Je devais visiter un show Kustom…

J’ai beau aimer les Hot-Rods, je ne suis pas fan des bimbos-tuning qui accompagnent les Jacky’s aux meetings franchouilles…, je ne veux pas d’huile de vidange barbouillée sur les corps, pas d’outils entre les mains des bombes-mécanos, cela n’existe que dans Fast and Furious…
Les yeux encore mi-clos, il est à peine onze heures quand je m’extirpe du brouhaha de la gare, en quête d’un petit expresso pour me remettre les idées à l’endroit.
J’opte pour le seul Bistroquet ouvert, l’odeur dantesque de ce rade pourri me remet rapidement les idées en place, plus efficace en tout cas que l’improbable café qu’on me sert.

Ces préliminaires terminés, je me dirige vers un resto local histoire de prendre des forces avant d’attaquer l’affaire du jour : le « French Kustom & Hot-Rod Show »…
Autour d’une araignée de bœuf et de quelques verres de vin, j’attend patiemment quatorze heures pour l’ouverture de ce monument populaire de la Franchouille profonde, selon les écrits-saints de quelques mag’s spécialisés…
« French Kustom & Hot-Rod Show »…, quelle connerie, je pense que ce type d’anglicisme est aussi fécond pour la langue française que de se finir dans un mouchoir en papier.

Je me rappelle une époque où la France rayonnait et où la littérature anglo-saxonne, russe ou espagnole regorgeait de « en français dans le texte »…, dans l’écriture de punch lines, le français avait encore sa place et il était souvent une référence…, maintenant, on rayonne autant sur le monde que mon pénis érigé en Tour Eiffel dans le quartier…
A l’heure du triomphe des anglicismes venu du web, que peut-on faire ?
Des irréductibles gaulois qui s’ignorent ne peuvent qu’utiliser un jargon américanisé plutôt que français…, incapables de peser dans la balance.

Arrivé « sur-place », au lieu-dit…, pitrerie…, pour ce qui est du tableau en apparence, rien d’extraordinaire…, je devine que je vais me « faire avoir » bien profond…, par contre, simultanément, dans le hall voisin, se tient une « exposition » vachement plus cool, un « salon » de l’érotisme avec ses exposants « typiques », ses shows, sa zone « adulte » et ses commerçants toujours prompts pour reprocher à la crise et l’euro de plomber les affaires…
Waouwww…, je décide tout de go de modifier mon emploi du temps, même si j’ai le pressentiment (diffus) que je risque pire que de me « faire avoir », mais au moins, je risque de jouir de l’enculade…, pas comme le show Kustom !
Je sors ma carte de presse et Cathy, l’organisatrice, me remet un badge de presse en plastoc tout en s’excusant d’entrée (de jeu) pour la gueule de l’endroit, la froideur du bitume n’a en effet d’équivalent que le vent qui vient s’engouffrer dans les interstices du bâtiment…., chauffage en berne, pas même de moquette au sol pour cacher la misère, c’est loin d’un lieu imaginé pour faire parler l’érotisme.

Il fait à peine 8 degrés en ce samedi grisâtre, les filles peu vêtues ont la chair de poule et tentent difficilement de maintenir le sourire…, passées les banalités d’usages et un regard furtif pour jauger la foule, Cathy m’abandonne à mon sort, ma plongée dans les tréfonds de l’érotisme populaire français peut commencer.
Le salon est vaguement divisé en trois parties organisées autour d’un centre névralgique où les exposants affichent leurs meilleurs produits…, le sextoy y règne en maître…, c’est la foire au godemiché à dix euros…, du petit machin de poche à la mode (sic !) au modèle Bertha de compétition, tout y passe.
Pour le reste, c’est la came typique d’un sexshop : de la lingerie coquine aux parfums de Pierrot… et au milieu de ce joyeux bordel, un mec a même le bon goût de vendre des presse-citrons…, ce rapport direct à l’érotisme me laisse un peu perplexe.

