HotRod T’27 All Gold “Horror Vacui”…
Pour résumer avant l’article, ce Hot Rod Ford Model T Coupé 1927 à été réalisé à la manière Kitch doré des années 1960 qui revient vous hanter/déranger parce qu’il est typique du style Trump Kitch doré… Chérubins, pisapapèles, miroirs et aigles de rococó, la décoration “All Gold” a soumis le bureau présidentiel Américain de Donald Trump à “l’Horror Vacui” et l’ostentation qui marque également la personnalité du septième président Quadragesimo des États-Unis d’Amérique… La Quadragesimo est une encyclique du pape Pie XI, publiée le 15 mai 1931, 40 ans après Rerum Novarum, d’où son nom qui, en latin, signifie “dans la quarantième année”, écrite en réponse à la Grande Dépression, elle préconisait l’établissement d’un ordre social fondé sur “le principe de subsidiarité”, que Donald Trump a converti en “temps de prospérité qui laisse les incapables dans les égouts”… Ce HotRod “vomitif” est donc emblématique de l’Ere Trump et représente 2.000 heures de travaux menant à cette création sauvage/baroque inspirée des années’60 par Bill Osiakowski, constructeur californien de Hot Rods d’un look écoeurant de “siropositivité-dégoulinante”, vilipendé dès l’origine de sa création. Le terme “Horror vacui”, également appelée “kénophobie”, est une expression latine signifiant “Terreur du vide”, un concept psychologique connu sous le nom “d’agoraphobie”. Dans les arts visuels, il définit l’acte de remplir complètement toute la surface d’une œuvre avec des détails finement détaillés. Cette expression a une utilisation similaire dans la décoration, l’ornementation et l’ameublement. En physique, “l’horror vacui” reflète l’idée d’Aristote selon laquelle “la nature a horreur du vide”. C’était en réponse à l’idée de Démocrite qui décrivait l’Univers rempli d’atomes et de vide, Aristote étant persuadé que le vide n’existait pas et que l’Univers était partout rempli de quelque chose. Ses traductions en latin contiennent la locution “Horror vacui”. L’expression française pourrait venir de la traduction de la phrase latine, popularisée par François Rabelais : “Page, mon amy, emplys icy et couronne le vin ie te pry. À la Cardinale. Natura abhorret vacuum” , dans le chef d’oeuvre Gargantua (un de mes livres de chevet qu’il me plait de lire et relire), qui se trouve à fin du chapitre IV, de l’édition de 1535 imprimée à Lyon (La plus rare de toutes). Comme quoi le Hot Rodding déviant mène à quantité de choses que vous ignorez…
Le kitsch qui en découle, semble né d’une rencontre : le désir naïf de consommer de l’art dans une société bourgeoise et industrielle du XIXè siècle, et la possibilité, par cette industrie, de fournir des copies d’œuvres d’art sur tout support. Du coup il est difficile à cerner. Ce n’est pas un courant artistique fondé sur une vision du monde ou de l’art, comme le romantisme ou l’art conceptuel. En ce sens il est d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs. Il n’est pas plus une manière ou un style, comme le maniérisme ou le vérisme. Guère plus un genre, comme l’histoire et le portrait, ou la comédie et le mélodrame. C’est encore moins une école alliant plusieurs personnalités, comme l’école de Barbizon ou celle de Paris. Il est pourtant tout cela à la fois. Le kitsch est, de prime abord, un jugement de valeur. Le mot le dit. “Kitschen” signifiant “Ramasser des déchets dans la rue, revendre de vieilles choses après rénovation ou encore gribouiller, brader, vendre en dessous du prix pour faire entrer de l’argent”. Le kitsch est ainsi une braderie de vieilleries à peine rafraîchies, d’objets recyclés, de mauvais goût, de mauvais genre. Dans les cercles artistiques il désignait une image de piètre qualité, bon marché, un cliché surchargé sans âme. C’est donc d’abord une affaire d’argent : la matière première dans laquelle le Kitch est conçu ne vaut rien, le produit fini devant être lucratif pour le vendeur, et flatteur pour l’acheteur qui doit en avoir pour son argent. L’objet kitsch doit donc faire bonne impression. Il est tape-à-l’œil et illusoire. C’est une minable marchandise déclassée… A la notion d’œuvre, toute aristocratique, littéralement inestimable, celle dont la dignité spirituelle est hors de prix puisque aucun chiffre ne peut égaler sa qualité absolue (c’est pourquoi les grandes œuvres d’art donnent lieu à des enchères indéfinies), à la notion d’œuvre d’art donc, se substitue celle d’objet décoratif. L’œuvre renvoie à l’homme qui la crée, à l’originalité d’un talent ou d’un génie ; elle est l’effort d’une existence ; elle porte la marque d’un esprit et fait sens. L’objet renvoie à un mode de production et de distribution ; il porte une marque de fabrique ; il se consomme, et en ce sens est périssable. Pourquoi donc préférer un objet déclassé à une œuvre ? C’est une question d’argent ! A quoi bon payer une œuvre les yeux de la tête quand sa copie fait le même effet, à moindre coût, quand un produit de récupération permet tout autant de poser son homme ?
