L’esprit rat…
De plus en plus de ruines gagnent inexorablement du terrain et grugent nos sociĂ©tĂ©s comme des furoncles discrets, presque imperceptibles. ÉcrasĂ©s sous les dettes, les yeux rivĂ©s Ă nos Ă©crans en quĂŞte d’argent Ă gagner sans trop en faire, peu relèvent la tĂŞte et regardent autour d’eux… La vie dans les ruines est agrĂ©able pour la mince strate sociale que constituent les maĂ®tres Ă penser, ce sont des ruines confortables et climatisĂ©es pour lesquelles ils se battent et font surtout se battre les autres entre eux, bec et ongles, pour en garder le contrĂ´le. Pour le reste de la dĂ©shumanitĂ©, pas de Ragnarök, pas de Cavaliers de l’Apocalypse, juste une suite sans fin de likes, de retweets, de remakes et de reprises de shows de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©. La catastrophe finale sera l’apothĂ©ose du fĂ©tichisme de la marchandise. Nous sommes si bien divertis que nous devenons victimes de nos distractions, au point de suffoquer dans la vase gĂ©nĂ©rĂ©e par nos machines. Nous mourrons par asphyxie dans cette boue infecte avec un vague espoir de gagner 100 millions Ă la loterie, ce qui nous pousse Ă continuer de consommer et d’étaler nos dĂ©jections un peu partouze, l’âme en paix parce que c’est plus pratique ainsi.
Comment les gens peuvent-ils faire face au dĂ©clin, s’adapter Ă la situation, fuir ou se disperser et quels souvenirs, quelles traces conservent-ils de leurs ancĂŞtres dans la dĂ©sagrĂ©gation civilisationnelle ? Les seules institutions qui ne s’effondrent ni n’implosent, grugĂ©es de l’intĂ©rieur, sont les entreprises de profit et de rĂ©pression, la dĂ©mocratie libĂ©rale n’a aucune capacitĂ© Ă s’occuper d’autre chose que du maintien de l’exploitation du grand nombre par la minoritĂ©. Dans ces conditions, qu’on vote pour l’un ou l’autre ne changent que les illusions. Depuis que je pratique systĂ©matiquement l’écriture inclusive, j’arrive Ă dĂ©sorienter une multitude de fâcheux et fâcheuses. Ma vie d’Ă©diteur/commentateur dĂ©sobligeant est devenue tellement facile qu’on pense surement en hauts-lieux pouvoir bientĂ´t me remplacer par un algorithme, une “IA”, la vraie nature du progrès… La civilisation industrielle ne nous fait pas vivre plus longtemps, elle nous permet juste de mourir plus lentement. Est-ce que ce progrès valait les ocĂ©ans de sang du colonialisme, l’exploitation et la misère humaine ainsi que l’extinction de tout ce qui est trop vivant ?
Le capitalisme ne nous libère pas de la misère, il ne fait au mieux que la rendre plus confortable, au point que le bon peuple finit, contre son propre intĂ©rĂŞt, par avoir peur de s’en libĂ©rer. Le silence est assourdissant, le cycle Ă©ternel. La politique mange l’Ă©thique qui chie la politique. Je dois me rendre Ă l’évidence que ma mère avait raison : “ĂŠtre sarcastique n’est pas un vrai job, avoir le sens de la rĂ©partie est le talent le plus inutile qu’on puisse imaginer”. RĂ©futer les niaiseries des chroniqueurs populistes de la presse Ă grand tirage, c’est comme enfiler un slip propre le matin en se levant, c’est facile Ă faire, mais c’est un Ă©ternel recommencement. Dans cet Ă©tat de mauvais esprit, j’ai prĂ©vu d’Ă©crire un essai sur la mort dĂ©finitive du futur, mais j’ai remis ça Ă demain. Procrastination… Surement. MatĂ©rialiste et athĂ©e, j’aime bien dire “dĂ©compose en paix” lors des enterrements, quoiqu’on incinère de plus en plus tellement les prix des terrains et caveaux augmentent… La vie sexuelle des fossiles n’intĂ©resse que les Ă©crits vains… Bousiller mes yeux et cramer mes neurones, Ă©diter des textes sur un Ă©cran, tend Ă volatiliser mon cerveau dont le contenu aspire Ă moins de folies, elles-mĂŞmes perturbĂ©es par divers Ă©lĂ©ment extĂ©rieur, appels et notifications.
