2008 Rolls Royce Hypérion…

Vous venez avec une idée et un peu de monnaie…, Pininfarina en fait une réalité roulante !
Ainsi pourrait-on résumer l’histoire de la Rolls Royce Hypérion, une automobile exécutée sur mesure par l’atelier turinois auteur de la quasi-totalité des Ferrari des trente dernières années.

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Quand on possède déjà tout, ce qui est le cas du milliardaire britannique Roland Hall, il ne reste plus qu’à créer ce qui n’existe pas encore…, alors qu’il assistait à un de ces fameux concours d’élégance durant lesquels tout ce que la planète compte de passionnés d’automobiles (très fortunés), vient présenter ses plus belles pièces de collection ou de création pure, l’idée lui est venue de concevoir son propre jouet.

Face à une Ferrari P4/5, une création de Jason Castriotta, alors designer de Pininfarina qui l’a produite sur mesure sur base d’une Ferrari Enzo, pour le plaisir d’un disciple, en communion avec ses fidèles, sur les rives du Lac de Côme (cette phrase est volontairement complexe, relisez-là calmement)…, Roland Hall se mit à rêver de l’interprétation moderne d’un majestueux Roadster Rolls-Royce de l’entre-deux-guerres, dont les proportions originales se concrétiseraient par un capot interminable et une poupe trapue.

Il fut un temps, pas si lointain, ou je me suis amusé à faire de même, avec une Bentley T que j’ai fait allonger d’1m25 au centre des ailes avant… et avec une Buick Riviera, modifiée de même…
Je puis vous assurer qu’elles étaient toutes deux aussi extraordinaires que cette Hypérion, sauf que je n’ai pas réussi à les vendre à un prix stratosphérique en millions d’euros, mais à un prix ras-des-paquerettes en dizaine de milliers d’euros !
Et pourtant, Pininfarina a fait dernièrement faillite, moi pas…
Que soit…

Rendez-vous fut donc pris par Rolland Hall chez le carrossier italien…, c’est une Rolls Drophead Coupé flambant neuve au tarif évocateur (450.000 €) qui fut livrée en pâture aux bistouris transalpins.
Le budget global de l’opération, tenu secret par pudeur en cette période de crise, fut estimé à 3 millions d’euros (en comparaison, ma Bentley T avait été acquise 10.000 euros et a nécessité 9.000 euros de frais et pièces…, et idem à quelques centaines d’euros près, pour la Buick Riviera)…

Ce qui en fait, pour un total approximatif volontairement sous-évalué de 3.500.000 euros (sic !), une des voitures parmi les plus goûteuse$/coûteuse$ du monde, loin devant la Bugatti Veyron, facturée moitié moins cher (qui est de surcroit une voiture qui n’a aucune fiabilité ni aucune mise au point et dont la mécanique faisait fondre le capot arrière, raison véritable pour laquelle il a été supprimé) !…

Il semble, pourtant, que la Rolls Royce Hyperion vaille une telle somme… (gag !), Pininfarina étant à l’automobile ce qu’une poignée d’artistes sont à l’art contemporain : un placement sûr (on nage là dans l’irréalisme spéculatif, ce qui fera l’objet d’un article séparé, dès que j’en aurai l’humeur)…
En charge des modèles hors normes, le département « projets spéciaux » du maître italien incarne, il est vrai, le summum de l’exclusivité automobile.

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Ces dernières années (avant la faillite puis la reprise par Fiat), sa production s’est limitée à… trois voitures !
Selon Paolo Garella, son directeur : « Les constructeurs de prestige négligent ce marché, une Bugatti coûte près de 1,3 million d’euros et vous pouvez à peine en choisir la couleur », confie-t-il…, « or, les grandes fortunes de ce monde veulent de l’exception, c’est ce que nous leur proposons »...

