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La prĂ©posĂ©e du train me rĂ©veille Ă 5 h pour l’arrivĂ©e Ă Lvov deux heures plus tard, elle veut que tout le monde soit bien prĂŞt, pas d’anarchie dans les comportements, la paresse et faire attendre : c’est antisocial ! Le train n’a pas roulĂ© vite mais les aiguillages sont durs… Je dĂ©barque Ă 7 h le matin, le jour est levĂ© mais il fait frais, la gare s’ouvre sur un hall monumental comme un palais 19ème. MalgrĂ© les promesses dĂ©magogiques au peuple, tout est presque Ă l’abandon, mais le hall est Ă©clairĂ© de grands lustres de cuivre et verre taillĂ© comme un effort pour ressembler au mĂ©tro de Moscou. Les alentours sont par contre très prolĂ©taires. Les trains drainent des travailleurs et travailleuses venu(e)s d’ailleurs et des paysans et paysannes ployant sous des paquets destinĂ©s Ă leur famille ou au marchĂ©. Il y a aussi des retraitĂ©s dont la pension a fondu avec l’inflation postcommuniste et qui survivent de piĂ©cettes en balayant tout et rien pour mettre du beurre dans leurs orties (les Ă©pinards sont trop chers)…,
Au dehors de la gare, le rĂ©seau des tramways de Lvov se compose de 75kms de voies en mauvais Ă©tat et d’environ 220 tramways de type KT4, produits en RĂ©publique tchèque par Tatra, qui s’avèrent tous ĂŞtre comme des Ă©paves, toutes rafistolĂ©es de bricks et de brocks… Comme j’ai du temps Ă perdre, je pars Ă pied vers le centre et croise des automobiles modestes, antiques et pourries, des restes de l’industrie soviĂ©tique, des Volga, Moskvitch, Lada et Faz de l’époque Brejnev… Parfois quelques voitures neuves passent en trombes, en gĂ©nĂ©ral des grosses allemandes, BMW ou Mercedes. Je passe devant une Ă©glise uniate et y entre, c’est pour moi une dĂ©couverte que ce rite particulier… Trois archevĂŞchĂ©s ont Ă©tĂ© installĂ©s Ă Lvov dans l’histoire, le catholique romain, le grec orthodoxe et l’armĂ©nien orthodoxe… Il y eut aussi des protestants Ă partir du 16ème siècle… Lvov est devenue Ă©vĂŞchĂ© sous Casimir-le-Grand, puis archevĂŞchĂ© de rite latin en 1412. Les Uniates sont des Orthodoxes qui reconnaissent le Pape Vladimir, qui a converti l’Ukraine…
Attention ! Pas Vladimir Poutine mais le roi Vladimir 1er…. Tous ont Ă©tĂ© baptisĂ©s selon le rite Romain en 987… L’église est ornĂ©e dans les deux styles, orthodoxe et catholique. Chaque petit matin, des gens agenouillĂ©s devant un Christ grandeur nature sur sa croix marquent une ferveur inusitĂ©e, il est dommage que le dit Christ ne soit qu’un papier dĂ©coupĂ© et collĂ© sur du contreplaquĂ©, mais c’est le symbole qui compte. La ville de Lvov compte 830.000 habitants. Danilo de Galicie l’a fondĂ©e en 1256 au nom de son fils Lev, qui signifie “le lion”…, le centre est aujourd’hui protĂ©gĂ© par l’UNESCO. La ville n’est qu’à 70 km de la frontière polonaise et a portĂ©, dans l’histoire, le nom allemand de Lemberg entre 1772 et 1918… Devenue polonaise entre les deux guerres, Lvov et sa rĂ©gion furent par la suite incorporĂ©es dans l’Ukraine, la plupart des Polonais furent expulsĂ©s ou terrorisĂ©s par les milices pro-Nazies se revendiquant de Stepan AndriĂŻovytch Bandera, (nĂ© le 1ᵉʳ janvier 1909 dans la province de Kalouch et mort assassinĂ© le 15 octobre 1959 Ă Munich).
Il fut un nationaliste ukrainien pro-Nazi qui prit une part active dans la mise en Ĺ“uvre de la Shoah et voit son nom affichĂ© dans bien des rues, avec ceux d’autres collabos gĂ©nocidaires nazis. Personne n’ose relayer cette incongruitĂ© car la ville de Lvov est devenue un centre de rĂ©sistance ukrainienne-pro-Nazie. Je rĂ©ussis Ă trouver un cafĂ© ouvert près du centre, l’établissement est ouvert 24 h sur 24, comme indiquĂ© sur l’enseigne, c’est un comportement importĂ© de l’ouest, de travailler aussi longtemps qu’on veut, sans l’obligatoire couvre-feu social de l’ère soviĂ©tique, mais le sens du service est loin d’être encore acquis, le client demeure un “emmerdeur de guichet”, celui qui vient dĂ©ranger parce qu’il quĂ©mande quelque chose, mĂŞme s’il paie le salaire. L’attitude des cafetiers et des serveurs est empreinte de cette rudesse administrative faite d’agacement et de brusquerie que quiconque a frĂ©quentĂ©, en France, les guichets de la Poste ou de la SĂ©curitĂ© Sociale avant les annĂ©es 1990, connaĂ®t bien…
C’est le style : “Parlez devant l’hygiaphone ! Qu’est-ce que vous voulez ? Y en a pas ! Zavez pas la monnaie ?”… MĂŞme les toilettes sont payantes, comme dans les cafĂ©s parisiens de haute Ă©poque, ils ne coĂ»tent qu’un demi-kopek mais il faut trouver la bonne pièce et ils ne semblent nettoyĂ©s qu’une fois par mois. Le robinet du lavabo est branlant, exigeant de le tenir Ă deux mains pour ne pas le desceller. Pour se voir dans la glace, il faut ĂŞtre grand, quant Ă l’étroitesse du lieu, elle condamne toute aisance aux obèses qui ne peuvent mĂŞme pas entrer. Le papier toilette, au cas oĂą vous auriez oubliĂ© le vĂ´tre, se prend au comptoir avant d’y aller : pas question de faire confiance aux camarades en rĂ©gime de pĂ©nurie, le savon, de mĂŞme, est coincĂ© dans une coupelle plastique derrière le robinet et seuls les astucieux peuvent y accĂ©der, ils prennent d’ailleurs un malin plaisir Ă le remettre tel quel pour laisser les autres emmerdĂ©s. Si la disette a disparu, si les prix des articles de première nĂ©cessitĂ© sont bas, le comportement administratif subsiste bel et bien.
