1932 HOT PICK’UP ROD
Phénomène historique intriguant, le Hot Rodding (incluant le Kustomizing) enclenche, une fois nommé, une multitude de représentations contradictoires et imaginaires qui structure une partie de notre compréhension de cette activité ludique. Et cette multitude permet, selon moi, de penser à nouveau frais notre rapport à l’utopie. Que ce soit par des films, des romans, des représentations picturales, mais aussi par l’actualité, ou bien par l’histoire de cette activité qui fait partie de ces phénomènes aussi réels que fantasmés. Il faut distinguer ici, plusieurs traits définitionnels pour comprendre l’enjeu qu’il représente.
Commençons par considérer l’étymologie du terme qui se confond avec le “tenter sa chance dans l’aventure” qui est le propre des pirates qui sont ceux qui tentent la fortune, qui entreprennent différemment et réinventent sans cesse. Le Hot Rodder est un pirate, en quelque sorte un aventurier. Une approche par le droit a amené les héros épiques à être considérés comme des sortes d’ennemis publics des routes : un “communis hostis omnium”, c’est à dire un ennemi commun de tous. Les Hot Rodders, Pirates des débuts d’après guerre 1941/1945, n’ont pas déclaré la guerre à l’Amérique ni a aucun de ses Etats !
Mais une majorité de Hot Rodder’s ont profité du système en s’accaparant de pièces (très) couteuses qui étaient comme des richesses à leur portée : moteurs et boites de vitesses, jantes, pneus, accessoires, essence et autres… Comme de plus ils violaient tous les codes routiers (ainsi que les filles style jupettes plissées avec chaussettes et chemisier), ils représentaient un véritable danger, non pas pour le genre humain, mais pour les familles américaines généralement religieusement croyantes et crédules politiquement. Ils ont donc peu à peu représenté l’équivalent d’une “menace civilisationnelle ultime”…
Contre cette dangerosité, le “politiquement et religieusement correct”, a décidé de se prémunir, car le coté “pirate” des mauvais garçons (tous des vauriens et voyous) et des filles (toutes des trainées) terrorisait les bons croyants… Les Hot Rodder’s et leurs Girl’sFriend’s ont ainsi été mis au ban de la société Américaine bien pensante, voulant préserver un certain code de l’honneur. Cette ambivalence jouait, dans la représentation que l’on se faisait des Hot Rodder’s, les affublant d’un rôle primordial ! Pour les éradiquer ainsi que leur organisation sociale et les discours qu’ils tenaient, il fallait agir vite et fort…
Tous étaient à la fois héros et ennemis de tous, à la fois fascinants et terrifiants, à la fois entrepreneurs et brigands, les Hot Rodder’s pirates étaient donc porteurs d’une ambivalence fondamentale. Et cette ambivalence a joué comme principe même de son activité : “Le Hot Rodder est un pirate qui remet constamment en jeu les dichotomies classiques, qui s’insère dans un entre-deux pour rétablir de la continuité là où nous voyons une rupture”. Le Hot Rodding s’est alors structuré comme le principe d’inquiétude des oppositions portant en soi les germes d’une disruption fondamentale…
Le genre qui permet de troubler définitivement les oppositions classiques qui structurent les schèmes de la pensée occidentale Américaine très teintée de religiosité.. Contre le territoire enclos, le Hot Rodder, frère des Hells Angel’s ouvrait donc l’espace qui réconciliait les antagonismes. C’est pour cette raison qu’ils étaient fascinants et craints. Le Hot Rodding a dès lors immédiatement été un terreau propice pour penser l’utopie. “Mobilis in Mobili” signifie “Mobile dans l’élément mobile” pour reprendre la maxime du Nautilus de Jules Verne… Ne se laisser capturer par aucun lieu, s’éloignant volontairement du monde.
Le “politiquement-correct” a été instauré par les bien-pensants pour retrouver une véritable liberté face aux pirates de la route… Mais si l’exploration de cet espace a activé le désir de liberté, il a aussi engendré véritablement l’imagination d’une nouvelle organisation sociale. Paradoxe s’il en est, c’est la découverte des grands espaces qui a permis alors la clôture, et cela a engendré un désir d’utopie, un désir plus juste. Mais l’utopie des Hot Rodders pirates a fonctionné comme un piège. Car, une fois atteinte, l’utopie disparaît, et une fois installée, elle se détruit. Le non-lieu par excellence n’a de place nulle part !
