La Saleen S7 biturbo de 2007 était la réponse la plus folle aux États-Unis à la Bugatti Veyron

750 chevaux, des manières de voiture de course et aucun compromis. La Saleen S7 Twin Turbo reste scandaleuse. Irvine, en Californie, n’est pas Modène, en Italie, et Steve Saleen n’est pas la réincarnation d’Enzo Ferrari. Mais cela n’a pas empêché ce préparateur de Mustang’s façon racing, devenu constructeur de Supercars, de créer une Super/supercar capable de plus de 220 mph sur routes… etde plus entièrement américaine, jusqu’à son puissant V8 à poussoir de 7,0 litres monté au milieu du milieu… Ne vous y trompez pas, la Saleen S7 est une réalisation remarquable, mais la nouvelle version S7 Twin Turbo est conçue pour faire passer le facteur maximal de la S7 au-delà de la Ferrari et l’amener dans le domaine de la Bugatti Veyron.

Pas besoin d’être un scientifique de la fusée Tesla pour savoir que c’est une bagnole d’allure Kit Car de luxe ridiculement rapide. Imaginez que vous vous traînez à 50 mph en quatrième vitesse, coincé dans la circulation, quand soudain la route se redresse et que la double ligne jaune se termine (on est aux USA)… Vous vous signalez d’un appel de phares et clouez l’accélérateur au plancher… Le grondement métallique vacillant et taquinant du puissant V8 posé à quelques centimètres derrière votre tête explose en un mur sonore tonitruant et une vague de couple propulse la S7 Twin Turbo orange avec l’intensité d’une fusée Saturn V au décollage. Vous avez ainsi atteint 120 mph en environ le temps nécessaire pour lire cette phrase…

Ne vous laissez pas tromper par l’architecture simple du moteur V8 Saleen qui est toutefois tout en aluminium à carter sec : il n’a peut-être qu’un seul arbre à cames et deux soupapes par cylindre actionnés par de bonnes vieilles tiges de poussoir, mais son design basé sur un V8 Ford a bénéficié de millions de dollars de recherche et de développement menés par les équipes de course NASCAR. C’est léger en finale car un moteur Twin Turbo pèse environ 440 livres, m’a expliqué Bill Tally, vice-président de l’ingénierie chez Saleen, qui a commencé par faire des prouesses pour Kenny Roberts avant de passer aux sprint cars et aux stockers NASCAR compacts et très bruyants. Tout ça donne l’impression que ces “bras cassés” sont des miraculés…

Bill Tally, l’un d’eux, m’a indiqué que la Saleen S7 avait été prévue dès le départ pour avoir deux turbocompresseurs, mais que lors du lancement de la voiture en 2003, les 550 chevaux du moteur atmosphérique avaient été jugés suffisamment robustes. En effet, un essai de la S7 classique en septembre 2003 avait permis de passer de 0 à 100 km/h en 3,6 secondes et aussi de 0 à 100 mph en 7,7 secondes, et que la bête réussissait en 11,4 secondes le quart de mile à 127 mi/h, soit à quelques dixièmes de moins que les chiffres enregistrés sur une Ferrari Enzo… Ok, ca fait hasbeen totalement dépassé mais, la Bugatti Veyron de 1001 chevaux, atteignant 253 mph et coutant 1,25 million de dollars, avait toutefois établi des performances de même niveau…

Steve Saleen s’est mis à rêver qu’il bénéficiait d’un miracle, et cela l’a rendu déterminé à prouver que sa Saleen Supercar était à l’égal de tout ce que les meilleurs et les plus brillants cerveaux du monde des Supercars peuvent créer… Dans le deuxième paragraphe du dossier de presse, par exemple, vous pouviez lire que la S7 biturbo de 580.000 $ pouvait atteindre des vitesses supérieures à 250 mph. battant les Bugatti et Ferrari… Steve Saleen avait été possédé, il croyait que Dieu en personne lui offrait un miracle… Il a alors publié des chiffres, vous pouviez voir un temps annoncé de 0 à 100 mph en 2,8 secondes, et un temps sur un quart de mile de 10,7 secondes à 136 mph dans un tableau comparatif de performances incluant l’Enzo, la Porsche Carrera GT et la Mercedes-McLaren SLR, entre autres. Le tableau listait timidement une série de N/A pour la Bugatti Veyron. C’était bidon, mais c’est l’Amérique…

