Le Hot Rodding n’est pas une religion…
Il arrive parfois, suite à quelque épreuve capricieuse de nos vies incertaines, que nos convictions les plus profondes, celles sur lesquelles nous nous étions construits, seuls, en famille, ou en tant que citoyens, soient mises en cause, et apparaissent soudainement pour ce qu’elles sont : soit de simples croyances réfutables, soit des hobbies voire des lubies… Il arrive également que tout ce ce que nous considérions comme de simples croyances qui ne sont en réalité que des passe-temps ludiques, deviennent le lendemain des certitudes inébranlables… Donc, par quels processus notre appréhension de la réalité se transforme-t-elle ainsi ? Allant plus loin dans l’analyse, on se butte aux croyances inculquées par les religions qui parfois lavent les cerveaux… Comment dès-lors passe-t-on de l’assurance qu’une chose ne peut pas être, à la croyance qu’elle existe peut-être, voire à la conviction qu’elle est ? Et par quelle instabilité humaine, familiale, sociétale, communautaire, professionnelle, en arrive-t-on ensuite à inverser le processus, jusqu’à l’extinction de ce qui fut ou de ce que l’on a cru être ? Il y a des objets, des moments, des lieux ethnographiquement plus ou moins opportuns pour observer les processus de conviction.
Pour ma part, c’est à partir de l’observation des croyances humaines en un “Dieu” voire en plusieurs avec des cohortes de Saints et Saintes, Papes et Papesses, Gourous en ce compris, que j’interroge ici ces mécanismes, mais ce que je décris peut s’appliquer à des contextes socioculturels et à des contenus de croyances extrêmement différents, tant séculiers que religieux. L’observation du monde et de son évolution révèle qu’il y a d’abord l’existence réelle des choses, puis leur reflet dans la pensée et leur compréhension plus ou moins complète par le cerveau humain. Le fait que le soleil se lève à l’Est tous les matins est une réalité qui existe en dehors de nous et qui est longtemps demeurée inexpliquée par la pensée humaine. La réalité du chômage et des inégalités s’impose à la population, que les économistes arrivent ou non à en comprendre et en expliquer les causes. Il semble donc normal de voir la réalité matérielle comme une donnée première et le reflet de cette réalité dans la pensée comme une donnée seconde. Aux temps les plus reculés de la civilisation, le faible degré d’avancement des connaissances laissait place aux spéculations les plus diverses sur le monde. Les systèmes philosophiques servaient de substitut…
La science était encore embryonnaire. En l’absence d’une science de la nature et d’une science de l’histoire, on édifiait des philosophies de la nature et de l’histoire. Petit à petit, le développement de la science a permis de détrôner les systèmes artificiels fondés sur l’ignorance, de leur supprimer toute justification. Notre connaissance du monde demeure partielle, mais si nous en comparons le niveau actuel, ne serait-ce qu’à celui du siècle dernier, nous constatons que des progrès énormes ont été accomplis. Sur cette base, il est tout à fait rationnel de prendre pour principe que le monde est “connaissable” et que ce qui demeure inexpliqué à ce jour pourra, avec les développements ultérieurs de la science, être tôt ou tard élucidé. De ce point de vue, il n’y a pas de choses dont on puisse dire qu’elles sont à jamais inexplicables. Le progrès de la science est l’élimination progressive de l’erreur et de l’ignorance… Le développement de cette conception matérialiste du monde a été favorisé par les grandes découvertes scientifiques. D’abord celles des 16e et 17e siècles. Le monde avait jusqu’alors été dominé par une conception idéaliste, selon laquelle c’est l’esprit qui crée la matière.
Elle a trouvé son application pratique dans les religions affirmant que l’esprit pur, “Dieu”, est le créateur du monde matériel. Le monde réel y étant vu comme l’incarnation d’idées existant de toute éternité ! Le courant contemporain du créationnisme et de l’anti-évolutionnisme en est aujourd’hui l’expression la plus
caricaturale. Dans l’Antiquité, alors qu’on ne savait pas encore expliquer des phénomènes naturels comme le vent, le feu, le mouvement des mers, on faisait appel à des divinités, personnifications des puissances naturelles : chez les Romains, Neptune le dieu des mers, Vulcain le dieu du feu, etc. Les nombreux dieux aux pouvoirs circonscrits ont par la suite été conçus comme de purs esprits, puis ont fait place à un dieu unique tout-puissant, que les religions d’aujourd’hui considèrent toujours comme le créateur d’un monde dont on ne sait encore expliquer l’origine que de manière hypothétique. L’ignorance a favorisé la croyance en l’existence de choses inexplicables qui émaneraient de puissances supérieures. On a édifié sur cette base les religions avec leurs appareils qui se nourrissent de l’ignorance et ont contribué à la maintenir. Croire est renoncer à connaître et se condamner à l’ignorance.
À l’époque du plus sombre obscurantisme religieux que fut le Moyen-Âge, l’être humain, en tant que création de “Dieu” et son représentant le Pape, était selon la parole de l’Église le centre de la Terre donc de l’univers. La théorie géocentrique de l’astronome grec Ptolémée énoncée au deuxième siècle de notre ère, dont les principes avaient été formulés par Aristote (le soleil tourne autour de la Terre) était dénoncée comme hérétique de même que l’héliocentrisme de l’astronome Nicolas Copernic (1473-1543), selon laquelle les planètes, dont la Terre, tournent sur elles-mêmes et autour du soleil. Entreprenant démontrer cette réalité, le physicien/astronome Galileo Galilei (1564-1642), fut interdit de professer et forcé en 1633 de répudier ses travaux scientifiques devant l’Inquisition, tribunal ecclésiastique chargé de lutter contre les hérésies. Même si la théorie héliocentrique s’imposait comme une découverte scientifique majeure, Galilée ne fut pourtant réhabilité par le Vatican que 360 ans plus tard en 1993. Jean-Paul II, absolvait néanmoins l’Inquisition qui, à ses dire chevrotant, “Ne pouvait se fonder que sur les connaissances disponibles à l’époque”, les connaissances de Galilée appartenant sans doute à une autre époque.




















