32’Ford Highboy 392ci Hemi : Que la fête commence…

Que retiendrons-nous de cet été 2026 passé derrière nous ? La météo ? Les crashs ? Les bruits de bottes ? Les guerres ? Les tueries ? Les génocides ? La barbarie ? Les virus ? Ou bien encore les valeureuses attaques de moulins à vent par les politicard(e)s aux tristes-figures décidés à sauver le monde de l’hydre réactionnaire ? Allez, allez, allez, soyons bons et même très bons et plus que bons encore avec nous-mêmes, et remontons plutôt aux temps où tous les espoirs étaient permis dans tous les coins de la terre…

L’excitation était alors à son comble. La violence était maîtrisée. Le monde était en quête d’excitation inversant la façon traditionnelle de concevoir les activités de “faire comme si”... Aristote avait ainsi appliqué la notion de catharsis comme le suggérait Elias, l’immersion dans l’univers fictionnel ou ludique ayant pour effet non pas, comme l’affirme la tradition rationaliste, de purger l’homme de ses passions dangereuses en les lui faisant vivre sur le mode de la représentation, mais plutôt de les lui faire éprouver…

L’intensité de l’expérience émotionnelle n’est-elle pas l’objet d’une quête spécifique, un besoin fondamental des humains, à tout âge et dans tous les milieux ? Dès lors, la cause et l’effet se renversent, de même que le bien et le mal : il ne s’agit plus d’évacuer les émotions mais, au contraire, de les vivre. Exit, la naïveté fonctionnaliste que satisferait la fonction cathartique subordonnant l’idée du “quest for excitement” à une fonction civilisatrice de maîtrise de la violence par sa mise en scène… Chaud chaud chaud devant…

Bienvenue à l’observation réaliste des conduites humaines, où abondent les surexcités, amateurs de films d’horreur et de jeux vidéo, passionnés de théâtre et adeptes des tendances sensationnalistes. Certes, toutes ces pratiques ne se valent pas au regard de la “distinction” chère à Bourdieu, puisqu’elles servent aussi de marqueur hiérarchique (bien “relativisable” d’ailleurs : les passions s’affirmAnt aujourd’hui sans complexe chez des intellectuels qui dans d’autres contextes, auraient craint la “beaufitude”.

Mais en amont de la fonction clivante privilégiée par les sociologues de la domination, reste l’effet excitant et rassembleur des moments d’émotion collective où que tout spectacle suffit à susciter. La Quête d’excitation aux mêmes instants, ferveurs et clameurs partagées. Car l’excitation est d’autant plus intense qu’elle se vit avec d’autres, liant le pôle le plus individuel de la physiologie des émotions au pôle le plus social de l’expérience collective. Avouez que c’est surréaliste et inatendu dans ce contexte… J’hésiterai donc à récidiver…

Et c’est pourquoi, quinze jours plus tard, les mêmes (ou d’autres), assis devant un téléviseur avec les bières et les “oh” et les “ah” de rigueur, se rongeront les ongles d’énervement durant on ne sait quoi de stupide dans une même excitation… Cette Ford ’32 a été construite comme un Street Rod sur mesure par le défunt père du propriétaire, utilisant une carrosserie en acier “Dearborn Deuce” montée sur un châssis “Total Cost Involved”, le tout propulsé par un V8 Hemi 392ci reconstruit à neuf et de neuf…

Il est suréquipé d’un compresseur Weiand 6-71 surmonté de deux carburateurs Edelbrock à quatre corps et d’une prise d’air de style Hilborn. Le radiateur en aluminium est accompagné d’un ventilateur électrique. Une boîte automatique envoie la puissance au à un pont/différentiel quick-change. La carrosserie a été peinte en noir lors de la construction achevée en 2020 et présente un couvercle de coffre à persiennes, un cadre de pare-brise redécoupé, une capote noire, des portes érasées et des barres d’écartement polies.