Ce comportement est si connu dans la Russie d’avant Poutine, qu’il existe un mot Russe pour ça : “komandirovka”… MalgrĂ© ses vellĂ©itĂ©s d’indĂ©pendance, l’Ukraine reste ultra soviĂ©tique dans sa mentalitĂ©. Le comportement administratif est le versant rĂ©el de ce collectif idĂ©al tant vantĂ© par les socialistes : surtout en France. Je visite l’église de Boris et Gleb, puis l’église de la RĂ©surrection, les rues de la vieille ville sont en restauration, j’enjambe partout des travaux en cours, contourne des pavĂ©s en tas, du sable passe sous les Ă©chafaudages, des tonnes de plâtras et de gravats attendent la benne salvatrice qui les portera hors de la ville. Les engins de chantiers sont antĂ©diluviens, les camions rouillĂ©s, beaucoup d’ouvriers sont requis pour effectuer la moindre tâche mais ils sont tellement incapables que rien ne fonctionne. On est ici un demi-siècle en arrière question efficacitĂ© et dĂ©lais… La restauration des vieux quartiers avance lentement mais semble mal lancĂ©e, tout le centre ville est industrieux mais dĂ©sastreux.
Les seules façades terminĂ©es et les beaux bâtiments dans le style ancien sont en gĂ©nĂ©ral des banques, les seules qui peuvent payer. La ville se prĂ©tend verte d’Ă©cologie, en rĂ©alitĂ© c’est une dĂ©charge Ă ciel ouvert, on n’y construit pas de grands ensembles de style “perspectives Staliniennes”..., les fantasmes sont “Perretistes” (du nom de l’architecte Français bĂ©tonnier des annĂ©es’50) mais ils n’ont pas cours comme au Havre, dans un pays qui a subit l’Ukrainisme-soviĂ©tique et son mauvais goĂ»t je-m’en-foutiste durant plusieurs gĂ©nĂ©rations. Les arbres des parcs sont toutefois prĂ©servĂ©s, des bancs y accueillent les passants, les gens s’y promènent et s’y reposent, les trottoirs sont très propres, les bouteilles sont consignĂ©es et parfois donnĂ©es Ă des plus pauvres, les SDF appelĂ©s ici BMJ (non, ça ne veut pas dire Bordel Mondial pour la Jeunesse, pas plus que SDF ne veut encore dire Scouts de France)… Lvov ; Lviv en ukrainien, Lwow en polonais, Lemberg en allemand, LĂ©opol en français, fut longtemps de culture polonaise.
Partie successivement de la Pologne, de l’Autriche-Hongrie, puis Ă nouveau de la Pologne entre les deux guerres, annexĂ©e par l’Union soviĂ©tique lors du pacte germano-soviĂ©tique en 1939, elle fut occupĂ©e de 1941 Ă 1944 par l’Allemagne nazie, puis reprise par les SoviĂ©tiques après la Seconde Guerre mondiale et rattachĂ©e Ă l’Ukraine. La vieille ville, entourĂ©e de murs, se situait au contrefort du Haut Château (une colline haute de 409m) et de la rivière Poltva… Au 13ème siècle, cette rivière servait au commerce et au transport, dĂ©but 20ème siècle, elle Ă©tait si polluĂ©e qu’il fut dĂ©cidĂ© de la recouvrir pour la faire passer sous la vieille ville. L’artère centrale de Lvov, l’avenue de l’IndĂ©pendance (Prospect Svobody), ainsi que l’opĂ©ra, se trouvent juste au dessus de la rivière souterraine… Un marchĂ© aux livres est en train de s’installer en plein air, sur une placette desservie par un arrĂŞt de tram, comme il y a peu de programmes tĂ©lĂ© intĂ©ressants et qu’Internet est encore peu rĂ©pandu, les Ukrainiens lisent toujours. Donc achètent ou volent journaux et magazines.