Donald Trump fait bien pire… Les chiffres revendiqués de Saleen dépassaient miraculeusement tous les chiffres revendiqués de la Veyron d’un dixième ou deux. Alors, la S7 biturbo était-elle vraiment un modèle supérieur à la Veyron ? C’est difficile à dire aux USA pour plusieurs raisons. Premièrement, la voiture conduite sur la route n’était pas la voiture testée sur piste (une mule plaquée 2001 mise à jour aux spécifications Twin Turbo). Ensuite, la mule d’essai était réglée pour le pilote d’essai de Saleen avec 4 turbos et une injection d’Oxyde nitrique , tout était bidon…(de plus il n’y avait pas de réglages de siège, les pédales devaient être déboulonnées et déplacées d’avant en arrière), et l’essayeur Neil Chirico ne pouvait pas rentrer confortablement dans la voiture.

Et de plus, personne n’avait alors testé une Veyron de manière indépendante pour voir sa vitesse réelle. Chirico s’était glissé dans la mule pour un test en huit, où il avait constaté que la voiture présentait un sous-virage initial surprenant. Mais les chiffres au départ arrêté ont été adapté par un jeu d’écriture indiquant 3,4 secondes 0 à 60 mph, 6,0 secondes 0 à 100 mph, et le quart de mile en 10,7 secondes à 143,8 mph, tout était faux entièrement l’œuvre du pilote interne de Saleen, qui avait mis au moins 14 courses (on estime normalement environ cinq) pour obtenir un résultat qui le satisfait. Jusqu’à ce que j’ai eu l’opportunité de tester la S7 Twin Turbo de la même manière que l’Enzo, la Carerra GT et la Mercedes SLR… Et là, j’ai souligné la supercherie…

Yeaaaahhhh ! On m’a offert le voyage A/R, les 10 jours d’Hotel-Palace 1er classe y compris le sercice “Escort-Girls de luxe” (en d’autres termes, il s’agissait de tester mes capacités sexuelles et textuelles adaptées aus sévices offerts… J’ai lachement accepté… Je me suis dit que les voitures sur route dans les mêmes conditions n’auraient pas mieux fait… On appelle ces résultats “des tests provisoires”. Une chose est sûre : la S7 Twin Turbo n’est ni aussi raffinée ni aussi rapide sur la route qu’une Veyron. Steve Saleen la qualifie de voiture de course pour la route (c’est fondamentalement une S7R de course sportive avec un moteur homologué et un intérieur entièrement garni pour les clients qui évoque le bruit, la fureur et l’effort moite d’un tour chaud au Mans).

D’abord, si vous voudriez faire pareil, vous devriez vous prendre ma place et ensuite vous devriez apprendre à vous installer dans une voiture merdique, faire levier par-dessus le large panneau de seuil et vous blottir contre le siège serré car le siège conducteur est huit cms plus près de la ligne centrale de la voiture que celui du passager, principalement pour que vos jambes s’alignent avec le passage pour les pieds étroit (et croyez bien que c’est vraiment étroit : vous auriez besoin de ces Pumas de course ou d’une paire de chaussures Tod’s pour éviter de vous écraser sur les pédales rapprochées). Une partie de l’expérience de la S7 consistait à passer 7 nuit à l’hôtel Ritz-Carlton de Dana Point, tout près, et à une visite à l’usine pour bien ajusrer le prix convenu !

Mais la réalité est que vous êtes coincé avec la réalité qui est pire que la position du volant qui est fixe. L’intérieur est correctement fini ; pas discrètement opulent comme celui des Veyron ni aussi théâtral que l’explosion d’aluminium, de fibre de carbone et de cuir matelassé éclatant que l’on trouve dans une Pagani Zonda, mais impressionnant pour une voiture à si faible volume. La console centrale comprend un système audio CD, des commandes pour le système de climatisation sur mesure de Saleen, et un écran de télévision arrière qui se déroule lorsque vous passez la marche arrière. Mais la tranquillité de l’habitacle est brisée dès que vous démarrez le moteur !

