Pas de quoi péter une durit !
Plus la peine d’acheter Ottoplusse, je l’ai fait pour vous : La tournée des garages… Votre garagiste, est-il sérieux ? Toutes les astuces pour ne pas se faire arnaquer… Déjouez les pièges ! Qui n’a pas,un jour, pesté contre son garagiste ?
En 2013, tout est fait pour que l’honnête citoyen-client aille chez le concessionnaire régénérer le filtre à pognon ou mettre à jour le capteur de flouze…, à tel point que même les moins benêts des plus simplets retournent chez les « petits garagistes » arguant que cela ne saurait être pire.

Je me souviens effectivement être allé chez Saab… avec ma 900…, un grand garage jaune qui vendait des Opel Vectra (des vraies Opel) et des Opel Vectra (des fausses Opel)…, plus jolies, plus élancées, plus flatteuses, un peu plus chères et sous un autre nom, à la manière de Lexus, Infiniti ou Acura aux Etats-Unis.
Mais…, il n’y en avait guère qu’à l’atelier… et curieusement, ils les avaient aussi appelées « Saab 900″…, sans doute une coïncidence (?), mais comment expliquer que le service marketing d’Opel n’ait jamais craint que la clientèle confonde la voiture avec une autre, fabriquée en Suède dans les années ’80, qui portait exactement le même nom et le même matricule ?
La seule explication qui éclaircisse à mes yeux cette singularité homonymique unique dans l’histoire de l’automobile, est que les responsables marketing de chez Opel ne connaissaient pas la Saab 900 sortie dix ans auparavant en Suède.
J’en obtins l’ultime confirmation lorsque s’intéressant à mon cas, le responsable de l’atelier me demanda quelle était cette voiture que je venais de poser devant l’enseigne, bardée d’épais sigles Saab 900 un peu partout…, je sentis là un flottement sans éclat, un anti-séisme, un ectoplasme à l’envers par delà les cimes et les cieux…, rien…, il ne se passa rien…
– Ca non, on ne fait pas…, me lâcha t-il.

J’avais donc une voiture qui portait le même nom qu’une autre (et qui n’y pouvait rien, c’est un comble !) et un concessionnaire qui lui aussi s’était accaparé le nom de ma voiture pour réparer des automobiles homonymes…, sauf la mienne.
Si j’avais pu me mettre arrêt-maladie pour dépression, j’aurais saisi la cour européenne des Droits de l’Homme, car cette affaire ne tenaitt pas debout…, j’avais toutes les preuves attestant que la Saab 900 était sortie avant l’Opel Vectra.
Bref…, je dus me rendre à trente kilomètres de là, dans le département voisin (où les gens conduisent très mal), chez un « spécialiste Saab » dans le gazon duquel végétaient une dizaine de Saab 900 fabriquées en Suède dans les années ’80, allongées sur leurs fuselages comme des requins sans nageoires, digérées par les sels iodés, plongées dans l’infinie détresse de ne plus jamais rouler encore…
Quelle tristesse…, quelles pauvres Saab 900 aphones, sans pattes ni membranes ni ventricules…, que fait l’UNESCO ?
Virevoltant dans le gazon, un être grisâtre armé d’une clef en croix me demanda ce que je voulais…, je lui montrai ma Saab 900…, il me fallait une durit et si possible assez rapidement…, l’homme pencha sa tête et son corps dans le compartiment moteur de ma voiture, comme s’il partait à la recherche de sédiments du cénozoïque fossilisés sous la culasse…, un oeil sur la durit…, il balança simultanément son autre œil vers l’habitacle… puis alors que je ne savais plus ce qu’il regardait vraiment, il articula un diagnostic assez flou, comme quoi elle était morte… et que ça ne valait pas le coup de changer quoi que ce soit.