Chromes&Flammes version Tchèque qui servait de trait d’union avec l’Ă©dition Ukrainiène stoppĂ©e par la guerre, est presqu’intĂ©gralement volĂ©e et les exemplaires de la version Russe sont brulĂ©s… Les versions Web s’en sortent mieux du fait du système de traduction automatique et de la modĂ©ration (implacable) sauf que les Ukrainiens ne sont pas branchĂ©s niveau population, alors que ce sont devenus des artistes informatiques de l’espionnage numĂ©rique et de la crĂ©ation des pires virus… Pour ce qui est des magazines “papier”, les problèmes s’amoncellent toutefois puisque c’Ă©tait imprimĂ© Ă Vilnius pas loin de l’enclave Russe qui devient un bastion sĂ©vèrement gardĂ©… De toutes façons le temps n’est plus Ă la construction de Hot-Rod’s et Kustom’s… Je corrige dans l’humour noir (de circonstance) : le temps n’est plus guère (double sens assez pathĂ©tique avec guerre, je le reconnais avec joie) Ă ce que les populations fraternisent dans le Hot-Rodding et le Kustomizing, ce qui aura malgrĂ© tout durĂ© quelques dizaines d’annĂ©es… Bref…

Le marchĂ© se tient sous la statue en bronze d’un gĂ©ant barbu musculeux, un prolĂ©taire en bottes cosaques mais torse nu façon socialiste, ce symbole de synthèse entre tradition et communisme tient un lourd ouvrage reliĂ© sur son bras gauche, le pesant savoir des dogmatiques. La littĂ©rature proprement ukrainienne est rare et peu traduite, le dĂ©but de la langue littĂ©raire, en ukrainien, ne date que du dĂ©but 19ème et tout le vocabulaire abstrait est empruntĂ© au polonais, l’attraction russe et la persĂ©cution des particularismes, d’abord tsariste puis soviĂ©tique, ont rendu la langue ukrainienne très proche du russe (Qui se souvient que Gogol s’appelait Hohol parce qu’il Ă©tait ukrainien ?)… Taras Chevtchenko (1814-1861) est le grand Ă©crivain national, peintre et poète, patriote et dĂ©mocrate, antitsariste et antiservage parce lui-mĂŞme nĂ© serf, il est l’auteur du poème sur l’insurrection paysanne contre les Polonais en 1668, les HaĂŻdamaques, l’un de ses livres “L’HĂ©rĂ©tique Jean Hus”, attaque l’église Romaine et l’impĂ©rialisme germain ; il en appelle Ă l’unitĂ© des peuples slaves.
Son poème le plus connu : “Le Testament”, est devenu l’hymne national ukrainien. Les vacances scolaires ont lieu une seule fois dans l’annĂ©e en Ukraine, elles durent trois mois, choisis parmi les plus chauds : juin, juillet et aoĂ»t, aucune semaine de congĂ© n’est prĂ©vue entre, sauf les jours fĂ©riĂ©s ordinaires, les adultes ont le droit de prendre 24 jours calendaires dans l’annĂ©e, soit une dizaine de moins que les Français (qui raisonnent en jours ouvrables). Le salaire moyen est de 200 hryvnias par mois, mais l’usage veut que des primes soient distribuĂ©es au noir (vieil hĂ©ritage communiste favorisant les clientèles)… et les bonus (importation amĂ©ricaine rĂ©cente) sont dĂ©sormais forts rĂ©pandus, en fonction des rĂ©sultats de la sociĂ©tĂ© ou de la boutique. Hors paysans autarciques (il en reste bon nombre), le salaire moyen net du pays tourne autour de 600 Ă 800 hrv, soit de 90 Ă 120 €, ce n’est guère faramineux, mais les prix payĂ©s sont Ă l’avenant (15 centimes d’euros pour un verre de thĂ©, 40 centimes d’euros pour une bière de 33 cl, mais nul terrain n’est Ă acheter, qui sont propriĂ©tĂ© d’État).
Après ma visite, je reviens vers l’opĂ©ra, ou j’ai rendez-vous Ă midi prĂ©cise avec un dĂ©nommĂ© Vassili qui est lecteur assidu de la version Chromes&Flammes destinĂ©e aux pays de l’Est et de www.GatsbyOnline.com qui dispose d’un traducteur automatique incorporĂ©. Vassili a tout fait pour m’attirer en Ukraine, Ă Lvov, pour me prĂ©senter deux engins qu’il a créé et voudrait commercialiser. Le monument central, lieu du rendez-vous est aisĂ©ment repĂ©rable, Ă©levĂ© au bout de la perspective Svobody (LibertĂ©), il a Ă©tĂ© construit en 1900 par l’architecte Gorgolevski… J’achète une bière (3,25 hrv) pour la dĂ©guster, avec un verre en plastique (0,5 hrv), sur l’avenue bordĂ©e d’arbres, des enfants passent en rollers, une jeune femme s’assoit en face de moi, non pour apaiser sa curiositĂ© mais pour me proposer une baise Ă l’Ukrainienne… “Moi Natacha, moi faire jouir toi fort”... Deux vieux retraitĂ©s discutent un peu plus loin en riant. Un guide local me propose un tour de ville façon : “Pas de problème, j’ai beaucoup adresses de belles femmes en attente d’amour“…, il parle, comme Natacha, “toutes les langues”…
Moi, j’attend… Soudain, un bruit sourd qui va en s’amplifiant, un engin dantesque inspirĂ© de la rarissime 1955 Gaylord Gladiator… mixĂ© au plagiat d’un Prowler, apparait et stoppe devant moi dans un grondement apocalyptique, un bonhomme hirsute sort la tĂŞte de l’habitacle en agitant les mains et me crie : “Montez dans ma BMW SpĂ©ciale, je vous emmène chez moi Ă une cinquantaine de kilomètres d’ici, vous pourrez essayer mon 4X4 prototype Ă votre aise… En route, je vais vous parler de ce que je connais le mieux, le Donbass pro-Russe, car je vois que vous n’allez pas forcĂ©ment vous attarder Ă Lvov qui est une putain de sale ville remplie d’Ukrainiens-Polonais-nazis fanatiques de Stepan AndriĂŻovytch Bandera. Faites gaffe aux putes Ukrainiennes capables de vous couper les couilles”… Waouhh ! L’Ă©tat des routes est dantesque par moment, il faut prĂ©voir le nĂ©cessaire pour rĂ©parer…, On ne parle plus de nids de poule mais bien de trous d’obus…Parfois, l’Ă©tat de la route fait qu’il est impossible de passer Ă 2 de fronts. Les passages Ă niveau sont assez physique, il pleut et c’est la route qui devient un torrent.