Quelques mètres plus loin, au fond de l’entrepôt, s’amorce le début des hostilités…, sur la scène principale, le strip-tease d’une fille aux seins siliconés à la pompe à air, me donne un gros doute quant à la nature exacte de son anatomie…, frissons en mode tranny avec sa culotte dans le viseur, qu’elle prend bien son temps pour enlever…, c’est angoissant…, finalement je n’arrive pas à trancher : atrophie autant due au froid qu’au « Myspace angle »…
Quelques instants plus tard, du côté du stand des vendeurs de cuirs, je croise le regard d’une fille aux pommettes rosées par les courants d’air…, j’ai envie de réchauffer son petit corps tremblant ou de l’emmener prendre un café, mais son « maître », peu bavard, n’a pas l’air de l’entendre de la même oreille…, il a un business de corps à faire tourner, ses yeux me font : « Ecarte-toi ducon journaleux, tu ralentis mes affaires »…
Même rengaine du côté de la limousine Dorcel…, impossible d’arracher quoi que ce soit de croustillant au mec qui gère la billetterie…, à l’intérieur, pour la modique somme de soixante euros, un gus en semi érection m’offre dix minutes en tête- à-tête avec Jade Laroche, l’une des deux égéries actuelles de Daddy Marc…, je décline (double-sens)…

Alors que je m’octroie une petite pause je fais la connaissance de trois « Kustomizeurs-Franchouilles » qui eux aussi pensaient visiter le fumeux « French Kustom & Hot-Rod Show »…, venus pour en prendre plein la gueule, ils ont préféré faire comme moi et sont venus visiter le salon du sexe…, des mecs prêts à lâcher du bif…, exaltés par la perspective de pouvoir tester les marchandises…, ils me racontent leur petit moment privilégié avec Jade pour 60 euros chacun : un strip-tease, deux trois coups de gode, le tout sur un fond sonore pérave tout droit sorti du téléphone de la belle…, pas de quoi pavoiser, ils sont d’ailleurs en totale déception : soixante euros pour rien toucher du tout, le business de la frustration tourne à fond…
Le besoin de se réchauffer – leitmotiv constant de mon épopée – se fait de plus en plus sentir…, je cherche la chaleur dans le bitume et je sais maintenant où la trouver…, le vin n’est pas dégueu au lounge et sur sa barre bancale, une fille se balance.
On se jauge en passant, elle cale ses fesses contre la barre pendant que je lève le coude au comptoir : que le spectacle commence.

Assis devant elle, un quarantenaire chauve a le regard hagard et tient une canette de bière d’une main molle…, le personnage semble hypnotisé par ce joli corps qui ondule avec souplesse…, sur sa droite, « maman » n’existe plus, il se délecte de chaque seconde du show…, une fois l’affaire pliée, il remballe son œil perdu pour déposer au bar sa canette vide, le sourire empli de satisfaction…, il rejoint alors « maman », la prend par le bras et l’emmène vers d’autres cieux.
L’espace de dix minutes, il a oublié à moindre frais son travail, ses gosses, sa petite vie et sa femme…
Dans l’absolu, la populace est assez loin des clichés ancrés dans les petits cerveaux déformés des parisiens…, le salon attire beaucoup de jeunes, venus reluquer des petits culs et déconner, mais aussi des notables du coin, souvent en couple…, c’est une ambiance familiale mais sans les marmots.

Ça s’agglutine dans la bonne humeur devant les shows et ça déambule nonchalamment entre les stands…, la France dans toute sa diversité traîne ses petites pattes de coquines dans ces bacs remplis d’artifices pour avoir une vie sexuelle épanouie…, c’est est un vivier social exceptionnel qui ferait pâlir n’importe quel politique en quête de voix pour se faire réélire aux cantonales.
La partie « tournage X » constitue sans doute la seule exception notable…, elle attire exclusivement des mâles plutôt vieux, venus dépenser une dizaine d’euros pour une dizaine de minutes de fantasmes…, je renonce à m’incruster, autant à cause de la foule compacte devant l’entrée que du propriétaire de la guitoune, pas vraiment impressionné par mon badge de presse à deux balles…, je laisse alors mes trois « zamis » kustomeux en passe de réaliser un rêve pornographique (sic !) pour aller tester la zone adulte…
Passés le rideau et le mec de la sécurité, je tombe sur Sabrina Sweet et son mec tatoué jusqu’aux os…, ils tiennent un stand à strip…, je suis tenté de négocier un taro mais me ravise rapidement, craignant que mon haleine chargée ne trahisse un pas trop chancelant…, j’opte du coup pour l’option « corporate » en prenant quelques nouvelles de ses affaires.