Mais l’histoire, c’est pas ça… euhhhhhh : sépassa, que nenni, que non, que diable…, l’histoire, c’est que dans le fond, il voulait me la racheter 100€ (on me la fait pas à moi…) pour récupérer la CG et deux-trois trucs pour avoir de quoi bricoler au fond de son gazon… j’ai eu l’intuition que lui non plus ne me rendrait pas service, que ça l’emmerdait, que ça le faisait braire, qu’il avait autre chose à f… ou alors s’il me le faisait (c’était peut-être sexuel), je devais le prévenir, ce serait cher (Kekchosevapasbienladansmontexteke mêmeçapourraitlaissercroiredes choses) !

Aujourd’hui (autrement dit : maintenant), en 2013 (scuez, me suis trompé moi-même d’année), en 2014 la situation n’est plus la même, du moins pas vraiment, il n’y a plus guère de petits garages…., ou alors si, mais des agents… et là, retour à la case départ (si vous suivez pas, relisez puis passez à la ligne)…, de toutes façons, Saab, c’est de l’histoire ancienne…, plus de Saab, plus de garages Saab.
Etant très peu au fait de l’actualité automobile (ça peut paraître bizarre pour un journaliste automobile, mais tout le temps que je ne consacre pas à me tenir informé des nouveautés, je l’emploie à vous faire croire le contraire), je m’étais rendu au salon de l’automobile de Francfort 2013 et y avais parcouru tous les stands afin de me projeter dans le cosmos automobilistique du moment (et aussi pour rafler un max de brochures, prospectus, leafleet et catalogues)…
Toutefois, afin de justifier ma perte de temps, j’ai décidé sans trop m’inquiéter des conséquences (sic !) de tester le service après-vente d’un concessionnaire de 2013…, mon choix s’est porté sur une Chevrolet Malibu mais qui était malheureusement livrable trop tard, ne pouvant ainsi pu figurer dans ce dossier.
Pour l’anecdote (on a le temps hein…), j’ai un copain qui travaille chez Chevrolet à Strasbourg, il était très embêté (il aurait bien aimé me vendre une Malibu, je le comprends, d’autant que je la prenais en essence, boite automatique, couleur rouge hémorragie avec le cuir crème, un os, un oignon, un truc rigoureusement impossible à fourguer en seconde main !)…, peiné, mon ami m’a proposé, pour beaucoup moins cher, une voiture qui traînait dans sa cour depuis un bout de temps, sous les phares de laquelle se développait un biotope moussu, une petite bagnole à cinq portes trapue haute sur pattes qui ressemblait à une grenouille qui se serait prise un gros coup de pompe dans le cul : une Matiz.

Pour le prix de… 300€…, enfin faut que je vérifie, j’ai l’impression qu’ils ont pris davantage à la banque, quoique je ne pense pas que mon ami (qui sait bien que je suis borgne, myope et pas trop nyctalope, ni très astigmate)… m’a fait sciemment signer un chèque avec deux ou trois gros zéros de trop… ou de moins…, je ne sais plus… parce qu’en plus j’ai des problèmes de mémoire immédiate)…, pour le prix donc de je ne sais plus trop…, j’avais là une bonne base simple et pas trop coûteuse en main d’œuvre.
Las, je ne pus l’amener au garage Chevrolet de mon ami pour trois raisons : la première, diplomatique (le garage payant régulièrement ses annonces, j’allais pas le flinguer)…, la seconde est que la Matiz est une Daewoo, pas une Chevrolet…, la troisième est que mon ami est parti, sitôt après… en vacances à Zakopane (fuyait-il mon courroux ?)…