VoilĂ comment se tue ma concentration. Les quotidiens se meurent et je trouve les crĂ©puscules très jolis. La seule option est de se prĂ©senter comme la victime ultime, la ĂĽber-victime, dont la condition justifie toutes les exactions. VoilĂ pourquoi plus on a de pouvoir, plus on doit ĂŞtre victimisĂ©, c’est la morale des esclaves de Nietzsche. La course Ă la rentabilitĂ© et la vision “court-termiste” des grosses fortunes et de leurs multinationales, continuent de dĂ©rĂ©gler le monde. La balance est Ă©clatĂ©e. Les privilèges des uns renforcent les inĂ©galitĂ©s que subissent d’autres. Pourtant, on s’évertue Ă justifier l’existence de ces inĂ©galitĂ©s et la domination de leur classe, Ă coups de discours prĂ´nant la mĂ©ritocratie, pour ne citer que le concept le plus bancal du monde moderne. Leur confort se construit pourtant sur un mode de production dont ils sont les seuls bĂ©nĂ©ficiaires, ainsi que sur le labeur d’une classe travailleuse dont les droits ne cessent d’être dĂ©gradĂ©s par leurs logiques nĂ©olibĂ©rales. La notion de rĂ©ussite est galvaudĂ©e, pervertie. On cĂ©lèbre les mauvaises personnes, comme on fustige ceux qu’il ne faudrait pas.
Quand on regarde le parcours et l’influence des grandes fortunes françaises actuelles, on se rend compte que ce sont des gens qui ont dĂ©truit des emplois (par exemple, la grande distribution qui a tuĂ© le petit commerce), ou les ont transformĂ©s (comme Amazon, Uber etc. )… Le bilan sur l’emploi est nĂ©gatif : ou bien il s’est rĂ©duit (d’oĂą l’existence d’un chĂ´mage de masse structurel), ou bien il s’est prĂ©carisĂ©. Quant Ă l’investissement ou la crĂ©ation de richesse, ce sont des fantasmes complets. Contempler le malheur des prolos permet aux bourgeois de se sentir bien… Durant mes derniers trois ans de vie de Français temporairement expatriĂ© Ă Bruxelles, j’ai Ă©tĂ© frappĂ© par trois choses : 1° l’augmentation du prix des loyers, 2° les travaux (interminables) du Palais de Justice dont des Magistrats corrompus ont collaborĂ© avec le Groupe AXA en bande criminelle organisĂ©e pour parfaire le vol de ma voiture de collection LĂ©aFrancis et 3° la surabondance de pick-ups sur toutes les routes de la capitale… De ma vie, je n’ai jamais vu une telle concentration de ces vĂ©hicules dans une mĂŞme ville, spĂ©cialement dans un espace oĂą ils semblent si peu utiles.
Dans le Sud de la France ou je me suis dĂ©finitivement installĂ© (Ă Saint-Tropez), comme dans les campagnes Franchouillardes que j’ai pu parcourir, les pick-ups n’étaient jamais ni plus ni moins que des outils de travail aux contrĂ´les techniques dĂ©faillants depuis le passage Ă l’euro et dans lesquels on monte rarement sans une franche hĂ©sitation (peut-ĂŞtre les restes d’instinct de survie de nos cousins mammifères).. Parfois comme aux USA oĂą j’ai vĂ©cu quelques annĂ©es pour y Ă©diter mes magazines TopWheels, ces pick-ups sont des carcasses rouillĂ©es et brinquebalantes façon Rat Rods Et quand je ne les croisais pas sur les routes sinueuses, j’imaginais les pick-ups comme les fidèles destriers de quelques cowboys modernes, taciturnes et empreints d’une masculinitĂ© plus ou moins toxique, issus de quelques illustres chefs d’œuvres et navets du cinĂ©ma hollywoodien. Quelle ne fut ma surprise, donc, de dĂ©couvrir dans la fameuse capitale europĂ©enne qu’est Bruxelles dont on me chantait tant les louanges, les plus immenses et les plus luxueux pick-ups qu’il m’eut Ă©tĂ© donnĂ© de croiser sur ma route, monstres rutilants de tĂ´le et de chrome, toisant la plèbe du haut de leurs pare-chocs indĂ©cemment surĂ©levĂ©s…
Tout cela dans le bruit et la fureur de leurs moteurs vrombissants ! “Pourquoi ?”, me demandais-je presque chaque jour de ces annĂ©es Bruxelloises, pourquoi tant de pick-ups Ă Bruxelles ? Quelle est leur fonction, si ce n’est polluer et encombrer un peu plus une ville qui l’est dĂ©jĂ suffisamment ? Souvent, la question venait comme une Ă©vidence alors que je manquais de me faire percuter par l’une ou l’autre de ces montagnes de mĂ©tal pour lesquelles, semble-t-il, les règles Ă©lĂ©mentaires de civisme ne sont qu’une formalitĂ©. Et c’est lors d’un de ces derniers accès de colère que, prenant Ă bras-le-corps ce questionnement qui en devenait presque existentiel, me sentant comme sur le point de percer un faux-raccord de ce Truman Show permanent dans lequel je soupçonne parfois de vivre, je me plongeais dans l’Internet pour trouver des rĂ©ponses… Et de dĂ©couvrir, en quelques clics et recherches hasardeuses, qu’une très sĂ©rieuse Ă©tude de l’UniversitĂ© d’Helsinki publiĂ©e en 2019 avait peut-ĂŞtre la clĂ© de mon tourment : “Les voitures de luxe sont plus susceptibles d’être conduites par des connards”, et cette vĂ©ritĂ© ne semblait s’appliquer que chez les hommes.
