Fantasme et Traction… Une énigme Française !
Le vocable de fantasme vient de “phantasie” qui désigne initialement, en allemand, l’imagination. Cela rattache d’emblée ce terme à une activité qui excède la réalité sensible. Au XIXème siècle, la psychiatrie se saisira de ce terme pour désigner une vision hallucinatoire et donc pathologique induisant une rupture avec la réalité. La psychanalyse viendra par la suite dépasser cette opposition entre imaginaire et réalité. Le psychanalyste et médecin Sigmund Freud situera en effet le fantasme comme processus constituant la réalité psychique du sujet humain. Le fantasme est une manifestation psychique qui se situe au carrefour de la conscience et de l’inconscient. Il est perçu consciemment mais trouve ses déterminants dans l’inconscient. Partant de la définition que donne J. Laplanche et J-B Pontalis, pour ces auteurs le fantasme selon Freud est un “Scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, de façon plus moins déformée par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir et, en dernier ressort, d’un désir inconscient”. Le scénario évoque en premier lieu une série d’images mentales articulées, qui forment une action. C’est une séquence et non une représentation figée. Le scénario est donc aussi une anticipation, puisqu’il pourvoit une figuration d’une séquence, sans qu’elle ait eu véritablement lieu. Freud a étudié le scénario imaginaire propre au fantasme à travers le prisme du langage. Il a recueilli ses variantes à partir de la parole de ses patients et a consécutivement identifié une grammaire du fantasme. Une grammaire que l’on pourra d’ailleurs rattacher au projet. La grammaire est la mise en rapport d’éléments selon certaines règles. En premier lieu, elle structure une phrase et ordonne la place du sujet, du verbe et du complément d’objet. Le fantasme comporte tout d’abord un sujet, toujours présent, mais il peut être à des places différentes : spectateur, acteur, ou encore objet. Mais il y a également un partenaire qui est imaginairement mis en relation avec le sujet. Ainsi ces différentes positions donneront une grande possibilité créatrice. La pensée populaire n’a gardé que le sens sexuel du fantasme. Freud s’est effectivement penché sur les fantasmes sexuels et de fustigation notamment. C’est depuis l’énigme du sexuel que s’initie une créativité par l’imaginaire du sujet.
La mise en relation imaginaire avec un partenaire ainsi que la réversion des places dans le scénario en sont ses principes. Au terme de cette refondation sémantique, le fantasme comme concept freudien ne s’oppose plus à la dite réalité puisqu’il en est la réinterprétation. La réalité supposément objectivable se subsume dans la réalité psychique. Un autre aspect introduit dans la définition précédente du fantasme doit être éclairci. Le fantasme, scénario imaginaire, est en étroit rapport avec le désir dit-on. Ce dernier, est conçu comme désir inconscient, ignoré du sujet et qui prend alors étoffe à travers le fantasme. Le désir inconscient cherche constamment satisfaction par des moyens détournés, en l’occurrence la fiction. Autrement dit, ce qui donne son motif au fantasme est une insatisfaction initiale, celle du désir. Il s’élaborera néanmoins selon la limite de ce que la conscience accepte. C’est la raison pour laquelle le fantasme s’élabore selon des processus défensifs. La transgression que peut comporter le fantasme s’exprime aussi avec une défense d’y voir. Proposer le rapprochement d’un concept psychanalytique avec la démarche de conception et de réalisation du projet peut surprendre. Aussi quels sont les éventuels points de rencontre qui peuvent renouveler l’appréhension du projet ? Le projet comme mode spécifique de la création est marqueur d’une conception organisée ! Le terme de projet est usité de façon récente car cette terminologie a été investie pour la première fois à propos du projet architectural au XVe siècle. La création artisanale qui préside à la sphère des disciplines dites d’arts appliqués, dont l’architecture fait partie, associe au départ les deux moments que sont l’élaboration et la réalisation matérielle. Cette indissociation permet une marge d’improvisation dans l’acte créatif. Peu à peu cette improvisation, qui est aussi liée à une expertise pratique, va se retrouver régulée par l’organisation de la création sous la forme du “projet”. C’est véritablement à partir de la Renaissance dans l’Italie des années 1420 que la méthodologie du projet s’instaure. En effet, dès la fin du Moyen-âge, la montée de la diversification de matériaux et de techniques va faire du bricolage, un principe moins opérant.