Et là, première surprise…, impossible de démarrer le test car il n’existe plus aucun garage Daewoo…, on m’apprend que c’est devenu Chevrolet…, notez que ça tombe bien car j’ai un ami qui bosse chez Chevrolet…, mais ça tombe mal aussi parce qu’il n’est pas là.
Je vais donc chez Chevrolet par chez moi et là seconde surprise : c’est au même endroit que feu le garage Saab qui réparait les voitures qui portaient le même nom que la mienne (que de souvenirs !), ils vendent toujours des Opel d’ailleurs…, des Opel Insigna…, sûrement une tentative de relancer le bio-design comme un cachalot s’assiérait sur un pédalo.
Je n’eus guère le temps de l’admirer davantage…, qu’un vendeur d’Opel Insigna me tendit les bras avec les yeux en forme de dollars…, la nostalgie à fleur de peau, je lui susurrai (en retour), que jadis, je venais là passer du bon temps avec ma Saab 900 et que c’était presque aussi bien que de faire le plein d’ordinaire en fumant du Scaferlati.
Il m’expliqua (en retour du mien)…, que désormais, Saab n’existait plus mais que la clientèle était naturellement passée chez Opel et se tournait à présent vers l’Insigna qui : « distille toutes les qualités dynamiques et stylistiques qui plaisent tant à une génération de jeunes hommes à la recherche d’un standing discret »…
Je lui répondis que je venais chercher une durit pour ma Matiz… et que je faisais un test pour « le guide Michelin des garages de France » qui paraîtra bientôt dans la revue bisannuelle interne du patronat de l’UNGPEF (union nationale du grand patronat des équipementiers français)…, il fut sceptique mais le doute l’emportait indubitablement puisque j’avais prononcé le mot « patronat ».., il m’aiguilla donc vers l’atelier Chevrolet.

Comme j’avais encore des soucis de mémoire immédiate (et d’assimilation d’informations), je lui répondis : « tiens, c’est curieux parce que justement, j’ai failli acheter une Malibu essence automatique rouge à mon ami de Strasbourg qui est à Zakopane »…
Son visage (au vendeur) rayonna et perdit dix années de rides et de flétrissements dus aux couleuvres que lui faisait avaler le groupe depuis si longtemps…, ouste l’Insigna, il proposa derechef de me dégotter une belle Malibu essence automatique neuve et éventuellement rouge…, mais je m’en tins à ma durit de Matiz… et, au service des pièces détachées de chez Chevrolet, on me signifia qu’on ne pouvait rien faire puisque j’avais une Daewoo et pas une Chevrolet !
On me suggéra aussitôt de remplacer ma Matiz par une Spark, soi-disant sa remplaçante, sauf que voilà, la Spark est une Chevrolet et la Matiz une Daewoo… et que personne ne sait pourquoi une Chevrolet remplace une Daewoo…, c’était rigolo et anecdotique…, sauf que je me retrouvais avec une voiture qui n’existait plus et qu’une autre marque avait remplacé par une autre voiture qui portait un autre nom.
Je n’ai vraiment pas de chance avec les voitures…, ni de durit pour ma Matiz… et son histoire s’arrête là car j’y ai foutu le feu devant le garage Chevrolet avant de rentrer en bus, en quarante-quatre interminables minutes à me coltiner tous les cas sociaux de la ville (Nota : je ne conseille à personne d’incendier sa voiture, à moins d’avoir conservé, comme moi, des doigts de gens du voyage dans le formol afin que l’identification judiciaire ne se déplace pas pour rien)…

C’est finalement le destin qui me fit un signe, un joli jour de mai tandis que je me baladais à Brescia…, une automobile flanquée de panonceaux était à fourguer au bord d’une artère crade et mal famée pleine de putes malades et flétries : une Chevrolet Malibu essence, automatique, et rouge…, encore plus belle que celle que j’avais vu à Francfort…, plus soignée, plus baroque, avec un demi-toit en vinyle à l’arrière, un truc que je n’avais pas même relevé dans le catalogue des accessoires…, avec une mécanique coupleuse qui émettait un joli bruit (mieux que celui de la Matiz), quoiqu’un tantinet gloutonne (par rapport à la Matiz aussi).
Une fois revenu en France et plongé dans mes vieux salons de l’AJ…, j’ai compris le pourquoi de ces menues différences : j’avais un millésime antérieur à celle de Francfort…, une broutille, des queues de cerise…, pas grave puisque maintenant, non seulement j’ai une Chevrolet, mais en plus je sais où est le garage Chevrolet… et demain… je fonce leur demander une durit.

Bien à vous…, voilà, c’est fini !
Roulax Photographe à Ferraille