Lorsque l’année dernière Zagato avait révélé la TZ3 Corsa à la Villa d’Este, les réactions ont été plutôt favorables…, il faut dire que les formes y avaient été mises : structure tubulaire et carbone, moteur Alfa (même si partagé avec d’autres marques de la grande famiglia Fiat), voiture de course… et puis bien sûr parenté on ne peut plus authentique, puisque c’est la carrozzeria ayant enfanté les deux premières de la série qui s’est chargée de la troisième…, que dire alors de la TZ3 Stradale ?

Se cache sous cette robe en carbone, il faut le dire très spectaculaire, une auto qui est née bien loin d’Arese : la Viper ACR et son gros V10 8L4.
Si c’est toujours Zagato qui est à l’ouvrage, la lecture des spécifications laisse perplexe.
Zagato a beau jeu de surfer sur les aventures d’outre-Atlantique de Sergio Marchionne et nommer sa création la première Alfa Romeo américaine, mais la pilule a un goût étrange, comme la vue des premières images en mouvement et des sons de la voiture aux hanches bien larges qui évoquent plus le muscle car « Red State » que la Targa Fiorio malgré sa robe très transalpine.

8 autres exemplaires sont prévus, les deux prochains ayant déjà trouvé preneur au Japon et en Europe.
La Zagato TZ3 Stradale a été réalisée à la demande d’un certain Eric King, grand collectionneur Alfa et Zagato et membre du conseil d’administration du Saratoga Automobile Museum.
La TZ3 Stradale est un impressionnant exercice, montrant la capacité d’une entreprise de la trempe de Zagato.
On peut se demander toutefois si le but initial ne s’est pas perdu en route.
Si l’on compare cette voiture à la néo-Stratos de Pininfarina, qui modernise tout en respectant la philosophie de l’auto originelle, y-a-t-il encore vraiment un sens à poser le badge Alfa Romeo sur une telle auto ?

C’est aussi la griffe de l’un des plus célèbres carrossiers italiens, Zagato.
Zorro n’est pas le seul à signer ses exploits d’un Z.
Depuis près d’un siècle, ce Z, que l’on retrouve sur la nouvelle TZ3 Stradale, est le symbole de l’anti-conformisme et de la performance.
En effet, Zagato a bâti sa réputation en transposant, au début du XXième siècle, les techniques de l’aéronautique, domaine dans lequel Ugo Zagato, le fondateur, fit ses débuts à l’automobile.
Au risque de choquer les tenants du bon goût, la TZ3 Stradale a des proportions déroutantes, même si la priorité de Zagato a toujours été la recherche de la légèreté et de la meilleure aérodynamique.
Les Zagato, construites en micro-séries, ont toutes été élaborées sur la base de GT, pour le compte, le plus souvent, de constructeurs italiens : des Fiat, des Lancia, des Maserati, des Lamborghini, ont arboré le fameux Z.
Mais Zagato a gardé un amour particulier pour Alfa Romeo.
Leur collaboration a débuté dans les années trente pour prendre son essor dans les années soixante avec les Alfa TZ.

Comme l’indique leur nom, elles possèdent un châssis tubulaire recouvert d’une fine peau d’alliage léger ou de fibre de verre, ce qui leur assure un poids minimal.
Les TZ et TZ2, pour Tubolare Zagato, sont les Alfa routières les plus affûtées jamais produites.
Leur autre caractéristique est d’afficher une grande finesse aérodynamique grâce à un dessin original, comme le montre la TZ3, au style déroutant, dont la carrosserie, tout en rondeurs, ne présente pratiquement pas d’arête vive.
Pour diminuer la surface frontale, le toit est également surbaissé. 
Les TZ possèdent toutes un arrière tronqué selon les préceptes de I’aérodynarnicien allemand Wunibald Kamm, inspirateur du Karnm-Tail (la queue Kamm), réinterprétée par la Stradale.
« La TZ3 reprend tous les codes esthétiques des Alfa Zagato. J’ai tout de même innové avec la surface vitrée, qui semble couler tout autour du cockpit pour s’arrêter, elle aussi, de façon brutale à l’arrière », détaille Norihiko Harada, responsable du style Zagato.

Les points d’attache sont les mêmes et l’on pourrait sans doute transformer n’importe quelle Viper en TZ3, à condition d’avoir le temps (l’opération a pris cinq mois) et le budget.
Son équipe a greffé cette nouvelle carrosserie sans rien modifier du châssis de la Dodge Viper d’origine.
Si sa robe fait plutôt l’unanimité, en revanche, la TZ3 Stradale usurpe son nom en ce qui concerne le ramage.
Ici, pas de châssis tubulaire ni de moteur Ferrari comme sur la TZ3 Corsa (basée sur l’Alfa 8C), un exemplaire unique présenté en 2010.
Pour célébrer à sa façon le mariage entre les groupes Fiat et Chrysler, Zagato a choisi comme base la Dodge Viper ARC.
Les puristes crient au scandale, mais il faut bien reconnaître que la formule a quelques avantages.
Tout d’abord, ce n’est pas la première fois qu’une GT italienne est animée par un cœur américain.
Iso Rivolta, Bizzarrini ou De Tomaso avaient déjà osé, pour le plus grand bonheur de leurs propriétaires.
Et si le V 10 de la Viper ne possède pas la noblesse d’un V12 Ferrari, il compense sa rusticité par une cylindrée gigantesque (8L5) qui lui permet de développer une puissance (640 ch) et un couple (820 Nm) hors du commun.
Certes, l’esprit des Alfa TZ s’est édulcoré : la Stradale pèse 500 kilos de plus que la Corsa et tient plus du « muscle car » à l’américaine que du pur-sang italien.
Mais ce n’est sans doute pas un hasard à l’heure où Alfa Romeo compte se réimplanter aux États-Unis.
Remarquez, on aurait tort de s’en plaindre vu les sensations procurées.

Mais attention, la belle a aussi conservé les défauts de la bête, notamment une boîte de vitesses récalcitrante et une direction un peu floue.
À la moindre ligne droite, l’auto bondit avec la rapidité d’une vipère.
Qu’importe, car le couple du moteur est suffisant pour ne pas avoir à changer de rapport.
Et puis, si l’avant refuse de s’inscrire dans un virage, l’arrière ne demande qu’à déboîter pour le négocier.
En dérapage, bien sûr.
On l’aura compris : la Zagato TZ3 Stradale n’est pas la voiture de Monsieur Tout-le-monde.
Commandée à l’origine par un collectionneur américain, Eric King, elle ne sera produite qu’à neuf exemplaires, mais leur prix officiel est tenu secret.
Aussi faramineux soit-il, cela restera de toute façon un bon placement.
Une Aston-Martin DB GT Zagato (dix-neuf fabriquées en 1960 et 1961) se vend aujourd’hui 7,3 millions d’euros…, au minimum.

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