Cela explique que beaucoup de gens roulent en 4×4… et je comprend pourquoi, le bas cotĂ© est souvent plus praticable ! Question conduite, les Ukrainiens sont de grands malades, manifestement, ils n’ont pas la mĂŞme conception de conduite qu’en France, ici c’est du grand n’importe quoi…, Par moment entre les vieilles Zil et les camions des annĂ©es 70’s de conception soviĂ©tique, dont la vitesse de croisière n’excède pas 30 km/h, qui partagent la route avec des X6M qui roulent Ă tombeau ouvert, on croit qu’on va mourir ! Autre obstacle de taille: la Militsia… C’est assez folklorique : “Ils sont souvent postĂ©s aux carrefours stratĂ©giques et leur mission est de faire cracher quelques billets pour des infractions imaginaires. En principe, aucune perception en direct n’est autorisĂ©e, mais c’est difficile de se sortir du traquenard une fois qu’on y est… Une règle d’or : moins on cĂ´toie la police, moins on a de problème, ils ne servent Ă rien et surtout pas Ă protĂ©ger les gens… C’est simple, moi je ne m’arrĂŞte plus, mĂŞme s’ils me le demandent, ça ne les choque pas outre mesure”
Il est fou et je le suis aussi d’ĂŞtre venu en Ukraine ! Il ajoute : “Ils arrĂŞteront le prochain et se concentrent sur les pauvres gens en bagnoles hors d’âge, on ne sait jamais, ce serait fâcheux d’arrĂŞter un ami du chef local comme moi… Après, je ne connais pas leur attitude face aux motos qui sont assez rare lorsque l’on sort des villes”… Je lui demande ce qu’il y a Ă voir dans le Donbass et Ă Dnipro…, il me rĂ©pond : “Ben franchement, c’est la guerre la bas, il n’y a que des Russes, il n’y a plus rien qui mĂ©rite vraiment le dĂ©tour, c’Ă©tait une rĂ©gion minière de charbon, et très industrielle, sidĂ©rurgie, industrie lourde, armement… Bref, du glamour Ă l’Ă©tat pur… Tout a Ă©tĂ© dĂ©truit, rasĂ©… Donetsk Ă©tait une ville très propre, bâtie selon les standards occidentaux, un stade, des buildings clinquants et autres hĂ´tels de luxe… Tout explosĂ©… L’ambiance est assez irrĂ©elle, on avait avant l’impression que c’Ă©tait une ville construite pour une poignĂ©e de privilĂ©giĂ©s avec de larges avenues et peu de monde dans les rues… Maintenant c’est une citĂ© de dĂ©favorisĂ©s… Des fantĂ´mes… Culturellement et architecturalement parlant, y a jamais rien eu lĂ d’exceptionnel, Ă part les Ă©glises orthodoxes… Par contre sexuellement, vous pouvez faire de belles rencontres, les gens cherchent de l’argent par tous moyens, mais ils meurent tous”…
Devant ma moue qui reflète ma stupĂ©faction, il ajoute : “MĂ©fiez-vous de ce cotĂ©-ci de l’Ukraine, des pièges Ă touristes avec la jeune Ă©tudiante de 20ans en talons aiguilles et mini jupe qui vous drague, ce ne sont que des arnaques. Notez que les plus vieilles sont pourries de maladies vĂ©nĂ©riennes. Je ne sais pas pourquoi l’OTAN veut incorporer l’Ukraine tous les militaires occidentaux seront contaminĂ©s de maladies vĂ©nĂ©riennes et autres saloperies”… Il fait maintenant frais et humide, le revers positif est que chaque couleur ressort vivement sous le gris diffus du ciel… ArrivĂ© chez Vassili, je suis hypnotisĂ© par sa copine, Lounya, qui est occupĂ©e Ă confectionner un gros bouquet de fleurs des champs, destinĂ© Ă orner somptueusement la table du dĂ®ner dans une bouteille servant de vase la jeune femme a de beaux yeux et une poitrine gĂ©nĂ©reuse… Sa tĂŞte est prise dans un foulard aux couleurs du drapeau jaune et bleu, elle dĂ©pose près de moi nombre d’assiettes fleuries de tranches de tomates, de concombres, de saucissons, de fromages et de poivrons jaunes en lanières : “Après dĂ®ner, vous pourrez dormir dans la grange avec moi qui vous aime dĂ©jĂ pour baiser d’amour”…