Comme touchĂ© par la grâce, j’ai contactĂ© Jan-Erik Lönnqvist, le cerveau derrière l’étude et professeur de psychologie sociale Ă l’École SuĂ©doise des Sciences Sociales de l’UniversitĂ© d’Helsinki. Allait-il pouvoir m’éclairer sur les pick-ups Ă©galement ? En recherchant d’éventuelles Ă©tudes reliant le type des vĂ©hicules conduits et la psychologie de leurs propriĂ©taires, je suis tombĂ© sur un travail qui montrait que les conducteurs de voitures de luxe auraient plus tendance Ă manquer d’empathie et Ă ĂŞtre plus Ă©gocentriques, ce qui Ă©tait rĂ©sumĂ© dans cette Ă©tude en les nommant sobrement “Assholes”....Je suis donc allĂ© discutailler avec Jan-Erik Lönnqvist qui m’a dit que pour mener ce travail, il s’Ă©tait basĂ© sur le modèle des “Big Five” de description des personnalitĂ©s et un Ă©chantillon de 1892 automobilistes en Finlande… Ensuite, les participant(e)s ont rĂ©pondu Ă un questionnaire très large, visant Ă croiser diffĂ©rents paramètres, notamment des caractĂ©ristiques socio-Ă©conomiques. Et les principaux rĂ©sultats de cette Ă©tude sont qu’effectivement, les automobilistes masculins prĂ©sentant le moins d’amabilitĂ©, Ă©taient beaucoup plus susceptibles d’acheter une voiture de luxe.
Évidemment, les rĂ©sultats Ă©taient un peu plus complexes que ça, puisque Jan-Erik Lönnqvist a aussi constatĂ© que les personnes particulièrement consciencieuses pouvaient Ă©galement ĂŞtre attirĂ©es par ces vĂ©hicules, qu’ils associaient Ă la fiabilitĂ© et Ă la robustesse. Après la publication de son Ă©tude il a eu droit Ă son quart d’heure de gloire, parce qu’il s’intĂ©ressait Ă quelque chose de très concret et très commun en partant d’une question très gĂ©nĂ©rale pour mettre en relation un certain type de voitures un certain type de conduites et un certain type de personnalitĂ©s. Il a aussi reçu beaucoup de critiques, notamment de la part des dĂ©tenteurs de ces voitures, ce qu’il a aussi interprĂ©tĂ© comme un rĂ©sultat intĂ©ressant. Un des importateurs de ces vĂ©hicules a mĂŞme tentĂ© de le poursuivre en justice pour diffamation… Certaines personnes lui ont hurlĂ© dessus au tĂ©lĂ©phone, en lui disant qu’ils possĂ©daient eux-mĂŞmes ce type de voitures mais n’étaient en aucun cas agressifs ou Ă©gocentriques… Beaucoup l’ont pris très personnellement, les rĂ©actions semblaient en dire autant que l’étude elle-mĂŞme. L’idĂ©e de celle-ci ? Eh bien, il a souvent vĂ©cu la mĂŞme chose que beaucoup de gens.