Il n’empêche, ais-je sussuré en retour…, « les clients ne se bousculent pas » !
« Ce type de projet est très exigeant », a ajouté Garella…, « durant tout le processus de fabrication, Roland Hall est venu à Turin une fois par semaine pour constater l’avancement du projet. Le client ne doit pas seulement avoir de l’argent. Ses idées doivent être en phase avec l’image de la marque… Lamborghini ou Aston Martin, par exemple, affichent peu d’enthousiasme pour ce genre de commandes spéciales ».

Même si ces constructeurs ne peuvent légalement empêcher Pininfarina de réaliser de telles transformations, le bon sens invite le célèbre designer à conserver de bonnes relations avec chacun.
Je n’ai pu m’empécher de lui rétorquer : « L’argent ne fait pas le bonheur… C’est ce qu’ont longtemps cru nos ancêtres mais ils se trompaient. Nous en avons désormais la preuve irréfutable et concrète… Comment auraient-ils pu le concevoir de toutes manières ? Leur système monétaire était imparfait, biaisé et corrompu tout simplement, façonné pour qu’une poignée de crapules manipule une masse assommée et de fait impuissante. L’argent ne fait pas le bonheur… Nos aïeux répétaient ce credo en permanence comme pour se voiler la face et donner un sens à leur vie misérable, leur insignifiante existence d’esclaves en vérité. Les plus pauvres d’entre eux, la grande majorité, naissaient portant sur leurs épaules les dettes que leurs parents leur léguaient bien malgré eux. Certains, moins résignés que d’autres, grandissaient avec l’espoir de réussir et de conjurer le sort tout en se consolant avec notre fameux leitmotiv au moindre de leur échec. Ils n’aspiraient en réalité qu’à faire partie de l’autre bord, celui des manipulateurs et parfois çà fonctionnait, dans de rares cas, ma foi, après bien des sacrifices moraux inexorablement »…

Mégalo, vous dites-vous ?
Avant d’être une somptuaire déclinaison du cabriolet Rolls Royce Drophead ou un roman de science-fiction, Hypérion était l’un des Titans de la mythologie grecque, ces divinités primordiales précédant aux dieux de l’Olympe.
Ambitieux, ça suffira pour ce personnage assimilé au Soleil…
Comble du mauvais goût pour certains, concrétisation du fantasme ultime pour d’autres, toujours est-il que Roland Hall, milliardaire et accessoirement collectionneur, a fait réaliser cette Rolls-Royce à sa mesure et l’a dédié à la mémoire d’Andrea Pininfarina récemment disparu lors d’un accident de scooter..
Ce cabriolet Hypérion se présente donc comme une interprétation « moderne » des découvrables des années ’50…, voire trop « moderne« …, d’aucuns déplorant le traitement des optiques avant à Leds…
Notons au passage que la calandre, en perdant en verticalité, a également vu ses contours de temple gréco-romain s’atténuer…., au bénéfice d’un paganisme esthétique étonnant…

Compte tenu de l’évolution du style Rolls Royce, l’union ponctuelle des deux maisons était loin d’être acquise.
Alliance contre nature ou pas, le résultat est homérique…, mais sombrer dans les poncifs de brutalité saxonne et de grâce latine serait trop facile.
Mélange des genres et des motifs en réalité, puisque l’une des muses de Pininfarina nous vient du maritime : encore plus de teck, à la base du pare-brise et sur le couvre-capote, comme dans un Riva…
En marge d’une influence très “Streamline” ( style aérodynamique des années ’30 ), la filiation est sensible avec les Silver Cloud et Silver Wraith cabriolet des années ’50, surtout au vu de la face arrière plongeante à l’extrême et de la nervure latérale ascendante, partant des ailes avant.
Au passage, les places arrière ont disparu, permettant un poste de conduite reculé de 40 cm par rapport à la Drophead conventionnelle.
D’où un surcroît de dynamisme apporté aux 5,60 m de l’engin… et une allure plus solennelle, portant encore aux nues la majesté du cabriolet et son caractère… titanesque…., oui, c’était possible…