Le foin odorant, sur une large Ă©paisseur, m’avait tentĂ© pour une nuit lubrique “Ă l’Ukrainienne”, comme je craignais les petites bĂŞtes, j’ai dĂ©clinĂ© l’offre… mais j’ai Ă©tĂ© plutĂ´t dĂ©rangĂ© par les grosses en-dessous : deux veaux, deux chiens, sans parler d’un coq et de ses poules…, Tout ce petit monde remuait, grognait, caquetait et Ă©mettait des odeurs diverses très campagne. Par contre, le chat roux et blanc vu hier soir, le poil angora avec une tache sur le nez, pourtant très familier, n’est pas venu ronronner sur mon duvet…. Dès Potroon_Minet du matin, Vassili m’a propose la BMW Z4 qu’il avait modifiĂ©e ainsi que son Ă©trange 4X4 extrapolĂ© d’une Nissan Maxima pour 8.000€ en cash…, Il m’a proposĂ© d’en rĂ©aliser un essai et m’a expliquĂ© le chemin Ă parcourir au soleil : “La descente jusqu’à la rivière est suivie d’une remontĂ©e sur la colline en face, les prĂ©s sont très fleuris, bien plus qu’en vos contrĂ©es, me semble-t-il… Vous pourrez voir des pensĂ©es sauvages… Vous reconnaitrez les campanules des Carpates Ă leurs corolles lilas en pentagone, des bleuets, des marguerites mais il n’y a pas de coquelicots”…
Des scabieuses poussent du col leurs fleurs chiffonnĂ©es bleu pâle ; le millepertuis fait bouffer ses pistils pubescents sur leurs cinq pĂ©tales jaunes ; la vĂ©ronique dresse ses fleurs en goupillons, des roses trĂ©mières sont comme de vĂ©gĂ©taux relais de tĂ©lĂ©phone mobile…, je trouve aussi la mauve, l’arnica, la camomille… et ces petits edelweiss aux feuilles d’argent veloutĂ©es. Une laiterie d’altitude, près du chemin, attire ma curiositĂ©, le nom ukrainien de cette sorte de cabane est kolyba…, le fabricant de fromage garde les bĂŞtes des autres sur le prĂ©, les surveille et les protège, il se paie sur la bĂŞte en faisant usage pour lui-mĂŞme du lait…, il le caille Ă la prĂ©sure d’estomac, le cuit lentement dans un gros chaudron sous lequel le feu, alimentĂ© par le bois des forĂŞts alentour, ne doit jamais s’éteindre de tout l’étĂ©, cela porterait malheur. Une fois caillĂ©, le lait solidifiĂ© est mis Ă Ă©goutter, puis Ă sĂ©cher Ă la fumĂ©e du feu qui monte Ă l’étage…, les grosses boules blanches sont alignĂ©es sous le toit…, avec le petit lait rĂ©sultant de l’égouttage, le laitier fabrique un autre fromage, plus frais.
La route que je reprends monte dans la forĂŞt de pins, appelĂ©s Smereka, la pluie de la nuit a rendu la voie boueuse…, J’arrive Ă la crĂŞte, mais il s’agit toujours de la suivante, vieille tactique “Ă la russe” de dompter les groupes militaires… En plein vent au sommet de la dernière crĂŞte, j’ai une vue entière sur le village oĂą je vais, des vaches Ă clarine broutent alentour. Des maltchiki me jettent des regards de curiositĂ© (maltchik : jeune garçon en russe), l’un de ces ados en goguette n’a pas de selle sur son VTT et il pĂ©dale en danseuse… Le tube menaçant directement ses fesses n’est pas pour effrayer ce petit mâle “Ă la russe” ; ses ancĂŞtres ont vu pire avec les pals mongols… Son copain, un peu plus grand mais guère plus âgĂ©, pĂ©dale en seul jean, peau halĂ©e, regard clair et cheveux blonds coupĂ©s courts, il offre l’image d’un scout allemand des annĂ©es trente. Vassili m’attend lĂ , dĂ©jĂ …, il est tout sourire et me crie : “Il faut toujours essayer une voiture, un produit ou une recette au moins 2 fois, de mĂŞme, il ne faut pas juger un livre d’après sa couverture et se fier uniquement Ă sa première impression”…
Je lui demande le pourquoi du comment il rĂ©pond : “Oui, sinon on risque de passer Ă cĂ´tĂ© de superbes expĂ©riences. Le 4X4 a Ă©tĂ© construit Ă Biysk, la carrosserie est celle d’une Nissan Maxima, le moteur est un diesel 3000cc. J’en demande 1,5 millions de Roubles. La BMW Z4 est une autre crĂ©ation que je vends avec le 4X4. Prix d’ami 8.000€ pour les deux.“… Je lui rĂ©torque que sa BMWZ4 a tout d’une Audi… Mais il ne rĂ©pond pas… Au dĂ©collage du 4X4, il faut mettre Ă©normĂ©ment de pression sur la pĂ©dale pour le faire avancer…, Peut-ĂŞtre est-il expressĂ©ment conçu pour des travailleurs de chantier qui portent des grosses bottes Ă bouts d’acier, mais pour les dĂ©placements ordinaires, l’effort requis pour le mouvoir est fatigant. Ce qui m’Ă©nerve aussi, c’est le long dĂ©lai entre l’enfoncement de l’accĂ©lĂ©rateur et la poussĂ©e qui s’ensuit, sans parler de la boĂ®te de vitesses qui tombe automatiquement en 1re et provoque un lĂ©ger Ă -coup. Étant donnĂ© les Ă©vènements qui se dĂ©roulent en Ukraine, je savais que je devais essayer cet engin Ă©trange sans tarder…
