1939 StreetRod PLYMOUTH
J’ai honte de voir nos gens, cons mais bons franchouillards, enivrés de leurs sautes d’humeurs, s’effaroucher des formes d’autos contraires à leurs habitudes. Elles leur semblent être hors de leur élément, quand elles sont hors de leur chez-elles, de leur bled, de leur ville, de leur pays. En faits (et gestes) où qu’ils aillent, les franchouillards se tiennent à leurs façons, et abominent les étrangetés qui ne sont pas les leurs. Découvent-ils d’extraordinaires Hot Rod’s illuminés, tous critiquent : les voila ensuite à se rallier et à se recoudre ensemble, à condamner ce qu’ils qualifient issus de moeurs barbares. Pourquoi donc s’inquiéter des moeurs étrangers, pas nécéssairement barbares, puis que non françaises ? Encore, sont-ce les plus habiles qui les critiquent, pour en médire ?
La plupart ne prennent l’aller que pour le venir. Ils voyagent couverts et resserrés, d’une prudence taciturne et incommunicable, se défendant de la contagion d’un air inconnu. Notez qu’une grande multitude de ces ahuris sectaires et névrosés finissent par s’étioler, plus gère soutenus en cause de la disparition totale pathétique du Goupre Michel Hommel éditant Nitro, noyé dans un océan de dettes… Aucun de cette secte n’allait à la rencontre des autres, ni dialogues ne pouvant s’ouvrir en dehors d’affaires intimes , d’artifices assurément, quand bien même fussent-ils habiles et acérés. Montaigne le savait : c’est d’abord de complexion de l’âme dont il s’agit, d’une disposition où l’on se met, d’une position que l’on adopte pour accueillir ce qui de l’être éclot.
J’ai appris ceci au moins de la philosophie que rien, jamais, ne nous assure jamais de la réalité de nos perceptions, que nous ne sortons jamais de nous-mêmes, ni de nos sens, ni de notre intellection, encore moins de l’espace étroit de notre langage, de ne jamais le pouvoir tant nous sommes prisonniers en forteresse infranchissable… Qui garantira que regardant, on ne fasse pas ployer le réel à ses propres normes et formes ne serait-ce que pour le percevoir ? Or, dans percevoir, comme dans expérience, se déniche, se découvre l’infini. Je ne sais qui de moi ou de l’autre, qui de moi ou du réel, puisse filtrer ainsi tout autre ; je sais seulement qu’il n’est de regard qu’à distance ; qu’il n’est d’altérité que par écart à soi ; qu’il n’est de relation que par cette transition ou ce filtre…
Et aussi par les transactions qui nous font mimer le décentrement… Kant avait vu les catégories c’est-à-dire le jugement, le procès. Mais il en a oublié l’essentiel : ce qui s’y infiltre, les chemins, les inventions, l’imagination et le rêve, le silence et la mémoire du silence. Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés, car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez… A 77 ans depuis le 16 mai 2026, j’ai appris au moins ceci : de ne pouvoir sortir de moi-même, qu’au moins j’aie le soin toujours de n’en rien imposer jamais ni surtout d’en exhausser le repère. Jamais autant qu’en ces jours, je n’aurai éprouvé, moins désir que besoin de me taire ; de laisser tout ceci infuser, pénétrer ; déformer…
Ce qui plaît universellement sans concept disait Kant c’est le vide des cerveaux… Oooooh oui, voici ce qui ne se pense même pas, les photos, pour qui sait si mal voir, qui peine souvent à regarder, sont prolongement d’yeux affaiblis comme l’outil est prolongement du bras ou de la main. Ils ne disent pas plus, ne révèlent rien d’autre ; se contentent d’offrir trace un peu plus lisible de ce qui autrement eût échappé d’avoir fui si vite mais laissent entrevoir histoires, atmosphère, vérité cachée dont on ne saura jamais si c’est nous qui les y surajoutons ou si au contraire elles s’y trouvaient déjà, nichées, à l’abri de nos indiscrétions. Non ! qu’on ne me dise pas comment croquer les photos d’illustrations ! Elles sont là, prises moins avec art qu’avec incontrôlable intuition !
