Shelby Cobra Daytona Super Coupé Type 65 #CSB3054…

Conçue en secret par Pete Brock, le Directeur des Projets Spéciaux de Shelby, qui venait d’accoucher de la Cobra Daytona Coupé 289, la « Shelby Cobra Daytona Super Coupé » Type 65 #CSB3054, est en fait une très laide version coupé fantôme de la Cobra roadster ‘427′ de compétition.
Cette Shelby n’a jamais existé, ce ne fut qu’un projet qui ne verra donc jamais le jour malgré un stade plus ou moins avancé.

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Montée sur un châssis de AC Cobra 427 et carrossée par Radford un jour de totale déprime et d’abus d’alcool…, le projet « Shelby Cobra Daytona Super Coupé » Type 65 #CSB3054 devait être engagé en compétition en 1965, mais est mort-né à cause de problèmes de mise au point…, d’incompatibilité avec le calendrier de production pour l’homologation à 100 exemplaires… et de l’arrivée du programme GT40…
Pourtant, après avoir terminé les dessins nécessaires et une maquette à l’échelle 1/4, Peter Brock était convaincu que cet engin, en réel, dépasserait 350km/h…, c’est pourquoi Carroll Shelby lui a donné son accord pour débuter la construction d’un  prototype roulant.

L’engin, terminé, devait faire son entrée dans le monde des super-cars sur le célèbre circuit du Mans, en réalité il n’ira nulle part d’autre que dans le fond d’un hangar
Le châssis a été modifié au départ de celui d’une Cobra 427 Roadster par AC Cars Ltd.
La construction de la carrosserie en aluminium et l’assemblage final ont été exécutés par Radford, situé à Londres, sur le châssis #CSB3054 (Carroll-Shelby-Britain-3054).
Châssis et carrosserie, sans mécanique, ont alors été expédiés en pièces détachées à Shelby American à Los Angeles pour l’assemblage et l’installation d’un big-block V-8 427ci.

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La saison de course 1965 étant déjà en cours et le programme Ford GT40 commençant à montrer des promesses de victoire, toutes les ressources disponibles ont été détournées au succès de la GT40, le châssis et la carrosserie en pièces ont dès-lors été remisés dans un hangar.
Ford avait l’intention de gagner Le Mans avec la GT40 et Peter Brock, avec son Super Coupé Cobra Daytona, est devenu la super victime de cette sorte de super vendetta pour battre Ferrari…
La Cobra Daytona Super Coupé, toujours en pièces détachées et sans moteur, remisée au fond d’un hangar…, était loin d’être terminée… et tout le monde l’a oubliée rapidement, y compris Carroll Shelby lui-même…

Quelques années plus tard, malgré que Shelby et ses Cobra’s étaient devenus un mythe, il s’est rapidement mité, à tel point que les Cobra’s ne trouvaient plus preneur…
Les Cobra’s de course survivantes (aussi bien les Roadsters que les Daytona’s coupé), ont été liquidées pour des montants ridicules d’une moyenne de 7.000 dollars.
Dans ce contexte absurde en regard de l’histoire, mais logique en regard des réalités économiques, le châssis et la carrosserie du projet Shelby Cobra Type 65 Daytona Super Coupé, ont été retrouvés par hasard en 1972, toujours en pièces détachées les unes des autres (gag !), sous un amoncellement de caisses et cartons qu’on s’apprêtait à incinérer… et l’ensemble a été vendu 1.000 dollars au président-collectionneur d’un club de voitures de San Francisco, dans le cadre d’un accord global, lorsque la Shelby American a été liquidée.

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Ce collectionneur, ne sachant que faire en finale de ce puzzle, a vendu les morceaux pour 5.000 dollars à un collectionneur du Kansas qui a confié le châssis et la carrosserie à un carrossier de Denver : Mike Dopudja, qui a récupéré un moteur big bloc V8 et sa boîte manuelle, d’une Mustang accidentée (500 dollars).
Pour 4.500 dollars, il a assemblé le tout très approximativement et a finalement achevé le projet sous les conseils payants (1.000 dollars) de Peter Brock.
L’engin, une fois (mal) terminé, avait coûté 11.000 dollars au collectionneur du Kansas… qui a fait quelques petits tours, incognito… et a remisé « le bazar » dans un box-garage personnel après qu’il ait manqué de perdre la vie à Atlanta au volant de cette bêtise…