C’est “Le bel effet à moindre coût”. En cela le kitsch semble être pris en tenaille entre une valeur esthétique “le bel effet” et une valeur économique “le meilleur prix”. Il n’est pas en lui-même une valeur esthétique, comme peuvent l’être le beau ou le sublime. Il le devient. D’abord par un effet de propagation : la beauté de l’œuvre initiale se retrouve dans son Ersatz, même si c’est à l’état de ruine (voire de fausse ruine…). Puis par un effet de reconnaissance : le simili étant apprécié tel quel par une personne dont le goût limité se contente et se satisfait d’un produit de second ordre, fait à la manière de… Pour ce genre de goût “le revival” vaut largement l’original. Enfin, par un effet d’ostentation : l’objet kitsch est exposé et assumé comme tel. Puisque “c’est tout comme” c’est tout comme entre l’original et son double, le bel effet est ainsi digne d’être montré. Dès lors la pacotille change de statut : de toc elle devient chic, de bibelot chiné elle devient œuvre, de sous-produit elle devient art. Comment peut donc s’opérer une telle conversion ? Je postule qu’il ne s’agit pas d’un simple renversement historique, mais d’une réversibilité inhérente à la valeur kitsch. La conversion en art tenant pour partie à des éléments historiques, économiques et sociaux. Elle est liée au développement de l’industrie, à la puissance financière et politique de la bourgeoisie montante. Le XIXè siècle fut celui de l’industrialisation, du machinisme. Il en résulta des objets fabriqués à grande échelle, et de façon mécanique pour des raisons de rentabilité. Cette massification, à savoir des objets destinés au plus grand nombre, ne pouvait passer que par une esthétique de l’effet, susceptible de plaire au plus grand nombre, aux dépends du métier relégué à l’artisanat et aux connaisseurs. L’urbanisation des populations, liées au besoin de main d’œuvre et aux facilités de production, marqua la perte du goût rural pour un goût urbain. Apparurent de nouvelles classes bourgeoises, surtout les classes moyennes qui avaient un pouvoir d’achat suffisant pour leur permettre de changer leur registre d’objet, mais insuffisant pour s’acheter des oeuvres de maîtres. Prises entre le besoin de s’identifier aux classes supérieures par des signes extérieurs de réussite sociale et des revenus insuffisants, elles s’orientèrent vers l’inauthentique, la copie, l’imitation. S’ensuivit une crise de la culture : le modèle aristocratique, celui de la singularité exceptionnelle enracinée dans les temps anciens…
Avec les idées de patrimoine et de lignée, il vola en éclat devant le culte de la foule, celui des masses exaltées par des temps à venir, avec les idées de progrès et de brassage social… Nietzsche, qui fut un des premiers à penser la culture des masses, dévalua cette esthétique du troupeau : l’histrionisme, la mise en scène, l’art de l’étalage, la volonté de faire de l’effet par l’amour de l’effet dont il tenait Wagner pour le plus grand représentant du goût des masses… Vu ainsi le kitsch est bien le décor sans unité de style du “Philistin” ce bourgeois gentilhomme de l’Allemagne du XIXè siècle qui a tout faux, pour peu qu’on entende cette expression familière littéralement et dans tous les sens. Le kitsch est bien un terme d’origine bavaroise, à l’image des architectures pâtisseries de Louis II de Bavière, copies délirantes des châteaux de Louis XIV, ou des chopes de bière munichoises aux décors aussi enflés que la mousse qui y repose. Mais ce goût tape-à-l’œil n’est pas une exception teutonne. Les grands magasins parisiens, le Sacré Cœur, les fausses ruines d’Alphand au Parc Monceau, comme le château de Cendrillon à