C’est pour faire litière des rêves, des espérances ; pour illustrer des histoires simplement, que j’ai souci de raconter. Ces rais de lumière, m’en auront sans doute plus suggéré sur l’homme et la nostalgie qu’il porte d’une tradition dont il se sait sans doute l’un des ultimes surgeons. Le monde semble de plus en plus de guingois et prêt à s’effondrer et les étais humains eux-mêmes épuisés de supporter un univers qui menace de tout engouffrer menacent eux aussi de rompre… Pourtant, victorieuse d’on ne sait quel boyau oublié, rescapée, cette lumière tendue comme un avenir, raide comme une promesse qui dessine au sol un point, puis deux, puis trois offrant ainsi à la terre cette union antique avec le ciel dont nul n’ignore, nulle part, qu’elle est promesse d’être.
Combien d’histoires pourrais-je raconter sur les ténèbres ! Combien de mythes à seulement éveiller qui collent au rayon comme l’imaginaire au réel. Oui, c’est ceci ; tout juste ; très exactement que je cherche à dire, à proclamer comme s’il s’agissait d’un mot de passe verrouillant l’entrée de la caverne de Platon… Combien en aurai-je rêvé de cet anachorète, dos voûté sur quelque grimoire poussiéreux, qu’éclairait à peine un cierge épuisé, barbu comme seuls savent l’être les sages ou les grands pénitents ; taciturne, maussade comme seuls peuvent l’être ceux qui se sont retirés du brouhaha des hommes. Je l’ai toujours vu comme un juste, un de ceux qui par ses silence et assiduité réunis parvenaient à rendre le monde sinon vivable en tout cas supportable.
Voici, la vulgarité brutale de l’objet incroyablement revêt dentelle de lumière, s’orne d’imaginaire. Grâce à lui ! grâce à cette éclisse de lumière. Ne nous y trompons pas : c’est par cet enrobage que la vérité tient au réel ; que le réel conserve pour un petit moment encore l’épaisseur de la vie. Notre imaginaire a supposé l’acte créateur initial comme un tumulte tempétueux bousculant tout sur son passage, écartant les ombres invinciblement ou comme un vacarme assourdissant déchirant subitement le silence des éternités. Sans doute, venu de nulle part, mais pourquoi pas d’un dieu, presque sans bruit et sans signe avant-coureur, oui, sûrement, avec cette modestie qui épargne à la grâce toute pesanteur qui l’entraverait ou, pire encore, l’enlaidirait, l’acte suprême …
C’est celui qui d’un doigt, fixe la direction ou l’anime… Ressemble-t-il à ce filet de lumière qui par sa fragilité feinte est hommage à l’effort ; par son invincibilité signe l’être en sa majesté comme en sa promesse. Jamais de lumière sans ombre, nous le savons tous. Ici, de manière presque miraculeuse, le juste équilibre d’une ombre qui ne dévore pas tout espoir ; d’une lumière qui n’écrase rien. Elles s’épousent l’une l’autre avec un doigté remarquable qui autorisera ici l’art du faiseur d’histoires… Qui aurait l’outrecuidance de le prétendre et la cuistrerie de barrer l’accès à mes propres sensations ? Je sais, et je crois l’avoir su toujours, que quelque pas que l’on avance, quelque ligne que l’on écrive ou quelque métier que l’on exerce.