C’est tout à fait par hasard, sans que ce soit intentionnel… qu’en 1981 le collectionneur du Kansas a sorti cet engin « unique au monde » pour le montrer à un pilote de stock-cars qui courrait à Riverside… et qui en finale n’en a pas voulu…, l’engin, qui était tombé en panné a été stationné après une longue poussette… dans un des parkings « visiteurs » du circuit de Riverside.
Quasi accidentellement, George Stauffer a garé sa Cadillac dans le même parking… et est tombé en arrêt devant la « Cobra Daytona Super Coupé » qui avait été poussée dans un coin perdu…
Il est resté toute la journée à attendre le retour du conducteur et lui a direct proposé d’acheter la voiture pour 100.000 dollars !
La voiture, qui était dans un état plus qu’ordinaire, a ensuite été intégralement refaite pour 15.000 dollars, telle qu’elle n’a jamais existé…, puis elle a été volontairement cachée en attente de la finalisation d’un « coup fumant » grandiose, une magnifique arnaque  !

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Quelques années plus tard, Georges Stauffer a mandaté la compagnie Russo & Steele pour vendre la chose, présentée comme étant « LA » Shelby ultime… et le Big-Boss de cette compagnie de vente aux enchères a imaginé avec Georges toute une histoire cousue de fils blanc pour tenter « un coup de dingue »…
Il a été déclaré que cette « authentique » Shelby Cobra Daytona Super Coupé, développait pas moins de 485 chevaux à 6750 tr/mn (c’était toujours le vieux big bloc et sa boîte récupérés d’une Mustang accidentée)…, était équipée « d’origine« d’un V8 Cobra 427 cubic inch (= 7.0L de cylindrée) monté en position longitudinale…, et que cette stricte propulsion (on s’en doutait), était très amusante à conduire (sic ! elle ne faisait que zigzaguer) avec sa boîte de vitesses manuelle Borg Warner T-10M à 4 rapports, mais qu’il ne fallait pas sous-estimer cette mamie unique, car elle pouvait atteindre 346 km/h en vitesse de pointe !

Tout cela n’était que du baratin destiné aux candides naïfs…, mais…, un autre chapitre dans l’histoire de la #CSB3054, a été écrit, lors de la vente aux enchères Russo & Steele de Monterey 2005…, le titre de ce chapitre est « Comment passer d’un coût de 11.000 dollars à une vente (réussie) de 1.457.500 dollars, soit un bénéfice de 1.269.500 dollars tenant compte de la commission de vente de 5% (72.875 $) et des 115.000 $ de coût d’achat et de restauration ? »…
L’excellence en arnaque va de paire avec la bêtise humaine, un puits sans fond qui est le réservoir financier de l’inhumanité…, toujours est-il que cette « chose » qui n’a jamais existé, devenue « LA » Cobra Daytona Super Coupé qui n’a jamais existé non plus… et dont Carroll Shelby avait complètement oublié l’existence…, a donc été vendue pour 1.457.500 $ plus le Fee acquéreur de 10% soit :  1.603.250 dollars…, à la : vente aux enchères Russo & Steele de Monterey, le 20 août 2005…, société qui a empoché 5% vendeur (soit  72.875 $) plus 10% acquéreur (soit 145.750 $), c’est à dire 218.625 $…

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Maintenant, on peut lire des chapitres et des chapitres dans quantités de bouquins à son sujet, surtout dans la littérature consacrée aux Shelby… et elle semble être généralement acceptée comme étant « une sorte » de Cobra Daytona Coupé version XXXL…, mais elle n’a pourtant jamais existé à son époque (1965)…: pas de tribune, pas d’articles, pas le moindre entrefilet n’a jamais ébranlé quiconque à partir de son rugissement d’échappement…
Ce n’est qu’un rêve qui s’est concrétisé sous forme d’une arnaque librement acceptée.