Une berline allemande luxueuse qui double Ă toute vitesse sur la route, est toujours conduite par un homme. Comme il constatait pas mal cette tendance, il s’est donc demandĂ© quelles en Ă©taient les raisons et si quelque chose clochait avec ces gens. Donc il a poussĂ© la question un peu plus loin, constatant ces comportements plus sur d’autres vĂ©hicules que les seules berlines de luxe : en majoritĂ© les SUV 4X4 suivis des pick-ups de luxe dont certains Ă 6 roues, qui sont très populaires chez les familles ou chez les personnes plus âgĂ©es car ces vĂ©hicules sont plus hauts, donc plus confortables. J’en suis donc naturellement venu au principal sujet de mon questionnement, les Ă©normes pick-up hyper luxe quasi exclusivement conduits par des hommes d’une manière assez peu courtoise. En creusant un peu, j’ai lu dans un article rĂ©cent de la presse automobile amĂ©ricaine que les ventes de pick-ups explosaient car ces vĂ©hicules devenaient de plus en plus luxueux, performants et chers. De plus, la folie des pick-ups touchait les Hot Rods et Rat Rods tel celui qui illustre cet article.
En me basant sur l’Ă©tude de Jan-Erik Lönnqvist et avec un peu plus de recul, j’ai compris que le plus important tenait dans le prix Ă©levĂ© du vĂ©hicule.
C’est ce qu’on appelle la consommation ostentatoire : En possĂ©dant quelque chose de cher, on montre son statut social privilĂ©giĂ©…. Waouhhhh ! Donc pour avoir l’air “A l’aise” et “Gonzo” il faut rouler en Pick-up Rat Rod… CQFD ! Aujourd’hui, je m’intĂ©resse moins aux diffĂ©rences individuelles qu’à une forme de fonctionnement social commun qui vise Ă vouloir montrer sa rĂ©ussite et son statut Ă©levĂ© par des symboles visibles. Pour y parvenir, on passe par un certain type d’habit, de tĂ©lĂ©phone ou de voiture, mais concrètement ça revient toujours Ă construire son identitĂ© par la consommation, en montrant qu’on appartient Ă tel ou tel groupe de gens qu’on identifie comme “ayant financièrement rĂ©ussi”... Concernant le cotĂ© Gonzo très prisĂ© aux USA et en Russie (malgrĂ© la guerre en Ukraine) un pick-up Gonzo assez amusant ne se voit nulle part en Europe…, alors qu’on pourrait leur trouver un rĂ©el avantage. Donc concernant leur utilitĂ© Ă Bruxelles, je suis restĂ© dubitatif, amplifiĂ© par le fait que les “fiscards” veillent et relèvent N° d’immatriculation et identitĂ© pour des impositions d’office pour signes extĂ©rieurs de richesse….
Je pensais que non seulement ces vĂ©hicules qui deviennent effectivement de plus en plus chers et luxueux, permettaient aussi de cacher plus facilement le caractère ostentatoire de cette consommation en la prĂ©sentant comme un achat utile, lĂ oĂą les voitures de sport Ferrari, Lamborghini et Bugatti sont moins dĂ©fendables. En façade, on se rĂ©fugie derrière l’attribut familial et pratique, mais on montre surtout son statut. Et si c’est Ă©lectrique, on peut mĂŞme avoir l’excuse d’être un bon citoyen, alors que ces Ă©normes voitures restent des dĂ©sastres Ă©cologiques quoi qu’il en soit… C’est comme acheter du cafĂ© chez Starbucks, on sait que quelques centimes seront reversĂ©s Ă une association ou Ă un fermier producteur, alors on s’achète aussi une bonne conscience. Effectivement, le cadre de ces symboles semble si grossier qu’on peut aussi bien les dĂ©tourner pour s’en dĂ©douaner, comme un genre de greenwashing, appliquĂ©e Ă cette consommation ostentatoire. Je pense que c’est ce que fait Bill Gates en montrant une vie apparemment ordinaire, comme pour se dĂ©douaner de son immense fortune et se prĂ©munir d’une forme de haine ou de critique.
C’est une manière de s’acheter une sympathie, un peu comme avec l’exemple du cafĂ© Starbucks. La plupart des gens savent très bien que la mĂ©ritocratie est un principe bancal dans une sociĂ©tĂ© inĂ©gale. En fait, ces personnes se dirigent vers ces vĂ©hicules pour avoir une excuse… Je vais prendre l’exemple d’Andrew Tate. Sur certaines vidĂ©os Youtube, on le voit dĂ©clarer qu’on aurait beaucoup moins de problèmes dans le monde si les hommes se promenaient avec des Ă©pĂ©es. Sur une autre vidĂ©o, il se pavane devant la camĂ©ra autour d’une vingtaine de voitures de luxe. C’est tellement grotesque, c’est presque comme si c’était directement adressĂ© Ă des gamins de 10 ans qui pensent encore que c’est cool d’avoir une grosse Ă©pĂ©e et des grosses voitures. Le symbole phallique, la tentative de pallier un manque, c’est presque trop gros pour ĂŞtre vrai. Donc pour en revenir aux SUV et aux pick-ups, leur intĂ©rĂŞt est peut-ĂŞtre qu’ils permettent Ă la fois de montrer un symbole de statut et de pallier les insĂ©curitĂ©s, en tombant moins dans le clichĂ©. Ça ressemble moins Ă un fantasme d’enfant et plus Ă un comportement d’adulte, mais ça reste la mĂŞme chose.