Non seulement ils n’inventent rien, n’innovent jamais et parviennent au mieux à répéter ce qui toujours ponctue le temps ; mais surtout n’y réussissent qu’à condition de tremper leur vigueur au plus intime. Il n’est pas d’autre chemin ; ni d’autre cime qui vaille. Tout me lasse comme jamais de plus en plus, et m’inquiètent des “ceusses” qui sempiternellement savent et s’empressent de leçon me donner. Il n’est pas, dans les rais de l’être, de recettes pour ainsi fuser si droit et ne rien détruire pourtant ! La lumière elle-même hésite entre corpuscule et onde : elle fait bien. Qu’y puis-je si, en narrant mes prochaines réalisations, ou regrettant de n’avoir rien à qui transmettre, je vois plutôt la perpétuation d’un geste métaphysique plutôt que l’ultime réquisit d’un artisanat.
Que regardons-nous ? que voyons-nous ? nous qui promenons nos yeux avec la paresse de nos certitude et la précision vengeresse de nos outils ? En réalité nous ne parvenons jamais qu’à recouvrir êtres et choses, d’histoires – les nôtres, celles de notre culture, ou bien des récits plus anciens encore dont les grecs n’eurent pas tort les nommant mythes, de les supposer si anciens que sans doute ils furent racontés d’abord par des dieux inventés. Je veux de ce que je parviens encore à entendre et voir, ne retenir que la part d’enchantement qui m’élève ; non pas oublier mais enrober la rugosité de l’objet qui me blesse de cette couche de rêve, d’imaginaire ou d’inquiétude qui nous le rend désirable. Je ne puis l’oublier : jamais la raison n’aura fait agir quiconque.
Le réel ne s’éploie que les yeux clos ! Les miens se referment lentement … Je ne me cache pas plus que je ne n’en suis jamais caché d’avoir été intoxiqué par la “Kustom Kulture Yankee” depuis mon adolescence. Le terme “intoxiqué” mérite d’être ici analysé… Lorsque les “ceusses” du magazine Américain Street Rodder édité par Tom McMullen avec qui j’étais ami, a choisi de nommer Hot Rod cette berline parmi les 10 lauréats du Top 100 lors du “Shades of the Past Hot Rod Roundup”, ils l’ont décrite comme étant “La plus belle berline Plymouth de 1939 du monde”… Présemptueux…. Le fait qu’on puisse aller à des salons automobiles pendant des années sans voir une autre Plymouth de 1939 n’enlève rien à la déclaration flatteuse de Street Rodder.
Il y avait environ 2.500 voitures exposées à “Shades of the Past” ce week-end-là, et même si 2.000 d’entre elles étaient des Plymouth de 1939, je soupçonne que cette P8 Deluxe Road King aurait dominé les autres. Qu’en pensez-vous ? Cette Plymouth “farceuse” appartient à Robert Hunn, un bijoutier d’Ellisville, Missouri, USA, qui aurait dit qu’avant d’acheter la Plymouth, qu’il était passé devant la voiture pendant des années sans s’en rendre compte… Il a dit qu’un de ses amis, Tom Jones, avait un atelier derrière sa maison où il réparait des horloges. “L’atelier était dans un garage qui avait aussi un carport rempli de bric-à-brac avec une bâche sur une partie”. Il a ajouté : “Je suis allé lui rendre visite une nuit alors qu’une tempête se préparait et que le vent se levait.
En franchissant la porte du carport, une forte rafale de vent a soulevé le bord de la bâche, révélant l’ancienne Plymouth de 1939 en dessous. Je lui ai posé des questions, et Tom m’a dit qu’il en était propriétaire depuis environ 20 ans. Tout excité, je lui ai demandé combien il en voulait. Il a dit qu’il ne voulait pas la vendre, et j’ai ri et je suis passée à l’affaire en cours. Chaque fois que j’allais chez lui, je demandais le prix. Tom disait toujours : ‘Tu ne peux pas te le permettre’, et il riait…. “J’ai finalement compris que Tom n’était pas motivé par l’argent, mais qu’il aimait la nature et les choses de la vieille campagne” a dit Hunn, ajoutant : “Dans mes échanges avec les antiquités, je suis tombé sur un vieux manteau en peau d’ours du XIXe siècle. Je savais qu’il tomberait dans le panneau”…
Alors il a commencé par lui offrir une cathédrale en améthyste qu’il avait admirée dans sa boutique…. “J’ai ajouté une montre de poche dont je savais qu’il voulait. Je voyais bien qu’il hésitait. Puis je lui ai mis le manteau en peau d’ours, qui lui allait, plus 100 $ pour adoucir le pot. L’accord était conclu”… La fois suivante où Robert se présenta à la boutique de Tom, ce fut avec une remorque pour ramener sa nouvelle possession. Une fois chez lui, il a réussi à le faire tourner, l’a fait faire le tour du pâté de maisons plusieurs fois, l’a garé, et ne lui a pas vraiment prêté attention pendant 10 ans pendant qu’il fondait une famille. Au moment où les espèces de Robert furent adultes, il semblait probablement que l’ancienne Plymouth ne serait jamais construite, mais Robert était enfin prêt.
