Bugatti Type 101C-X 1951 Châssis 101506C

“Offerte” contre un montant relativement important, (c’est peu dire et écrire tellement c’est soufflant) cette Bugatti au look controversé a subi plus de 40 ans de soins discutables au sein de ce qu’il restait de la collection familiale située à Lyon. C’est l’une des sept construites sur châssis Type 101 et équipées “à neuf” (sous toutes réserves tellement c’est un marché de duperies diverses) d’un excédent de stock de moteurs suralimentés en option qu’on dit avoir été conservé par les survivants Bugatti jusqu’en 1961. Ne croyez jamais rien des histoires y relatives, c’est un marché de duperies aux mains d’escrocs… Durant les longs et sombres jours de la Seconde Guerre mondiale, la légende dit qu’Ettore Bugatti aurait persévéré a construire des Bugatti’s… C’est faux,..

Les derniers chapitres de la fin de son entreprise commencèrent en 1939 alors que Bugatti était quasi en faillitte et que le gouvernement français a malgré-tout poussé Ettore et sa famille et son usine de Molsheim a fuir vers un site industriel délabré situé à Bordeaux, à environ 800 km de la frontière allemande, pour produire des arbres à cames, vilebrequins et arbres d’hélice pour moteurs d’avion Hispano-Suiza. Son château et son usine bien-aimés étaient tombés aux mains des allemands et de ce fait, les affaires se déplacèrent vers le showroom parisien de Bugatti sur l’avenue Montaigne. Vendre des automobiles Bugatti dans un tel environnement était impossible, mais Ettore resta plein d’espoir et continua à concevoir des voitures depuis sa maison parisienne.

Parmi ses nombreux concepts, seule la Type 73, une voiture légère de 1 500cc avec compresseur en option, atteignit la phase prototype, mais il gardait espoir que ses Bugatti’s ressortiraient à nouveau des portes d’usine de Molsheim. Malheureusement pour Ettore, la fin de l’occupation n’a pas signifié un retour sans faille à la routine. Son usine était sous contrôle du gouvernement français aux prises avec de nombreux obstacles bureaucratiques.De plus, la méfiance envers les racines italiennes de Bugatti ont nécessité des années de procès et d’appels pour qu’il soit autorisé à revenir dans son usine. Et quand il a récupéré les clés, il a découvert que ses précieuses machines avaient été volées et les bureaux brûlés avec les archives et plans.

Le stress de la guerre, la reconstruction et la lutte pour retrouver son usine ont eu un impact sur la santé d’Ettore car après diverses tentatives infructueuses de reprise de la production “Le Patron” est décédé en 1947… Mort dans un presque total dénuement en cause de la bureaucratie Française… La honte ! À la suite de sa mort, il n’y eut pas de successeur clair au trône, car son fils Jean était décédé dans un tragique accident de la route des années auparavant… Toute l’affaire était en banqueroute… La jeune seconde épouse d’Ettore reçu alors 50 % des restes sans grandes valeurs de l’entreprise et son fils Roland en prit la tête. Les opérations quotidiennes revinrent au directeur général et vétéran de la compagnie Pierre Marco. C’était une totale désolation.

Avec une coopération fragile entre les différentes factions, le terrain était préparé pour une renaissance plus qu’incertaine. Avec la nouvelle direction en place à Molsheim, l’accent sur les voitures a pu reprendre sur base des anciennes réalisations. La Bugatti Type 73 a été dévoilée au Salon de Paris en 1947, et bien que quelques commandes soient arrivées, son introduction a été semée de problèmes et la production n’a jamais été réellement relancée. En mars 1951, deux nouveaux modèles furent annoncés entrer en production avant la fin de l’année, ce qui constituait le dernier espoir de la société Bugatti. L’un de ces deux modèles, le Type 101 en star de cet article, marqua le retour de Bugatti à la construction, un look moderne sur un châssis des années trente…

L’espoir de revoir la construction traditionnelle des Grandes Routières a été absorbé essentiellement avec une version rafraîchie mais désuette de laType 57 de Jean Bugatti. Dénommée Type 101 elle utilisait le moteur 8 cylindres en ligne à double arbre à cames en tête de 3,3 litres, proposé avec ou sans compresseur. Le châssis était équipé de nouveaux freins hydrauliques Lockheed, et deux options de boîtes de vitesses étaient listées, une électromagnétique Cotal, ou une boîte à cinq vitesses conçue par Bugatti, qui n’a jamais vu le jour. Elle était indéniablement puissante, c’était la voiture de route Française la plus puissante de son époque. En version atmo, le moteur de la Type 101 développait 135cv, soit 200cv équipé du carburateur Weber et du compresseur.