Ça se présente plutôt pas mal pour sa gueule, avec plein de projets à l’étranger : Budapest, l’Angleterre avec Harmony… et bien sûr le saint Graal américain.
Mais y’a un hic…, l’ambition de sa punkette porno de Compiègne est un peu freinée par la loi…, impossible d’avoir un agent, le droit français l’assimile à un proxénète…, forcément ça l’emmerde parce que le porn-game est en définitive comme n’importe quel autre marché…, difficile de percer quand on n’a pas d’intermédiaire.
La situation est d’autant plus aberrante que les actrices sont considérées comme intermittentes…, mais évidemment, personne n’a pensé à passer un coup de fil au ministre pour lui expliquer le problème.

Trois minutes plus tard, j’ai déjà complètement oublié cette histoire alors que j’aperçois un stand qui fait la promo de la 3D de Dorcel…, je préfère virevolter au vent de la vie, au vin de joie, tester le bordel…, avec mes lunettes je ressemble à un type qui prépare fièrement un sale coup dans « Sons of Anarchy ».
L’alcool commence à ronger mon petit cervelet…, en soi, la vidéo pue la mise en scène exagérée pour servir le propos de la technologie : plan à trois…, un mec devant qui se fait sucer…, la meuf au milieu qui récite sa partition de flûtiste et un troisième lascar derrière un bar qui lui cale des doigts, tout en se servant un get-vodka-perrier estonien…
Je commence à être complètement ivre, calé sur mon tabouret avec mes lunettes 3D…, avec le recul, ça m’étonnerait que je rapporte avec exactitude la scène de ce porno tridimensionnel, mais une chose est limpide, si les effets ne sont pas parfaits et la mise en scène encore largement surfaite, Dorcel risque une nouvelle fois de se faire des couilles en plaqué or avec cette connerie.

Derrière moi, Tina Lys s’entraîne seule sur une barre branlante (sic !) de strip, entourée d’un paysage de béton, image saisissante d’un porno français qui veut encore y croire…, c’est le moment d’avancer vers le fond de la salle, non sans un calendrier Dorcel un peu cheapos dans la besace.
Sans qu’on me prévienne, je me retrouve catapulté au cœur du tourbillon qui aspire l’espèce humaine dans ces salons chelous : les shows qui suintent la cyprine et le lubrifiant.
Sur un podium aussi pourri que celui de la kermesse de mon école primaire – avec comme seul décor un palmier weirdo en néons – Sabrina Sweet et Delya Saw sont en furie ou plus exactement simulent de l’être à merveille…, doublette parfaitement réglée, elles se mettent quelques misères à coups de godemichés sur du Marylin Manson devant un parterre de bien trois-cent personnes au taquet.

Je ne peux m’empêcher de repenser à cette scène glauquissime de « Requiem for a Dream » où Jennifer Connelly se livre à une infâme partie privée, allongée sur une table, telle un corps prêt à être disséqué, tout ça pour se payer sa came, sous les cris sauvages d’une foule faisant pleuvoir des billets.
Amplifiée par l’alcool, la scène paraît irréaliste, presque pathétique…, le murmure dans la salle bétonnée est omniprésent, les jets de billets étant ici symboliquement remplacés par les centaines d’appareils photos brandis en l’air… et bizarrement, pour la première fois de la journée, je sens frétiller mon pénis dans les tréfonds de mon slip kangourou…
Le show à peine fini, je retrouve les trois « Kustomeux-Franchouilles » venus pour rentabiliser et voir de l’actrice X…, c’est l’obsession d’un des trois qui n’a qu’une parole à la bouche, qui me crispe : « T’en connais des actrices ? Y a moyen ? Je lis tes articles depuis des plombes, t’es chelou, tu connais du monde »…

Ils restent sympathiques, pas du tout freaky’s, plutôt à se faire chier dans leur bled où les zones sexy sont rares en dehors des inévitables clubs échangistes.
Mais ce n’est pas leur truc, on peut les comprendre, ils sont de la génération porno élevée à youporn et aux posters H&M, ce qu’ils veulent c’est voir l’IRL des URL…, l’un d’eux, branché sur secteur, promet qu’il va revenir beurré ce soir et ira se branler secos sur le podium…., Cathy m’avait prévenu que vers 21h l’ambiance allait se réchauffer…, pas sûr qu’elle pensait à ça.
Inévitablement mes pieds me ramènent encore et toujours au bar lounge où la foule s’amasse et bave devant une nouvelle danseuse…, j’assiste cette fois à la version gang-bang du type qui avait oublié « maman » l’espace d’une danse…, c’est là que je fais la rencontre de Jérôme, visiblement intrigué de me voir mater un strip tout en grattant sur un calepin.