Même au ralenti, le V8 Saleen donne l’impression que quelqu’un a démarré un avion de chasse de la Seconde Guerre mondiale dans votre dos. Le levier de vitesses nécessite une poussée délibérée, et il faut un jeu de jambes habile sur l’accélérateur pour tout démarrer sans caler. La boîte compacte à six vitesses Randolph Austin gémit comme un vieil ascenseur de marchandises (héritage des angles de tangage de type voiture de course du jeu de vitesses, qui permettent aux petits engrenages de supporter les immenses charges de couple), la direction assistée (conçue par Saleen) souffle et siffle comme une locomotive à vapeur, et les freins flottants à fond cliquettent et fracassent sur les bosses.

Chaque fois qu’on démarres ce truc, c’est une aventure sonore. Et, pour être juste, c’est ce à quoi on s’attend d’une fausse voiture de course. Mais on a aussi le retour violent des réalités est du même niveau que la transmission à environ 2000 tr/min lors d’ouvertures légères de l’accélérateur. Le gros problème, c’est que, à part les rares occasions où vous faites la fête sur la piste ou sur route ouverte si vous etes suicidaire, vous passerez beaucoup de temps à vous débrouiller sur des ouvertures légères de l’accélérateur. La cause, m’a expliqué Bill Tally, chef de l’ingénierie chez Saleen, est principalement la cartographie du carburant nécessaire pour que le moteur respecte les normes d’émissions … ben oui, il fallait y penser…

C’est catalogué “Tier 2, Bin 8”, amplifiée par la transmission fortement enroulée. Autrefois, on aurait serré les dents et contourné le problème. Mais alors que d’autres groupes motopropulseurs extrêmes de supercars parviennent aujourd’hui à être bien mieux comportés, il n’y a vraiment aucune excuse pour cela. Trouvez la place pour permettre au S7 Twin Turbo de faire valoir ses muscles, et tout commence à s’assembler. Comme une voiture de course, elle paraît plus cohérente plus on la conduit fort et vite. La direction est rapide et directe, et, du moins sur la route, la grande Saleen plonge avec enthousiasme dans les virages… Vous priez que vous donnerez 10% des montants reçus à un chenil de Cockers si vous vous en sortez vivant…

La carrosserie sinueuse, soigneusement façonnée dans la soufflerie de l’Université de Glasgow en Écosse, commence à exploiter les zones de basse pression autour des ailes avant et du capot moteur pour produire une force aérodynamique à partir de seulement 40 mph m’a-t-on raconté comme une blague de 1er avril…. Une nouvelle face arrière, introduite sur les modèles 2005, offrira un meilleur appui aérodynamique à l’arrière et un meilleur équilibre global de la voiture, car la S7 d’origine pouvait être instable lorsqu’elle prenait les virages serrés. La conduite est en effet impressionnante pour une supercar roulant sur des pneus à profil ultra-bas, grâce principalement à un système de ressorts hélicoïdaux en deux étapes … C’est comme un Hot Rod…

C’est inspiré des motos d’usine des années soixantes sur lesquelles Tally travaillait. Les freins inextinguibles (des disques riquiqui qualifiés d’énormes disques de 15 pouces à l’avant et de 14 pouces à l’arrière) ne possèdent pas de système antiblocage, mais se modulent facilement grâce à l’ordinateur entre vos oreilles. Il n’y a pas non plus de contrôle de traction : vous conduisez une Saleen avec les mains, le cœur et vos couilles serrées dans votre pantalon. Les supercars ont des équipements très spécialisés, mais de nos jours, même les plus rapides sont remarquablement civilisées à conduire. Votre mère pourrait faire tourner au ralenti une Veyron (ou la Mercedes reflex moins cher à 455.000 $ d’ailleurs) sur un parking de super marché…

Notez qu’ensuite il vous faudra rentrer sur l’autoroute pour revenir tout en fredonnant un truc dément… La Saleen S7 Twin Turbo est strictement à l’ancienne une machine façon jeu de course de rue rugueuse, dangereuse, tachée de sang d’imprudents piétons, qui vous met toutefois sans cesse au défi de la maîtriser. Une obsession magnifique… Steve Saleen n’est pas le seul fou… De Colin Chapman de Lotus au créateur décédé de Vector (Jerry Weigert), en passant par Romano Artioli (l’homme qui a d’abord relancé le nom Bugatti avec la quatre turbo à transmission intégrale EB110), l’histoire de l’automobile est jonchée d’hommes qui ont rêvé de construire la voiture de route ultime, à leur manière…