Eurodisney valent bien leur pesant de faux sucre. Comme le comprit Nietzsche, cette crise était plus que la répercussion d’un changement économique sur la superstructure politique et culturelle. Elle s’enracinait dans une crise des valeurs. C’est pourquoi Hermann Broch, qui sur ce point suivait Nietzsche, interprète le kitsch par une théorie des valeurs. L’aristocrate séduisait par son ascendant ; le philistin épatait par sa réussite. En effet, dès lors que la foule devenait le moteur de la production et l’objectif de la vente, le plus grand nombre devenait la référence du beau et du vrai. Alors que le classicisme cherchait à plaire et instruire, comme disaient “La Fontaine” et “Racine”, en réglant la beauté sur la vérité, en respectant des règles académiques, le kitsch s’inscrit dans les valeurs les plus mièvres du romantisme : le beau s’aligne sur le plaisant, le bien se ramène aux grands sentiments, le vrai se réduit à l’opinion du plus grand nombre. Cette crise des valeurs n’est pas l’effet de quelque obscure crise de civilisation : elle résulte d’un processus historique de déclassement de l’aristocratie, et de surclassement de la bourgeoisie, d’un point de vue psychologique, pour peu qu’on puisse entrevoir comment une classe veut entrer dans l’esprit d’une autre sans s’aliéner.
Le kitsch, étant apparu dans un processus de mimétisme et d’euphorie, une classe se donnant les apparences d’une autre dans la joie de son ascension, il se satisfait de l’inauthentique. Faute de mieux, nous nommerons ce phénomène social et historique “l’esthétique du parvenu”, le parvenu étant une personne hissée au-dessus de sa condition première, mais qui n’en a pas acquis les manières bien qu’elle s’applique à les copier. Le parvenu est toujours menacé de singerie : même s’il est parvenu à un certain niveau social, on lui reproche toujours de n’être pas arrivé à en avoir les manières, justement parce que celles-ci ne s’acquièrent pas du jour au lendemain mais sont instillées au jour le jour dans une éducation dynastique de longue haleine. Parvenu est donc un terme péjoratif et ambigu : qui est parvenu à un certain niveau social découvre que ce niveau recèle divers milieux auxquels il n’a pas accès. Un parvenu n’est pas un accédant. Le kitsch représente donc un processus historique de dévaluation de l’aristocratisme : on en emprunte les valeurs, non pour se les approprier comme signe d’appartenance, mais pour les copier comme signe extérieur de promotion ou de réussite. Le goût aristocratique opère en système clos, telle affectation valant dans un code de connivences qui permet de se faire reconnaître de ses pairs, comme cela s’entend dans “La Grande Illusion” (1937) de Renoir où les deux officiers ennemis, le capitaine de Boëldieu et le capitaine von Rauffenstein, se reconnaissent comme aristocrates sous le regard de Maréchal le roturier et de Rosenthal le juif. Inversement le goût kitsch fonctionne en société ouverte, telle expression valant comme un gradient dans une échelle de stéréotypes présumés être les apparences garanties de telle ou telle classe supérieure, s’adressant à quiconque pour montrer que la mise en œuvre de telle apparence exprime bien l’adhésion à telle classe, comme dans les séries américaines où les dîners en tête à tête des gens présumés riches, et ils le sont puisqu’ils ont ou une Mercedes, ou une Cadillac et invariablement une Rollex, se passent toujours dans un restaurant, toujours devant un verre de Chablis, toujours en robe du soir, toujours avec une blonde, la brune étant toujours réservée pour les dîners de rupture, parce que tel est supposé être l’imaginaire de l’Américain moyen.