D’ailleurs, comment expliquer que les constats qui rĂ©sultent de l’Ă©tude de Jan-Erik Lönnqvist, ne touchent quasi exclusivement que les automobilistes masculins ? C’est difficile ! Le sens et la symbolique d’un statut est diffĂ©rent dans la socialisation masculine ou fĂ©minine. Peut-ĂŞtre que la construction culturelle autour du fantasme du “mâle alpha” englobe le fait d’avoir une voiture qui reprĂ©sente le luxe et la rĂ©ussite, donc c’est un dĂ©sir qu’on peut retrouver chez les hommes qui aspirent Ă ce fantasme, qui sont souvent les “connards” peu agrĂ©ables dont il est question dans l’Ă©tude. Et je pense qu’à l’inverse, les hypothĂ©tiques fantasmes des “femelles alpha” qui ne sont sĂ»rement pas plus agrĂ©ables que les hommes de l’Ă©tude, se construisent certainement sur d’autres valeurs et d’autres symboles de statut, ce qui peut expliquer que la symbolique de la voiture de luxe s’applique moins. Ce sont des suppositions, mais je pense que les diffĂ©rences d’idĂ©aux et de socialisation selon le genre peuvent expliquer cette diffĂ©rence. Y aurait-il quelque chose Ă creuser du cĂ´tĂ© du fantasme culturel et du rĂŞve amĂ©ricain ?
Ces vĂ©hicules sont tellement associĂ©s aux États-Unis, aux grands espaces, Ă des symboles de puissance et d’aventure, que c’est un imaginaire qui doit ĂŞtre intĂ©ressant d’un point de vue commercial. Je pense qu’il faudrait aussi s’intĂ©resser Ă politisation des États oĂą les pick-ups sont les plus vendus, pour voir ce qui en est dans ces rĂ©gions, car un certain produit de consommation peut ĂŞtre fortement valorisĂ© dans certains milieux, et ĂŞtre au contraire complètement gĂŞnant et discrĂ©ditant dans d’autres. Par exemple, quand j’ai parlĂ© de cette recherche Ă des amis des États-Unis, et encore plus Ă mes voisins milliardaires de Saint-Tropez, j’ai constatĂ© un consensus inverse. Au sein de ce milieu d’hyper-riches, possĂ©der une voiture luxueuse est un comportement pointĂ© du doigt, car cela attire les fiscards et gabelous qui tirent Ă vue en Ă©tablissant des impositions d’office pour signes extĂ©rieurs de richesse, tandis qu’avoir une voiture ordinaire, fonctionnelle et peu onĂ©reuse (comme ma Smart que j’ai depuis plus de 20 ans) et mĂŞme mon Grand Cherokee de plus de 20 ans lui aussi et 310.000kms, n’attirent pas leur attention… C’est donc la norme adĂ©quate pour avoir la paix…
Quid des Hot Rods et Kustoms ainsi que des Hot et Rat Rods en Franchouille ? Le week-end dernier par exemple, j’ai rĂ©alisĂ© en discutant avec des reprĂ©sentants de l’ordre que les vieilles choses ne concernaient que le contrĂ´le technique et qu’une Smart et une vieille Jeep ne tombaient pas dans les signes extĂ©rieurs de richesse… Donc, OK, tout va au mieux… et rouler dans du bon marchĂ© et passe-partout apporte la paix et la tranquillitĂ©.. Mais en fait, c’est aussi un symbole de statut : dans un Rat Rod on fausse les règles du jeu… on montre que l’individu Ă son volant se fiche de ce Ă quoi sa voiture ressemble, qu’il n’est pas matĂ©rialiste, qu’il n’est pas victime de ces logiques de marketing et qu’il sait très bien que son bonheur ne dĂ©pend pas d’une nouvelle voiture, contrairement aux personnes attirĂ©es par les voitures de luxe. On reste malgrĂ© tout dans le spectre de la consommation ostentatoire, ici refaçonnĂ© autour d’une certaine culture, caractĂ©risĂ©e par un certain capital culturel. Bien que la consommation ostentatoire semble se retrouver d’une manière ou d’une autre dans beaucoup de milieux.