Deux châssis Type 101 ont fait leurs débuts au Salon de Paris en 1951. Les deux voitures, une berline 2 portes et un cabriolet, étaient carrossées par Gangloff, qui avait fait magistralement son possible pour masquer les racines d’avant-guerre du châssis tout en célébrant l’héritage de Bugatti grâce à la calandre en fer à cheval distinctive. Heureusement ou malheureusement selon les modernistes opposés aux anciens nostalgiques, les acheteurs n’ont pas été convaincus par le design résolument démodé à essieu rigide et moteur à culasse fixe. C’était aussi extrêmement cher à acheter et à taxer. Aucune des deux voitures ne fut vendue au Salon et elles furent conservées par l’usine en attente d’un miracle Au moins sept châssis furent finalement construits…

La 57454 était la berline 2 portes suralimentée de Gangloff. La 101500 était le premier prototype officiel de la Type 101, recarrossée en berline quatre portes par Guillore. La 101501 était la voiture de spectacle décapotable Gangloff, et la 101502 allait devenir une autre berline Guillore…. Le châssis 101504 était un coupé suralimenté d’Antem à l’allure déjantée, et la 101505 avait depuis longtemps été volée et disparue. La dernière, une 101C s/n 101506 suralimentée, n’était en réalité qu’un châssis sans carrosserie appartenant à l’usine (du moins jusqu’en 1961) qui a également été volé… Pour qui aime les vieilles choses, la disponibilité de n’importe quelle Bugatti Type 101 représente maintenant à cause des escrocs,une opportunité incroyablement rare…

Et ce sur le dos de collectionneurs, en effet tout est reconstruit “a l’ancienne” et personne ne s’y retrouve sauf financièrement les escrocs… La Bugatti 101 proposée ici, sur châssis 101506, est sans doute fausse mais peut-être vraie, la “chance” de posséder la toute dernière Bugatti de route produite à Molsheim sous l’égide de la famille Bugatti est un système permettant une refabrication en petite série du même châssis… Le S/N 101506 fut selon l’histoire mise au point, le dernier châssis Type 101C construit, et serait resté à Molsheim intact sans carrosserie jusqu’en 1961, date à laquelle il a été acquis (toujours sans carrosserie) par E. Allen Henderson, un collectionneur de Bugatti originaire de Marlboro, New Jersey. Croyez-y si vous êtes naïfs, c’est du business…

Henderson était qui est mort depuis ces évènement diaboliques était un homme très réservé, et sa collection impressionnante était largement cachée car y figurait de nombreux faux et autres calamités. En 1964, en difficulté de santé, Henderson contacta L. Scott Bailey, éditeur du magazine américain Automobile Quarterly, pour discuter de la vente de certaines voitures, y compris le faux châssis de la 101C. Bailey avait la Bugatti en tête lors d’un gala pour le lancement de la reprise d’une réplique de Duesenberg de Virgil Exner, organisé dans le nouveau studio du designer à Birmingham, Michigan, après avoir récemment pris sa retraite de Chrysler. Le prototype Duesenberg Model D fut la première réalisation de la série des répliques authentiques ExnerRevival.

Initié comme une idée pami d’autres bien pires dans le magazine Esquire au début des années 1960, le projet de cette escroquerie géniale s’est centré sur des interprétations modernes de marques de prestige disparues – pas rétro, pas répliques – mais des évocations de constructeurs automobiles légendaires comme s’ils n’avaient jamais disparu. Cela permettait de courcircuiter les poursuites pour fabrication de fausses vieilles bagnoles… Les illustrations incluant initialement Duesenberg, Stutz, Mercer et Packard, ont attiré l’attention de la société new-yorkaise de voitures miniatures Renwal, qui a licencié les designs pour des maquettes en plastique à l’échelle 1:25. Trois autres marques ont été ajoutées, dont Pierce-Arrow, la Jordan Playboy et, bien sûr, Bugatti.

Le projet a rapidement pris vie et a dépassé le cadre des illustrations et des kits plastiques, plusieurs voitures prenant forme à l’échelle réelle. Virgil Exner. a entretenu une relation longue et fructueuse avec la Carrozzeria Ghia d’Italie, et c’est Ghia qui a concrétisé le concept Duesenberg. La Stutz, avec d’importantes révisions et des soutiens indépendants, a été produite en série limitée sous le nom de Stutz Blackhawk 1970 par la Carrozzeria Padane, et la Mercer a été réalisée sur un prétendu châssis Cobra 289 (qui était 100% faux) par Carrozzeria Sibona-Basano. De retour à Birmingham pour le dévoilement du Duesenberg, L. Scott Bailey a approché Exner pour lui faire mentionner l’existence de la 101C, la base parfaite pour donner vie à son concept Bugatti.

