
Samedi, rien, ca me dit rien, c’est pourtant daté 08/08/2026, il est pile-poil 8 heures du mat’ lorsque je m’installe devant mon ordinateur dans le but de créer un nouvel article qui s’ajoutera aux 5.184 autres articles de ce webzine… Hier soir il y a eu un meurtre suivi de plusieurs assassinats et accidents provoqués, mais c’était dedans la télé, qui en publie plein d’autres : Ukraine, Gaza, Iran etc, etc, etc, etc… Bref, en TV Netflix, ce que j’ai vu se passait majoritairement dans la nacelle d’une montgolfièrece rouge. Tout s’est bien terminé car tout le monde est décédé dans des circonstances affreuses sauf la victime de l’histoire dans l’histoire qui a bénéficié d’une survivance improbable. J’ai également survécu, ce qui n’a pas d’incidence ni de connexité l’un avec l’autre…

Vous ne le savez pas, je ne fais strictement rien pour “faire de l’audience” ! Je m’en tape, je m’en f… De la philosophie aux balloches, il n’y a qu’un pas que j’ose allégrement franchir. Les testicules sont un sujet plus délicat que mes texticules. Mais je suis rompu aux sujets touchant au plus profond de l’humanité, néanmoins, je conseille aux familles d’éloigner les enfants qui pourraient être choqués par tant de bêtise humaine racontée de manière désabusée. En fait de bétises, les femmes se sont, de tout temps, tartinées la poire et la figue avec toutes sortes de crèmes, d’avocats, de concombres, de yaourts pour maintenir une illusion de cette jeunesse qui s’envole et coule inexorablement entre nos doigts comme un maroilles trop fait d’autant plus si la crème est patissière.

Aujourd’hui, les hommes, même les vrais, les mâles, s’y sont mis. A grand coup de crèmes hydratantes pour nous les hommes, parce que nous le valons bien, nous essayons de ressembler à nos femmes. Un laboratoire spécialisé dans l’intime a même lancé une crème anti-âge pour nos joyeuses valseuses baladeuses. Je ne sais pas pour vous, mais perso, je ne passe pas assez de temps à admirer mes roubignoles comme les femmes leurs seins. Je n’ai donc jamais songé à me tartiner les rouleaux avec une crème concentrée de plantes indiennes hydratantes, qui raffermira, apaisera et lissera la peau de mes balloches en me délestant les bourses d’une petite centaine d’euros. Grâce à mon argent, le cours de bourse du laboratoire remontera plus vite que mes roubignoles.

Mais ça, c’est une autre histoire ! En attendant, pour rendre à mes breloques la jeunesse qui les fuit (heureusement que ce ne sont pas mes noisettes qui fuient) et pour éviter les sillons sur mes roustons, je bois un Pouilly assez couillu. Pour aller voir le Grand Saint Homme capable de résoudre la totalité des problèmes qui surviennent aux humains et profiter de sa sagesse, j’ai marché plusieurs jours et plusieurs nuits, j’ai traversé une forêt aux pentes abruptes et une montagne ténébreuse, sous des averses brûlantes et un soleil battant la chamade. Harassé, épuisé, fourbu et quelque peu fatigué, j’ai finalement aperçu sa cabane, je touchais au but et j’ai donc décidé de passer sous silence le fait qu’un taxi m’y avait déposé.

La cabane était vétuste, elle dégageait toutefois une atmosphère de sérénité, de quiétude et de méditation qui contrastait drôlement avec le magasin de souvenirs adjacents où s’empilaient des ouvre-bouteilles made in Taiwan et des caisses en bois. Aucun doute possible, j’étais bel et bien dans l’antre du vieux sage St Johanais. Celui qui avait enseigné son savoir à tous les vieux sages tibétains, chinois, Boukistanais et même à celui de fort Boyard. “Entre, je t’attendais”, m’a dit sans tambours ni trompettes une voix qui semblait sortie du fond des abimes. J’au essuyé mollement mes “Berluti” sur le paillasson où était écrit : “N’engueulez pas le patron, la patronne s’en charge”... et j’ai à peine eu le temps de refreiner mon envie de fuir dans la nuit comme un cheval au galop.