Pensez-y de cette manière : si quelqu’un avait exumé en 1960 les plans et quelques pièces d’origine d’une bombe atomique nazie qui aurait été fabriquée (mais jamais utilisée) durant la Seconde Guerre mondiale et en aurait créé une version exploitable radicalement différente de la bombe atomique américaine…, ne serait-ce là… la véritable histoire ?
Les nazis ont essayé de la construire et ils auraient changé l’histoire s’ils avaient réussi…, mais ils ont échoué.
Donc, qu’est-ce qui est réel dans cette histoire de bombe atomique ?
Un projet, même débuté, même pré-construit…, reste un projet…

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Est-ce parler d’une véritable « voiture » concernant ce projet d’une voiture restée inachevée et qui aurait été brûlée si par hasard on ne l’avait découverte au dernier moment, puis mise de coté… et qu’un fou se mette à la terminer sommairement…, alors même que Carroll Shelby l’avait oubliée… ?
Ou est-ce parler de ce qui s’est réellement passé, laissant les fantômes ou ils doivent rester : dans les cimetières.

La soif médiatique qui pousse les inhumains à profiter de tout…, de toutes et tous, dans cette affaire, a amené la FIA à accepter que des pièces de rechange provenant d’un châssis Cobra 427 homologué, soient intégrés à cette « chose » devenant ainsi comme par magie une authentique Cobra Daytona Super Coupé… qui n’a jamais existé…, une affaire qui aurait fait « la Une » des médias sous le seul angle de la guerre Ford/Ferrari !

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Avec la Cobra roadster équipée d’un V-8 289ci, Shelby avait une voiture très performante et compétitive, mais elle avait l’aérodynamique d’un mur de brique, ce qui s’est avéré être un sérieux problème sur les longs parcours rapide.
La solution pour Carroll Shelby, après avoir tenté de renverser la vapeur avec la Cobra 427 qui n’a strictement rien gagné (à l’inverse de la 289), était de construire un nombre limité de « Cobra Daytona coupé » à la carrosserie spécialement créée pour ce genre de piste, mais toujours équipée du légendaire V8 289ci….
Et ça a très bien marché.

Lorsque la décision a été prise de construire des « 427 Cobra Daytona« , la construction de quelques « Super coupés » spécialement pour Le Mans, semblait être une démarche logique…, mais la vie est rarement aussi simple… et surtout pas pour Shelby à cette époque.
Le slogan était clairement écrit sur le mur par Ford en personne, dans le débat opposant les partisans du moteur avant et ceux qui préconisaient le moteur central arrière… et Ford a été de plus en plus déterminé à ce que la GT40 devienne l’anti-Ferrari ultime.
Bien qu’ils étaient heureux, chez Ford, d’avoir vu Carroll Shelby construire et commercialiser des Cobra’s et Mustang’s…, quand il est venu à dominer les courses, chez Ford ils étaient de moins en moins en vedette…

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Peter Brock avait élaboré une conception très aboutie pour la « Cobra Daytona Super coupé 427« , utilisant un châssis de AC 427…, mais produire la carrosserie a été un problème.
A la place de l’entreprise italienne qui avait construit les 289 coupés, Shelby avait été contraint d’utiliser Radford, un carrossier Londonien, selon un diktat calculé de Ford.
Ils ont tous, Shelby et Brock en tête, non seulement échoué lamentablement dans cette affaire, mais épuisé leurs ressources matérielles et financières, alors que Shelby American et Ford vivaient des moments cruciaux !

Lorsque Brock et Shelby ont constaté avec désespoir que le projet « Cobra Daytona Super Coupé » était complètement foireux, en ce compris que la voiture était hideuse…, ils se sont simultanément rendu compte qu’ils avaient perdu un temps considérable et précieux…, alors que la voiture devait être engagée sur le circuit du Mans en Juin.
Radford a alors expédié la voiture non assemblée et toujours non motorisée, vers la Californie, pour que Shelby American tente d’achever la voiture…, mais d’ici là, Ford avait souligné définitivement que tous les efforts devaient être tournés vers la GT40… et comme la main-d’œuvre qualifiée n’était tout simplement plus disponible pour faire le travail, Shelby ne pouvait plus continuer dans son projet de Super Coupé !
Il a alors pris une grande aspiration… et a salué la réalité : le projet a été abandonné et les morceaux de carrosserie avec le châssis re-découpé pour une adaptation non encore étudiée du V-8 427… ont été poussés à l’arrière des ateliers en vue de la récupération des pièces… et oubliés.

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De nombreuses années plus tard, l’épave toujours en pièces, a été vendue 1.000 dollars au président-collectionneur d’un club de voitures de San Francisco, dans le cadre de la liquidation de Shelby American en faillite !
Un collectionneur du Kansas a ensuite réussi à acheter les morceaux pour 5.000 dollars et les a confié à Mike Dopudja, patron d’un atelier de restauration de Denver, dans le but de terminer une voiture qui en réalité n’avait jamais existé.
C’était un grand projet, probablement le plus grand que cette petite carrosserie avait jamais eu à faire, parce que si la carrosserie et le châssis étaient là, aucun des autres « détails » n’avaient jamais été réglés.