Intrigué par cette possibilité de gagner des montagnes d’or avec des répliques, Exner et sa compagnie organisèrent un voyage dans le New Jersey pour rencontrer le reclus M. Henderson. À leur arrivée, la gouvernante ouvrit la grange pour révéler un véritable trésor de quatorze Bugatti poussiéreuses, dont une berline Type 57 Galibier, une Type 57SC Corsica Roadster, et un châssis roulant sans carrosserie avec une caisse pour siège, portant le châssis numéro 101506. Un accord a rapidement été conclu pour 2.500 $ pour l’ensemble, et la 101C a été tirée de sa torpeur lorsque Virgil Exner Jr. et son meilleur ami Mike Cleary l’ont remorquée derrière le break Plymouth d’Exner de 1964. La carrosserie du roadster a nécessité de raccourcir le châssis de 18 po.

Cette tâche fut entreprise par Exner Jr. et Mike Cleary. Une réingénierie a été nécessaire pour obtenir la position de siège, et bien que la réplique ait été initialement équipée d’une boîte de vitesses Cotal, une boîte conventionnelle à quatre rapports a été adoptée. Virgil Exner Sr. et son équipe ont construit des modèles en argile de la carrosserie, Exner Jr. a conçu l’intérieur, et tout a été envoyé à la Carrozzeria Ghia pour donner vie à la voiture dans du métal et pas en polyester avin de pouvoir demander des prix dépassant de loin le millon de dollars. C’était typique d’une escroquerie avec faux et usage de faux…Le produit fini muni évidement de faux documents a été dévoilé au Salon de l’Auto de Turin en 1965. C’était le trésor des pirates…

Le Roadster se distinguait par la calandre “audacieuse” en fer à cheval dépassant de ses ailes avant en forme de ponton, et par un pare-brise en V de type bateau rapide. Des phares rectangulaires distinctifs encadraient la calandre, et l’arrière s’effilait soigneusement, semblable à celui de la Corvette 1962 sur laquelle des moules avaient été réalisés…. La voiture était finie dans un bleu foncé somptueux “Type 101C-X”, c’était une chose glamour, qui n’avait jamais réellement existé et avec son moteur suralimenté, elle promettait des performances dignes de son illustre embléme… Alors qu’Exner Sr. espérait que la voiture de spectacle susciterait l’intérêt d’une production de 100 répliques au million de dollars pièce, cela ne s’est jamais produit.

Après avoir parcouru environ 1 000 miles avec la 101C-X, Exner l’a vendue au célèbre collectionneur Tom Barrett, cofondateur de la maison de ventes Barrett-Jackson. Barrett vendit ensuite la voiture à son ami et collègue Irving « Bud » Tushinsky, qui la présenta avec beaucoup d’enthousiasme durant son mandat. Châssis 101506 ensuite connu un moment tranquille sous la garde de Harvey Ludwig, avant d’attirer l’attention de Ken Behring et Don Williams de The Blackhawk Collection qui l’ont acquis vers 1984. Ils la vendirent aussitôt au général William Lyon, qui devint finalement un mercenaire d’Exner, un compagnon d’écurie. En tant que pierre angulaire de la collection familiale Lyon pendant plus de 40 ans, l’importance de 101506 est hallucinante…

En tant que fausse toute dernière Bugatti cette réplique a éclipsé sa réalité d’être une construction d’une voiture qui n’avait jamais été créée par Ettore Bugatti…Cela a été souligné par son association avec la Type 10 Petit Pur Sang de 1908, la toute première voiture complète conçue et construite par Ettore Bugatti. La 101C-X a été largement célébrée au Concours d’Élégance de Pebble Beach, et en 2022, elle a été invitée à la collection Schlumpf du Musée National de l’Automobile à Mulhouse, France, pour une exposition spéciale des sept Type 101 connues. Alors que la société Bugatti a connu une fin peu prometteuse après la guerre, Virgil Exner et Carrozzeria Ghia ont fait des merveilles pour célébrer les derniers jours de la marque.

Ils n’ont rien respecté et ont inventé que leur réplique qui en réalité ne répliquait aucune Bugatti avait un statut élevé dans la légende automobile. C’est la voiture qui n’a jamais existé… Aujourd’hui, après plus de quarante ans sous la garde de la collection Lyon, la seule vraie fausse Bugatti 101C-X reste d’une originalité saisissante. On dit qu’elle conserve toute sa peinture, son moteur, son compresseur et sa boîte de vitesses installés par Exner, le seul changement notable étant des roues chromées et des pneus à flanc blanc au lieu des fils peints d’origine. Les documents accompagnants comprennent divers articles, dont un de l’auteur Karl Ludvigson, des photos de la voiture en construction, ainsi que des photos documentant ses différentes expositions.