La base mécanique reste identique à la Drophead : il s’agit toujours du V12 6,8 litres d’origine BMW remanié par Rolls Royce, fort de 460 chevaux, associé à une boite auto 6 rapports.
Nuance de taille : la carrosserie est désormais en carbone et emprunte des techniques de construction navale pour parvenir à un gain de poids sensible : entendez par la que la Drophead classique accuse près de 2.500 kg…et que l’Hypérion n’en est plus qu’à 2.200 kg !!!
Et parlant chiffres, le 0 à 100 km/h gagne une poignée de dixièmes pour s’établir à 5,6 secondes environ.
A l’exception des rétroviseurs, chaque pièce de l’Hyperion est différente de celles de la Rolls-Royce d’origine.
Même les roues et les grilles d’aération ont été re-façonnées pour l’occasion.
Comme pour une formule 1, la carrosserie délaisse l’acier pour la fibre de carbone, non pas uniquement pour gagner en poids, mais parce que ses lignes acérées ne pouvaient être modelées qu’à partir de cet onéreux matériau.
Si les proportions de l’Hyperion diffèrent totalement de celles du modèle d’origine, sur le plan technique, en revanche, rien ne change, cette biplace se conduit comme une Rolls, avec un soupçon de légèreté et de majesté en plus grâce à la position de conduite reculée, derrière le volant, on a véritablement l’impression de piloter une sculpture en mouvement.

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« Dans la mesure où nous travaillons pour un seul client à la fois, les standards de l’industrie ne s’appliquent plus », constate Garella…, « néanmoins, nous n’avons jamais besoin de tempérer les extravagances de nos clients. Ils acceptent nos suggestions et comprennent que le résultat final doit correspondre à l’esprit Pininfarina »…
De fait, l’Hyperion se passe de spoiler disgracieux et autres gadgets clinquants.
Bien que la banquette arrière ait été retirée et que la taille des portières ait été revue à la baisse, il règne à bord de l’Hyperion la même ambiance qu’à l’intérieur d’une Rolls classique.
Seule frivolité : l’horloge traditionnelle a cédé sa place à un support dans lequel l’heureux propriétaire peut glisser sa montre Girard-Perregaux Vintage Tourbillon, réalisée sur mesure par le fameux horloger suisse.

Deux soleils stylisés incrustés dans les portières (Hypérion étant le père du Soleil dans la mythologie grecque) informent le conducteur qu’il pénètre à bord de la plus exclusive des Rolls-Royce.
Dans la malle arrière, on trouve un coffre-fort, avec clé et code, bien sûr, quoique ce genre d’automobile n’est jamais sans surveillance.
Enfin, jouxtant le capot moteur au pied du pare-brise, un compartiment permet d’entreposer deux fusils…, soit pour tirer sur les importuns, soit pour le tir aux pigeons (les beaufs et/où en argile), le hobby de Roland Hall étant des armes spécialement confectionnées par Perazzi, le manufacturier de Brescia, à l’intention des riches propriétaires, évidemment !

Le cénacle des méga-milliardaires ne demandant sans cesse qu’à s’agrandir : Roland Hall a proposé, en effet, à ses alter-égaux richissimes, qu’en échange de 4,5 millions d’euros, ils puissent devenir propriétaire exclusif d’une Hyperion équipée d’un V12 de 460 chevaux, d’une carrosserie en carbone de deux places… et comportant moults détails de choix (un chronomètre de la firme Girard-Perregau orne l’instrumentation).
En quelque sorte, en 2008, Rolland Hall a profité du Concours d’élégance de la Villa d’Este pour entreprendre sa petite opération commerciale…, affirmant que huit Rolls Royce Hyperion avaient été fabriquées, trois lui avaient été achetées, qu’il n’en restait donc que cinq autres disponibles, mais qu’il fallait se dépêcher…
Exclusif vous dis-je.
Et en réalité, une seule Hyperion existait, une seule avait été fabriquée… et c’était la seule qui le serait à tout jamais !