Le goût aristocratique fonctionne en interne ; le goût kitsch veut s’assurer du regard de l’autre. En cela il est bien tape-à-l’œil, m’as-tu-vu, exhibitionniste, comme dans ces chromos pornographiques de Jeff Koons où ce qui est à voir est moins le panache de telle ou telle acrobatie kamasutresque que les yeux de Jeff et de sa virginale Cicciolina, cherchant l’œil de l’objectif, soit le regard du spectateur. En cela le kitsch est une apostrophe qui s’inscrit dans un rapport dialogique. Ce rapport ne se fait pas de façon ascendante entre le parvenu et l’aristocrate, ce dernier ayant déjà assigné le premier comme un béotien – tragédie de Barry Lindon -, mais de façon descendante entre le parvenu et sa classe d’origine. C’est pourquoi l’objet kitsch peut-être un faux, une contrefaçon, une copie. Cette inauthenticité, indéniable flétrissure de l’infamie pour l’aristocrate, compte peu pour le parvenu, car seule l’épate pèse dans son calcul, i.e. faire bonne impression sur ses ex-camarades de classe, ceux-ci jugeant l’objet tape-à-l’œil d’après leur propre inculture, se contentant des symptômes stéréotypés de la réussite. L’objet opère donc comme un fétiche : il ne vaut pas pour lui-même, mais pour la puissance dont il est manifestation. Comme l’objet ne vaut pas par son authenticité, son rapport direct à l’origine (quelle qu’elle soit) qui fonde sa valeur, mais par sa relation au regard, qui borne sa relativité, il est toujours menacé de désaffection. Cet objet doit donc solliciter l’autre, attirer son attention dans une sorte d’existence conditionnelle. D’où une pratique de la surcharge. Le kitsch est “too much”... En cela il frise le ridicule. Son style n’est ni sobre ni pompeux mais ostentatoire par la communication qui tombe dans l’excès faute d’être sûre d’être entendue. Et le parvenu à raison de s’inquiéter puisque, quoi qu’il fasse, l’aristocrate ne l’admettra pas. Ces figures d’exubérance peuvent être, l’emphase, la redondance, la périssologie (abus de superfluités) qui ajoute de l’énergie à l’expression, mais non de la pensée, ou l’explétion par adjonction de compléments accidentels qui remplissent l’espace sans apport de pensée. Du coup cette manière devient impertinente et arbitraire : inappropriée à la situation, elle est sans nécessité interne. De là on peut en venir à l’hétérocLe kitsch remonte donc d’une valeur esthétique, le bel effet, à une valeur éthique, l’égoïsme de l’inauthentique, fondée sur une thèse ontologique : l’être est toute positivité.
Dialectiquement ce tout-positif, masquant la négativité, revient à un nihilisme puisque l’affirmation exclusive du tout-positif se fait par la négation de toute opposition, maquillée par un semblant d’unité, de sorte que plus rien ne vaut sauf le faux-semblant. La vie est belle, le bonheur est de ce monde, pour s’en persuader un beau décor suffit, et il n’y a pas lieu de douter de cet état idyllique, Eden retrouvé. Ainsi le kitsch devient kitsch totalitaire par sa volonté à être une thèse globale sur la nature du monde et de l’existence. Dès lors l’artifice devient l’essence de l’art : célébrer le monde et requalifier l’existence reviennent à échafauder un décor de beaux sentiments (la fraternité, l’espérance) en niant la négativité inhérente au monde. En cela le kitsch est une méthode de (re)présentation applicable à tout régime politique en situation de spectacle: que ce soit les pom-pom girls des élections américaines, les tableaux vivants des Cents fleurs maoïstes, ou le charity business (tel Bernard Kouchner portant un sac de riz sur les épaules sans salir son impeccable saharienne). “Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil” pourrait être la devise du kitch… Dès lors si le kitsch est ce processus de singerie d’un art et d’une culture par le prosaïsme d’une autre classe prompte à calculer ses effets,relève-t-il de l’art ? Ce que nous appelIons l’art ne commence qu’à deux mètres du corps. Mais voilà qu’avec le kitsch, le monde des objets se rapproche de l’homme, il se laisse toucher et dessine finalement ses figures dans l’intériorité humaine. Dépossédée de son aura, de cette distance qui faisait qu’elle était tenue en respect, l’œuvre d’art devient un objet disponible, à portée de main. L’objet kitsch est maniable, fait corps avec notre désir de possession et de représentation. Son caractère plaisant induit une sorte de gourmandise qui fait qu’on veut goûter la chose par tous les sens : on veut la toucher, la soupeser, la renifler presque, en tester la sonorité, etc. Alors que l’œuvre d’art gardait ses distances, supportant mal une proximité profanatoire, l’objet kitsch est familier, offert au tout-venant. L’une s’éprouvait dans la pénombre recueillie d’une intimité ; l’autre se vit à ciel ouvert, dans le rire et le bruit. Fruit de l’industrie culturelle, il s’adapte à la fréquentation en nombre. Peu importe sa valeur péjorative.