Il a présenté la voiture à Mike Weber à St. Charles, Missouri, et lui a raconté la saga peu aventureuse de la Plymouth de 1939. Il s’attendait à ce que la construction prenne beaucoup de temps car il paierait au fur et à mesure de l’avancement du projet. Weber accepta la demande de Robert et accepta le poste. Après 20 ans sous la bâche et dix autres enfants de Robert qui l’ont tabassée, la carrosserie était usée mais intacte, et étonnamment sans rouille. Une grande partie de l’extérieur, de la tôle aux phares et feux arrière, poignées des portes, et même les garnitures, étai d’origine. Les modifications étaient légères, destinées à améliorer, pas à changer, le style original. Les pare-chocs ont été retirés et les calandres latérales du capot ont été remplies.
Le pare-arrière a été modifié avec une sortie d’échappement personnalisée. Après que Mike Weber eut pulvérisé la peinture Triple Black, la moulure Plymouth 1939 reconditionnée et replacée a été remis en place. Les roues sont des versions uniques des Foose Design Impression 10 rayons, usinées par Mike Curtis chez Curtis Speed Equipment. Elles apportent une touche de saveur du XXIe siècle à l’extérieur de la tige de restauration et, à nos yeux, s’accordent mieux aux proportions imposantes et au style élégant de la Plymouth que les roues d’origine. Jetez un œil sous le capot, où Mike Weber a réussi à habiller le moteur GM LS2 moderne en caisse dans un style classique d’autrefois, avec un filtre à air Buick Nailhead 1956 sur mesure.
Avec également des caches Vintage Plymouth qui sont en réalité des cache-bobines de répliques Holley Chevy Chevy LS modifiés avec un script Plymouth personnalisé. Le LS2 est soutenu par une transmission GM 4L80E. En dessous, le châssis d’origine est modifié avec des airbags RideTech pour abaisser la carrosserie à quelques doigts du bitume. La suspension avant Mustang II, l’arrière Ford 9 pouces (provenant d’une Lincoln Versailles) avec un système triangulé à quatre bras, les amortisseurs Pro Comp et les freins à disque Wilwood offrent des performances à la dernière minute. Comme pour le choix des roues, l’intérieur étant conçu avec des éléments modernes qui s’intègrent au style rétro en bielle.
Un film hydrographique était utilisé pour appliquer le motif en chêne découpé grossièrement sur le tableau de bord, le moulure de garniture, la chute de colonne et la console personnalisée. Redline Gauge Works a restauré le compteur de vitesse et le tableau de instruments d’origine avec des fonctions électroniques. Les sièges baquets et sièges arrière personnalisés de la Jaguar 1986 étaient recouverts de cuir aux tons de selle chez M&M Upholstery. La climatisation est assurée par Vintage Air. Le système audio combine une unité principale Kenwood avec des amplificateurs et haut-parleurs d’Arc Audio. La colonne de direction de Flaming River est surmontée du volant d’origine. La Plymouth s’est avérée être un projet de 12 ans, l’attente en valait la peine.


