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Mais le calvaire de Roland Hall (qui gagne quand même plus d’un million d’euros par semaine, si pas plus)… était loin d’être fini, car en réalité loin de s’en douter, les élites auxquelles il pensait fourguer cette magistrale et coûteuse (très) Hypérion, sont elles-mêmes des serfs, des pantins du système qui est sensé les affranchir…
De quelque bord soient les milliardaires excentriques (et excentrés politiquement et sexuellement), qu’accomplissent-ils tout au long de leur vie ?
Ont-ils réalisé leurs rêves ?
Ont-ils œuvré dans le sens de leurs passions, de leurs inspirations et désirs viscéraux ?
Très peu peuvent s’en targuer…, la moindre de leur action a été calculée, concédée à leur mauvaise conscience, en faveur de leurs profits, ils survivent tant bien que mal par et pour l’argent et le seul et unique bénéficiaire de toute cette agitation stérile reste le système imparfait dans lequel tous gesticulent en brassant de l’air.

Imaginons une marchandise quelconque mais hors-norme, comme cette Rolls Royce Hypérion, par exemple…
Toute chose à une valeur à un instant donné.
Considérons que Rolland Hall, désigné « n1 » la vend à la valeur moyenne « v1 », et qu’au même moment, « n2 » personnes veuillent l’acquérir à la valeur moyenne « v2″… et bien les lois de l’offre et de la demande permettent de déterminer la valeur v de cet objet que l’on peut exprimer v = (n2*v1+n1*v2) / (n1+n2)…,  v étant un compromis entre la valeur « v1 » du vendeur et la valeur « v2 » des acheteurs, action pondérée respectivement par le nombre de candidats à l’acquisition et par le nombre d’aspirants à la vente.
Ainsi, plus la demande est forte et plus la valeur que confèrent les vendeurs à l’objet prend de l’importance… et ceux-ci tirent cette valeur vers le haut pour profiter de la transaction.
Mais, plus l’offre est abondante et plus l’objet que l’on peut très facilement se procurer, a tendance à perdre la valeur que les acheteurs veulent bien y consacrer…, au-delà d’une certaine offre, il devient si difficile de s’en débarrasser, que l’objet n’a plus aucune valeur.

Je ne cerne pas vraiment ce qui justifie de tant penser à cette voiture que je n’achèterai jamais, ni d’en faire un panneau-article pour lequel je ne recevrai ni louanges ni de fee comme ceux que divers ministres ont perçu pour divers méthodes inconsidérées (mais considérables) consistant à rendre des « choses » obligatoires… avec mise en œuvre de lois faites toutes exprès (souvenez vous de la fausse pandémie de grippe H1N1 et des vaccins stockés)…
Une foultitude d’interrogations se bouscule dans ma tête concernant cette Rolls Royce Hypérion…, d’autant que je viens de me réveiller dans une solution gélatineuse d’agar nutritif et réparateur, à l’hôpital de l’Inquisition…
Apparemment j’ai été sérieusement touché aux texticules même si la douleur n’est plus là…, des bribes de souvenirs se succèdent par vagues et me laissent un arrière goût étrange.

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Je suis en quête de réponses, çà je le sens…, une angoisse inhabituelle me taraude…, je n’arrive cependant plus à me rappeler les questions qui me tourmentent…, les enseignements pour lesquels j’aurais encore donné ma vie il y a quelques heures, m’écoeurent tout bonnement à présent…, je ne sais même pas pourquoi je les répète à tout va.
Ce sont des circonvolutions dans ma tête, peut-être pourrai-je compléter les blancs ?
Ils sont une dizaine d’Inquisiteurs dans la pièce à attendre que je recouvre mes esprits pour me passer à l’interrogatoire : « Pourquoi tu n’achètes pas notre Rolls Royce Hypérion, parle, dis-nous tout et ce soir tu pourras rentrer chez toi »…