Peu importe que les tenants de la vraie culture le tiennent pour une dépravation de l’art prosaïque et comptable. Car cette dépréciation n’est qu’une réaction. En premier lieu, celle des aristocrates… En second lieu, celle des gens de culture et de tradition. Toute méditation sur la transcendance, donc sur une dualité entre l’ici-bas et l’Autre absolu, ne peut que résister à la divertissante et insouciante superficie du kitsch. Peu importe : le kitsch n’est pas une promesse de bonheur, pour reprendre le fameux mot de Stendhal, mais un air de jubilation enfin accompli.C’est pourquoi il abolit la frontière entre objet et œuvre. Par exemple, un nain de jardin peut avoir tous les statuts : produit par la société Heissner ce sera un objet bassement décoratif, réalisé par le designer italien Beppe del Greco, ce sera un objet des arts décoratifs, réalisé par l’artiste Auge, ce sera une oeuvre d’art produite industriellement, installé par Patrick van Caeckenbergh dans le parc de Bagatelle, ce sera une authentique oeuvre d’art. Une même chose, tantôt vendue dans une jardinerie, tantôt exposée dans un Salon aura ou non le statut d’œuvre d’art. L’art kitsch ne produit donc pas des choses particulières : il convertit des choses triviales en œuvres… Et cela selon une conception institutionnelle de l’art (est art ce qui est homologué par ceux qui déclarent en faire profession). Le kitsch fait riche : il est la bonne conscience des nouveaux riches. Valeur d’emprunt, il est déprécié comme comble du mauvais goût par les gens de goût. Le refus du kitsch discrimine les personnes de qualité des rustres, selon une sélection toute aristocratique. Un intérieur traditionnel peut bien être un indescriptible capharnaüm d’œuvres et bibelots rares, comprenant des choses parfois surannées, défraîchies, restaurées, mais elles seront toujours authentiques. La patine, cet “effet de démodé” est l’indicateur de cette authenticité : la caresse du temps qui exprime un milieu choisi, une lignée continue. L’intérieur kitsch, en revanche, sent trop le frais. Il sent l’effort pour avoir l’air, pour faire grand genre, pour avoir la classe ! Le kitsch est toc, trop propre sur lui. Alors que la théière rococo de grand maman, héritée de l’illustre Tante Adèle, a un je-ne-sais-quoi d’ébréché, ou quelque imperceptible fêlure lui conférant les marques d’un patrimoine, une théière kitsch, façon rococo, n’est jamais assez culottée pour avoir la délicate saveur de l’ancien.
Le kitsch trahit le nouveau-riche : il ne trompe pas son monde. Mais en même temps il plaît au plus grand nombre. Il est apprécié à deux titres. En premier lieu, les rustres, à l’esprit lourd, au goût gâté, aiment leurs objets kitsch, témoins de leur réussite. Le kitsch devient donc le goût du parvenu puisqu’il doit affirmer ostensiblement les attributs de l’accès à la classe aisée, à savoir la détention des œuvres de référence. Certes nous sommes dans les apparences qui se contentent des ressemblances, et dans un processus de mimétisme, mais peu importe car l’objet kitsch remplit la même fonction que l’œuvre originale : affirmer une distinction. Le David de Michel-Ange que j’ai dans mon jardin n’est pas en marbre de Carrare mais en plâtre de Castorama ; il n’est pas de Michel-Ange, mais de Taïwan ; il ne fait pas cinq mètres de haut, mais un mètre douze ; il n’a pas le sexe nu mais recouvert d’une feuille de vigne ; il n’est pas seul, mais entre une Vénus de Milo et une Vénus de Botticelli en résine. Vous raillerez mon goût de “plouc” (celui qui habite un plou, une paroisse en breton). Qu’importe ? Mon David me plaît, c’est ma manière d’apprécier Michel-Ange, c’est ma façon de montrer aux gens de mon milieu que j’ai de la culture. Vous