Une autoscroquerie américaine : « We’re riding for our freedom »…
En me rendant à Miami chez Ted Vernon, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre.
Ted Vernon qui est tout et son contraire, mais avant ce tout : est le roi de l’esbrouffe, du baratin et de l’entourlouppe…, m’avait certifié détenir la Zimmer Golden Spirit Number One, le modèle unique de pré-production, d’une valeur inestimable…, mais qu’il bradait pour à peine 22.500 US$…

Bien sûr, quoique aguerri, je reste soumis à quelques indécrottables automatismes…, tout d’abord, j’observe…
Et mon observation m’a de suite indiquée que j’étais non seulement sur une mauvaise voie…, que cette mauvaise voie était truffée de pièges grossiers… mais qu’elle se terminait en impasse !
Ecrit de manière simple, cette voiture se révélait à mes yeux horrifiés… n’être qu’une daube de la pire espèce, une arnaque à destination des couches intellectuelles parmi les plus défavorisées de Floride : une autoscroquerie !

A sa vue, je me suis cru en train de faire une grande balade surréaliste dans un cauchemar éveillé, qui ramollissait mon cerveau !
C’était en réalité une fausse Zimmer d’aspect totalement ridicule, avec des incohérences à la pelle et un design digne de l’âge de pierre réalisé par un amateur…
C’était simplet, naïf, bouffon…, le vague dessin, dans le plus pur style des années ’80, d’une néo-classique imitant une Zimmer Golden Spirit, elle-même imitant n’importe quoi d’incohérent, mais ici avec un souci de très mal faire…, un ticket pour un abonnement à vie pour des séances de tortures psychiatriques dans un asile d’aliénés en phase terminale…. 
Le look général était à se point mauvais qu’il n’était aucun angle de prise de vue assez bon pour en faire des photos valables, le décor n’ajoutant aucune aide à ce désastre !
Du coup Ted Vernon a envisagé de demander à un dessinateur toute son emphase possible pour attirer le chaland (d’aucun diront : le naïf)…, pour illustrer un texte racoleur et totalement inventé, ou cette chose abominable aurait été présentée dans GatsbyOnline.com et d’autres médias automobiles internationaux comme le Saint-Graal de tout passionné de Zimmer Golden Spirit !
J’ai refusé…

Les seuls qui ont acheté (à prix d’or) une Zimmer Golden Spirit, ont tous perdu dix ans de leur vie à essayer de la revendre, sans succès…, sauf à y perdre 90% de sa valeur réelle, laquelle n’était que de 10% de celle payée dans un moment d’euphorie bien vite retombée…
Non seulement je ne mange pas de ce pain là…, mais il n’y a plus de passionnés de Zimmer Golden Spirit…, il n’y en a d’ailleurs jamais eu !
C’est le genre de voiture que tous les revendeurs d’occasion, alors qu’il existait encore un petit marché d’avant crise…, livraient le vendredi soir, quelques minutes avant la fermeture du weekend…, car à peine avoir roulé un petit kilomètre ou tourné le coin de la rue… chaque acquéreur regrettant son achat, revenait le plus vite possible demander l’annulation de son achat inconsidéré…

Il ne reste plus que Ted Vernon qui se risque encore dans ce sport de haute voltige…, parce que, pas fou, il achète les engins qui constituent son stock, pour un prix ridicule à des gens qui ne savent plus qu’en faire… et Ted tente de les revendre 10 fois plus à des gens qui ne sauront quoi en faire et finiront par le supplier de leur reprendre pour quasi rien…
Vendre des Zimmer d’occasion fut donc une activité assez dangereuse, physiquement et financièrement…
C’est ce que dans ce métier assez pourri, on nomme : « une voiture Jack-pot »…
Dans le cas qui illustre cet article, l’affaire est d’autant plus extraordinaire qu’il s’agit d’une réplique (mal foutue) d’une Zimmer… et qui donc, vaut encore moins, c’est à dire pas grand chose…, un peu comme les « si beaux canapés » que vous aviez acheté une fortune il y a 20 ans…, que personne ne veut vous racheter, ni particulier des couches sensibles, ni SDF, ni même aucun « vide-maison »…, ce qui vous oblige à payer pour ne plus les voir…

Vos oeuvres d’art finissent ou elles sont, nulle part… ou dans une prairie qui devient une décharge…, ou chez des marchands sans scrupule comme Ted Vernon qui n’en ont strictement rien à f… de quiconque…
Beaucoup d’entre-vous qui me lisez… ne m’aiment pas (ce qui est réciproque), parce que j’ose écrire mes expériences vécues dans les automobiles (surtout les automobiles absurdes)…, vous croyez posséder des oeuvres-d’art et les annoncez avec mépris sur Ebay et autres sites (le plus gratuitement possible) comme CollectionCar.com… et attendez des semaines, des mois, des années… un coup de téléphone qui ne viendra jamais…
Et cette fausse Zimmer en est une caricature !