Le gars est militaire, carreleur, couvreur, plombier…, la machine à tout faire, il a roulé sa bosse dans ces sales plans mais c’est avant tout un niqueur-né…, alors il confesse à tour de bras : “Ange là-bas ? Je l’ai niquée. Celle que tu vois là-bas ? Pareil”…
Incroyable, je suis tombé sur LE queutard-typique, le mec qui sillonne la France de salon en salon, de tchatche en tchatche, de baise en baise…, le grand gaillard au poil ras m’annonce qu’il en est à son soixantième en un an…, difficile à croire, mais il n’empêche qu’il est capable de me sortir une anecdote sur le salon de la semaine précédente, la diagonale du vide pornographique en France.
Jérôme parle vite, assurance à toute épreuve… et avance qu’il peut faire n’importe quel job mais que s’il y a bien une voie qu’il est persuadé d’avoir trouvée, c’est celle des gonzesses…, c’est son truc, c’est sa vie…, le bougre a une éolienne dans le slip et le vent en poupe, pas de souci pour son mojo, il est garanti à vie…, à partir du moment où y’a un petit cul dans les parages, Jérôme est toujours là.

Je le quitte, il me sourit comme un gamin, les mains pleines de faux billets qu’il prépare à mettre dans le string de la pole-danseuse…, il n’en peut plus de sourire, il est heureux…
L’heure tourne comme ma tête, le dernier train pour rentrer est à seulement 19h, je râle un peu parce que je sais très bien que je vais rater la pointe du mojo, mais je n’avais pas forcément prévu de passer douze heures dans la fournaise…, car sur scène, ça commence à chauffer sévère…, un type habillé en SWAT fait le coup de l’enlèvement…, si en temps normal ces mecs sont là pour sauver la population, il la joue un peu à l’envers en prenant en otage une petite go du public qu’il cale avec autorité sur une chaise au milieu de la scène.
Le gars lui sort le grand jeu en même temps que ses bijoux de famille, le pénis turgescent, érigé, un vrai gland…, la meuf, elle, se laisse faire, un peu gênée mais à la coule en même temps, pas malheureuse de se faire palper les boobs et de lui caresser un peu la quine sous le regard amusé de sa bande de copines.

Nos regards se croisent avec une petite lueur…, ce petit jeu devient excitant…, le gars de la section d’assaut commence à lui faire tâter ce qu’il a sorti de son slibard…, la meuf ne se démonte pas, visiblement elle en a vu d’autres.
J’envoie une demi-gaule et réalise que ça fait chier de se casser alors que je commençais à avoir une vraie interaction avec le public et le béton…
En me dirigeant vers la sortie, saoul comme jamais, je remarque que les filles sont de plus en plus nombreuses et mignonnes…, je repense à Jérôme qui a dû flairer l’astuce et qui doit déjà être en train de poser ses marques dans les toilettes du salon.

Presque la mort dans l’âme, je monte dans le train, non sans m’être préalablement équipé d’un bon stock de boissons alcoolisées choppées chez le rebeu du coin.., en l’occurrence une petite vieille, histoire de continuer à me mettre une pile…
Je m’incruste auprès d’une journaleuse-pigiste qui trie ses photos sur sa tablette « Surface »…, elle aussi revient d’une excursion d’une journée : « Une exposition de Kustoms et Hot-Rods Français » me lâche-t-elle, emplie de dédain pour le poivrot face à elle.
Je lui raconte d’où j’arrive…, que j’étais venu visiter le même fameux « French Kustom & Hot-Rod Show »…, mais que j’ai opté à mon corps défendant, pour le salon « ErosMachinChose »… et la boucle se referme quand elle me jette le même regard hautain que j’avais avant de pénétrer dans l’univers parallèle…, quelques minutes avant de gentiment m’éconduire, prétextant qu’elle a « du travail », c’est-à-dire préparer laborieusement un reportage « à-la-con » sur un non-évènement qui… et puis M…, qu’importe son attitude misandre, je retourne à mon résumé bien plus festif, avec le sentiment embué que rien ne sera plus comme avant…, le titre : « Je devais visiter un show Kustom, j’ai préféré me branler »…