
L’idée d’un monument funéraire sur les hauteurs de Saint-Tropez sous forme d’une Clénet Séries 2 abandonnée, m’est venue pour symboliser la fin d’une époque… Longtemps, la route a offert la promesse d’une expérience exaltante, celle d’une échappée motorisée passant par de grandioses paysages, que la vitesse et l’oubli du monde galvanisait. Le cinéma et la littérature, qui ont traité durant les trente glorieuses comme jamais le thème de l’automobile, ont marqué la culture d’une dimension héroïque façonnant tout un pan de l’imaginaire occidental. Quoi de plus différent que de rouler en Citroën 2CV, en Renault 4L, en Simca Aronde, en Smart, en Fiat 500, en Jaguar TypeE, en Bentley TurboR, en Cadillac Eldorado en Bugatti Veyron, en Lamborghini Countach, en HotRod B32 V8 Blower, en Excalibur ou en Clénet ??? Ahhhhh ! C’était il y a quelques années quand ce choix départageait les originaux des autres conducteurs. La richesse de ce système s’exprimait par le contraste engendré entre la banalité des infrastructures routières avec la diversité des véhicules qui les parcouraient. Ce temps semble être désormais bien fini.

Aujourd’hui en effet, comme par un renversement de situation, un nombre toujours plus élevé de véhicules similaires circulent sur un réseau routier hétérogène, saturé par des logiques concurrentes. C’est que la route et ses aménagements doivent de plus en plus intégrer des pistes cyclables, des marquages pour aveugles, des ralentisseurs, selon un nouvel idéal qui veut que toutes les franges de la population soient représentées, cette fois non plus par des véhicules à l’image de chacun, mais par un domaine public les représentant avec d’autant de dispositifs régulateurs qu’il est de vulnérabilités. L’émiettement qui en résulte vient remplacer la simplicité et la clarté du découpage spatial qui était assuré avant par un nombre restreint d’équipements et régulé par une signalétique minimale, déployés au nom du principe hégémonique de vitesse. Désormais, chaque jour, le rêve de liberté et de plaisir assumé par la voiture se trouve contesté par l’augmentation de toutes ces contraintes. Sans compter que l’automobile, qui a produit tant de méfaits, que ce soit en termes de décès, de déprédations causées à l’environnement, de diminution de la qualité de vie en ville, de contrôles policiers…

Tout celà produit un désenchantement propice à tous les dérapages, ce qui n’empêche pas qu’elle focalise toujours aussi fortement les rêves, quoique la fréquentation assidue des salons de l’autos s’étiole, se perd, disparait.. Et les évènements actuels avec la guerre d’Ukraine et celle d’Iran pousse à un changement drastique… Un désamour survient… Que faire alors de ce décalage entre la réalité et la publicité pour l’automobile qui continue le matraquage télévisuel et montre constamment une image séduisante alors que l’expérience quotidienne la contredit le plus souvent ! D’autre part, comment concevoir des aménagements qui prennent acte des changements de paradigmes en cours sans renoncer à l’idée d’un imaginaire… Mais à quel imaginaire peut-on alors encore se rattacher ? La voiture en tant qu’élément de médiation, qui circule et fait circuler, en mettant en relation des significations, des êtres et des situations à priori étrangers, semble disparaitre. Et c’est en ceci que l’imaginaire de l’automobile est comme tous les systèmes symboliques, une tension entre des dynamismes.. Notez que cette envie de rêver fonctionne encore…

Ouiiiiiiii ! Preuve en est avec les 250.000 abonné(e)s à ce WebZine ChromesFlammes (1 euro le 1er mois, 5 euro chaque mois suivants)… La tension qui fonde le processus initiatique de métamorphose d’un individu réussit à le faire dépasser un conflit ou une incohérence initiale, et à donner du sens à des énergies isolées, simplement en reliant des symboles dans un processus cohérent et organisé, en les insérant dans l’épaisseur du temps. Toute publicité pour un véhicule, agit selon un entrelacement entre l’imaginaire d’une époque avec ses problématiques. Le face à face avec le réel et ses obstacles, placé sous la lumière du symbole (quand il n’est pas neutre), est libérateur ou mortifère. Ce dernier cas survient quand le message publicitaire emploie un imaginaire dont les symboles sont sans liaisons ni tensions avec le réel. Le symbole s’intègre alors dans une structure bloquée qui débouche sur une lecture stéréotypée de la réalité. Ce qui est le propre de n’importe quelle idéologie. L’exemple le plus typique d’un tel imaginaire est reflété par des publicités montrant un bolide solitaire traversant une nature sauvage et indomptée…