Le temps pour mes yeux de s’habituer à l’obscurité et je découvris l’intérieur de l’antre du sage… Les murs de l’endroit étaient tapissés de cartons humides, vestiges de St Julien et de St Estèphe, icônes du vieil Ermite âgé. J’entrepris alors de lui avouer la raison de ma venue en ces lieux. Rien nana n’à voir avec ma passion pour les Hot Rod’s, rien de strictement privé, rien sur mes penchants scabreux pour les Psykopat’s et les poisons violents, rien sur mon irrépressible envie de savoir pourquoi Renaud était revenu de ses tournées-bistros pour chanter plus mal qu’avant, mais j’avais en tête une simple question qui me taraudait depuis longtemps. “C’est combien la sagesse?”... Avouez que c’était adéquat…

Alors, le vieux sage prit la parole : “La vieillesse est dans l’œil de celui qui me voit, et la sagesse dans l’oreille de celui qui m’entend. Tel que tu me vois, je pourrais te dire que la sagesse, du latin sapientia, est relative à l’intelligence, au jugement, au bon sens, à la prudence, au savoir, à la science et à la philosophie. Comme me l’a enseigné Héraclite, la sagesse est une seule chose, elle consiste à connaître la pensée par laquelle toutes choses sont dirigées par toutes choses. Je pourrais t’enseigner l’art de la sagesse, de ce qui est raisonnable et qui fait preuve de modération dans les désirs. Je pourrais aussi te dire comment on fait les bébés mais là n’est pas le propos. Avant d’être un Ermite errant, j’étais un homme respecté et chéri de mes pairs”…

J’étais tétanisé jusqu’au moment ou il a ajouté : “Jusqu’au jour où j’ai rencontré une bande de dégénérés du goulot pour qui la modération n’était pas de mise, j’ai débouché tout ce qui est débouchable, j’ai bu tout ce qui est buvable, j’ai craché tout ce qui est crachable. Depuis, j’apprends à faire des grimaces et je vends du vin aux voyageurs de passage. La réponse à ta question est simple, la Sagesse, c’est 19,50€ et t’en veut combien? Je suis caviste, pas philosophe. Il n’y a pas de sot métier, comme dit la sagesse populaire”. D’un coup, je n’ai plus cru en rien ni personne… Il y a des matins comme des chaussures beaucoup trop petites et ce jout-là, s’en était un. La journée avait ainsi commencé sur un malentendu…. Ne me restait qu’à revenir en mon chez moi…

Le lendemain, je me suis pris la tête avec ma boulangère. Elle avait beau avoir de belles miches, elle avait les esgourdes enfarinées. Je lui ai commandé un croissant aux amandes, je raffole des croissants aux amandes, mais la michetonne m’a donné un chinois. – Que veux-tu que je fasse avec un Chinois ?… Ai-je demandé à la mitronne. – T’as qu’à lui frotter la tête avec la lotion, ducon... M’a répondu la fournière. – Ça va être difficile, il n’a pas de cheveux ton Chinois, d’ailleurs, il n’a pas de jambes non plus, comment je vais faire ? – Arrête de te plaindre, tu prends ton chinetoque et tu me lâches les baguettes, j’ai pas que ça à faire, j’ai du pain sur la planche et un gagne-pain à faire tourner… Du coup, je me suis retrouvé en tête à tête avec le chinois.

Il est plutôt sympa le bridé, il s’intitule Xun Chang, qui veut dire belette rapide, ce qui est improbable quand on sait qu’il s’est fait découper les jambes, chez son coiffeur, lors d’un malencontreux accident de tondeuse. Après, pas facile de trouver du boulot, sans jambes et sans cheveux. Depuis il fait sans cesse des remplacements de petits pains au lait ou de croissants aux amandes. Faut bien vivre… Du coup, on a papoté, je l’ai promené en forêt, on a fait un poker et j’y ai foutu le feu, il commençait sérieusement à me courir sur le flageolet, le chinetoque. Il n’a pas de jambes, mais un bol monstrueux, full aux as, carré, comme s’il en pleuvait. Il rigole déjà moins avec 200° dans les chouquettes. Faut pas me chauffer les burnes, sinon, il a retour de flammekueche …

J’arrive au bureau, machine à café en panne, clim en panne et la secrétaire qui a oublié de mettre le Meursault au frais. High kick, dans les genoux du réparateur de machine à café climatisante et coup de boule à la secrétaire. Je me calme en me faisant les ongles des pieds avec les dents. Le téléphone sonne, ce qui est assez courant chez les téléphones, c’est mon docteur qui me demande ce que j’ai fait avec sa Fiat Uno. Je ne savais même pas que je m’étais trompé de voiture en partant de sa soirée vodka maison, grammé comme un polak et cocaïné comme une star du X et deuxio, je n’étais en aucune manière impliqué dans le double homicide qu’avait commis sa Uno verte. J’avais un peu grattouillé le pare-buffle de sa caisse, mais pas d’avoir fait 160km sur l’autoroute, non !