Leurs questions ne correspondent en rien à mes réponses…, elles sont loin d’être en adéquation avec mes préoccupations refoulées.
Qu’ils gardent leurs questions, elles ont perdu toute valeur à mes yeux…, je dois feindre un état semi comateux sinon ils vont m’extraire de la cuve pour me demander des comptes, je bredouille donc : Pendant de longs millénaires, nos ancêtres ont voulu croire, que les choses appartenaient aux individus. C’était indubitablement nier que nous ne sommes que de passage, que rien ne nous appartient, pas même nos vies insignifiantes. Tout juste pouvons-nous modestement briguer la position d’utilisateurs momentanés, de locataires des choses… Ont soudain émergés les doctrines Marxistes conduisant au Communisme et à la négation absurde de l’idée même d’individualité. Dans les systèmes où elles étaient appliquées, tout appartenait au groupe, au collectif, et très vite à personne car assez tôt, il n’y avait plus grand-chose à partager par pénurie. L’individu, unité sociale, moteur principal de l’économie, n’aime pas lorsqu’on nie son existence… Autrefois, les Stocks Exchange Markets permettaient de fixer des valeurs scalaires aux choses, en y faisant se rencontrer les vendeurs et les acheteurs. Depuis la nouvelle Ere Economique, tout objet, service ou transaction, tout ce qui peut être préciable et précié, terrain, construction, société, association, travail, individu, pour pouvoir être troqué où comparé aux autres choses, est affublé d’une valeur Complexe qui fluctue en fonction de l’évolution des marchés. Désignons par marchandise, tout ce qui peut faire l’objet d’une transaction. Il y a toujours des bourses, de grandes places monétaires, où l’on fixe le cours de ces marchandises, où l’on confronte l’offre à la demande. C’est de la confrontation de subjectivités que naît l’objectivité, un concept qui n’existe pas dans l’absolu mais qui fluctue avec le temps. On trouve en ces lieux d’autres entités, des associations, des lobbies, des syndicats par opposition aux sociétés cotées, acteurs du premier marché. Pour chacune des transactions, ces acteurs requièrent des aides ou des pénalités car ils jugent qu’elles vont dans le sens ou à l’encontre du groupe. On se retrouve à nouveau dans un contexte d’offre et de demande où la partie imaginaire de la valeur complexe d’une marchandise, sa valeur collective, est déterminée par la formule v = (n1*v1+n2*v2) / (n1+n2) où n1 est le nombre de personnes en faveur d’une aide et n2 le nombre de personnes en faveur d’une pénalité, v1 et v2, respectivement les valeurs relatives (v2 est négative) de l’aide moyenne et de la pénalité moyenne demandées ».

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Je n’ai pas feint longtemps le coma dans mon bredouillage…, les capteurs de mon activité cérébrale m’ont trahi et de suite les inquisiteurs m’ont extirpé de la cuve pour me cuisiner.
On me mène sans prendre le soin de me vêtir, sans retenue aucune, jusqu’à une petite salle aménagée où se déroulera mon interrogatoire…
Tout est carrelé, asseptisé, au centre il y a même un siphon pour évacuer le sang des personnes soumises à la Question…
Mon corps entier est badigeonné de gel et je glisse et je tombe sans que j’oppose pourtant la moindre résistance : « Pourquoi me traitez-vous comme un traitre au capitalisme ? »…, que je braille sans qu’aucun n’y prête la moindre attention…

Deux d’entre eux me ligotent à une chaise alors que les autres me menacent de leurs pesteurs phéromonaux grésillant…, ils me laissent et se placent derrière moi en rang dès qu’ils sont assurés que je ne peux plus m’échapper.
Une silhouette familière point alors à l’autre bout de la pièce : Roland Hall !…
Je suis alors tétanisé par une violente décharge d’inhibiteurs synaptiques…., mais il me propose un deal… : « Faites un chèque de 4.500.000  euros et vous recevrez une Hypérion, de plus on laisse tomber toutes les charges contre vous »

« Certains d’entre nous ne sont plus… Certains d’entre nous n’ont peut être jamais été »…, je répète plusieurs fois ces phrases jusqu’à ce que Rolland Hall tombe genoux au sol…
Le voila qui implore pitié…, j’ouvre la porte et m’enfuis…

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Même si je garde aujourd’hui un souvenir assez flou de tout cela…, ne vous y trompez pas, je n’ai jamais mis en doute la teneur de mes propres propos…, j’ai été témoin de leur maturation, même si maintenant je suis dans l’incapacité d’en citer le moindre catalyseur, la moindre source d’inspiration, un quelconque facteur ayant provoqué des remises en cause profondes, indispensables à leur mûrissement.

