Vous connaissiez les Rolls-Royce Phantom, les Rolls-Royce Ghost et Silver Ghost…, il faudra bientôt vous asperger quotidiennement d’eau bénite pour conjurer la malédiction de la Rolls-Royce Apparition.
Le monde de l’automobile de très grand luxe, plus que tout autre, se nourrit d’idéologies qu’il porte ou révèle, tantôt miroir de la société, tantôt entreprise prosélyte.
A l’instar des grands mythes fondateurs (la frontière, la destinée manifeste) l’extravagance baroque conditionne l’esprit dans lequel sont produits diverses automobiles.
De fait, certaines valeurs sont mises en avant et présentées comme sacrées et nommées d’appellations étranges comme si ces engins venaient d’un au-delà fantasmagorique !

Ca fait un bail, donc un moment, qu’on est saoulé par ce genre de vision massacrant notre terrestre engeance.

Comme toutes les Rolls Royce destinées à des sur-êtres bourrés d’alcool et de problèmes philosophiques censés donner une certaine consistance à leur vie de milliardaires sans aucun intérêt pour le social, cette « Apparition » provenant des limbes terrifiantes des dessous de tables et autres combines atroces incluant diverses atrocités inavouables, donc jalmais avouées (je n’en écrirai donc rien), a un style qui oscille entre un premier degré hilarant et la caricature pathétique de ses intentions.

C’est un peu comme si un mécréant perdu dans l’équipe avait profité d’un dimanche matin pour shooter les plans de base dans le dos des responsables, surement plus occupés à accomplir quelques génuflexions qu’à se demander comment penser correctement ce qu’ils ont sur le papier, avec son lot d’envolées pompières ou il faut.

Ce qu’on peut déjà concéder à cet engin hallucinant, c’est qu’il a quand même un peu plus de gueule qu’une Mercedes familiale dont le design est une caractérisation du luxe bourgeois à la truelle (Je reconnais toutefois aux Mercedes quelques qualités techniques, certaines ne sont vraiment pas dégueu et quelques unes, frappent justes au porte-feuille).

Mais ce ne sont pas vraiment les raisons qui font de cette automobile extraordinaire une beauté tellement hallucinée qu’elle en devient une magnifique horreur… presque détestable…
Cette Rolls Royce Apparition doit également composer avec une lot de détails complètement foutraques à force d’accumuler diverses incohérences de design.
De toutes façons la voiture ayant été créée pour le bonheur de l’Humanité, elle ne peut pas nous faire du mal !

Reste a vous causer du loustic, qui, en créant cet engin, s’est déchu pour l’amour de l’inhumanité dont la profonde inculture sur les différents anecdotes que ressassent les quelques grandes superstitions qui dirigent le monde est redhibitoire.

Avant le destin funeste qui l’emportera, elle saura, en attente de cette fin, faire amende honorable car elle ne s’attarde bien sûr pas sur la vulgaire populace (la vulgate), n’ayant que faire du ramassis de clochards dégénérés qu’elle croisera entre deux palaces hors de prix.

Et je suis tombé des nues, si j’ose dire.
Alors pour creuser un peu le sujet, je me suis renseigné.
Le gars n’est pas un gros poisson, c’est une petite sardine à mettre en boite, il s’agit d’un jeune designer dénommé Jeremy Westerlund, étudiant au Art Center school of Design (avouez que ça pète). 
Qu’il se soit mis en tête de transcender Rolls-Royce est extraordinaire, puisque la préoccupation du moment tourne autour des petites voitures peu gourmandes et surtout aux véhicules électriques…

Dans cette vision cauchemardesque de notre devenir, cette Rolls-Royce serait une sorte de vaisseau piloté par une sorte d’Archange du design, une véritable tête de gondole quoi…

Le résultat laisse pantois mais devrait pouvoir plaire à quelques illuminés milliardaires, à recruter principalement chez les stars de la chansonnette facile et ausi auprès de quelques princes et rois du pétrole, avant que la terre n’explose dans une désolation atomique reste ubuesque.

Chacun/chacune y trouvant son bonheur…

Jeremy Westerlund (c’est lui), a ici mélangé des éléments classiques et futuriste, avec des jantes de roues en acajou… la forme « Torpédo » de l’egin diaboliquement explosif, placant le chauffeur à l’air libre, comme dans les voitures de course vintage (Jaguar Type D, Mercedes SLR), ou comme sur une torpille kamikaze…, tandis que la place alors dévolue aux explosifs ne manque pas pour des passagers recroquevillés sur eux-mêmes… ou placés volontairement dans des positions scabreuses et sexuelles…

Et l’avantage d’une marque comme Rolls-Royce est que son style déjà baroque se prête bien aux idées les plus saugrenues.
L’avantage d’une telle création, c’est que l’exercice de style permet d’offrir toutes les excentricités.
Le résultat de ces deux faits est également inspiré des anciens véhicules à chevaux, le design en reprend d’ailleurs l’idée d’un conducteur assis en hauteur à l’extérieur et des passagers installés dans un habitacle en arrière.

Aussi géniale qu’outrancière, elle a au moins l’avantage de changer véritablement la façon dont est pensée une automobile moderne.
Longue de plus de 7 mètres, la Rolls-royce Apparition reprend toutefois les codes classiques de la marque, avec une calandre massive surplombée de la Spirit of Ecstasy, le tout dans un style rétro-futuriste tellement baroque qu’il ferait passer le concept Maybach Exelero pour une fade japonaise.
Et si assumer une arrivée dans un tel engin demanderait à ses occupants l’excentricité d’une Lady Gaga, il faut bien admettre que le pied du tapis rouge des Oscars aurait une sacrée allure.

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