Du coup, autre question : Est-ce que la propension Ă ce type de consommation pourrait ĂŞtre le symptĂ´me de cultures dĂ©viantes plus ou moins inĂ©gales (et illĂ©gales), avec une plus ou moins forte propension Ă l’idĂ©al mĂ©ritocratique ? En opposant, par exemple, la culture et les valeurs d’un pays comme la France Ă celles des États-Unis. Dans certaines cultures, et particulièrement la culture nord-amĂ©ricaine, l’idĂ©ologie mĂ©ritocratique est très forte. Si on a de l’argent, ça veut dire qu’on le mĂ©rite et qu’on est une personne de valeur car on a travaillĂ© pour l’obtenir. Le pouvoir et la rĂ©ussite sont en haut de l’échelle. Dire que ce type d’idĂ©ologie n’existe pas en France serait un mensonge, mais c’est tout de mĂŞme moins commun. En France, des valeurs comme la justice sociale et le bien commun sont plus populaires. La plupart des gens savent très bien que la mĂ©ritocratie est un principe bancal dans une sociĂ©tĂ© inĂ©gale. Et s’il y a une forme de reconnaissance Ă montrer sa rĂ©ussite dans des pays qui valorisent ces traits, ce type de comportement sera peut-ĂŞtre moins bien accueilli en France, oĂą montrer sa rĂ©ussite dans un monde capitaliste revient Ă montrer son affinitĂ© avec ce système.
Je dirais donc que plus un pays a un idĂ©al mĂ©ritocratique, plus c’est normal et valorisĂ© de montrer des signes manifestes de richesse et de rĂ©ussite. Et cet idĂ©al est encore plus prĂ©sent dans les pays marquĂ©s par un fort capitalisme et un marchĂ© peu rĂ©gulĂ©. Face Ă la destruction Ă©cologique du monde, la radicalitĂ© comme seule option devient la règle. Il faut Ă©galement souligner que suite aux sanctions boomerang contre la Russie, le litre d’essence est maintenant Ă 2 euros… Comment saboter un pipeline ? Comment se tirer une balle dans le pied ? Fin 2019, l’Agence Internationale de l’Énergie rapportait que le secteur du SUV (4X4) Ă©tait le deuxième facteur le plus important de l’augmentation mondiale des Ă©missions de CO2 depuis 2010. Le secteur de l’énergie arrivait en tĂŞte, suivi du boom de la flotte des SUV. Si les conducteurs de SUV Ă©taient une nation, en 2018, elle aurait Ă©tĂ© Ă la 7e place pour les Ă©missions de CO2. En 2021, l’AIE actualisait l’étude et ce pays imaginaire devenait le 6e plus gros pollueur mondial. Des initiatives citoyennes s’activent oĂą des individus s’organisent pour rĂ©agir contre la surpopulation de SUV, notamment des opĂ©rations de dĂ©gonflage des pneus.
C’est un sujet complexe. On a besoin d’actions politiques, notamment dans le sabotage organisĂ© et les actions visant Ă rĂ©duire les marges Ă©conomiques des gĂ©ants. En ce sens, l’utilitĂ© de ce genre d’actions reste alĂ©atoire et ne sont pas d’une rĂ©elle efficacitĂ©, dans la mesure oĂą si elles peuvent faire prendre conscience d’un problème global, j’imagine mal les dĂ©tenteurs de SUV se remettre en question après avoir dĂ©couvert leurs pneus dĂ©gonflĂ©s un petit matin. Donc je crains une certaine polarisation et des rĂ©actions brutales pour atteinte Ă la propriĂ©tĂ© d’autrui, ce qui reste Ă double sens car le bien commun gĂ©nĂ©ral l’est aussi… Ce sont eux aussi des victimes du capitalisme et du marketing, car ils n’auront jamais ce qu’ils pensent obtenir en achetant ce qu’on leur vend, ils n’en seront jamais satisfaits. Mais bon, qui voudrait abandonner son SUV ou son pick-up, mĂŞme après avoir compris qu’il ne rendra jamais heureux ? Et si ce n’est pas celui-ci, peut-ĂŞtre qu’un plus gros, plus luxueux et plus performant y parviendra ? Donc la position est mitigĂ©e. Ce genre d’actions suscite la haine et la polarisation. Alors je n’imagine pas les rĂ©actions si les actions Ă©taient vraiment violentes… C’est un sujet assez dĂ©primant.