Mon premier contact me rend perplexe et je me demande si j’ai ratĂ© quelque chose car l’expĂ©rience de conduire ce bitza me laisse sur mon appĂ©tit, sur la route, je l’ai senti très lourd, notamment en raison d’un accĂ©lĂ©rateur très lent Ă rĂ©agir, mais je l’aime quand mĂŞme… La suspension semble incapable de gĂ©rer la plupart des imperfections des routes et ce, peu importe la vitesse Ă laquelle on roule, les ressorts “bi-Ă©tagĂ©s multi-lames” Ă l’arrière aident l’engin Ă masquer les petits dĂ©fauts, mais on dirait que la suspension ressent le besoin urgent de se dĂ©comprimer dès que les roues mangent 5 centimètres de dĂ©battement…
Bien sĂ»r, le châssis est extrĂŞmement rigide et donne l’impression de pouvoir sortir indemne d’une collision avec un mur de brique, cependant, il est inacceptable que les mouvements du châssis soient aussi mal contrĂ´lĂ©s lorsqu’on roule sur un asphalte abimĂ©… Le moteur diesel s’anime Ă partir de 500 tours/minute et pousse sans effort ni relâche jusqu’Ă 3.500 tours/minute… Pour ce qui est de la BMW Z4 rien Ă en dire tout y Ă©tant dans le look…
L’apĂ©ritif est Ă 19h pour un dĂ®ner prĂ©vu une demi-heure plus tard et il se met Ă pleuvoir… Le dĂ®ner est l’occasion de discuter avec Vassili du prix minimum auquel il est disposĂ© Ă me vendre ses deux bitza… De 1,5 millions de Roubles chaque, nous en sommes maintenant entre 10.000 chacun soit 20.000 euros la paire en cash… J’offre 8.000 euros cash pour les deux et rien de plus, je lui promet un article extraordinaire dans GatsbyOnline qui va lui attirer des commandes du monde entier, je lui conte que j’ai maintenant la possibilitĂ© de confirmer mon expĂ©rience de l’attitude soviĂ©tique… Lui me dit avoir dĂ©couvert un peu mieux qui est le Boss de GatsbyOnline, assez loin des stĂ©rĂ©otypes qu’on lui avait inculqué… Il se lance dans un discours, “Ă la Russe”, tant le rituel de ces annĂ©es Staline continue de marquer la dernière gĂ©nĂ©ration Ă©levĂ©e dedans…. et ne voilĂ -t-il pas qu’il me remet une mĂ©daille pour ĂŞtre le premier occidental Ă lui acheter son 4X4 rĂ©volutionnaire.
Le communisme adorait les mĂ©dailles, façon de distinguer au mĂ©rite sans faire bouger d’un pouce le pouvoir politique, me voici donc mĂ©ritant. Vassili a apportĂ© une vodka maison dont il verse de gĂ©nĂ©reuses rasades qu’il est de bon ton de boire cul sec “Ă la Russe” toujours, mais je m’en garde bien, le libĂ©ralisme m’a appris la prudence et Ă rĂ©flĂ©chir avant de faire bovinement tout ce que fait tout le monde. Vassili et son amie Lounya, portent des toasts Ă plein de choses telles : leur improbable 4X4, leur BMW UkrainisĂ©e, l’amour Ă -la-cosaque, les cuisinières du dĂ®ner de ce soir, les roulĂ©s au chou rĂ©ussis (golubsky)… Leur objectif : me faire descendre un litre de vodka en quelques minutes et me faire payer au moins 10.000 euros de plus… Il aussi apportĂ© aussi une bouteille de vin de CrimĂ©e, un genre de Vino Sancto rouge et sirupeux, très agrĂ©able au goĂ»t, favori des dames et très rare ! A la suite de ces libations, nous dĂ©vorons la salade de chou au concombre assaisonnĂ© d’aneth frais, les goloubsky au chou et les vareniki, sortes de gros raviolis au fromage blanc…
Ensuite nous nous mettons d’accord pour le prix de 8.000 euros pour les deux engins payables lorsque je passerais la douane europĂ©enne… Mais, pour des raisons fiscales et parce que c’est une manière de pouvoir dĂ©clarer n’importe quoi Ă un prix ridicule sans qu’on pose de fâcheuses questions, Vassili me dit qu’il faut traverser la Moldavie jusqu’Ă la Roumanie et pas aller directement en Roumanie… J’entrevois la fin de mon pĂ©riple paysan chez les Goutsouls d’Ukraine. Le lendemain Ă 12 h 15 : nous passons sans encombre la douane Ukrainienne en direction de la Moldavie, puis nous arrivons Ă la douane Moldave ou Vassili et Lounya se font contrĂ´ler. Et de mon cotĂ©, les papiers de chaque bitza me sont demandĂ©s : certificats d’immatriculations provisoires, facture de 2 X 150€ pour l’attestation des transits et mon passeport… Après une attente de 45 minutes, en cause d’une enveloppe secrète que Vassili a donnĂ© au chef de la douane, les papiers reviennent.