Certains qualifient de “tragique” la dynamique d’un tel imaginaire, car à moins d’aller au bout du monde, ce rêve de solitude grandiose ne peut désormais plus se sublimer dans la réalité. Débouler à 200km/h sur la mythique Route 66 est une tromperie…En ayant pris acte que les situations trouvées sur la route ne rentraient plus si parfaitement en tension avec les imaginaires automobiles dominants que l’on vient de décrire, certains créateurs ont optés, plutôt que de s’opposer à la réalité selon un imaginaire héroïque, d’accompagner le mouvement entre voisins d’infortune. Une situation chronique qui, sauf à augmenter la surface allouée aux routes, semble devoir perdurer. La (con)fusion qui domine notre époque a pour corollaire la disparition de limites longtemps tenues pour définitives, au profit de nouvelles relations, mais aussi de promiscuités. En témoigne la multiplication de territoires mixtes soumis à une large bande passante, mélangeant les usages et brassant les vitesses, entre piétons, bicyclettes et trottinettes, sans offrir de véritable arbitrage. D’ores et déjà, un retour de balancier se profile appelant à plus d’ordre et de définition.

Cependant, c’est toujours au travers de médiations qu’on réussira à faire circuler un flux entre ordre et désordre pour favoriser l’invention. Et l’on peut même se demander si, arrivé au terme de son évolution, l’homo sapiens n’était pas à un carrefour anthropologique où resteraient à être explorées essentiellement des formes hybrides des imaginaires du passé, dans un grand recyclage… Bref, comme écrit en entrée de cet article, l’idée d’un monument funéraire sur les hauteurs de Saint-Tropez sous forme d’une Clénet abandonnée m’est venue pour symboliser la fin d’une époque… Jugez de l’effet… Ce serait mieux en plein centre du cimetierre face à la merdetitérannée à coté du tombeau de Brigitte Bardot (qui manque de classe car il ressemble à un “machin” bric-à-brac d’objets dépareillés)… Tandis qu’une Clénet toute rouillée/pourrie, là on tient le symbole absolu du non-sens, avec réutilisation ultérieure pour ma modeste personne, ce serait symbolique… Ci-git-il ? Une énigme en prime…