A vrai dire, si je devais expliquer mes trous de mémoire, je dirais que c’est essentiellement parce que dès le départ, j’ai pris mes dires pour des histoires, justement…, quelque chose faisant partie de l’imaginaire pur, pas fondamental en résumé…, c’était fabuleux…, oui c’est le mot…, j’ai toujours envisagé ma réflexion comme celle d’un poète, d’un interprète à sensations, jamais comme une réelle étude scientifique…
Quantités de mes écrits sont des fables dont je viens vous abreuver tous les jours, pas des démonstrations…
Vous savez je suis un peu une éponge, je laisse parler et j’écoute…

J’ai fait un cauchemar : j’étais méga-milliardaire…, quelle horreur !
Une nouvelle constitution me retirait mes privilèges.., une nouvelle république faisait de moi le serviteur des citoyens, je n’y avais plus qu’un rôle d’exécutant.
Heureusement çà n’était qu’un cauchemar…, n’empêche j’en ai encore des sueurs froides…, j’y ai vu un peuple me renverser…, les gens n’avaient plus peur, il avaient compris : « Il faut changer les règles du jeu, nous ne vous cautionnons plus » !

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C’était un cauchemar horrible…, il me poursuit depuis et me ronge…, les gens s’étaient rendu compte qu’on les prenait pour des moutons de panurge, qu’ils étaient manipulés par les médias pour être normalisés, pour standardiser leurs angoisses individuelles, calibrer leurs espérances , packager le tout dans les emballages nickels.
C’était horrible, ils voyaient clair dans les intentions opportunistes du monde politique…, j’ai ressenti la honte…, la honte d’être mis à nu…, les incompétences affichées au grand jour…
Chacun de nous est un rouage de cette machine bancale à fabriquer des convictions débiles.

Quelque chose se grippe peu à peu.
Cauchemar !
Des lois universelles ne sont soudainement plus vérifiées.
Nous soufflons toujours le vent, mais les girouettes se comportent de manière chaotique…
Cauchemar !
Ma chair de poule me regagne rien que de vous en faire le récit !
Cauchemar !
Les envies de méga-milliardaires sont des idées creuses, personne pour les incarner !
Je tremble de vous faire partager mes angoisses existentielles, mais je vous rappelle qu’au delà de mon esprit torturé, cette menace commence à se profiler dans votre réalité…
Il est donc temps de réagir tant que nous tenons les rennes mes chers amis…
Nous avons le pouvoir, nous sommes les décideurs, en rien des mandataires de la masse…, la masse est inculte et « infoutue » de se responsabiliser !
Je propose par conséquent que cette fois encore nous synchronisions nos programmes implicites pour assurer la pérennité de notre conjuration…

Roland Hall a expédié son Hypérion au Moyen-Orient, un an à peine après l’avoir payée et réceptionnée de chez Pininfarina, aucun acquéreur « occidental » ne se manifestant dans le cadre de son délire d’en construire 8… et, depuis, l’engin qui passe d’un revendeur « chic » à un autre (moins chic) peine toujours à trouver un repreneur.
Affichée au prix de 8 millions, puis de 6 millions, puis de 4,5 millions; puis de 2,9 millions d’euros chez un concessionnaire de Dubaï, l’Hypérion n’a jamais été vendue, si bien que le prix demandé a encore baissé considérablement lorsqu’elle s’est retrouvée dans le show-room de Alain Class Motors situé aux Emirats Arabes, à Dubaï : il suffirait désormais (en 2018) de verser un chèque d’1 millions d’euros « tout rond » pour devenir le propriétaire exclusif de ce grand machin…
Mais toujours personne ne se manifeste !

Pour en savoir moins, lisez : Quelqu’un contre le reste du monde…
Pour en savoir plus, lisez : 2010 Rolls Royce Ghost… & 2009 Rolls Royce Phantom…