Le pick-up Chevy 3600 358ci NASCAR V8 / 820cv 4 vitesses qui illustre cet article, fait maintenant son entrĂ©e en fanfare avec ses 40 litres aux 100kms soit 80 euros aux 100kms… Waoouuuhhh ! C’est selon la Nascar le plus rapide Pick-up dans le monde des Hot et Rat Rods construits sur mesure par des fous furieux. Iil y a de belles voitures, et il y a des voitures qui font de grands spectacles et reçoivent des trophĂ©es pour s’y ĂŞtre prĂ©sentĂ©es. Mais de temps en temps, vous rencontrerez des engins totalement hors-normes comme cette Chevrolet 1947 type 3600, qui tombe dans la classification Rat Rod . Mais laissez-le et vous ne saurez jamais que ce 3600 est capable de grimper Ă 200 mph ! (300km/h environ). Ce n’est pas une faute de frappe, cette vieille Chevrolet pourrie a Ă©tĂ© complètement modifiĂ©e avec un châssis personnalisĂ©, un V8 358ci NASCAR de plus de 800cv capable de surpasser presque tout ce qui roule . Cela a dĂ©jĂ eu un impact considĂ©rable aux USA car ce Rat Rod est devenu l’une des plus grandes attractions dans diverses manifestations. L’engouement pour ce Rat Rod a fait irruption sur la scène du Hot Rodding au cours de la dernière dĂ©cennie.
Il est rapidement devenu l’un des Rat Rods parmi les plus marquants et convoitĂ©s et les plus recherchĂ©es en raison de son attrait pour ses performances et son look cool, quoique mĂ©chant. Une vie d’utilisation chez des bouseux a laissĂ© ce 3600 avec une carrosserie qui serait normalement destinĂ©e Ă la dĂ©charge. Cependant, quelqu’un a fait le bon choix en choisissant de ne pas le restaurer et de le laisser dans son Ă©tat actuel. C’est en soi la beautĂ© de ce manège, c’est un manège que vous pourriez acheter et renter chez vous (aux USA) par la route… C’est 100% lĂ©gal aux USA, donc vous pourriez le conduire sur routes ouvertes sans vous soucier de ramasser quelques entailles dans la peinture. Les dĂ©fauts donnant Ă la carrosserie un caractère unique et un aspect gĂ©nĂ©ral très modeste incitant les gens Ă vous donner quelques pièces pour l’essence…. Mais attention ce Rat Rod est bien plus qu’un simple engin de week-end. Étant donnĂ© que le moteur produit plus de 800 chevaux et que le poids total est juste au nord de 1800 lb, vous avez un rapport puissance/poids qui rendrait jalouse une toute nouvelle Lamborghini.
En fait, le propriĂ©taire prĂ©cĂ©dent a affirmĂ© qu’il avait Ă©tĂ© enregistrĂ© au Virginia International Raceway d’avoir atteint plus de 202 mph au volant de ce pick-up ! Ă€ son approche, il est toutefois difficile d’ĂŞtre pris pour un joueur de Golf ou de Cricket élĂ©gant. Bien sĂ»r que la carrosserie n’a que des bosses et des dĂ©fauts, qu’elle est rouillĂ©e… mais encore une fois, c’est sa beautĂ©, de plus elle est solide et de la façon dont elle a Ă©tĂ© construite, elle ne peut qu’ĂŞtre apprĂ©ciĂ©e. Sous la calandre, un sĂ©parateur en fibre de carbone de style NASCAR pendouille sous deux phares fonctionnels. Au-dessus des phares, vous trouverez un authentique crachoir western dorĂ© qui dĂ©passe du capot et sert de filtre Ă air pour le V8 qui se trouve en dessous. Au-dessus des ailes avant les collecteurs en acier inoxydable soudĂ©s TIG ont Ă©tĂ© fabriquĂ©s sur mesure. Ils sortent du compartiment moteur et descendent vers des tuyaux latĂ©raux qui font un rugissement incroyable. Outre la visière avant personnalisĂ©e et les poignĂ©es de porte chromĂ©es, le pick-up est presque exempt de tout excès de matĂ©riel. Ă€ l’arrière, vous verrez que le lit et le hayon ont Ă©tĂ© retirĂ©s pour faire place au châssis et Ă la suspension arrière personnalisĂ©s de style NASCAR.