penserez que je suis un parfait crétin. Vous aurez raison. Qu’importe, si je pense que le crétin est celui qui ne peut pas donner une âme à son jardin avec des sculptures ? En second lieu, Le kitsch est bien une esthétique bourgeoise : régie par le principe de parcimonie, qui veut obtenir le plus d’effet pour le moindre effort, l’objet kitsch brise le fétichisme de l’œuvre pour lui substituer celui de l’objet. Il comprend que la propriété de l’œuvre d’art était moins dans sa qualité intrinsèque, généralement attribuée au talent de l’artiste, que dans la fonction qu’elle remplit, à savoir être un substratum d’investissement affectif et de reconnaissance sociale. En effet, bon nombre d’œuvres d’art sont admirées non pas en tant qu’originaux, mais à partir de copies d’originaux. Dans l’histoire de l’art, peu nombreux étaient ceux qui pouvaient admirer telle œuvre originale, déposée dans un palais princier, dans une chapelle papale, ou dans quelque cloître retiré. On admirait les fameux génies de l’art d’après leurs copies. N’oublions pas que Kant, si prompt à théoriser sur le génie, n’a jamais vu un Michel-Ange. Quant à Hegel, grand admirateur d’art, il vante les mérites de Michel-Ange à partir d’une copie…
Il a reconnu, lors de sa visite au Louvre, découvrir tardivement des peintures originales qu’il n’admirait alors qu’à partir de gravures. Combien de touristes s’extasient aujourd’hui devant une copie du Laocoon, dans la grande galerie du Palais des Offices à Florence, ignorant que l’original est au Vatican, si tant est qu’on puisse parler d’original pour une œuvre mutilée puis restaurée. La vertu de l’œuvre n’est donc pas dans son originalité mais dans son amabilité, dans sa capacité à être aimée, qu’elle soit originale, copiée, fausse. Ici tout n’est qu’ordre et santé, luxe, palme et volupté ! Le kitsch est superficiel, certes, mais c’est tellement reposant et amusant ! En jouant sur les mots nous pourrions dire que kitschen est kitzeln, ça gribouille et ça chatouille. “Rien que du bonheur”. Une guimauve molle et sucrée facilement consommée. Cet art de l’effet et du bonheur ne peut être qu’un art de la superficie satisfait de sa facilité : tout se passe au niveau du visible, sans qu’on se prenne la tête à chercher quelque dimension invisible et encore moins intelligible. Nous sommes au niveau de l’immanence, sans quête de transcendance. Pas d’arrière-plan, pas d’arrière monde, pas de double sens. De l’hic-nunc, immédiatement accessible : pas de négativité ! Pas d’aspérités non plus, ça glisse au pays des merveilles, comme sur les eaux réglées de la Rivière enchantée du Jardin d’Acclimatation. Le spectacle du paradis : un univers hors du temps, insouciant. Un monde lisse, serein, souriant, jeune qui n’est pas frappé par les rides du temps, les cernes de la détresse, les cicatrices de l’histoire. Un monde édénique d’avant le péché originel : ni doute ni soupçon, aucune présence de la dualité. Un monde strictement positif en parfaite coïncidence de soi avec soi-même. Un monde sans histoire(s). Le monde de l’Un retrouvé, non pas au plan métaphysique d’une affirmation moniste de l’être, mais dans le bibelot proliférant, dans l’ère de la marchandise radieuse, spectacle risible de notre volonté d’oublier notre dérisoire condition.
Le kitsch apparaît comme un optimum : le meilleur rapport qualité/prix entre une dépense et une gratification sociale. Voilà… Il est grand temps de causer du Hot Tod doré… Waouwwww ! Enfin on y vient…. La plupart des gens recommandent que lorsque vous construisez une voiture, vous élaboriez un plan et vous y tenez. C’est un bon conseil, mais nous sommes plus que contents que Bill Osiakowski ait changé d’avis sur la tournure de cette voiture.