Le douanier me montre qu’il a apposĂ© le cachet de la douane Moldave sur les certificats d’immatriculations et sur les factures de 150 euros du 4X4 et 150 euros de la BMW : nous pouvons donc repartir… et deux heures trente plus tard, Vassili, Lounya et moi nous traversons le Prut (affluent du Danube), qui sĂ©pare la Moldavie de la Roumanie : c’est la porte d’entrĂ©e de l’Europe contrĂ´lĂ©e par la douane Roumaine… Le plan de Vassili fonctionne parfaitement pour dĂ©clarer un minimum… 15 h 30 : on nous demande tous les papiers (vĂ©hicules et personnes)… Les vĂ©hicules sont inspectĂ©s pour vĂ©rifier si nous possĂ©dons des cigarettes et de la vodka achetĂ©s en Moldavie… La loi est en effet très claire : 2 bouteilles d’alcool fort et 2 paquets de cigarettes par personne… Le douanier demande en anglais Ă Vassili pourquoi il m’a vendu son 4X4 et sa BMW seulement 150 euros chacune et Vassili lui explique que c’est pour une restauration/fusion… Le douanier sourit et dit que c’est beaucoup trop cher…, et met les documents dans sa poche en faisant un clin d’Ĺ“il…
Tout semble passer comme une lettre Ă la Poste jusqu’au moment oĂą… Un autre douanier demande Ă Vassili les certificats d’immatriculations et les factures. J’explique que nous les avons dĂ©jĂ donnĂ©s au premier douanier qui procède Ă l’enregistrement et que nous les attendons…, Le douanier ronchonne et m’explique qu’il fallait se renseigner avant d’acheter de tels engins en Ukraine pour les passer en douce en Moldavie et qu’il y a maintenant de nouvelles procĂ©dures Ă respecter pour que de tels engins puissent entrer en Europe… Tous les papiers sont rendus par le premier douanier et nous pouvons donc donner les papiers au deuxième douanier…, Il les regarde et dit que tous ceux-ci ne valent rien… Il plie les certificats d’immatriculations, les mets dans sa poche de chemise et me rend les factures. Un troisième douanier intervient et m’explique en français qu’il y a un problème avec le 4X4 et la BMW qui est en rĂ©alitĂ© une Audi qui en utilise des papiers surement volĂ©s…et qu’il faut maintenant passer par un transitaire…
Vassili lui montre que cela a Ă©tĂ© fait Ă Chisinau en Moldavie…, mais le douanier rĂ©pond que c’est valable en Moldavie mais pas en Europe… Vassili demande si les papiers de transit peuvent ĂŞtre faits sur place… et le douanier rĂ©pond : “Bien sĂ»r, ce n’est pas un problème. Faites marche arrière, passez de l’autre cotĂ© du bâtiment, du cotĂ© des camions, garez-vous et allez faire vos papiers de transit. Il y a plusieurs entreprises de transit Ă votre service”… Enfin une rĂ©ponse positive… Vassili redemande les certificats d’immatriculations que le deuxième douanier avait gardĂ© et nous partons nous garer…, Puis nous entrons dans le bâtiment avec 300 euros en poche, pour payer, au cas où… On se sait jamais… Nous sommes accueillis par un quatrième nouveau douanier, très souriant, qui nous prĂ©sente les trois bureaux de transitaire ouverts et nous dit que ceux de l’étage sont fermĂ©s… Vassili lui demande lequel des bureaux choisir et le douanier rĂ©pond, en français : “Faut choisir. Demandez lequel qui est pas trop cher. Alors, par lequel commencez-vous ?”…Â
Nous choisissons le premier qui est tenu par une femme souriante…, Vassili lui explique qu’il nous faut un papier de transit pour convoyer un 4X4 et une BMW/Audi prototype en France… La femme perd aussitĂ´t son sourire et nous explique que ça cause beaucoup trop de problèmes depuis la guerre en Ukraine et qu’il y a de nouvelles directives : elle explique qu’elle a dĂ©jĂ failli perdre son travail avec une affaire semblable la semaine dernière avec 4 chars d’assauts lourds que des soldats Ukrainiens voulaient revendre en Espagne ! Elle a dĂ» payer une très forte amende : “C’est ce qui se passe quand la marchandise n’est pas prĂ©sentĂ©e Ă la douane Ă destination. Je prĂ©fère travailler avec des professionnels”… Nous allons donc vers le deuxième bureau : ici le transit est possible, mais il faut dĂ©poser une garantie en liquide de 20.000 euros, rĂ©cupĂ©rable Ă destination en prĂ©sentant les voitures au bureau de douane du Havre, le seul qui est reconnu par la Roumanie pour les voitures venant d’Ukraine.
Impossible d’accepter ce qui qui semble ĂŞtre pour le transitaire, une arnaque typique Ukrainiènne “Le troisième bureau” ! Vassili commence Ă peine Ă expliquer notre cas que le troisième transitaire nous rĂ©pond qu’il ne veut pas travailler pour des particuliers… Il nous demande de sortir et de fermer la porte… Et bien… Nous voici dans de beaux draps ! Nous dĂ©cidons de retourner au bureau numĂ©ro 2, pour obtenir plus de prĂ©cisions… LĂ , le transitaire nous sort un gros classeur dans lequel une simple feuille comporte un tableau d’estimation des montants de la taxe et du dĂ©pĂ´t de garantie en fonction des valeurs du matĂ©riel, selon ce document, un 4X4 prototype n’est pas rĂ©pertoriĂ©, et il n’existe pas de BMW-Audi, mais, crayon en main, sur un bout de papier dĂ©chirĂ©, il fait une estimation “amicale” des montants Ă donner pour passer la frontière vers l’Europe au moment ou les douaniers ferment les yeux et l’addition tombe : 20.000 euros pour le dĂ©pĂ´t de garantie et 10.000 euros pour la taxe !
Nous expliquons au douanier que c’est de l’arnaque…, mais, il rĂ©pond qu’une arnaque en appelle une autre et que c’est son dernier prix… C’est la douche froide… Que faire ? Faut-il abandonner le 4X4 et la BMW/Audi Ă la douane ou payer la somme exigĂ©e ? Vassili, Ă©nervĂ© par cette situation, dĂ©cide que nous devons rencontrer le chef du service de douane pour arranger la situation… Nous partons tous les deux Ă sa recherche… Nous finissons par le trouver et nous lui expliquons nos problèmes… Il dit comprendre la situation et dĂ©cide de parler avec le transitaire. Après un quart d’heure d’altercation, le chef de douane ressort du bureau et nous explique qu’il a tout fait pour arranger la situation mais que le transitaire est très rigide… Nous lui serrons la main pour le remercier et il repart Ă son poste… Nous patientons trois quarts d’heure, quand soudain le transitaire sort de son bureau et nous demande les papiers du 4X4 et de la BMW/Audi…, Vassili et moi nous regardons un peu surpris : aurait-t-il eu pitiĂ© de nous en nous voyant attendre ?