La vie mobile ne souffre pas de se sédentariser. Tout comme les Hells’Angel’s, les Hot Rodder’s sont donc passés par le concept d’hétérotopie… L’idée d’utopie, en effet, se construit sur une déception du monde, sur une révolte qui s’établit ensuite comme une fondation et comme une expérience nouvelle, pleine de promesses. Mais elle meurt lorsqu’elle tente de s’instaurer… L’engagement dans le Hot Rodding, dans le Kustomizing, et dans toutes les dérives Hells’Angel’s, est donc né tout d’abord d’une frustration à la fois sociale, économique et politique. Les populations attirées s’estimant exploitées…
En ce cas par une autorité politique jugée inique… L’animus furandi (l’esprit de lucre des bons citoyens) jugeait les pirates qu’étaient les Hot Rodder’s et les Hells Angel’s, qui étaient révoltés contre une situation intenable et qui avaient décidé, par le mouvement actif de la révolte, de refuser le monde tel qu’il est. L’activité n’était pas disruptive, elle fondait une hétérotopie… Voilà l(histoire d’une incompréhension qui s’est diluée dans le temps qui ne fait que passer… On peut maintenant attaquer la partie technique, avant d’autant plis d’allant que tout sur ce HotRodPickUp a été remis à neuf il y a quelques années.
C’était lors de sa construction.. Les deux premières choses que vous remarquerez (puisque vous êtes des Hot Rodder’s avertis) et que vous ne trouverez nulle part ailleurs (tous les mag’s du style sont morts où moribonds) sont le châssis construit sur mesure et l’essieu avant, les deux ayant été mis en commun pour retrouver “le vrai style ancien d’avant la guerre 1941/1945”qui place le radiateur et sa coque APRES le dit essieu… Comme pour les modèles “T”... C’est beaucoup plus esthétique… Le châssis a donc été fabriqué “à la main” avec de la tôle d’acier de 3 mm d’épaisseur perforée régulièrement de trous ronds…
Pas que ronds, certains sont elliptiques, qui servent à alléger le dit châssis et le rendre beaucoup plus résistant… ET le tout a été CHROMÉ ! L’essieu avant a lui aussi été réalisé sur mesure à partir de deux essieux avant de Ford 1936. Il entoure tout le périmètre de la calandre et a été conçu pour préserver les proportions harmonieuses. Il sert également de pare-chocs. Autre détail remarquable : les authentiques et de presque époque (1936) panneaux intégrés au capot qui donnent à l’ensemble et à la cabine, l’allure profilée idéale qui épouse la courbe du châssis. La cabine est de plus équipée d’un arceau de sécurité.
Cela assure (sous réserve) une rigidité structurelle optimale. Ce Hot Pick’Up Rod roule donc “à merveille”. Il est de plus, très rapide ! Sur les routes USA depuis quelques années, il est conduit/piloté régulièrement et n’a jamais fait défaut. On peut y atteindre 190 km/h sans les mains sur le volant. Ce Hot Rod Pick-Up a fait la couverture de TopWheels (la version USA de ChromesFlammes) et de deux autres magazines “papier” (des survivants) et a été présenté dans de nombreux shows. Il a également été utilisé dans diverses campagnes publicitaires. Le moteur sélectionné est un Buick V8 401ci de 1964.
Il a été entièrement reconstruit avec des pièces neuves. Réalésé de 0,040po (factures à l’appui pour la préparation). Admission Offenhauser et carburateurs AFB double corps. L’admission a été préparée par Russ chez Nailhead-Buick en Californie du Nord. Le moteur est équipé d’un arbre à cames et de culbuteurs haute performance. Le démarreur est à couple élevé. Caches-culbuteurs Offenhauser à ailettes. Boîte Muncie 4 vitesses provenant d’une Camaro 1969. Levier de vitesses Hurst. Pont arrière Dana 44 avec essieux Dutchman. La cabine, la benne et la calandre sont d’origine en acier d’Henry Ford 1934.
Le toit a été abaissé de 15 cm. La benne (pick-up) a été raccourcie de 30 cm. La calandre a été surbaissée. La carrosserie et la peinture ont été réalisées par Miguel Torres de San Diego Lifters, ce qui a nécessité plus de deux mois de travail de tôlerie pour obtenir une carrosserie parfaitement droite avant la préparation à la peinture. La tôle est saine, sans aucune trace de rouille. Peinture : Merlot métallisé de Dupont. Tous les éléments du véhicule sont chromés, thermolaqués ou peints on ne peut plus professionnellement. Les amortisseurs à levier sont des Ford d’origine à l’avant et à l’arrière.
Le boîtier de direction est celui d’une Corvair, les freins avant sont des Ford 1940. La benne est en véritables planches de chêne massif de 2,5 cm d’épaisseur, vernies au polyuréthane marin et fixées par des bandes de renfort en acier inoxydable. Le réservoir de carburant dispose de 83 litres. Les jantes Radir à trois nervures polies sont neuves et les pneus sont eux-aussi neufs ! 3.000 $ pour cet ensemble… Les pneus arrière sont des Raider Cheater Slicks. Les pneus avant sont des Excelsiors… Voilà, c’est terminé… Relisez si vous n’avez pas tout “capté” (compris)… A pluche…