Cependant, Ă l’arrière, se trouvent des feux de freinage/position Ă DEL fonctionnels enveloppĂ©s de garnitures qui furent chromĂ©es il y a longtemps…et un aileron arrière en fibre de carbone pour assurer la stabilitĂ© si vous dĂ©cidez de libĂ©rer les 800 chevaux. Tirez les trois goupilles de capuchon et soulevez le capot au-delĂ du crachoir et vous rĂ©vĂ©lerez le V8 Chevrolet SB2 d’exactement 820chevaux prĂ©parĂ©s et domptĂ©s par Richard Childress Sprint Cup qui produit un couple stupĂ©fiant de 2013 lb/pi. RĂ©cemment entretenu par Petty Garage en dĂ©but septembre 2023, le 358ci est alimentĂ© par un carburateur Holley T32 Ă 4 corps qui envoie le carburant (comptez 40 litres/100km en pĂ©dale douce et 80litres/100km façon dragster). Sur les cĂ´tĂ©s de cette admission, de superbes couvercles de soupapes se trouvent au-dessus des collecteurs personnalisĂ©s uniques qui ont Ă©tĂ© construits spĂ©cifiquement. L’allumage est traitĂ© par une boĂ®te MSD vers un distributeur MSD Ă©quipĂ© de fils Federal Mogul Performance. Les accessoires comprennent : un système d’huile de carter sec Ă©prouvĂ© en course qui comprend un accumulateur d’huile automatique pour les dĂ©marrages lubrifiĂ©s.
Il y a aussi un radiateur Ă refroidissement arctique robuste, une pompe Ă carburant Ă©lectrique, un boĂ®tier de filtre Ă huile en aluminium C&R pratique et chaque ligne comporte des raccords Ă haut dĂ©bit pour s’assurer que le moteur n’est jamais privĂ© de carburant ou d’huile. Mettez cette merveille sur un lift de garage et vous croirez que vous ĂŞtes sous une machine de course de cent mille dollars. C’est d’ailleurs ce prix qui est Ă payer… La transmission manuelle EMCO Ă 4 vitesses a Ă©tĂ© approuvĂ©e par la NASCAR. La boite envoie toute la sauce (puissance) Ă un essieu arrière Quick Change Winters. Il est clair que le châssis en acier inoxydable soudĂ© avec prĂ©cision fabriquĂ© sur mesure a Ă©tĂ© assemblĂ© par un spĂ©cialiste qui travaille dans l’industrie du sport automobile, car le design peut ĂŞtre retrouvĂ© sous une voiture de stock-car NASCAR. Ă€ l’avant, vous trouverez une suspension avant hĂ©licoĂŻdale Pro Shocks rĂ©glable qui est Ă©quipĂ©e d’une grande barre stabilisatrice et d’une direction Ă crĂ©maillère. Un 4 bras entièrement rĂ©glable maintient l’arrière qui est Ă©quipĂ© d’amortisseurs hĂ©licoĂŻdaux Pro Shocks et de ressorts Eibach.
Également Ă l’arrière, vous trouverez le rĂ©servoir de carburant de 32 gallons, le filtre Ă carburant et l’énorme système d’huile de carter sec. Mais ne vous inquiĂ©tez pas, les conduites de carburant et d’huile ont Ă©tĂ© soigneusement rangĂ©es et protĂ©gĂ©es correctement. La puissance de freinage est fournie par des freins Ă disque aux 4 jantes de 15AV et 20AR qui tournent sur des moyeux Wilwood. Les pneus avant 225/45ZR15 et arrière 33Ă—22.00R20LT offrent une adhĂ©rence incroyable. Ouvrez les portes et vous trouverez un intĂ©rieur en aluminium extrĂŞmement personnalisĂ© qui poursuit le thème de la performance. En termes simples, “strap in and hang on” dĂ©crit parfaitement cet intĂ©rieur. DĂ©pourvu de distractions comme une radio ou la climatisation, cet intĂ©rieur prĂ©sente un design en aluminium personnalisĂ© avec des pièces bronzĂ©es rivetĂ©es Ă la main. Vous remarquerez que le châssis inspirĂ© NASCAR est flambant neuf et offre beaucoup plus de sĂ©curitĂ© que l’extĂ©rieur ne le laisse entendre. Les deux sièges baquets en aluminium sont Ă©quipĂ© de harnais. Devant le conducteur, un volant noir satinĂ© Ă trois branches et des compteurs AutoMeter et les commandes d’allumage Longacre. VoilĂ … C’est tout…