Et en contre-sens avec un couple de retraité sur le capot, il y a de la marge… Pas grave, on mettra ça sur le compte de l’inattention et du copain déglingo. Le Régis, il s’en bat les chouquettes, il va pas en taule, quelques semaines de congélo dans un hôpital psy et il peut retourner lécher des ampoules, dessiner des pandas roux, mettre des slips de catcheurs et se beurrer la glotte au Rougefeuille, 2€ le magnum plastique chez Aldi, c’est ma contribution à son bonheur. Cet après-midi, va falloir que je me repose, on remet ça chez Gégé ce soir, soirée guerre des étoiles. Demain, ça va être le réveil de la corse, je vais aller voir ma boulangère en costume de Dark Vador, on va voir si la michetonne ramène sa fraise. Pain pain pain tarte tatin … tarte tatin…

Ce billet aurait aussi pu s’appeler: “mémoire de nos verres”, autres référence cinématographique, il sera consacré aux souvenir et à la mémoire. La mémoire de ce que nous buvons, goutons, écoutons ou que nous pensons. Au cœur de la vallée de la Fensch, entre aciérie, soleil d’acier, communisme et utopisme européen, de cette enfance, je garde de nombreux souvenirs, comme celui des noms égrenés chaque 11 novembre, devant le monument aux morts, la foule, figée, répondait: “morts pour la France”. Se souvenir de la chair à canon, de jeunes hommes, morts pour des ambitions qui n’étaient pas les leurs. Juste après les élections américaines et avant les nôtres, il est bon de se souvenir. “On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels”, dixit Anatole France.

La guerre est toujours une histoire de fric. De ces jours parfois heureux, je me suis forgé une grande défiance pour les commémorations officielles. Se souvenir que nous sommes des enfants de la paix et que nous pouvons refuser de servir les ambitions de démagogues qui exploitent nos peurs et nos angoisses. Se souvenir est parfois salutaire. Se souvenir! Oui, j’ai une bonne mémoire, une très bonne mémoire, pas assez bonne pour vous faire un compte rendu détaillé des vins de ma soirée du 11 novembre de l’année dernière, mais assez pour me souvenir d’un magnifique Monbazillac 1937 qui avait mangé ses sucres, d’un non moins superbe Barolo 2007 de Conterno Fantino qui avait mangé ses tannins. 70 ans les séparaient, mais le même plaisir les unissait.

Un grand vin, le genre qui mérité 19 ou 20/20, c’est une bouteille, un silence, un verre, des yeux brillants, un sourire béat, un verre qui devient immense, et toujours le silence, pour être certain de se souvenir. Un grand vin, c’est comme un beau voyage, un grand livre, un beau film, un spectacle magnifique, il se déguste encore des mois, des années après. Sa mémoire est comme gravée dans le verre. Je me souviens des grands vins, mais aussi des moments qui ont fait que le vin était grand. Se souvenir des belles et bonnes choses. La plupart des dégustateurs ont une mémoire normale, souvent sélective, parfois défaillante. Mon anniversaire, la terrasse, le cigare, une Tâche 96 et un Lafite 86 qui a sublimé le moment. Un autre anniversaire, plus british, un repas mémorable, une rafale de grands vins, Montrachet DRC, Riesling Hugel VT 1953, Chave 1990 et un extraordinaire Haut-Brion 1933.

Je pourrais ajouter un fou rire et un Amarone, un Richebourg 99, une petite Mouline, un Unico ou un Astéroïde pour faire bonne figure. De cette mémoire, de ces souvenirs, j’essaie d’en faire bon usage. En premier lieu, quand je note un vin, j’éprouve le besoin de me souvenir, au-delà du vin que j’ai bu à midi, loin dans ma mémoire, j’essaie de me souvenir des effluves de rose de ce vieux Bourgogne, de la violette de cette superbe Syrah ou de l’empreinte de pierre de lave dans ce Rangen SGN 98. J’essaie de garder une idée précise de ce que j’ai ressenti en buvant le vin. Sinon, à quoi bon le boire ! Pourquoi se souvenir? Pourquoi ce souvenir mélancolique? La faute à l’album d’un chanteur, d’un poète à l’agonie qui s’est éteint tout en grâce, un album sombre et résigné…

C’est comme un chant du cygne. Léonard Cohen, le légendaire, qui depuis longtemps tiré sa révérence avec sa superbe élégance. Suzanne et Marianne sont orphelines … Un électeur américain m’a dit, “Dieu était tellement inconsolable d’avoir laissé Trump gagner que Léonard, en bon fils de famille, a dû aller le consoler“. Je ne suis même pas sûr que ça suffise. Léonard Cohen est immortel, il n’avait pas d’âge, ses chansons non plus. On les écoutera encore dans cent mille ans. On les écoutera même après que le monde aura cessé d’être. Alléluias et so long Marianne… Voilà… Pourquoi ai-je tapoté tout cela est un mystère ou le vin doit avoir une grande importance… Me faut-il donc en déboucher d’autres à votre santé…