Il y a aussi des lunettes de feux arrière en aluminium. À l’intérieur, la banquette est garnie de cuir noir et accompagnée d’un levier de vitesses Lokar, d’une colonne de direction indidit inclinable et d’un tableau de bord abritant des compteurs AutoMeter. La voiture roule sur un essieu rétrogradable chromé percé avec un ressort à lames transversal et un système à quatre barres à l’avant, ainsi qu’un système à quatre bras avec coilovers réglables à l’arrière. Les jantes en alliage poli sont des “Coy’s” en 18′ AV et 22’AR

Elles sont chaussées de pneus Nitto. Les équipements supplémentaires incluent des collecteurs zoomie et un radiateur en aluminium avec ventilateur électrique. Les freins sont à disques avant (avec caches imitations freins à tambour pour le look) tandis que ce sont de vrais tambours arrières. Cette Ford de 1932 est immatriculée dans l’Ohio comme étant un Hot Rod Ford Roadster 1932 “VIN 18160673” avec la mention “On-Actual Warning : Odometer Discrepancy” et le tout est à vendre 100.000$.

Mais c’est plus frais de transport et taxes pour le pays de destination. Comme d’hab’ pour les Hot Rod’s arrivant en Europe, tout est une question de chance et d’espoir pour obtenir une immatriculation, le bricolage administratif restant la norme à 95% !
“Pour avoir et rouler avec un Hot Rod en Europe, on va droit dans le mur des emmerdes”, entendons-nous régulièrement. Formulées en référence à la crise écologique, au changement climatique et à l’épuisement des ressources.

Les inquiétudes sont couramment associées à l’idée d’apocalypse concernant les immatriculations en Europe entendues comme une sorte de fin d’un monde de rêveries. Pourtant, si le terme “apokalúpsis” (dévoilement) soulève dans sa matrice du judaïsme tardif et des débuts du christianisme la question de la fin des temps, il renvoie surtout au passage d’un temps à un autre, de ce temps-ci à un temps nouveau et radicalement différent. Or, le terme d’apocalypse est aujourd’hui remplacé par celui de “catastrophe”…

C’est devenu le terme générique, la catastrophe mobilisant volontiers un vocabulaire, des images, voire des schèmes empruntés à l’apocalyptique traditionnelle. Mais elle n’ouvre évidemment ni sur un autre monde ni sur un autre temps. L’apocalypse environnementale comporte cette spécificité d’être, le plus souvent, une “apocalypse sans Royaume”, c’est-à-dire d’être une apocalypse non salvatrice, ne laissant place à aucune espérance, ne débouchant pas sur un monde rénové, mais sur rien…

En France, c’est le vide abyssal Macronique, ponctué de phrases à l’emporte pièce du genre “Les Russes vont nous attaquer, il faut se préparer à combattre jusqu’à la mort”... Ces conclusions philosophiques négatives ne permettent cependant pas de rendre compte des réalités contemporaines. Les prophéties Macronistes se saisissent en effet de la notion d’effondrement, leur catastrophisme s’articule le plus souvent à l’idée d’un monde qui risque de mourir si on ne meurt pas pour lui…

Ce qui est par ailleurs la plus parfaite démonstration que cette dérive apocalyptique cache une folie qui s’était manifestée par ses hurlements lors de son élection… Ne manquaient que les lasers, les foules massives, les jeux de lumières fracturant la rétine, les couleurs, la débauche, les néons, et surtout les excès. Le monde déboule sur l’utopie. Les oreilles sifflent, les villes meurent sous perfusion, les choses ordinaires n’intéressent plus les médias, car tout se tasse. Tout se casse aussi, se casse et se tasse…

Bientôt on nous dira qu’il ne faut plus consommer d’électricité, alors les supermarchés deviendront glauques, les clims se couperont, les néons ne grésilleront plus, toute consommation superflue sera éliminée. Les clubs, les bars ? Terminé… plus besoin de se retrouver. Pas forcément de se perdre, mais de partager une bière, se fendre la gueule, décompresser. Pour éclairer le monde, plus de lasers, mais une simple bougie… Je rêve… C’est l’Elysée Macronique… L’Elyséen hurleur… Multi sex et multi textes, on s’y perd dans les coins et recoins…