La méthodologie reliée à la structuration de ce qu’on appellera projet installe alors un processus qui rend nécessaire l’anticipation dans la dynamique créative. Le projet architectural qui va être au cœur de ces modifications conceptuelles et fonctionnelles dénote des démarches qui le précèdent car il structure plus clairement un temps de conception et un temps de réalisation : Dessin et dessein… En dehors de la montée en complexité du monde qui pousse à anticiper davantage les temps de la création, on peut émettre l’hypothèse qu”il existe un autre élément déclencheur de ce changement. En effet, la prolifération de la perspective en tant que mode de représentation permet de générer l’impression de profondeur grâce aux apports de la géométrie descriptive. La perspective investie dans la démarche des architectes va prendre de plus en plus de place comme mode de représentation et de simulation du projet. Ces plans en perspective permettent de donner l’illusion d’un espace dont l’architecte apprend à en maîtriser les lois géométriques afin de préciser ses intentions d’une part, et de communiquer ses idées à ses confrères et à ses collaborateurs d’autre part. C’est aussi en cela que l’avènement du projet architectural en Italie va se confondre avec l’histoire du concept de disegno interno et externo qui renverra plus tard dans la langue française au dessin et au dessein… Le disegno interno renvoyant au moment de création et le disegno externo à sa réalisation matérielle. De même en français on retrouvera alors le “dessein” qui est à situer du côté de l’élaboration ainsi que le “dessin” à inscrire dans le registre de la concrétisation, de la réalisation. En anglais ces deux sens sont compilés dans le terme design. Dans tous les cas, ces différentes élaborations terminologiques reflètent l’ambition de constituer par le biais du «projet» une méthodologie de la création se basant sur la figure de l’anticipation et ses différentes formes. Cet historique permet de faire émerger la sédimentation qu’institue le projet et le temps d’élaboration et le temps de réalisation. En cela la temporalité du projet repose sur différentes phases et formes d’anticipations. Cette figure de l’anticipation permet de modifier à la fois le rapport au moment de la création en lui-même et le rapport à la concrétisation matérielle du projet. Voyons en finale la relation analogique entre fantasme et projet…
Quelques propriétés du fantasme sont tout à fait identifiables dans le processus du projet. En effet, le concepteur en architecture peut s’imaginer spectateur de l’appropriation de formes bâties des usagers, mais aussi acteur s’imaginant lui-même s’appropriant ce qu’il conçoit. La réversion des places est donc un moyen de la créativité du concepteur. Ces modifications de places peuvent être aussi dites défensives car elles peuvent mettre en scène un interdit, d’où la valeur parfois transgressive du fantasme. Plus largement, le fantasme comme le projet sont des productions communicables, structurées par un scénario, et anticipant la réalisation. Au niveau inconscient, on retrouve dans le fantasme et le projet la répétition de certains motifs, ou dans les champs de la création la répétition de “pattern” formels. Cette analyse du fantasme et du projet est résolument tournée vers le processus, dans une certaine analogie méthodologique. L’enjeu de ces réflexions est de chercher à voir quels recoupements produire pour que l’analyse du procédé du fantasme puisse nous aider à comprendre le procédé du projet. D’une part, le fantasme est envisagé comme une articulation d’images qui émergent de manière spontanée et qui mettent en scène un désir inconscient. De l’autre, le projet est un processus qui articule des entités distinctes et les confronte au réel. Le fantasme peut s’analyser comme le projet par l’opération visant à répondre à un désir insatisfait, et en cela un même procédé guide ce correctif. C’est à partir de ces constats que nous pouvons définir le contour de deux panels. Le premier panel examine le fantasme en projet comme scénario. Cette partie interroge la circulation des récits et le dessein construit par le fantasme. Le second panel est consacré au fantasme en projet comme réaction à la contrainte extérieure et donc à l’aube d’une certaine concrétisation matérielle… Voilà je considère vous avoir répondu alors que vous n’apportiez pas de questions auxquelles répondre ce qui explique que mes réponses sont en faits des questionnements cachés qui offrent des réponses aux non-questions…



















