Il reste 100 litres…
Avant-Garde…
Voici un récit mécanique et visuel, lancé comme un ultime plein avant l’extinction, pour sonder ce que les images fabriquent et ce que le réel, en fin de course, abandonne derrière lui. C’est écrit comme on roule : droit devant, dans le bruit, la lumière et les ombres, pour interroger ce que le réel en marche laisse brûler dans son sillage.
I. La dernière balade…
Il reste 100 litres. Cent litres dans le réservoir de mon Kustom noir, c’est tout ce qui reste alentours…
Cent litres et six balles dans le barillet de mon Colt. Je roule jusqu’à la panne totale. Carnage. Je roule. Au hasard. Droit devant, dans le vide. Trumpy a été coupé dans son discours, coupé en deux par l’explosion, pas coupé de l’émission… Ensuite tout, partout, est devenu noir — plus de TV, plus de radio, plus d’électricité, seulement des éclairs et des explosions nucléaires. L’Amérique est morte, sûrement le monde aussi.
Plus de charabia à écouter, juste le bruit du vide. Je roule, roule, roule, jusqu’à la panne totale.
J’écrase une ombre, elle me poursuit. J’en écrase d’autres, qui suivent. Yeah. C’est la dernière. La dernière balade.
Y a eu trop de tout et pas assez de rien, ou l’inverse. La dernière balade du Hot Rodder survivant un peu plus longtemps.
II. Le mensonge comme spectacle…
La notion de médiamensonge fait florès depuis des années. On ne compte plus les trucages, les détournements d’images, les récits bricolés pour fabriquer du réel télévisuel. La controverse Godard / Apollo 11 revient comme un fantôme :
A-t-on vu les premiers pas sur la Lune, ou un studio éclairé par Kubrick ? La paranoïa du complot, la rumeur, la reconstruction du réel par l’image — tout s’entremêle. Le documenteur Opération Lune pousse le jeu plus loin :
des témoins prestigieux, des déclarations vagues, puis des séquences fictionnelles plus “vraies” que les vraies.
Le direct devient spectacle vivant, mais filtré par l’écran. La théâtralité devient la clé pour comprendre le mensonge médiatique.
III. Le théâtre tragique du langage brisé…
Le théâtre “Trumpien” — ou ce qu’on projette sous ce nom — fonctionne comme un paradigme du dire-faux, un système où les mots sont usés jusqu’à la corde, réduits à des squelettes, des fantômes. Ionesco l’avait noté : « les mots, comme les morts, ne parlent pas ». La disqualification du langage devient la clef de voûte du système. Il faut inventer un nouveau langage scénique, capable de dire le mal, un rouge nouveau pour tout le sang qu’il fait couler. Un rouge qui pue la mort. Ce théâtre n’a plus rien à voir avec la tragédie classique. Pas de progression, pas de révélation, pas de catharsis. Juste un corps traumatique qui hoquette, bégaie, se répète, se fissure. Une dramaturgie du moindre, du trop-montrer ou du ne-plus-montrer, oscillant entre l’opsis saturé et la spectralisation totale de l’image. Regarder ce système fonctionner, c’est voir un sujet-monde troué par le trauma. Le politique ricoche dans l’intime. La barbarie montrée devient reconnaissance de la barbarie elle-même. C’est cette transgression-là qui attire les partisans du choc, du heurt, du réel brut.
IV. Retour au Kustom noir…
Et pendant que le monde s’effondre dans ses mensonges, ses écrans, ses théâtres, moi je roule encore. Le Kustom noir file dans le vide, dans le silence, dans la fin. Les ombres s’écrasent sous les pneus. Le Colt pèse. Le niveau du réservoir est descendu à rien. Le monde n’est plus qu’un décor brûlé. Plus une goutte des 100 litres d’essence, plus de balles dans le Colt, c’est la panne totale, finale… Comme dans la vie, tout le monde meurt à la fin…





