Dans le cas de cette fausse Zimmer, c’est le nom même qui doit faire passer les naïfs à l’acte d’achat, le fait de la présenter comme une Zimmer de pré-production, cache volontairement que la Lincoln semi pourrie qui a servi de voiture donneuse vient du Texas.
Mon expérience acquise auprès des pires rats de la planète automobile (je ne citerai aucun nom, ils se reconnaîtront), m’a en effet prouvé que certaines daubes automobiles faisaient office de « valeurs sûres », pour alpaguer les pigeons…, au même titre par exemple que Robert Ginty, Fred Williamson, Reb Brown, Christophe Lambert et Jean-Claude Van Damme riment souvent avec nanars cinématographiques.
Force est de constater que personne ne connaîtra quoi que ce soit d’autre…
La clientèle visée est assez « cliché » : ce sont les apôtres de la bêtise moderne, des Américains plus que moyens, mais en plus bêtes encore, qui font tout pour ressembler à Chuck Norris, qu’ils idolâtrent !
Ils aiment les grosses américaines d’avant… mais modifiées !

Si certains amateurs talentueux comme Clénet sont arrivés à transformer (parfois) une simple voiture de série en objet d’art (gag !), d’autres, beaucoup plus audacieux mais pas forcément mieux inspirés, aboutissent à un véritable massacre que je qualifie de « post-apocalyptique » (ce qui signifie qu’il y aura encore pire). 
C’est un art de vivre diront certains…, qui consiste à modifier l’esthétique d’une voiture, la carrosserie notamment.
Bien souvent ces voitures sont trafiquées pour simplement coller esthétiquement à la violence d’un monde chaotique rempli de brutes (je mets des clous partout), de barbares (je me ballade les pectoraux à l’air) ou d’Indiens (je passais par là par hasard avec ma veste à franges).
Il y a généralement corrélation entre la voiture et la masse d’ustensiles qui montre qu’elle ressemble plus à un char (voire à une compression de César) qu’à une voiture… et la personnalité du conducteur.
Les voitures des méchants sont anarchiques et sans goût (les méchants dans le no futur, n’aiment pas les Renault Espace et Citroën Picasso qui sont les voitures des gentils et propres…
Cette fausse Zimmer stigmatise tous les côtés exécrables des batardises américaines auxquelles nous sommes tous exposés depuis que certains magazines en ont fait leur soupe populaire dans une espèce de « melting pot » vantant des séries télévisées débiles comme : Agence tout risque…, Shérif fait moi peur…, saupoudrées de Walker Texas Ranger…, mais en pire (au passage, Nitro’mag’ peut remercier TF1, La Cinq et M6 !). 

Les anciens accrocs du regretté Dominique Chapatte (il n’est pas encore mort, mais c’est son destin), auront reconnu dans cette daube une célèbre marque d’automobile américaine, la Lincoln.
Passons maintenant au cœur de la chose, l’objet en lui-même.
Les Texans qui l’ont modifiée dans le style d’une Zimmer, revendiquaient le droit de gaspiller l’essence en se faisant plaisir de la seule manière possible et imaginable pour un Texan : en roulant à toute berzingue avec une voiture qui pollue un max. 
On m’a appris qu’il ne fallait jamais se moquer du physique d’autrui, que ce n’est pas bien, mais force m’a été de constater que les ceusses qui gravitaient autour et alentour de chez Ted Vernon avaient les plus belles têtes de cons imaginables… et débitaient avec Ted (et réciproquement) des dialogues on ne peut plus nazes : les courses de bagnoles, surtout des dragsters (omniprésents), rythmés par une country FM que même Garth Brook n’aurait pas osé enregistrer.
OK c’est bon les gars, je me mets au tri selectif !
Je n’entre pas trop dans les détails, mais je voudrais juste m’attarder sur un point qui à mes yeux fait passer cette fausse Zimmer Golden Spirit du statut de pitrerie délectable à celui de bétise abominable.
Ce point tient en deux mots : l’idéologie américaine.
Mais qu’est-ce donc ?
La morale est réellement édifiante : aux USA, dans ce milieu, la mécanique, la pollution, le tuning et les transformations sont élevés au rang de valeurs ultimes.
Les héros sont des innocents qui ne souhaitent qu’une chose : rouler avec des gros moteurs. 
Va Va Voum !
C’est déjà pas mal, non ?

Non, pour eux… et surtout pour les Texans, les Peaux Rouges avaient bien le gène de la folie meurtrière en eux (et l’irrépressible envie de se mettre en slip en haut des montagnes)…
Et bien figurez-vous qu’il y a pire, les américains ne manifestent pas le plus petit embryon de regret quant au génocide du peuple des natis amérindiens…
Consternant.
Quoiqu’il en soit, cette fausse Zimmer m’a changé un pneu des habituelles voitures italiennes, telles les Ferrailleries ! 
C’est bon de voir les Américains s’auto-complaire dans une idéologie vaseuse, sachant que leurs bobards ne peuvent plus convaincre personne d’autre qu’un Texan.
Pour une fois il n’y a pas eu des millions de dollars pour appuyer l’hégémonie automobile des USA.
Juste cette abomination… et moi, heureux de les voir se rouler dans la fange.
Le refrain d’une chanson phare de la country pure souche, résume tout le mal qu’on peut en penser avec les paroles : « We’re riding for our freedom »…
No comment !
Sauf que…
Voici, ci-après la photo d’une vraie Zimmer Golden Spirit, en arrière plan d’une Zimmer Quick Silver…
C’est tout de même mieux…, autant que l’horreur soit belle…
 

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