Ou bien se serait-il fait remonter les bretelles par le chef de la douane ? Nous patientons Ă l’extĂ©rieur du bureau dans le hall d’accueil… Pas besoin de comprendre le Roumain : la tension monte entre les deux hommes et une longue dispute commence…,Vassili m’explique que le chef de douane soupçonne le transitaire de gonfler ses tarifs pour alimenter son coffre-fort en ne reversant un minimum aux douaniers… et qu’il lui dit que ses tableaux d’estimation des valeurs marchandes sont inadaptĂ©s aux produits. Nous le suivons dans son bureau et il remplit tout un formulaire sur informatique en demandant un tas d’adresses et d’informations… Vingt minutes plus tard 5 voitures de police dĂ©boulent, escortant un camion-plateau porte-voiture… en quelques minutes le 4X4 et La BMW/Audi sont embarquĂ©es, Vassili et Lounya menottĂ©s et jetĂ©s Ă l’arrière d’une des voitures de police… Et le convoi repart… Je reste lĂ , interloquĂ©… Crayon en main sur un bout de papier dĂ©chirĂ© (pareil qu’un des transitaires), le douanier en chef est en train de calculer combien il va m’en couter !
Pour passer la frontière, une nouvelle addition tombe : cette fois, c’est 100 euros d’amende pour en finir dĂ©finitivement : “Vous alliez ĂŞtre victime d’une escroquerie, ces gens sont des Ukrainiens, tous les mĂŞmes, ils veulent faire un max d’argent avec les europĂ©ens, sans reverser un pourcentage Ă©quitable…, Maintenant tout est arrangĂ©, on a fait en sorte qu’ils ne recommencent plus. Il y a un bus qui se rend dans la capitale. Prenez-le et bon vent”… Bof, ce qui est fait ne sera plus Ă faire… Je propose de le payer en Leu ; mais ce n’est pas possible… L’atmosphère se dĂ©tend… Le paiement effectuĂ©, le douanier Ă©tablit un procès-verbal et imprime un reçu pour l’amende de 100 euros que je lui ai versĂ©… et je peux monter dans le bus après un contrĂ´le de mes bagages… Je n’ai plus jamais entendu parler de Vassili, de Lounya, de leur 4X4 prototype et de la BMW/Audi…, mais comme je ne payais les 8.000 euros qu’une fois en Roumanie, toute cette histoire se termine très bien, presque trop bien…
Qu’en est-il de l’Ukraine ? C’est pourri de pourri… Depuis 1991, les États-Unis financent des groupes politiques pro-europĂ©ens en Ukraine par l’intermĂ©diaire d’ONG comme la Fondation Carnegie pour la paix internationale. La diplomate amĂ©ricaine Victoria Nuland, reprĂ©sentante du Bureau des affaires europĂ©ennes et eurasiennes Ă Washington, avait alors indiquĂ© que ce financement dĂ©passait les 15/20 milliards de dollars entre 1991 (date de l’indĂ©pendance de l’Ukraine) et 2013, ce montant Ă©tait en rĂ©alitĂ© un financement aux groupes politiques pro-europĂ©ens. Alors que l’Ukraine Ă©tait proche du dĂ©faut de paiement et qu’elle enregistrait en plus une rĂ©cession de 2 % en 2013, il lui restait, fin novembre 2013, 18,79 milliards de dollars de rĂ©serves de change et elle devait en 2014 payer 17 milliards de dollars de facture de gaz naturel Ă la Russie. Toutefois, en tant que “Pays-Frère”, le 18 dĂ©cembre 2013, le prĂ©sident russe Vladimir Poutine annoncait la levĂ©e des barrières douanières entre l’Ukraine et la Russie pour aider l’Ukraine…
Il soulignait aussi que son intention de baisser le prix de son gaz et proposait au gouvernement ukrainien un prĂŞt de 15 milliards de dollars supplĂ©mentaires, soit une dette de 32 milliards. Lors des nĂ©gociations entre l’Union europĂ©enne et l’Ukraine, le premier ministre ukrainien Mykola Azarov a demandĂ©, en plus Ă l’Union europĂ©enne un prĂŞt de 20 milliards d’euros, portant la dette Ă 52 milliards… Les Ukrainiens sont des putes qui crĂ©ent des problèmes pour en tirer profits. Cette façon d’ĂŞtre et de faire les pousse Ă crĂ©er des conflits gigantesques. C’est le pays le plus corrompu du monde ! Le Donbass est peuplĂ© d’une forte majorité russe en plus des ukrainiens russophones hĂ©ritage de l’attraction qu’offrait cette rĂ©gion riche en industries et emplois du temps de l’URSS (environ 2/3 des Ukrainiens sont russophones). Les manifestations financĂ©es par les USA naissent de l’Ă©chec des nĂ©gociations entre l’Ukraine et l’Union europĂ©enne qui est contrainte de suivre, d’autant plus que les commissions en retour des dons grimpent Ă 50%…
Il suffit de voir la mine rĂ©jouie de la PrĂ©sidente de L’UE et du PrĂ©sident de l’Ukraine pour comprendre… Nous sommes victime de leurs jeux ! Maintenant l’Ukraine nous pompe un max de milliards qu’on ne reverra jamais, a montĂ© un système de retour des dons de charitĂ© Ă chaque donneur sur des comptes off-shores indĂ©tectables, et aucun des chefs d’Etats membres de l’Otan ne sait plus reculer de crainte qu’un scandale Ă©clate… La mĂ©thode Ukrainienne est en marche… La guerre atomique d’un Poutine excĂ©dĂ© va finir par nous anĂ©antir…





