Une fille qui fait au moins deux mètres trente, perchée sur de longues jambes mutantes faisant office d’échasse, me tend un billet. A l’entrée, une étrange créature, nue, prisonnière d’une cage en verre, se laisse admirer en laissant discrètement apparaître son intimité. Salle comble. Des déguisements. Des drag queens, des gays, des hétéros, des amateurs de bondage, des cosplay saylormoon, des sadiques et des masos. Du latex, du cuir, de la soie. Des sourires. Tout le monde se marre, une bière à la main.

Chacun chacune ramènent les boissons désirées par avance. Ca partage, ça minaude, ça se fend la gueule. Les gens se jaugent encore, même si un homme nu, le pénis en érection avec une demi dizaine de coton-tiges plantés dans l’urètre, tente de nouer contact avec qui veut. Les soirées deviennent des spectacles peuplés de performers et performeuses qui oeuvrent dans le borderline, pour briser les tabous. Des Trans et drag queen font le show, balancent des vannes, remuent leurs croupes.

Combats de nananas qui finissent à poil, grosses mascottes costumées qui ferraient flipper n’importe quel dingo à vie, et poupées gonflables inhumaines qui miment des coïts endiablés et s’exposent aux curieux et curieuses, le clou de la soirée se prépare. Quelques cobayes alignés en rang d’oignons sont assis, une perfusion dans la tête, pour s’injecter de la saline dans le front… L’atmosphère, elle, s’échauffe. Entrejambes ouverts aux doigts aventureux, couples qui se forment au hasard, latex qui claque.

Des poupées font des massages, les fouets volent pour se marrer. Puis on ouvre bien les yeux, on regarde. En étant l’une des seules personnes non alcoolisées, le bordel se distingue logiquement ! Cela part en vrille, sans distinction de sexe. Les toilettes sont moins utilisées pour uriner que pour frôler les culs. On veut pisser, on tombe sur une fille à la langue coupée en deux en pleine fellation. Des mecs à poil se trimballent partout. Homme en laisse, maitresses SM, travestis pleins d’amour.

Dans cette soirée, les transsexuelles sont sur le trône, toutes puissantes. Un mec énorme se fait sodomiser par deux vieilles au milieu du bar. Le maelstrom de sueur tranche avec les spectacles, tout en retenue, parfois en poésie : une femme robot prend vie graduellement, en se mettant nue, enlevant les rouages gris pour exposer une chair rose et ardente. Une autre demoiselle, radieuse, danse dans des volutes bleues claires, tirant beaucoup plus vers l’envol céleste éthéré que le strip-tease vulgaire au départ attendu.

Sous le stupre, le romantisme. Des folles paradent, avec une protubérance désormais impressionnante. Derrière encore, une nouvelle affaire se prépare. Trois personnes se font planter des crocs de bouchers dans le corps, dans un environnement difficilement stérile mais sereinement contrôlé. Au bout des pics, on s’attends à voir de gros vikings tatoués habitués des body-mod ? Que nenni, ici, ce sont des toutes frêles, quasi innocentes, qui se font embrocher dans la bonne humeur générale.

Alors, le silence se fait pesant dans la salle. Les corps se soulèvent, les peaux se distendent, les gens se crispent, lâchent quelques hurlements étouffés quand un mouvement trop brusque survient… Le Hot Rod est en marche… Il avance, avance, avance… La fête ne fait que commencer… Voilà… Quoi donc ajouter dans la narration de cet étrange bordel réservé “à la haute” ? Je n’en sais plus rien, vous n’en saurez d’ailleurs pas plus, ce qui me spermet d’en terminer en éjaculation finale hors norme… Yeaaaahhhhhhhhhhh !