La posture de grattage au sol est due aux airbags Slam Special. La suspension a environ quinze centimètres de débattement, idéale pour les vitesses en centre commercial : “J’ai acheté le corps rouillé à un homme à Visalia, en Californie, parce que je voulais construire un Rat Rod. Cette idée a rapidement été abandonnée et le projet a évolué pour devenir ce Hot Rod Kitch d’aujourd’hui”, explique Bill. “Je me fais un peu accuser de certains parce qu’il y a des airbags et des pneus radiaux à l’avant. Alors je leur dis que dans les années 60 on n’avait pas de peinture perlée de glace ni tout ces flocons de métal sophistiqué dans lequel les HotRods des années 80 pouvaient être peinturlurés”... Bill a maintenant 94 ans et il était déjà là dans les années cinquantes. “Certaines personnes ne comprennent pas ce Hot Rod doré. Je sais que ce n’est pas exact pour l’époque, c’est une représentation. Bon sang, je faisais juste que rigoler !” dit-il. Considérant qu’il faisait juste le clown, c’est un très beau Hot Rod, probablement parce que Bill et son associé, Ron Reed, dirigent une entreprise de fabrication de Hot Rod’s appelée “King Pin Hot Rods” à San Jose, en Californie. L’idée d’y placer le V8 Boss 429ci du Model T bimotorisée de Rod Hadfield n’a pas eu de suite… C’est à cause du du réservoir de carburant et des airbags. Les feux arrière sont des Cadillac ’59, montés dans des godets Ford ’37 et protégés par des lances personnalisées qui percent les lentilles. “On a un atelier de 6800 pieds carrés. La plupart sont des affaires clients, mais nous avons aussi quelques trucs avec lesquels nous nous amusons. La plupart des pièces du T ont été recyclées, des trucs que j’avais traînés par ici. Il n’y a pas vraiment beaucoup d’argent dedans, peut-être 30.000 dollars US, mais la main-d’œuvre est la cause. J’ai probablement 2.000 heures de travail rien qu’en carrosserie. Ce n’est peut-être pas un véhicule quotidien, mais il est assez confortable. Les phares sont rares. La calandre sectionnée de 1932 est remplie d’un insert Dan Fink. L’une de ces pièces recyclées est l’entrée ultra-cool des six carburateurs. C’est un Edelbrock X1 qui a été mis en service pour la première fois en 1955. J’ai échangé une admission GM double à quatre corps dans les années ’70 et j’ai construit mon Hot Rod autour. Les couvre-bascules sont d’anciennes unités Cal Custom à six ailerons, avant qu’ils ne commencent à les fabriquer en série. C’est difficile d’en trouver de belles de nos jours”, dit Bill. Deux semaines de meulage et de lissage plus la peinture Kandy Gold font briller le bloc 283.
Les six glucides de l’Edelbrock X1 fonctionnent tous ! Tous les carbus fonctionnent aussi : “Il a fallu beaucoup de temps pour construire cette liaison, donc ils ont tous dû fonctionner ! Les carburateurs sont des Holley 94 à deux canons, reconditionnés par Charlie Price chez Vintage Speed en Floride. Le moteur n’est pas trop fou mais il a eu un réalésage et a été équipé d’un bumpstick Comp Cams. À l’intérieur, il utilise des pistons forgés et des tiges Chevy roses”. Et l’échappement ? “Huit Zoomie’s ont été équipés de déflecteurs et ils font un assez bon travail pour les atténuer. Imagine jusqu’où tu irais en roulant avec des tuyaux comme ça ? Probablement aussi loin que la prison la plus proche !”… Comme Bill avait commencé avec la carrosserie, il a dû fabriquer le châssis de zéro. En commençant par un tube ×2 pouces pour les rails principaux, il a fabriqué une traverse pour renforcer le châssis et monter la boîte de vitesses Turbo 350. La seule façon de faire descendre un Hot Rod aussi bas est de faire un Z sur le châssis aux supports de suspension avant et arrière. Bill a relevé l’avant d’environ 8po et l’arrière d’environ 12po, puis a exagéré la chute avec des airbags Slam Specialty aux deux extrémités. Ils peuvent parcourir environ quinze centimètres de déplacement mais comme on peut le voir sur les photos de conduite, Bill ne soulève pas autant la voiture quand il roule. À l’avant, l’essieu en I abaissé est placé avec des épingles, tandis qu’à l’arrière, un quatre barres maintient le différentiel de 9po en place. Les amortisseurs sont chromés, les unités de Pete et Jake partout. L’intérieur est aussi fou. Le tableau de bord personnalisé comporte deux jauges à nasses, tandis que les sièges étaient fabriqués à partir de tabourets de bar. Les garnitures sont en vinyle métal flocons blanc nacré et or. Avec une combinaison de châssis et moteur aussi folle, Bill ne pouvait que mettre une carrosserie de Model T. Les coupés Model T sont rares de nos jours car il y a peu d’options en fibre de verre pour eux et la plupart des gens préfèrent l’espace supplémentaire dans une Ford A ou 32, mais rien ne fait le show des années 60 comme un coupé Model T fortement découpé. Et ils ne peuvent pas être plus martelés que ce coupé. Bill pense qu’il n’en a jamais vu un coupé comme ça auparavant. Le sommet a été coupé de 9po, avec l’avant de la pente coupé de 3po supplémentaires.