Le travail a été réalisé pour 4.500 dollars, plus 500 pour un moteur/boîte de Mustang Big Bloc… et même après que le tas de pièces soit devenu une voiture approximative, grâce à l’aide payante de Peter Brock revenu quelques jours pour donner divers conseils facturés 1.000 dollars…, ce bric-à-brac de pièces qui fonctionnait à peu près, laissait entendre que les défis qui s’ensuivraient allaient être menaçants.
La première fois que la voiture a sérieusement circulé, à Atlanta, le propriétaire qui ne roulait pourtant qu’à 120km/h, s’est envolé littéralement (des quatre roues).
Quand il a atterri sur le trottoir de gauche après être passé de justesse entre deux camions, les roues étaient en position « de demi-tour« … et il a encore continué sur 100 mètres avant de s’arrêter.

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Le propriétaire n’a jamais plus voulu conduire la voiture.
Il l’a toutefois utilisée une ultime fois dix ans plus tard (en 1981), pour tenter de la vendre à Riverside pour 20.000 dollars… et ou, miracle, un fou s’est présenté et lui a offert 100.000 dollars…
Ce fou, George Stauffer, va dépenser des fortunes pour tenter de rendre cet engin d’apocalypse, plus ou moins « roulable »…, mais en pure perte, il va alors quasi l’abandonner dans un box…
La suite, c’est un miracle de l’arnaque…, ce bitza a été vendu pour 1.457.500 $ à la vente aux enchères Russo & Steele de Monterey, le 20 août 2005 !!!

L’acquéreur croyait aux balivernes de Russo & Steele… et croyait que son achat était véritablement prêt à circuler normalement, tout comme elle était impressionnante à regarder.
Il espèrait…, mais en réalité ce bazar infernal roulait toujours aussi mal !
Le problème fondamental demeurait !!!

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Tentons de réfléchir sur cette absurdité : qu’est-ce que c’est que cet engin ?
– L’original n’a jamais couru.
– Ce n’est pas une réplique parce qu’on ne peut reproduire quelque chose qui n’a jamais existé.
– Ce n’est non plus certainement pas une icône pour ceux qui adorent Shelby sur l’autel du Serpent pour s’y prosterner à genoux avec génuflexions…
– Ce bitza n’a jamais été une vraie voiture…
– Le catalogue Russo & Steele affirmait qu’elle était « admissible » dans les manifestations « vintage » n’importe où sur la planète ! Mais, ce n’était qu’un mensonge de plus, sous forme d’un vœu pieux et plein d’espoir…
– Les 427 Cobra’s n’ont jamais rien fait en course, en dehors des USA en tout cas !

Malgré tout cela, cette « Cobra 427 Daytona Super Coupé » a été présentée en 2005, comme étant : « la quintessence de la voiture américaine de course » !
Pire encore, Russo & Steele à poussé le bouchon loin et profond en publiant dans son catalogue de vente, des photos récentes (réalisées peu avant la vente aux enchères à coté de Cobra’s Roadster et d’une vraie Cobra Daytona Coupé), artificiellement vieillies en noir/blanc, en sépia et en bleuté avec de fausse griffes et soi-disant défauts de tirage-photos semi-amateur… pour faire croire que ce bitza existait réellement dans les années soixante !!!
Et il s’est présenté un Gogo pour l’acheter 1.457.500 $ !!!!
Une arnaque…

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D’un point de vue plus sérieux, cependant, je pense que l’attention doit être accordée à la partie « fantasme« …, quelqu’un a payé une montagne de vrai argent, de beaucoup d’argent… pour quelque chose qui n’a jamais existé, c’est ça qui est extraordinaire !!!

Depuis la vente, la voiture n’a plus jamais été vue…, elle n’a non plus jamais couru au niveau national ou au niveau international…, elle ne satisfait pas aux normes FIAA et ne possède pas de Passeport Technique Historique, ce qui est nécessaire pour accéder à tous événement FIA, c’est-à-dire pratiquement toutes les courses sérieuses en dehors des Etats-Unis.