2 commentaires
Maître,
Excellente idée : stationnement définitif. Disque bleu non requis. Bien amicalement, Votre Lectorat.
En plus la vue est imprenable… J’ai passé ma vie d’adulte à construire des choses qui fonctionnent… De ce point de vue je refuse de prétendre que ce que je regarde se dérouler en ce moment à travers l’Amérique et l’Occident est normal. Je ne suis pas témoin d’une période difficile temporaire en politique ni d’un ralentissement économique cyclique, je suis témoin de la phase terminale d’un effondrement cognitif civilisationnel et je crois que la véritable menace existentielle à laquelle l’humanité est confrontée n’est pas simplement la guerre nucléaire, la géoingénierie, ou même une IA rebelle, c’est quelque chose de bien plus fondamental : l’incapacité massive des populations modernes à réfléchir et à embrasser les répercussions futures de leurs actions actuelles. J’appelle ça le Retardageddon. Le mot est volontairement brutal car le phénomène exige la franchise. Le retardageddon, c’est ce qui se produit lorsqu’une société perd la capacité cognitive de penser au-delà du week-end à venir, du prochain salaire ou de la prochaine vidéo TikTok. C’est un monde où vivre pour le présent est célébré comme l’illumination alors qu’il s’agit en réalité d’un pacte suicidaire civilisationnel signé par des personnes qui ne réalisent même pas qu’elles tiennent la plume. Une fois qu’une population ne peut plus raisonner sur les conséquences, aucune élection, aucune réforme politique, aucune avancée technologique ne peut la sauver de ce qui suit.
Ce qui rend ce moment si dangereux, c’est que cet effondrement a été orchestré, pas tombé par hasard, l’assaut coordonné contre la cognition humaine est réel, délibéré et accéléré. la neurologie est assiégée et les attaques sont multiples, conçues pour éroder l’intelligence, paralyser la pensée critique et produire des consommateurs dociles et obéissants qui ne peuvent plus défier les systèmes qui les détruisent. C’est le terrain sur lequel se déroule le Retardageddon, et étonnamment, peu de gens ripostent.Vivre pour le présent est un pacte de suicide !
Regardez ce que le fait de vivre dans le présent produit lorsqu’on est étendu à un pays entier. Haïti était autrefois une île luxuriante et boisée ; Aujourd’hui, ses rivières coulent brunes de limon et ses versants sont dépouillés parce que génération après génération coupent les arbres pour y faire du charbon au lieu de les planter pour demain. L’Inde, malgré son génie technologique et technique, possède encore des portions du Gange envahies par les déchets industriels et les eaux usées humaines parce que la commodité l’emporte sur les conséquences à chaque décision prise en marge. Ce ne sont pas des accidents géographiques. Ils sont le fruit d’un état d’esprit qui refuse de demander ce qui se passe ensuite.
Les États-Unis et l’Europe appliquent exactement le même manuel à l’échelle nationale, mais avec des dollars et des euros au lieu d’arbres. La dynamique de la dette se résume simplement à repousser la situation aux petits-enfants, sauf que les petits-enfants vivent en ce moment. Nous faisons désormais face à d’immenses défis financiers, notamment en raison de dettes non financées et d’obligations… Il n’y a pas de plan légitime pour réformer la bureaucratie, ni de plan pour protéger les monnaies.
Les élites n’économisent pas pour l’avenir. Ils achètent des actifs tangibles et laissent tout le monde porter le problème. Ce n’est pas une théorie du complot ; C’est le comportement observable de chaque classe dirigeante dans chaque empire en effondrement dans l’histoire enregistrée.Le culte de l’autorité est une reddition cognitive. L’habitude mentale la plus destructrice aujourd’hui est le réflexe de croire par défaut les figures d’autorité. La campagne d’injection massive d’ARNm est l’étude de cas déterminante de notre époque : elle a été présentée à un public effrayé comme sûre et nécessaire, pourtant les gouvernements et l’industrie ont sciemment menti sur des faits fondamentaux dès le départ.
Nous avons déjà franchi ce que l’on ne peut décrire que comme un horizon des événements cognitifs, ce qui signifie que les dommages neurologiques infligés à une part significative de la population sont si étendus que la récupération complète n’est plus possible. Croire automatiquement à l’autorité n’est pas une vertu. C’est une propriété retardée, et c’est le mécanisme par lequel les personnes libres sont converties en sujets obéissants (retardés).
Remarquez ce qui arrive aux voix informées dans ce système. Quiconque remet en question le récit officiel sur les vaccins, la finance, la guerre ou le climat est instantanément qualifié de théoricien du complot. La raison n’est pas que les informés se trompent. C’est que leur savoir menace le modèle économique d’un établissement qui dépend de l’ignorance de masse. Les vaccins ont rendu une grande partie de la population neurologiquement engourdie, et si l’on présente à ces mêmes personnes des preuves accablantes, elles répondent par un haussement d’épaules. Parce que la capacité de réagir à l’information a été émoussée chimiquement et psychologiquement. Maintenant, étendez ce principe aux autres “défauts raisonnables” que la culture dominante impose aux gens ordinaires. La vaccination, la chimiothérapie, l’épargne et les aliments transformés sont tous présentés comme des choix normaux et responsables. En réalité, les systèmes qui gèrent ces défauts de paiement n’ont aucun intérêt pour notre santé ou notre richesse, ils s’intéressent à notre conformité.
Si vous voulez trouver la machinerie qui fabrique le Retardageddon, ne cherchez pas plus loin que les grandes institutions. Les écoles publiques ont été progressivement simplifiées au point que la lecture et les mathématiques de base sont quasi optionnelles en pratique, tandis que l’endoctrinement est obligatoire. Nous avons tous vu les programmes médicaux être attaqués, de sorte que les chapitres sur la reproduction sont traités comme des matériaux effaçables, ce n’est pas de l’éducation, c’est un programme systématique visant à produire une génération incapable de distinguer la réalité de l’idéologie. BREF… J’en termine…