Tous les sommets des portes ont dû être remodelés pour correspondre au toit, mais pour garder la lunette arrière proportionnelle, elle n’a été découpée que de 3po. “Réussir la coupe du toit a été la partie la plus difficile. Les gens pensent qu’ils sont droits mais ils ont la forme d’un haut-de-forme et sont plus larges en haut. Le dessus est en peuplier façonné pour donner un peu de couronne au toit, puis recouvert de contreplaqué” m’a expliqué Bill qui aime conduire son Hpt Rod, d’où les pneus radiaux et les freins à disque. Les étriers sont montés sur des supports de flamme personnalisés qui couvrent presque l’arrière des roues… La touche finale est le toit rembourré, orné de cinq lances sur mesure qui courent au centre. Aussi fort que soit le choc, ce sont probablement les nacelles qui partent du haut du capot et traversent le pare-brise qui suscitent le plus de commentaires. “J’ai enlevé la porte de la bouche d’aération et j’ai dû boucher le trou avec quelque chose, alors j’ai pensé à faire entrer les jauges directement par la fenêtre. J’ai utilisé des conduits électriques en acier pour les tubes puis j’ai fabriqué un tout nouveau tableau de bord. Le coup de toit n’était pas simple à cause de l’évasement du design d’origine”. La partie compliquée a été de couper la vitre du pare-brise. Il a fallu quelques essais pour que ce soit parfait car le verre n’aime pas vraiment être coupé. Le reste du verre de la voiture est teinté en bronze pour s’intégrer à la palette de couleurs extérieure. La peinture de cette voiture est tellement belle qu’on a juste envie de la lécher. Pulvérisé en produits House Of Kolor par Joe Stockdale, chez “Stockdale’s Hot Rod Paint”, il se compose de trois couches de KO-Seal argenté, quatre couches de base Orion Silver, six couches de Kandy Pagan Gold, trois couches de vernis, puis d’une couche en flux avec deux couches supplémentaires de vernis. Il y avait un peu de ponçage, il manque peut-être une ou deux couches maintenant, mais pour vous éviter de compter, il y a 19 couches de peinture !
Une voiture de spectacle folle a besoin d’un intérieur fou, et c’est exactement ce que Bill a façonné pour sa T. Quelques tabourets de bar ont été sacrifiés pour les bases des sièges, tandis que les dossiers et à peu près tout le reste ont été faits sur mesure y compris le volant. Oui, Bill a fabriqué les rayons, puis a pris un gros morceau de Lexan, l’a déroulé pour former un anneau, puis l’a façonné à la main en une belle forme ronde. Elle a ensuite été pulvérisée de la même teinte dorée que le corps et complétée d’une balle centrale faite main. Des floons métalliques dorés et du vinyle blanc nacré finissent l’intérieur avec la bonne dose d’éclats. Les dernières pièces du puzzle étaient les roues. Non, ce ne sont pas des Dragway ; ce sont des Astro Supremes. Ils mesurent 15×7 et sont équipés de 165R15 BFG Silvertown à l’avant et de slicks Radir à l’arrière. Bien que les Supremes soient le plus souvent vues sur des voitures de type lowrider, elles conviennent parfaitement à ce Hot Rod sans jeu de mots, et placent vraiment la voiture dans les années 60… Chevrolet V8 283ci / Six Holley 94 sur admission à ramier transversal Edelbrock X1 / Arbre à cames d’origine retravaillé Comp Cames / Poussoirs hydrauliques / Pistons Forgés / Anneaux en Chrome-modylin / Radiateur personnalisé en laiton et cuivre avec ventilateur électrique de 14po / Échappement zoomies personnalisés avec déflecteurs intégrés / Allumage Accel vertigin, bobine lance-flammes, câbles haute énergie 5 mm / Boîte de vitesses : T350 / Différentiel 9 po, essieux 31 cannelures…





























