5 litres développant 245 chevaux d’origine Renault-Nissan que nous montons dans les B1, B2, B3..., mais ici, pour la B4 il est associé à un moteur électrique dont l’autonomie permet de parcourir 400 km . Mais comme nous somme dans le créneau de la fabrication personnalisée, il est possible d’avoir plusieurs motorisations, hybride ou non, car j'espère que ma Marussia pourra être engagée dès 2010 en FIA GT, sans doute dans le nouveau championnat européen GT2.
- A la demande donc, la voiture peu être propulsée par un V6 conçu en collaboration avec Cosworth, de 3,6 litres de cylindrée qui développe 430 chevaux ?
- Oui, bien sur. Avec un poids contenu de 1100 kilos, elle offre des performances à la hauteur avec un 0 à 100 km/h avalé en 3,8 secondes et une vitesse de pointe de l’ordre de 250 km/h . La transmission est confiée à une boîte robotisée avec palettes au volant de 5 vitesses et le freinage propose des disques ventilés avec quatre pistons par étriers, une vraie GT sportive avec un vrai look...
- Ce qui range à coup sur la Marussia dans la catégorie des supercars, c'est l'utilisation du carbone pour sa coque mais aussi la qualité de montage et des équipements.
- Vous êtes attentif aux détails, c'est très bien. Ainsi, le tableau de bord tout en courbe comporte trois écrans LCD qui permettent l’accès au GPS, à la Hifi Bose avec ampli 5.1, à la TV, au Wifi, au Bluetooth, au Wimax... et qui offrent toutes les connections disponibles sur le marché . Cerise sur le gâteau, les amateurs de musique apprécieront le disque dur de 500 Go qui est à disposition pour stocker tous les types d’informations, de musiques ou de films.
- Bref, même si la Marussia reprend des éléments mécaniques Renault, Nissan ou même Cosworth, elle semble réunir tous les ingrédients d'une supercar de rêve, c'est bien ça ? 
- Les Marussia sont déclinées en de multiples versions, les tarifs s’échelonnent entre 70 et 100.000 €, suivant la motorisation et les équipements que les clients peuvent choisir...




Soudain un hurlement mécanique me détourne de mon interview un tantinet trop long.
Deux Marussia, une B2 orange et noire et une B4 bleue métal apparaissent, dans un grondement apocalyptique.
La première impression est purement sonore : ce bruit totalement envoûtant, évoque immédiatement celui d’une auto de piste des années 70’s, à des années lumière de l’agaçant tintamarre émis pas les Ferrari modernes au ralenti…
Une fois le choc sonore passé, je peux me décider à apprécier sereinement la ligne de la B4 bleue.
Au risque de chagriner un peu les Tiffosi fanatiques des Ferrari, celles-ci manquent cruellement d’originalité comparée à celle bien plus intéressante de la Marussia B4 !
Oui certes, une Ferrari c’est beau, bien dessiné et cela évoque immédiatement le glorieux passé de la marque, mais est-cela qui fera entrer la F50 au panthéon de l’automobile ?
J’en doute, passons…
Dans son genre donc, la ligne de la Marussia est bien plus réussie qu'une Enzo ou même qu'une Lamborghini Reventlon, notamment les faces avant et arrière, évoquant une force maitrisée, ce qui se révèlera être à l’image de l’auto, j'y reviendrai.



À bord l’ambiance est plutôt farfelue et c’est tant mieux.
Là encore on est loin du clinquant Ferrari.
Ici, tout est du domaine du personnalisable.
Lors de l’achat, le Big-boss en personne, s’occupe exclusivement de tous les clients et présente tout ce qui est possible... soit tout ce qui est imaginable, sans limite : de quoi réaliser une voiture unique par client.
À acheter comme une oeuvre d’art donc, ou du moins un pur objet de collection, c’est ce qu’il faut se dire au moment de se délester des 100.000 € nécessaires pour s’en porter acquéreur.
On se sent bien dans cet habitacle et on se surprend à tâter les éléments en aluminium, taillé dans la masse. Il y a là beaucoup de carbone, pas forcément des plus chaleureux au contact, mais c’est la mode, que voulez-vous…
Les sièges aussi ne sont pas très chauds, et heureusement !
Leur cuir est traité de façon à refléter le rayonnement solaire, merci bien.
Le moteur tourne, on ne peut l’oublier, cela gronde toujours..., c’est donc parti pour quelques tours de la ville de Moscou... 



Le premier essai se fera sur le siège passager, laissant le volant au Big-boss en personne qui tient absolument à me démontrer que l’auto est survireuse.
Tout cela a l’air facile, mais je ne suis pas persuadé que ce soit pour cet exercice que l’auto a été conçue.
À mon tour de prendre le volant, non sans prévenir mon ami Russe que je ne compte faire aucune tentative pour battre le record du tour de Moscou.
D’abord une longue ligne droite, pour faire hurler la cavalerie, pas si fougueuse que ça, domptée par une boîte automatique, pas si rapide que ça....
L’auto nous pousse certes rapidement, mais c’est tout sauf violent…
Je me jette dans une rue à droite, après être passé sous un pont, l’occasion de faire japper, que dit-je, éructer violemment l’échappement.
À l’allure d'un milliardaire moskovite pressé, c’est un régal, l’auto est d’une facilité sans égal.
Portion rapide, tunnel, le bruit magique commence à sérieusement me mettre en transe.
J’effleure les 200 km/h avant de me jeter dans un travers de dingue...
Mon ami insiste pour que je pile pour tester la puissance des freins.
Et pourquoi devrais-je faire une chose pareille ?
Allons, ce n’est pas sérieux, ça devient ennuyeux.
Nouveau tunnel..., moment magique..., suivi de deux virages pas rassurant du tout, je passe quand même en force, ce qui est un peu idiot, tant l’auto est à contre-emploi dans cet exercice.
Oui, c’est une berlinette de 450 chevaux, donc rapide et plutôt dynamique, mais non, ce n’est pas une voiture de course.



La prochaine fois, je préfèrerai plutôt aller me détendre à la plage, avant d'aller faire le fou sur l'autoroute pour libérer la cavalerie, laissant la musique du moteur rebondir entre les murs des tunnels traversés.
Voilà ce pour quoi cette voiture a été conçue..., ce qui n'est pas grand chose..., mais,  visiblement, elle devrait le faire très bien.
En attendant, je m’échappe sur un boulevard.
Jouissif, mais un peu juste avec cette auto…, quoique..., qu'y a-t-il d'autre finalement dans cette gamme de prix, car les Ferrari qui sont annoncées au triple, si pas au décuple, me font rire par leur côté caricatural façon Tex Avery... et encore plus par l’admiration désarmante qu’elles suscitent chez ceux qui ne comprennent pas que les designers de Pininfarina se sont foutus d’eux et de leurs goût dégénérés !
Quant à la VW Veyron… qui coûte 15 fois plus..., à part provoquer des érections chez des geeks qui envisagent de prendre un crédit de 10 ans dans 4 ans pour s’offrir une Nissan GTR dans un dépôt-vente, elle n’évoque qu’une crotte de mammouth malade sur laquelle un ponte teuton ignorant de ce qui constitue le mythe Bugatti, a apposé le logo de la délicieuse marque française..., les 2 tonnes du rouleau compresseur Veyron prouvant à quel point les Allemands méprisent le raffinement à la française des années '30.
Donc, en finale, pour son prix, la Marussia B4 (mais aussi les B1, B2 et B3), est extraordinaire...



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